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Rencontres Tsiganes

LA FIN D’UNE ILLUSION 10 février 2010

LA FIN D’UNE ILLUSION

 En juillet prochain, la loi BESSON sur l’accueil et l’habitat des gens du voyage aura dix ans. En 1990, dix ans plus tôt, à l’initiative du même Ministre, la loi sur le droit au logement reconnaissait ce droit aux voyageurs et prévoyait la réalisation des aires d’accueil dans les communes de plus de 5000 habitants. Ces deux lois marquaient une évolution sensible dans l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des tsiganes voyageurs et laissaient espérer la fin des multiples formes de rejet et de conflits engendrés par l’arrivée de caravanes dans les villes et les villages.
 
Pour de nombreux voyageurs, la mise en œuvre de ces textes de lois représentait enfin une reconnaissance de leur citoyenneté et un espoir leur permettant de maintenir leur mode de vie itinérante. Soutenus par des associations et des bénévoles, ils ont tenté de faire valoir leur point de vue lors la réalisation des schémas départementaux d’accueil prévus par la loi, puis auprès des communes dans la définition des aires d’accueil. Leur point de vue a trop rarement été pris en compte et le bilan qu’ils en tirent aujourd’hui s’avère particulièrement décevant.
 
Malgré les délais successifs accordés aux Maires, sur l’ensemble du territoire, moins d’un tiers des communes se sont, à ce jour, conformées à la loi. Dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, le bilan est encore plus critique : 15% des aires d’accueil prévues sont en service et aucune aire nouvelle n’a été ouverte dans les Bouches-du-Rhône. Malgré quelques réalisations conformes à la lettre et à l’esprit de la loi de nombreux terrains sont encore mal conçus trop coûteux et situés loin des zones d’habitat. Ce comportement illégal de nombreux maires ne les dissuade pas pour autant de multiplier les pressions, les menaces, parfois même les voies de fait pour rejeter les voyageurs de leur territoire communal.
 
Les derniers échos des débats en cours au Parlement et dans les ministères ne laissent pas apparaître d’issue positive à une telle carence dans l’application de la loi. Ce sont plutôt de mesures coercitives et policières réduisant encore davantage le droit d’aller et de venir qui sont attendues dans les prochains mois. On peut donc considérer que, durant ces vingt dernières années, loin de se réduire, les manifestations de rejet et les discriminations institutionnelles vis-à-vis des tsiganes voyageurs se sont renforcées. Les multiples incidents qui surviennent à travers le pays à l’occasion de projets d’aires d’accueil en sont le témoignage et la récente délibération de la HALDE dénonçant cet état de fait n’y change rien.
 
Par-delà les illusions perdues, c’est maintenant sur le terrain des idées que les nouvelles batailles doivent être engagées à l’échelle de l’Europe et du Monde pour la reconnaissance et la défense d’une culture en danger.
 
A. FOUREST Marseille 10/02/2010