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Rencontres Tsiganes

A travers la presse : Gitans d’ici et d’ailleurs 21 octobre 2007

{{Gitans: polémique à Perpignan}}

Marie Huret

L’EXPRESS mercredi 10 octobre 2007, mis à jour à 17:31

Le livre d’une journaliste new-yorkaise sur cette communauté, très implantée à Perpignan, met en cause la municipalité.
ans les ruelles en pente raide, les Mercedes font ronfler leur moteur, récupéré sur des «bagnoles de merde». Des bidons d’huile d’olive aplatis comblent les fenêtres de maisons décrépies. Place Puig, les gamins «fument des cigarettes», puis se font un «film de vampires» à la séance de minuit. Voilà le quartier Saint-Jacques, le fief gitan de Perpignan, vu et raconté par Fernanda Eberstadt. C’est une païa, une «non-Gitane». Elle est américaine. Et son livre suscite une polémique.
Un élu en colère
Le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP), réagit: «Je n’ai fait aucune pression sur l’éditeur. J’ai demandé à être respecté. J’aurais acheté le vote gitan en échange de frigos? Cela fait douze ans que j’entends cette rumeur. Ces accusations portent atteinte à mon honneur. L’auteur me reproche d’encourager les rivalités entre les communautés. J’ai consacré 7 millions d’euros à la Casa musicale, l’espace culturel où l’on entend du raï et des chants tsiganes. Nous avons la troisième mosquée de France [de par sa capacité d’accueil], construite par un architecte juif. Je ne suis pas sûr que beaucoup de villes auraient fait cela.»
Cette journaliste du New York Times, transplantée dans la cité catalane pour suivre son mari, a plongé durant cinq ans au sein de leur communauté. Elle en a tiré un ouvrage vivant et imagé, Le Chant des Gitans (Albin Michel). Elle ne mâche pas ses mots, Fernanda Eberstadt. «Les Gitans de Perpignan vivent hors la loi», déclare-t-elle à L’Express. Et ça ne plaît pas à tout le monde. Au maire de Perpignan, en particulier. Jean-Paul Alduy (UMP) aurait «acheté» le vote gitan à coups de frigos, de scooters et de Mobylette: la journaliste l’affirme dans l’ouvrage, déjà paru aux Etats-Unis. Mais, après l’intervention de l’élu auprès de l’éditeur, la version française, qui sort ces jours-ci, a été largement édulcorée.

Petite, dépenaillée, le sourire de traviole, c’est Diane, la femme de Moïse, chanteur de rumba du groupe Tekameli, qui a permis à l’intellectuelle de Manhattan d’intégrer le clan. La famille Espinas fait partie des 5 000 Gitans installés dans l’ancien ghetto juif de cette ville de plus de 100 000 habitants. C’est là que, en mai 2005, se sont produits «les événements», comme on dit ici: la mort de Mohammed Bey Bachir, lynché par une bande de Gitans armés de battes de base-ball. Le jeune Franco-Algérien avait surpris «Ketchup Mayonnaise», 14 ans et déjà 19 arrestations, en train de voler son autoradio. Les nuits d’émeute ont exacerbé les tensions entre communautés gitane et maghrébine. «La famille de Diane s’était réfugiée sur le toit de l’immeuble, raconte Fernanda. En bas, une bande encagoulée criait: « Y a du Gitan! « »

Depuis, les parties de rami ont repris dans les bars. Le sport préféré du quartier aussi: le combat de coqs. La New-Yorkaise y a assisté: «J’étais hypnotisée et horrifiée.» Comme pour le reste. Ce qui la fascine, chez les Gitans – «la musique, la générosité, le sens de la famille» – ne l’empêche pas de fustiger l’absentéisme scolaire, les épouses cloîtrées «comme par les taliban». «J’ai rencontré des garçons qui s’habillent en Nike

{{Condamnés à l’errance}}

Journée de lutte contre la misère . 20 000 personnes sont attendues à Paris ce 17 octobre. Gros plan sur une famille de gens du voyage expulsée de son terrain à Herblay (Val-d’Oise).

{{L’Humanité 17/10/2007 Marie-Noëlle Bertrand}}

C’était une fin d’après-midi d’hiver, en janvier de cette année. Un retour en région parisienne, à Herblay, dans le Val-d’Oise

Trois cent quatre-vingts kilomètres depuis la Basse-Normandie, des bagages plein le coffre, les gamins endormis sur la banquette arrière et puis la caravane, bien sûr, fidèle au moindre roulis familial. Un retour de vacances comme il s’en vit pléthore. Jusqu’à l’arrivée. Entrée de leur terrain barrée par de grosses pierres, espace réquisitionné, biens mutilés. Manouches expulsés. Sophie, Thierry et les leurs n’ont pas eu le choix. « La police municipale, les gendarmes et le maire étaient là, raconte-t-elle. Nous avions les enfants, le bébé… Nous avons fait demi-tour et nous sommes repartis à Avranches, où nous venions de passer la semaine, chez ma belle-soeur. »
Un an après, Sophie vit toujours là, dans la Manche, à 380 kilomètres de chez elle. Avec d’autres, elle s’est installée sur la place des gens du voyage de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Un terrain mal aménagé, goudronné à la va-vite, dont le sol suinte dès qu’il pleut, un mélange d’huile et de boue. Deux toilettes pour une trentaine d’enfants et une vingtaine d’adultes. Les robinets d’eau ont été démontés, à l’exclusion de deux, en bout de terrain. Le matin et le soir, il faut fermer les fenêtres tant l’odeur de la déchetterie voisine est forte. « À Herblay, le sol était propre, les caravanes séparées par des clôtures. Et nous avions l’eau à disposition », se souvient Sophie. Singulière, son histoire commence, comme beaucoup d’autres, par un avis d’expulsion et se termine avec les gendarmes.
Dans son cas, c’est la municipalité qui a voulu récupérer son morceau de terrain pour en faire un espace de loisir. Des manouches vivaient là, certains depuis quarante ans. En novembre 2005, une première injonction leur commande de payer une astreinte de 70 euros par jour et par personne. Impensable pour Sophie et Thierry. Elle, vingt-six ans, vendeuse, est sans emploi depuis son deuxième enfant. Lui, vingt-sept ans, ancien apprenti boucher, ferrailleur à ses heures, n’a pas de salaire régulier. Avec ses trois enfants, le couple fait son affaire des 940 euros mensuels que leur verse la CAF mais se sert la ceinture sur la moindre dépense.
Pas de trêve – hivernale pour les gens du voyage.
En novembre 2006, un – second procès autorise l’expulsion. Pas de trêve – hivernale pour les gens du voyage. « La loi dit que, si nous avons le chauffage dans les caravanes, nous pouvons être expulsés en toute saison », explique Thierry. Pas de délicatesse, non plus. « Nous venions de construire un petit chalet en bois sur notre emplacement », raconte Sophie. À l’intérieur, un frigo, une cuisinière, une machine à laver. « Quand nous sommes rentrés de vacances, tout était détruit, les affaires avaient disparu. »
La famille restera quelques mois à Avranches, sur l’espace réservé aux gens du voyage. En septembre, celui-ci est fermé pour travaux. De nouveau l’incertitude et l’errance. Une semaine sur le bord de la route. « Nous allions chercher l’eau dans les cimetières, environ 20 seaux chaque jour. »
Jusqu’à Saint-Hilaire, donc. Océane, sept ans, la blondeur et les yeux bruns de sa mère, et Preston, deux ans et demi, les joues rondes et le sourire de son père, sont inscrits à l’école de la commune. Hors de question qu’ils ne bouclent pas leur année. Et ce que vise le couple, c’est le retour en région parisienne. Les 380 kilomètres qui l’en séparent sont devenus l’obsession de Sophie. « Ma mère vit en Seine-et-Marne. Elle est malade du coeur et est sous oxygène… » Sans stabilité, pas d’espoir, non plus, de retrouver un emploi. Et puis il y a Océane, fille d’un premier mariage et dont le père exige aujourd’hui la garde.
Errance permanente ou sédentarisation forcée ?
La solution, pour eux, serait d’emprunter et d’acheter un bout de terrain où poser leurs valises. Mais même cela, le droit
le leur proscrit. « Interdit de rester plus de trois mois à plus de trois caravanes sur un même emplacement », récite mécaniquement Thierry. Errance permanente ou sédentarisation forcée ? Où se dessine l’hypocrisie d’une loi qui interdit, de fait, aux gens du voyage de vivre selon leur choix.

{{
Des gadjos au pays des gitans}}

Rennes infhonet.fr
mercredi 26 septembre 2007 – 11:27
{{
CULTURE}}
par Sabrina KHENFER

« C’est toujours dur de parler à des gens qui vont mal. Ce qu’il faut avec les gens du voyage, c’est les écouter ; ne pas poser de questions s’ils ne parlent pas. » Ricardo Montserrat a définitivement le goût de l’engagement pour les laissés pour compte. Dans son dernier ouvrage « Cali et les oiseaux », c’est sur les gens du voyage que l’auteur s’est penché. L’occasion d’un échange multiculturel entre gitans et sédentaires, comme les aime tant La Cour des miracles.

Un nouveau roman prétexte à une rencontre à La Cour des miracles. Rencontre entre l’auteur, l’association Ulysse 35, qui lutte pour la dignité des femmes du voyages, quelques badauds intéressés par le sujet et surtout quatre gitans venus écouter l’auteur ; partager avec l’audience un peu de leur quotidien.
Un peu sur la réserve au départ, les langues très vite se délient et on commence à entrevoir ce que fut, est et sera la vie des gens du voyage. Son livre à l’appui, Ricardo Montserrat lance un sujet visiblement tabou : la place de la femme et son rapport aux hommes dans le petit monde du voyage. « Quand un homme parle, les femmes se taisent, raconte Titane. On part du principe que leurs trucs ne nous regardent pas et inversement. Les sédentaires parlent facilement de sexe. Nous on a tendance à avoir honte, alors on évite le sujet. »

Alexandre lui, est plus direct : « Les femmes ont de plus en plus de liberté : elles ont le droit de rester une heure de plus aux commissions ! Elles vont en boite ; aux mariages elles peuvent boire et danser. Mais quand je parle, ma femme se tait.» Pourtant, à écouter le papy du groupe, mieux vaut ne pas trop se frotter aux femmes du voyage : « Elles ont de la résistance, du caractère et de la jappe surtout. Si elles ont envie de te dire merde, elle ne se gênent pas. »
Revendiquer ? Ça ne sert qu’à nous mettre les gens à dos »
Le caractère. Voilà bien un trait que chacun s’accorde à attribuer aux gens du voyage. « Pourtant, note l’une des membres d’Ulysse 35, je trouve qu’en France vous n’êtes pas du tout dans la revendication. » « Si on se déplace, répond Alexandre, on n’est pas écoutés. Ça ne sert qu’à nous mettre les gens à dos. Que faire ? Mettre nos caravanes au milieu de la route ? C’est tout ce que nous avons, on ne peut pas se permettre de les perdre. » Ricardo Montserrat éclaircit un peu les conditions de vie des gitans, pour mieux comprendre : la nécessité d’un justificatif de trois années de résidence pour pouvoir voter ; les carnets de circulation ; les décrets contre les gens du voyages, compris dans la loi contre la délinquance, créant logiquement un amalgame… Et puis un lourd passé dans les camps de concentration et une libération difficile.
Pourtant, et c’est dans son caractère, un troisième gitan refuse de noircir encore le tableau : « On se plaint tout le temps, mais en Europe, on est les seuls à pouvoir circuler dans toute la France. On parle souvent des camps, mais il n’y a pas que nous qui avons connu ça. Je n’ai pas souvenir d’avoir vécu dans la misère. On est plutôt heureux. »
« Il faut nous laisser voyager »
Un avis que ne semblent partager ni ses amis, ni l’auteur, qui porte un regard critique sur la société. Quand on demande à Alexandre comment il envisage l’avenir des siens, il répond du tac-au-tac : « Sans caravane ». Il s’explique : interdiction de faire des crédits, l’obligation de pointer tous les trois mois au commissariat et puis surtout l’escorte de la Gendarmerie, lors des déplacements en pèlerinage. « Bientôt on va nous mettre dans des HLM, des cages à lapins. » Une perspective inacceptable selon Titane : « Ce sera la fin des haricots ! À Marseille on a essayé de les placer dans des petites maisons. C’est devenu un vrai coupe gorge car ce genre de vie n’est pas dans notre culture. Il faut nous laisser voyager. »
Des échanges intéressants, beaucoup d’écoute, un franc-parler, un peu de provocation, mais qui soulèvent des inquiétudes profondes dans le monde du voyage : « La législation est déjà en retard en France et on continue d’inventer de nouveaux moyens de brimer une culture pourtant joyeuse et vivante, regrette Ricardo Montserrat. Mais ils ont une capacité d’adaptation tellement impressionnante qu’ils s’en sortiront. Si on se dépêche à faire quelque chose en tous cas. Parce qu’après eux, c’est chacun d’entre nous qui n’aura plus le droit de circuler librement.»