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Rencontres Tsiganes

Paroles de Roms à Marseille 19 janvier 2010

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Paroles de Rroms à Marseille

Morceaux de vie recueillis par Sarahstella}}} }}

Dossier diffusé par RENCONTRES TSIGANES janvier 2010

LA FETE DU MORT

Ce qui frappait le plus en les voyant c’étaient leur regard noir, leurs cheveux noirs, leurs vêtements noirs, leur âme noire en ce jour de la fête du mort. Les Tsiganes revenaient du cimetière, l’air grave, où il y a trois ans, ils avaient enterré l’enfant de dix ans tué dans l’accident de voiture. Il était mort le 3 décembre, alors chaque 3 décembre de chaque année, la mère, la famille, les proches, les amis doivent célébrer la fête du mort.

Pour qu’à jamais il vive dans les cœurs, dans la mémoire de ceux qui l’ont connu et aimé et qu’il soit présent parmi les siens. Il faut inviter tout le monde à un grand repas pris en commun. Dans l’abondance, pour faire honneur au mort. Même si cela coûte cher et beaucoup de sacrifices, on trouvera l’argent, c’est impératif. Si l’on ne fête pas le mort alors il sera mort à tout jamais. On l’oubliera, on ne saura plus qui il est, il sera définitivement parti ailleurs, il n’habitera plus ici, avec les siens. Ni dans leur cœur, ni dans leur pensée, ni avec eux.

C’était un grand jour de pluie, gris. Comme l’âme en peine. Cette pluie marseillaise qui jette des seaux d’eau sur la tête et les pieds, il vous tombe dessus en un jour un mois de pluie ! Et c’était bien les pleurs de l’enfant mort de ne plus être parmi les siens qui coulaient. –« Cela va être difficile de faire un repas dehors dirent les tsiganes, nous allons aller au restaurant ». Alors vers treize heures, la cafétéria du Centre Commercial vit arriver une douzaine de Tsiganes qui remplirent les plateaux repas abondamment, avec plusieurs desserts, des fromages, des salades, des plats du jour. Ils prirent du vin en bouteille aussi et des sodas pour les enfants. Ils payèrent avec de gros billets, toutes leurs économies. Les clients du restaurant les regardaient, étonnés. Des français, quelques maghrébins surpris de voir des Tsiganes au restaurant, remplir aussi copieusement des plateaux repas et l’on sentait poindre sur certains visages des réflexions intérieures telles que -« ils font la manche, mais vous voyez, ils se tapent bien la cloche au restaurant ! » -« ils ont bien de l’argent, ils ne font que mentir, je ne leur donne plus rien, tous des menteurs ! » -« ils ont du le voler encore quelque part cet argent pour se payer un gueuleton pareil !… » Mais les Tsiganes ne prirent garde à personne, pressés de dresser la table. Alors les femmes réunirent les petites tables de la cafétéria en un long trait gris pour recevoir tout le monde, juste en face de la galerie marchande dégoulinante de sapins et de décorations de Noël. Les femmes vidèrent les plateaux, ne gardant que les petites nappes en papier qu’elles alignèrent harmonieusement sur les tables puis disposèrent les plats les uns à
côtés des autres, sans ordre, que ce fussent les desserts, les tartes aux fruits, les mousses, les fromages blancs aux fruits, les gâteaux au chocolat, les flancs, que les assiettes de poulet et de frites, le poisson, le couscous, les salade de tomate et de concombre, la charcuterie, le fromage, le pain, le vin, l’eau….Elles firent quelques tas de fourchettes, de couteaux, de cuillères, de serviettes en papier et bientôt tout le monde piochera où bon lui semblera, dans l’ordre qu’il voudra, selon sa gourmandise. La mère de l’enfant mort remplit une cuillère à soupe d’encens, l’alluma avec un briquet, une douce odeur envahit la table, elle promena la cuillère parfumée sur tous les mets, tout en récitant une prière dans sa langue, le rom, puis chacun s’assit et commença à manger.

L’ambiance était détendue mais tous pensaient au défunt et lui parlaient intérieurement. Ils lui disaient combien il leur manquait, quel vide il laissait et ils leur racontaient ce qui se passait chez lui depuis son départ, qu’ils n’avaient toujours pas de logement, d’endroit sûr où camper, qu’on les chassait toujours, qu’on les ennuyait. La police étant venue la semaine avant sa fête leur faire des méchancetés, pour rien, parce qu’ils tiraient un peu d’électricité sur un éclairage publique et un peu d’eau sur une bouche à incendie, il fallait bien de l’eau pour vivre, laver les enfants, faire la cuisine, laver le linge et de l’électricité pour chauffer les caravanes en ce début d’hiver. La mairie ne leur donnait rien, personne ne les aidait, il fallait bien continuer à survivre. Alors la police les a traité de voleur, les a insulté, ils ont battu une petite fille de onze ans, la petite Tante de l’enfant mort et ont emmené la Grand-mère de l’enfant mort avec le bébé de neuf mois en garde à vue, celui qu’il n’a pas vu naître, sa cousine. Sa Grand-mère en a été très malade, elle qui est déjà très malade, elle qui ne peut plus souffler, elle qui a vécu la guerre du Serbie, qui a vu son mari , ses parents assassinés sous ses yeux ! Heureusement des amis français et la Ligue des Droits de l’Homme sont venus les défendre et ont arrangé les choses. Ils espèrent avoir la paix maintenant, eux qui n’ont jamais rien fait de mal, qui ne demandent qu’à vivre comme tout le monde. Ils espèrent que bientôt ils vont avoir l’eau et l’électricité et que la Mairie va leur permettre de vivre sur le terrain. Ils disent à l’enfant mort que peut-être où il est, il a moins de tracas, est-ce que le Bon Dieu est bon avec le Tsigane ? Et pourquoi n’est il pas bon avec lui sur Terre , pourquoi les Tsiganes sont si mal traités ? Le Bon Dieu ne doit pas être au courant, c’est juste les hommes qui sont mauvais et stupides. Les Tsiganes partagent ainsi tous les repas en mettant toute la nourriture sur la table et chacun mange à sa faim, pour le jour du mort mais aussi pour tous les jours de l’année. Personne n’achète que pour soi mais pour tous. Quand il y a beaucoup alors c’est la fête, les ventres sont pleins et le sourires resplendissent. S’il y a peu, on partage les parts équitablement et on attend les jours meilleurs. Et s’il n’y a rien on partage le rien.

Ainsi le Tsigane n’est pas égoïste et individualiste, il ne peut pas manger si l’assiette de son frère est vide.
Pourquoi un français qui a de l’eau et de l’électricité ne l’a partage pas avec son frère s’il n’en a pas ? C’est comme le pain. C’est pareil que le pain. Les non Roms ne partagent rien, ce sont des gens bizarres, au coeur sec. Le repas du mort a duré tard jusque dans l’après-midi, jusqu’au café, après tout le monde est rentré au campement en emportant l’enfant mort avec lui et les restes du restaurant. Et le soir l’enfant mort, en finissant dans les caravanes les derniers gâteaux avec sa famille, était content de sa fête.

SARAHSTELLA

En compagnie des Tsiganes du Camp Barnier Marseille
Cafétéria du Grand littoral Marseille
Le 03 décembre 2009

Bonjour, je m’appelle Franco, mon pays d’origine c’est la Croatie. J’ai vécu la guerre du Kosovo et mes parents ont été tué par les Serbes et les Kosovars, tous d’accord pour tuer les Roms. Nous sommes ensuite partis avec ma femme et d’autres familles, sans rien, à pieds, sans voiture, sans caravane, nous sommes arrivés en Italie où on nous a expulsé, extradé, nous sommes ensuite arrivés dans la région de Marseille et nous ne cessons d’errer de campements en campements de fortune car les gendarmes nous chassent et les Mairies ne font rien pour nous, nous n’avons aucun papier. Au début nous campions sous des tentes, sous des toiles en plastiques puis petit à petit on nous a donné des caravanes, un Hollandais en vacances nous a laissé celle-ci, on s’est regroupé en famille. Nous vivons très mal, les gendarmes nous chassent, nous n’avons absolument aucun papier, ni allocation, ni RMI, ni tout ça ! Nous ramassons de la ferraille pour essayer de manger mais nous en trouvons très peu, les femmes font la manche, les enfants ne vont pas à l’école. Au magasin Carrefour, les surveillants ne nous laissent pas rentrer et nous demandent si on a de l’ argent et de le monter avant de faire les courses. Nous ne mangeons pas beaucoup, nous sommes maigres. Ma cousine a accouché il y a une semaine, nous n’avons pas de lait à donner au bébé. Nous n’avons pas de couverture santé. J’aimerais avoir des papiers, trouver un travail normal, nourrir ma famille et trouver un logement. Je voudrais vivre comme tout le monde. Je ne suis pas un voleur, je voudrais vivre honnêtement. Je n’ai jamais connu que la misère et la discrimination depuis tout petit. Et en plus la guerre et l’extermination !

FRANCO 29 05 08
Marseille

Notre situation s’améliore, nous avons obtenu le statut de réfugiés politiques, nous avons donc droit maintenant aux allocations familiales, au RMI, à la CMU. Ouf ! Reste un camp pour vivre décemment en toute sécurité, avec l’eau et l’électricité qu’on payera, les enfants vont à l’école, je cherche du travail, je parle de mieux en mieux le français. La France veut de nous, merci, on sera digne d’elle.

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FRANCO 03 12 09
Marseille
Liberté Egalité Fraternité
Tu parles !
Racisme total envers les Roms !
Nous avons été au Secours Populaire, au Secours Catholique, à Emmaüs, à l’Adrim, de partout, on ne nous a rien donné, juste invité à boire un café, pas de colis alimentaire, ni d’habits, rien.
Le seul papier que j’ai c’est une carte que m’ont donné les Italiens, c’est marqué dessus :
ROM UND SINTI SEDE NATIONALE DI TORINO
Ca veut dire qu’avec cette carte tu es répertorié Rom comme si tu avais la peste.* En Espagne, en Italie de partout en Europe, ils expulsent les Roms. Si je deviens un voyou, c’est à cause de la faim, pour nourrir ma femme, mes enfants, ma famille, ils nous poussent à ça. C’est comme un camp de concentration, un ghetto. Parce qu’on ne nous connaît pas, parce qu’on est des nomades, qu’on n’est pas sédentaires à cause de nos caravanes, les nomades font peur aux sédentaires et pourtant on ne fait rien de mal. Je suis un type droit qui veut travailler, être tranquille , élever son enfant, s’occuper de sa femme. Ici en France c’est pareil que l’ex-Yougoslavie, la guerre en moins. Dans la cité au-dessus, ils vendent du shit les gamins, on les laisse faire, moi si je prends un morceau de fer par terre, on dit que je suis un voleur ! C’est dégueulasse tout ça ! Retourner en Croatie maintenant que c’est la paix ? A Dubrovnik, c’est pareil que Saint Tropez en France, c’est que pour les touristes riches, on ne nous donnera pas de travail. Sommes-nous une race à exterminer car on ne nous donne pas à manger, le droit au travail, à l’éducation, au logement, à la santé ?

FRANCO 05 05 08 Marseille

Maintenant qu’on a des papiers, de l’argent, de quoi manger, je commence à me sentir Français, Rom et Français. J’envisage l’avenir. Si on a le terrain, de l’eau , de l’électricité, si j’ai du travail, j’aurais d’autres enfants, c’est formidable !

FRANCO 03 12 09 Marseille

Je m’appelle Irina. J’ai 32 ans. Je suis née en Croatie. Je suis la cousine de Franco. J’ai vécu toute mon enfance en Croatie sans aller à l’école, sous une tente en plastique. Nous n’avions pas de maison, de caravane. Je ne veux plus parler ni me souvenir de tout ce qui s’est passé là-bas. C’était la guerre entre les Serbes, les Croates et les Kosovars. Mon père a été tué à la guerre mais je ne veux plus en parler, je veux tout laisser derrière moi. C’était l’horreur absolue, des cadavres de partout ! Je suis partie avec ma petite sœur directement pour la France, juste avec une valise pour rejoindre mon cousin Franco. Je suis arrivée à Marseille. J’ai connu un homme qui était Serbe. Je me suis mariée à 19 ans. J’ai eu un enfant avec lui. Mon mari est retourné en Serbie et il s’est fait tué parce qu’il ne voulait pas faire la guerre. J’ai vécu et je vis dans une caravane dans la région marseillaise avec mes cousins et cousines depuis six ans, chassés de partout par les gendarmes. Je n’ai pas de papier, pas d’argent, je fais la manche pour manger, je voudrais faire un métier, comme vous, écrire, c’est bien, ou un autre métier, un vrai métier, pas la manche. Je vais aller ratisser les feuilles, ramasser les papiers qui traînent, j’aime pas qu’un camp, qu’ une habitation soient sales.
IRINA 29 05 08 Marseille

Un an et demi a passé, j’ai des papiers, le RMI, je suis bien soignée par le docteur, ça va mieux…J’ai rencontré des français, des françaises, ils sont gentils avec moi, ils m’ont rendu des services parce que je ne comprends pas toujours tout ce qui est écrit mais ça va beaucoup mieux en français, j’apprends la langue avec ma petite sœur et les enfants qui vont à l’école, ils m’apprennent, je prends leurs cahiers d’école. Un français m’a même fait la cour mais je ne veux pas me marier, je suis veuve, j’aime mon mari et puis c’est pas tout à fait les mêmes coutumes alors ça n’ira peut-être pas. Je voudrais juste dire merci à la France, je ferai tout pour elle. Elle n’aura pas honte de moi.
IRINA 03 12 09 Marseille

Nous avons campé de ci, de là…Les gendarmes nous chassent, nous restons en moyenne une semaine, un mois et toujours il faut déménager, trouver où se mettre au mieux mais toujours sans eau et sans électricité, dans des endroits souvent sales, bruyants, au bord des routes, des chemins de fer, voyez ici sous le pont de l’autoroute comme ça fait du bruit et le train qui passe à côté. Cela fait six ans qu’il en est ainsi, on ne nous donne pas de papiers français, des titres de séjours, avec ça on pourrait s’en sortir, travailler. Nous survivons de la manche et de la ferraille .

En 2006 j’ai mis au monde une petite fille, je ne l’ai pas déclaré à la Mairie, est-ce qu’elle est française si je l’a déclare à la Mairie ? Personne ne nous a dit que ça serait possible pour elle d’être française dans les administrations. Et comment ça marche les papiers, les lois françaises alors on est perdu. J’ai peur tous les jours d’un contrôle, d’une expulsion en ex Yougoslavie. Je ne suis pas heureuse d’être la maman d’une petite fille qui vit dans la misère. J’aimerais bien m’installer en France normalement, plutôt en caravane que dans une maison ou un appartement mais avec un terrain avec l’eau et l’électricité, que ma fille aille à l’école dans de bonnes conditions, qu’elle reçoive une bonne éducation, qu’elle soit française. J’aimerais essayer de travailler, j’aimerais être journaliste ou travailler à l’hôpital. Les enfants s’ennuient au camp toute la journée comme ils ne vont pas encore à l’école, ils font des bêtises, il faut toujours les surveiller. J’apprends le français par moi-même parce que la France me plaît et j’aimerais y rester. La France est belle. L’Italie aussi mais je préfère la France. Je crois en Dieu, ça m’aide, je prie, je lui demande de m’aider. Ce n’est pas juste que les Roms vivent comme ça, comment se fait-il que notre peuple soit traité ainsi ? Je vais à Marseille faire la manche toute la journée, je récolte en moyenne dix à quinze euros par jour. Les gens aussi ne nous donne pas d’argent mais nous achète de la nourriture. Avec l’argent de la manche j’achète à manger pour tous. Il y a des gens qui ne sont pas gentils, ils me disent : -va travailler ! Je leur réponds –mais je voudrais bien mais les français ne me donne pas de travail ! On reste sur le camp, on ne va pas se promener ni à la mer. Je ne veux pas que ma fille me demande de lui acheter quelque chose si on sort, ça lui fait envie, je n’ai pas d’argent pour ça. Alors nous restons ici. Entre nous. Je n’emmène pas mon enfant faire la manche, c’est dégradant, ce n’est pas la place d’un enfant dans la rue à mendier. Pour faire pitié. Je n’en veux pas aux français de nous laisser comme ça, chacun fait sa vie mais certains sont méchants. Ils disent les Roms c’est de la merde ! Des idées fausses, on ne demande qu’à vivre comme tout le monde, nous ne sommes ni des voleurs, ni des menteurs, ni des assassins. Ca m’embête de faire la manche. Je n’y vais pas tous les jours, ça me mine le moral d’avoir à tendre la main, ce n’est pas un métier ni une vie. C’est honteux. Indigne. Mon mari ramasse de la ferraille, nous n’en trouvons pas beaucoup, ça ne rapporte pas grand-chose, parfois cinquante, cents euros mais il en fait beaucoup de morceaux de fer pour avoir ces sommes. Je ne veux pas avoir d’autres enfants dans ces conditions, si ça allait mieux, oui j’aimerais en avoir d’autres. Nous faisons attention, nous n’avons pas accès à la contraception. La cousine de mon mari vient juste d’avoir un bébé, son mari l’a laissé tombé, il est parti. Nous sommes tous avec elle pour le bébé, elle ne fait pas la manche, elle s’occupe du petit, c’est nous qui l’a nourrissons et le bébé. Le groupe est très solidaire, nous partageons la nourriture et tout ce qu’il y a à partager. La semaine dernière ce n’était pas brillant, nous n’avons eu que des pattes et quelques saucisses coupées en petits morceaux dedans pour manger toute une journée, le bébé n’avait pas de lait à boire, sa mère ne peut pas l’allaiter, elle a eu une infection, nous n’étions pas fiers, heureusement une fille nous a acheté du lait et plein de choses, une française, c’est vraiment sympa, merci. Ca remonte le moral. RADOULOVICK 29 05 08 Marseille

Nous avons enfin obtenu notre statut de réfugiés politiques et donc tout a suivi, la sécurité sociale, de l’argent, une reconnaissance, le droit à rester en France. Ce fut un grand soulagement et ça va mieux, nous avons de quoi manger normalement. Reste les problèmes de logement, d’eau, d’électricité que nous n’avons pas encore et nous attendons vivement que la Mairie du 15ème fasse quelque chose, on va pouvoir rester sur ce terrain, c’est ce qu’ils nous ont dit alors on a mis une boîte à lettres et qu’ils vont installer l’eau et l’électricité bientôt. Oui c’est urgent car ce n’est pas drôle d’avoir à l’a charrier, avec une poussette de gosse je pousse de gros bidons, il faut laver les enfants, soi aussi, faire à manger et les policiers nous regardent de travers parce qu’on vole de l’eau selon eux et un peu d’électricité. Est-ce que tout le monde se rend compte ce que c’est que de vivre sans eau et sans électricité aujourd’hui ? Les gens n’y font même plus attention, tourner le robinet est pour eux machinal qu’ils n’en connaissent même plus la valeur mais pour nous c’est le dos brisé à coup sûr et des rhumes, des bronchites parfois à sortir dans le froid. Quand nous aurons notre chez nous , l’eau et l’électricité, alors ça sera une étape de plus franchit et nous pourrons commencer une vie normale, bien scolariser les enfants, être en paix, chercher du travail, partir pour l’avenir, avoir un avenir, nous sommes jeunes, des trentenaires, le vie est devant nous !

RADOULOVICK 03 12 09 Marseille

Je m’appelle Julia, j’ai 25 ans, je suis née en France, à Lille, je vivais en caravane avec ma famille. Mes parents sont morts car ils sont retournés en Croatie, il y a eut la guerre, Papa avait 55 ans, Maman 56. A huit ans, je suis venue en Belgique avec ma grand-mère, j’ai vécu en caravane, nous avons ensuite voyagé dans toute la France jusqu’à Marseille où là j’ai rencontré mon mari, un tsigane. Nous avons eu un petit garçon mais mon mari m’a laissé pour une autre femme. Il est parti Je suis seule pour élever mon enfant avec l’aide de tout le groupe. Heureusement ! Je n’ai pas toujours du lait pour le nourrir ni de couches à lui mettre. Beaucoup de français sont racistes avec nous, ils ne nous connaissent pas.

JULIA. 12 05 08 Marseille.
Je n’y comprends rien, si je suis française mon fils aussi est français, il est marqué sur le registre de la mairie mais son père ne l’a pas reconnu. Non, je n’ai pas de carte d’identité mais je suis née en France, oui à Lille. Non, je n’ai pas d’extrait d’acte de naissance, c’est quoi ça ? Non on ne m’a rien dit à la Mairie. Alors tu crois que je pourrais avoir une carte d’identité française et donc le RMI, les allocations pour le petit ? C’est une bonne nouvelle ce que tu me dis, pourquoi personne ne m’a jamais rien dit comme il faut, parce que ça se voit que je suis tsigane à mes cheveux, à ma peau, à mes yeux noirs, à ma grande jupe ? C’est joli non les grandes jupes, c’est la mode, y’en a partout dans les magasins, y’a pas que les filles Tsiganes qui en portent ! Qu’est-ce que tu dis Sarah ? C’est pas parce que c’est la tradition dans la société tsigane de se venir tous en aide que je ne dois pas avoir mes papiers et ma situation en ordre et percevoir mes allocations ! Oui tu as raison, je ne m’en rends même pas compte. J’y comprends rien mais rien de rien !

JULIA 03 12 09 Marseille

Je m’appelle Patrick, à sept, huit ans, j’ai quitté la Yougoslavie, je suis venu avec Maman en France, je n’ai jamais été à l’école, j’ai appris à parler le français comme ça, les jeunes du quartier viennent me voir, oui j’ai des copains, des copines en dehors du campement. Je me marierai quand je serai plus vieux, je fonderai une famille rom, j’espère que ma vie sera meilleure que celle de mes parents.

PATRICK 05 06 08 MARSEILLE

Ca s’arrange petit à petit, j’ai treize ans. J’aimerais bien voir la télé le soir quand on aura l’électricité pour me tenir au courant et être comme tous les jeunes et pouvoir en parler avec mes copains du quartier. Je ne sais pas si je vais pouvoir apprendre un métier, si je pourrais réussir aux examens parce que je ne connais pas assez bien le français, pour plombier, peintre en bâtiment, maçon, mécanicien, docteur on en parle même pas, faudrait qu’après qu’on soit bien installer on puisse faire de l’école en accéléré pour rattraper le retard, ici au camp, le soutien scolaire je crois que ça s’appelle.
PATRICK 03 12 09 Marseille

Ton chien il a un pantalon et un pull marron toute l’année, le même, il n’a pas besoin d’en acheter ! Ca te fait des économies ! Ca serait bien si on était comme lui, nous faut qu’on achète des pulls et des pantalons, je te jure la vie !…
MICHKA 8 ans 03 12 09 Marseille

C’est qui le Père Noël ? Et comment il fait pour descendre du ciel ? C’est comme le Dieu alors ? Tu crois qu’il va m’apporter des jouets à Noël ? Le Père Noël il n’est pas raciste avec les Tsiganes alors ? Moi j’aime bien le Dieu mais pas le Diable qui vit dans la terre, il est méchant ! Heureusement que le Père Noël est gentil…
MICHKA 8 ANS 03 12 09 Marseille

La police après nous avoir attaqué il y a quinze jours sans que nous ayons rien fait, nous n’étions que les femmes et les enfants sur le camp et ils sont venus nous faire peur an tournant comme des fous avec leur voiture, puis ils ont tapé ma petite sœur de 11 ans et emmené ma mère et ma nièce, un bébé de neuf mois en garde à vue, pour rien, ça c’est arrangé parce que la Ligue des Droits de l’Homme nous a défendu mais ils recommencent, maintenant ils passent sur la route près du camp, ils s’arrêtent, ils klaxonnent et nous disent :-« eh ! les Roumains, alors on ne tire plus de l’électricité » Ils appellent les enfants qui ont peur, nous aussi on a peur. Encore une fois nous ne sommes pas des Roumains mais des Serbes, réfugiés politiques, ça n’a rien à voir ! Ce ne sont pas des gens bien, ce sont des racistes, des fascistes ! Nous ne faisons rien de mal, ni de vol, rien du tout, on veut vivre normalement, comme tout le monde, en paix ! C’est comme pour l’accident de mon fils qui est mort à dix ans dans un accident de voiture, c’est pas clair, c’est pas la vérité ce que les gendarmes ont marqué, ils ont protégé un français qui a provoqué l’accident, parce que nous sommes des gitans, étrangers. Je veux savoir la vérité, juste la vérité ! Pour la mémoire de mon fils et avoir ma tête en paix ! Ce n’est pas normal tout ça !

IRINA 10 12 09 Marseille

Cela fait quatre ans que je suis à Marseille, je suis Roumaine. En Roumanie, une très grosse inondation a emporté nos maisons. Le gouvernement là-bas ne fait rien si on perd notre maison, il n’y a pas d’assurance. Alors si tu perds ta maison, tu n’as plus rien, tu restes au bord de la route, sans même une valise, qu’avec ta chemise sur le dos. C’est ce qui nous est arrivé à tous. Comme en Roumanie c’est pauvre, on a préféré venir en France, on s’est dit que peut-être ici ça irait mieux, que ça serait plus facile de retrouver une autre maison, alors on a prit le train sans billet, des camions en stop qui ont bien voulu nous emmener et on est arrivé à Marseille. Comme ça. Sans vraiment rien. On s’est dit aussi qu’au soleil de la Méditerranée ça serait moins difficile, que déjà on aurait moins de froid. Alors on a cherché à se loger en arrivant, d’autres Roumains étaient déjà là, ils nous ont indiqué des squats possibles, des bâtiments abandonnés où on pourrait se mettre, c’est ce qu’on a fait et maintenant on est dans celui-ci à Bougainville. C’est grand, on a pu faire un petit chez soi chacun, nous sommes une vingtaine de personnes dans ce squat. C’est pas le grand luxe, c’est un bâtiment abandonné mais on s’efforce qu’il soit propre et présentable. Nous avons tout de suite été surprit en arrivant de voir qu’à Marseille il y a de tout dans les poubelles, que les gens jettent facilement les choses alors on a récupéré notre mobilier, des tables, des chaises, des matelas, des tapis, des habits, de tout pour meubler notre squat et se mettre quelque chose sur le dos aussi. C’est même joli, on a des tapis par terre, la télé, des fauteuils, tout ça on l’a récupéré petit à petit dans les poubelles. Et puis tout ce qui était et est ferraille on le garde pour le vendre au ferrailleur qui nous donne des sous, on ne vit que de ça, avec cet argent on achète à manger et puis voilà. C’est tout. Pas de manche, rien, j’ai horreur de ça. Pas de vols, de méchancetés envers quiconque, nous sommes des gens honnêtes et droits. Nous sommes en paix dans ce squat, des associations viennent nous voir, la police nous laisse tranquille. Nous n’avons pas d’eau courante alors le Monsieur qui est en face, la station qui lave les voitures nous en donne. Il est gentil, c’est un bon français. Ce n’est pas le cas de tous, les Français ne sont pas très gentils, ils nous regardent de travers, c’est parce qu’ils ne nous connaissent pas. Pour l’électricité on se débrouille, ça va mais il n’y a pas de chauffage, on se couvre bien. Les enfants récupèrent les postes de télé, les ordinateurs dans les poubelles et ils tirent les fils de cuivre, ça se vend bien, on mange avec l’argent, c’est un travail minutieux, les hommes font la plus grosse ferraille. Nous n’avons pas de papiers français ni d’aide, ni d’allocations, pourtant il y a beaucoup de bébés ici. J’ai juste les papiers pour aller à l’hôpital, chez le docteur gratuitement. On aimerait avoir des papiers, rester en France et vivre comme les Français. Nous sommes solidaires entre tous, on partage, alors on s’en sort à peu prêt. A la Porte d’Aix une fois on s’est fait battre par des Maghrébins, ils ne nous aiment pas, pourtant on ne leur a rien fait. Ils sont mieux que nous à Marseille, ils ont de beaux commerces, nous non, on aimerait bien, moi ça me plairait bien de vendre des fruits et des légumes au marché, ça serait un bon métier.

MARIA. SQUAT BOUGAINVILLE. 18 12 09

– Je vois une belle année pour toi, pour tes enfants, ton mari. C’est le ciel qui me le dit. Donne-moi une petite pièce pour te porter chance et à moi aussi. Pour manger. Merci. Dieu te le rendra-

Parfois oui je dis la bonne aventure dans les rues de Marseille, pour trouver un peu d’argent, il faut bien manger. Parfois je lis sur le visage de la personne que j’ai en face sa vie et je le lui dis, parfois non, pour de vrai. Mais de toute façon je crois profondément que si on est généreux, attentif à l’autre dans sa vie, alors de bonnes choses nous arrive car l’on est bon.

AYA SQUAT BOUGAINVILLE 18 12 09

Je suis Roumain. Je voudrais faire vivre ma famille correctement en France, avoir un travail, un logement décent , en attendant je fais tout ce que je peux pour eux, honnêtement, dignement. La Préfecture, le Maire ne nous aident pas, Pourquoi ?

GREGO SQUAT BOUGAINVILLE 18 12 09