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Rencontres Tsiganes

Vivement l’Europe 14 avril 2008

VIVEMENT L’EUROPE ?

Le 2 avril dernier à Marseille, Christophe ROBERT en présentant son livre : « Eternels étrangers de l’intérieur » a mis en évidence la faillite du modèle républicain français concernant « l’intégration » des tsiganes. Alors qu’une profusion de textes législatifs sont sensés lutter contre les multiples formes de discrimination, les « gens du voyage » ; bien que reconnus comme citoyens français, font l’objet d’un ostracisme qui va croissant d’année en année. Depuis de longues années déjà, les pouvoirs publics, en s’efforçant de nier toute particularité à ce peuple et à sa culture, se heurtent à une résistance passive d’une efficacité étonnante. Ce comportement, de la part des différents groupes de Tsiganes en France, contribue toutefois à renforcer les incompréhensions et souvent le rejet de la part de la société d’accueil. « Mêmes droits mêmes devoirs » : tel est le slogan trop simpliste qui conduit à limiter le dialogue et à condamner les Tsiganes à se conformer en tout point à notre modèle social et à renier leur histoire et leur culture.

Alors que, dans quelques semaines, la France va, pour six mois, présider l’Union Européenne, il est utile de mieux connaître les conditions faites aux Rroms Tsiganes dans les autres Pays de l’Union. Une première différence essentielle tient tout d’abord à ce que dans tous les autres pays de l’Union, la « minorité » Rrom tsigane acquit une reconnaissance institutionnelle et bénéficie ainsi d’un statut juridique lui permettant de faire valoir des droits spécifiques en particulier dans les domaines de la culture, de la politique, ou de la langue. C’est ainsi que l’on peut trouver, en Roumanie, en Bulgarie ou en Hongrie, dans les différents échelons de la société, des enseignants, des chercheurs, des avocats ou des médecins qui revendiquent leur culture et leur appartenance à la communauté Rrom. Sait-on que le Parlement Européen accueille deux jeunes députées Hongroise et Roumaine qui représentent la minorité Rrom ? On croit rêver lorsque l’on connaît en France les conditions discriminatoires faites aux tsiganes français pour simplement exercer leur droit de vote !

Prenant connaissance des mesures discriminatoires envers cette minorité pourtant reconnue dans la plupart des pays de l’Union, force est d’admettre que l’obtention d’un statut particulier n’est pas une condition suffisante pour réduire sinon supprimer toutes inégalités. Le refus des droits élémentaires et la mise au ban de la société sont encore monnaie courante dans certains pays où les Rroms sont les plus nombreux. Ils sont alors souvent réduits à la misère et à la marginalisation. Pour quelques uns d’entre eux, l’ouverture des frontières de l’Europe, les conduit en France où ils trouvent alors des conditions de survie qui leur paraissent, au moins dans un premier temps, plus supportables.

Dans de telles circonstances, l’espoir viendrait-il des instances européennes ? Dans un premier temps, des conditions ont été négociées avec les nouveaux pays entrant dans l’Union afin qu’ils respectent les droits de cette minorité. Quelques progrès ont certes été accomplis au moins formellement, mais on est loin du compte ! Les institutions européennes ont multiplié les rappels sans grand succès à ce jour.

Depuis quelques semaines cependant le ton se fait plus pressant et exigeant : le Parlement Européen a, le 31 janvier dernier, proposé une stratégie européenne à l’égard des Roms… condamne de la façon la plus énergique et sans équivoque toutes les formes de racisme et de discrimination à l’encontre des Roms et des autre populations considérées comme des Tziganes… Suit une série de recommandations faites à tous les pays de l’Union pour le respect des droits de ces minorités. Plus récemment encore, c’est le Conseil de l’Europe en la personne du commissaire Tchèque Vladimir Spidla qui : invite les Etats membres et l’Union à tout mettre en oeuvre pour améliorer l’intégration de cette minorité de quelque 7 millions de personnes….

Au 1er juillet prochain, notre Président saura-t-il reprendre à son compte ces recommandations et d’abord les mettre en oeuvre en France ? C’est à chacun de nous, citoyen de l’Europe et aux mouvements associatifs défenseurs des droits d’agir pour qu’il en soit ainsi.

Alain FOUREST
Marseille le 13 avril 2008