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Rencontres Tsiganes

République Tchèque : Un difficile devoir de mémoire 17 février 2009

Depuis les années 1970, la porcherie de Lety, construite sur le site d’un ancien camp de concentration où étaient internés les Roms, illustre l’embarras du pays à l’égard des victimes du nazisme. Elle devrait disparaître enfin.

Dès sa prise de fonctions, Michael Kocáb*, le nouveau ministre chargé des Minorités, a déclaré qu’il voulait en finir avec l’élevage de porcs de Lety, en Bohême du Sud, implantée par les communistes sur le site d’un ancien camp de concentration où étaient internés les Roms. La porcherie de Lety est avant tout le symbole de notre regard erroné sur l’holocauste tsigane, qui nous fait manifester moins de respect vis-à-vis des victimes roms du nazisme qu’envers les victimes juives. On pourrait débattre à l’infini du montant des indemnités que l’Etat devra payer au propriétaire de la porcherie pour sa fermeture. Mais celle-ci doit avoir lieu, et nous avons une bonne raison pour cela : les Roms qui ont survécu au génocide de Lety, comme les enfants de ceux qui y ont péri, le désirent.

La puanteur de ce lieu, qui se répand aussi lors des commémorations, doit nous faire prendre conscience que la mort de plus de 300 Roms à Lety ne peut être de la seule responsabilité des nazis, mais qu’elle implique aussi la responsabilité d’une partie de l’administration tchèque. En déclarant que Lety ne fut jamais un camp d’extermination et que la plupart des Roms y étaient morts du typhus, le président Václav Klaus a tenté de rejeter cette part de responsabilité. Ses mots ont provoqué la colère des enfants des survivants.

Le seul fait que les Roms aient été rassemblés à Lety avant d’être envoyés vers les chambres à gaz constitue en soi une raison suffisante pour la fermeture de cette porcherie. Et si, en plus, les gardiens tchèques leur ont volontairement confisqué leurs vêtements et leur nourriture, les ont attachés à des poteaux ou les ont tabassés des jours durant, voilà bien des arguments supplémentaires pour nous interroger sur ce moment de notre histoire commune. Le régime communiste avait décidé d’ensevelir toutes ces horreurs sous un grand élevage industriel de porcs. Il nous faut absolument le détruire pour exprimer clairement que cacher un camp de concentration sous une porcherie pour dissimuler notre part de responsabilité ne fait pas partie de nos valeurs intellectuelles et morales.

Le même problème se pose à nouveau lorsqu’on occulte notre culpabilité concernant les injustices et les crimes commis lors des expulsions collectives des Allemands des Sudètes. Les gens qui nous la remettent en mémoire depuis des années devraient bien comprendre la volonté qu’a Michael Kocáb de démolir cette porcherie. Il est sans doute bien prétentieux de la part du nouveau ministre de vouloir résoudre le problème sur lequel tous les responsables des droits de l’homme précédents se sont cassé les dents. Il devrait se souvenir du subtil mélange de diplomatie et de fermeté qui lui a permis d’imposer [en 1990-1991] le départ définitif de l’armée russe de Tchécoslovaquie [restée présente depuis l’invasion du pays, en 1968]. S’il appliquait cette même méthode avec les propriétaires de la porcherie, il serait certainement capable de résoudre définitivement et brillamment le problème de la porcherie de Lety.

* Né en 1954, il est l’un des personnages clés de la “révolution de velours” qui, en 1989, a mis fin au régime communiste en Tchécoslovaquie.
Jiri Lechtina
Hospodárské Noviny