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En Italie la chasse au Rroms rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire récente 15 juillet 2008

{{Le Conseil de l’Europe foudroie l’Italie concernant le relevé d’empreintes digitales des Roms}}

Publié: lundi 30 juin 2008

L’autorité européenne en charge du respect des droits de l’homme a présenté une déclaration exceptionnellement sévère. Elle fait allusion au fait qu’un projet des autorités italiennes visant à relever les empreintes digitales des Roms équivaut à du fascisme.

Contexte:

Le ressentiment envers les Roms s’est intensifié après l’établissement de plusieurs campements illégaux. Des riverains ont même incendié des campements à l’extérieur de Naples.

Il est évalué que quelque 160 000 Roms vivent en Italie, dont 70 000 sont des ressortissants italiens. D’après l’ONG Opera Nomadi, les autres sont des immigrants d’Europe orientale, principalement en provenance de la Roumanie (environ 60 000 personnes).

Silvio Berlusconi a nourri un profond ressentiment à l’égard des Roms lors de sa campagne présidentielle. 12 jours seulement après la constitution de son gouvernement, la Commission européenne a averti le gouvernement italien de ne pas prendre de mesures extrêmes contre les Roms. Les autorités roumaines craignent également que le ressentiment à l’égard des Roms
n’affectera les Roumains respectueux des lois et vivant sur le territoire italien (EurActiv 21/05/08 http://www.euractiv.com/en/socialeurope/commission-warns-italy-expel-roma/a rticle-172550 ).

M. Berlusconi est récemment revenu sur son projet controversé qui ferait de l’immigration clandestine une infraction pénale, suite aux fortes critiques des Nations unies, du Vatican et du Parlement européen.

Bien que le ministre italien de l’Intérieur Roberto Maroni, leader du parti xénophobe La Ligue du Nord, ne considère pas que ses projets concernant un recensement des Roms en Italie basé sur le relevé des empreintes digitales soient discriminatoires, la plus ancienne institution européenne, spécialisée dans les droits de l’homme, le voit d’autre œil.

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, a déclaré dans un communiqué écrit que « cette proposition prête à des analogies historiques qui sont tellement évidentes qu’il est inutile de les citer ».

M. Davies a limité ses critiques au ministre, sans aller jusqu’à condamner le gouvernement de Silvio Berlusconi dans son ensemble.

« Je pense que la démocratie et les institutions de l’Italie sont suffisamment mures pour empêcher de telles idées de devenir des lois mais je suis néanmoins inquiet de ce qu’un haut responsable du gouvernement de l’un des Etats membres du Conseil de l’Europe ait apparemment avancé une telle proposition », affirme M. Davies.

M. Maroni justifie sa proposition sur le recensement des Roms par la nécessité de mieux les contrôler puisqu’ils se déplacent souvent d’une ville à une autre pour échapper aux contrôles. Cette mesure concerne également les enfants, qui sont quelque fois exploités par les parents pour se livrer à la mendicité, a-t-il déclaré, ajoutant que ces parents perdraient la garde de leurs enfants.

Les propositions du ministre ont également été attaquées au niveau national en Italie. Le leader de l’opposition centriste, Pier Ferdinando Casini, les a qualifiées « d’actes racistes ». Les groupes militant pour le respect des droits de l’homme ont fortement condamné le projet italien visant à relever
les empreintes digitales des Roms. Mais un sondage télévisé sans valeur scientifique a révélé que les projets de M. Maroni visant à mieux maîtriser les déplacements des Roms avaient été soutenus sans réserve par 80% des Italiens.

Luciano Scagliotti de la section italienne du Réseau européen contre le racisme a déclaré à EurActiv qu’une loi ou une mesure basée sur l’appartenance ethnique peut avoir des conséquences très importantes.

« C’est une violation non seulement des principes généraux [mais aussi] une violation des traités européens, de ce fait cette mesure est inacceptable », a-t-il renchéri. « C’est exactement comme le recensement des Juifs par l’Allemagne nazie en 1938 », a-t-il déclaré.

M. Scagliotti a ajouté qu’un certain nombre d’ONG spécialisées préparent actuellement un dossier destiné à la Commission européenne pour demander à ce qu’elle impose à l’Italie les mêmes sanctions que celles appliquées à l’Autriche en 2000, lorsque le Parti de la liberté du responsable politique de l’extrême droite, Jöerg Haider, a rejoint le gouvernement.

Positions:

Rosy Bindi, l’ancienne ministre en charge de la Famille dans le gouvernement de centre gauche qui a été évincé en janvier, a déclaré que l’initiative était inacceptable. Celle-ci mènerait à un registre ethnique qui traiterait les enfants Roms comme s’ils étaient des criminels endurcis.

Vincenzo Spadafora, le président de l’UNICEF en Italie, a affirmé qu’il était sérieusement inquiet, ajoutant que le gouvernement agirait d’une manière discriminatoire à moins qu’il ne relève les empreintes digitales de chaque enfant en Italie.

Amos Luzzatto, l’ancien président de l’Union des communautés juives en Italie, a averti que la mesure relative au relevé d’empreintes digitales établit un dangereux précédent. Il a déclaré que cette mesure initiera
ensuite l’exclusion des enfants des écoles, la séparation des classes et la généralisation de la discrimination. En rappelant le passé fasciste de l’Italie, il a ajouté que l’Italie est un pays qui a perdu la mémoire.

Amnesty International et la ligue antidiffamation pensent que l’idée derrière le relevé d’empreintes digitales des Roms est de les effrayer pour qu’ils quittent les grandes villes et de préparer le terrain pour les expulsions.