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Rencontres Tsiganes

Dans les Bouches du Rhône, on expulse à la chaîne 21 octobre 2010

Sommés de lever le camp, les gitans cherchent un terrain à Arles
Publié le jeudi 14 octobre 2010 à 08H27
Cette famille gitane qui a ses attaches locales demande à la Ville un lieu pour passer l’hiver.
La famille Gorgan est prête à quitter le terrain appartenant à la SNCF mais pour aller où?
Costume noir, cravate et panama en paille Henri Gorgan dit Toutouyo s’est mis sur son 31 pour recevoir son comité de soutien. Le gitan est aujourd’hui menacé d’expulsion, et il ne se sait vers qui se retourner pour trouver un terrain d’accueil. L’affaire est hélas symptomatique des problèmes rencontrés par les gens du voyage.
Dix ans après la fameuse loi Besson – pas l’actuel ministre mais un homonyme – Arles ne dispose toujours d’aire d’accueil des gens du voyage. « Je me suis installé sur ce terrain voici deux semaines. Les policiers de la SNCF qui est propriétaire du terrain, nous ont demandé de partir. On est allé à Barriol mais là on nous a fait partir, en nous disant de revenir ici » explique Henry Gorgan.
L’affaire se corse considérablement quant un huissier vient livrer une sommation de quitter ce terrain situé entre la Rhône et la gare. « J’ai reçu un PV de 1200 euros, et j’ai dû prendre une avocate », ajoute le patriarche qui doit comparaître cet après-midi à la barre du Tribunal de grande instance de Tarascon pour occupation illégale d’un terrain privé.
« Moi, je suis prêt à partir mais à condition que la ville me propose un terrain. Ici il n’y a rien ». Pour le président régional de l’Union française des associations Tsiganes Yoan Salles, « ce n’est pas à la SNCF de se substituer à la ville, mais au maire qui ne respecte pas la loi de proposer un terrain ». D’autant qu’Henri Gorgan revendique des racines arlésiennes.
Sa famille a été internée à Saliers, ses parents sont enterrés au cimetière des 9 Collines, et « je viens passer l’hiver ici depuis au moins 40 ans. Tout le monde me connaît à Arles ». Guigui Auboire de l’association Samudaripen voit dans cette expulsion la conséquence de la politique du gouvernement « qui mène la chasse aux Roms et aux gitans… ».
Reste à voir si la famille Gorgan sera expulsée de ce terrain. Le premier adjoint au maire Martial Roche, contacté hier après-midi explique « ne pas disposer de terrain actuellement. Mais rien n’est définitif… Je vous rappelle que nous avons aménagé un terrain juste à côté, en accord avec Voies Navigables de France qui est le propriétaire, pour une autre famille Gorgan ».
Son collègue socialiste au conseil municipal David Grzyb ajoute « que le directeur des services de la ville a pris attache avec la SNCF pour solliciter un délai ». Et il faut enfin attendre la décision de justice qui doit se pencher sur la demande d’expulsion cet après-midi.
Jean-Luc PARPALEIX (jl-parpaleix@laprovence-presse.fr)

 

Photo Nicolas VALLAURIE

Expulsion des abattoirs à Marseille

MEDinMARSEILLE
Publié le 7 octobre 2010
par Anne-Aurélie Morell
Plusieurs dizaines de caravanes, et autant de familles, ont été évacuées jeudi matin d’un terrain municipal situé à Saint-Louis dans le XVe arrondissement de Marseille. Les évangélistes s’étaient établis là depuis plusieurs mois, faute de trouver une aire adéquate leur étant réservée. La commune, qui n’est pas la seule dans ce cas, persiste à contrevenir à la loi lui imposant de mettre à disposition des « Gens du voyage » des emplacements aménagés avec eau, et électricité. Retour sur une expulsion à laquelle n’a été opposée aucune résistance, malgré la colère.
Sept heures viennent de sonner. Une quinzaine de fourgons de CRS, escortée par plusieurs voitures banalisées fait irruption ce jeudi sur la place qu’occupe une communauté de « Gens du voyage » depuis environ huit mois. Sur le site des anciens abattoirs, dans le quartier de Saint-Louis, le terrain vague qui fait face à l’Ecole de la Deuxième Chance attend toujours l’édification de la grande mosquée de Marseille. C’est tout naturellement que près d’une cinquantaine de famille y a élu domicile ; par vagues successives, au gré de précédentes expulsions.
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Quinze fourgons de CRS stationneront sur le site des anciens abattoirs, tout le temps de l’opération. © AAM/Med’in Marseille
Les « voyageurs », comme il convient de les nommer, ne se sont pas installés là de gaîté de cœur. Ni pour la vue, avec la cité de Campagne Lévêque pour seul horizon. Par nécessité plutôt. A Marseille, il n’existe qu’une aire leur étant allouée. Elle se trouve à Saint-Menet, « coincée entre voix ferrée et autoroute », précise Philippe Dieudonné, de la Ligue des Droits de l’Homme. « En zone inondable » de surcroît, elle affiche complet. Et pour cause, on n’y trouve qu’une trentaine d’emplacements, alors qu’« au moins 1 200 places » devraient être mises à disposition dans tout le département. Le financement octroyé pour la rénovation du terrain de Saint-Menet, effectuée contre l’avis des acteurs associatifs du fait de sa situation, aurait pu « servir à la mise aux normes de plusieurs autres endroits », déplore le représentant de la LDH.
Monsieur et Madame « Tout le monde »
« Nous sommes citoyens Français, de père en fils, d’arrière grand-mère à arrière petite-fille ! », annonce d’emblée Carmen Demaistre, une jeune mère de famille membre de la communauté refoulée ce matin-là. Nadia Schmitt, l’une de ses voisines, cache difficilement sa colère : « on est mis de côté, mais on est Français ! ». Une partie de sa famille et de celle de son époux, après avoir combattu pour la France en 14-18, a été déportée lors de la Deuxième Guerre Mondiale. « J’ai perdu mon père en Allemagne » confirme Fernand, le mari de Nadia. Lui-même a connu les camps d’internement à l’âge de cinq ans.
Les enfants sont et font d’ailleurs la fierté des « voyageurs ». Ils tiennent à les scolariser le plus régulièrement possible ; « mais comment peuvent-ils suivre une scolarité normale dans ces conditions ? », interroge Carmen Demaistre. Lorsqu’il y a huit jours, la communauté des « Gens du voyage » apprend son expulsion prochaine du site, ils se sentent obligés de « faire radier les enfants de l’école dans laquelle ils allaient ». Leurs enfants, ils aimeraient pourtant les voir faire des études, qui leur permettraient de s’assurer un emploi pour l’avenir. Mais étant chassés « tous les trois jours », il semble inconcevable qu’un petit ait une scolarité suivie. « Même dans les écoles on ne veut pas d’eux » pour une durée si courte. Carmen conclut, amère : « c’est la rentrée pour tout le monde, mais pas pour nous ».
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A 92 ans, Odette est la matriarche d’une famille « irréprochable ». © AAM/Med’in Marseille
La question de la sédentarisation est équivoque. « Une caravane ne coûte pas aussi cher qu’une maison », explique Nadia. Et puis toutes les « demandes d’HLM sont rejetées ou n’ont pas de suite ». Certains membres de la communauté accepteraient volontiers de rester six mois, un an, voire plus dans un même endroit. Odette, née en 1919, et sa fille évoquent l’expérience menée à Grenoble, ou un terrain de 500 m² a été attribué à des « voyageurs », qui peuvent y résider de manière permanente.
Ici, tous sont prêts à payer pour l’eau et l’électricité qu’ils consomment. Et le font déjà. En règle générale, une quinzaine d’euros par caravane est reversée quotidiennement à la commune d’accueil, en guise de dédommagement. Plus encore : « on travaille, on paye nos impôts, on paye nos crédits, on paye nos assurances, on ne fait rien de mal », dit doucement Odette l’arrière grand-mère. Les « Gens du voyage », des gens comme tout le monde ? Pas pour l’Etat ni les collectivités territoriales, apparemment.
L’illégalité change de camp
C’est par une décision de justice que la mairie de Marseille a obtenu l’intervention de la force publique afin de déloger le campement du terrain lui appartenant. Les « Gens du voyage » l’occupent de fait sans autorisation. Ils ont été prévenus par huissier de l’expulsion imminente à six heures trente, soit une demi-heure avant l’immixtion des CRS.
Cependant, la Ville et la préfecture sont les premières à ne pas respecter « la loi du 5 juillet 2000, qui au travers du schéma départemental d’accueil des Gens du voyage devrait avoir deux aires d’accueil », stipule un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme, diffusé jeudi soir. « Il faut savoir que le Préfet des Bouches-du-Rhône a été condamné par trois fois par le Tribunal Administratif de Marseille, pour non réalisation du schéma », peut-on y lire.
La dernière décision date de décembre 2009 et enjoint le Préfet à « mettre en demeure les communes de respecter leurs obligations relatives au schéma départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification ». Depuis, rien n’a bougé, malgré « une astreinte de 500 euros par jour de retard en cas d’inexécution » de l’injonction.
Faut-il préciser qu’un programme immobilier flambant neuf jouxte le terrain ? Un campement de caravanes fera donc « tâche » auprès d’éventuels acquéreurs.
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La fille d’Odette patiente, assise sur les marches de la caravane maternelle. La dernière à quitter le campement. © AAM/Med’in Marseille
Le militant de la LDH Philippe Dieudonné ne cache pas qu’« une vingtaine de communes du département a clairement dit qu’elle préférait payer plutôt que de mettre en place des aires de grand passage », sans pour autant citer de noms.
Alain Fourest, du réseau Migreurop, a tenté en vain de joindre le Préfet de Police ainsi que le docteur Michel Bourgat, adjoint au maire de Marseille en charge du dossier. « Il y a dix jours, il n’était même pas au courant de l’expulsion à venir. Je l’ai vu trois fois, et il s’est engagé à prendre en main l’affaire ».
« Il y a quinze ans on pouvait négocier, mais aujourd’hui c’est impossible », regrette Philippe Dieudonné. « On traite des « bons français » comme dit Eric Besson comme des chiens »…
Dans le même temps, on vient d’apprendre le départ de l’actuel Préfet des Bouches-du-Rhône Michel Sappin, qui prendra sous peu la tête du service de l’Inspection Générale de l’Administration. Il devrait être remplacé par le locataire de la préfecture du Var et ancien Préfet de Police de Marseille Hugues Parant. La patate chaude change de main.
Et si l’agneau montrait les dents ?
Il est vrai que l’évacuation s’est déroulée dans le calme. Pas de cris, pas de larmes, pas de coups. Pas cette fois. « C’est parce que vous êtes là, parce qu’il y a des journalistes. Autrement ils auraient tout saccagé », fulmine Carmen Demaistre en jetant un regard vers les forces de l’ordre présentes en nombre. Fernand acquiesce : « on a un peu peur qu’ils nous cassent les caravanes », comme à Lyon il y a peu. « D’habitude, ils frappent sur les portes, les fenêtres, disent « Debout ! Debout ! » ».
Nadia Schmitt a sa version pour expliquer l’impassibilité ambiante. « On a toujours eu peur des gendarmes, parce que nous sommes traqués depuis que l’on est tout petit ». Elle s’énerve : « on ne se défend pas assez, on ne fait rien du tout ». Puis se ravise : « nous sommes des gens raisonnables et pas têtus. Nous voulons bien partir, mais il faut nous dire où ».
« On ne va tout de même pas se battre avec les gendarmes ! », renchérit Alain, pasteur de son état. Il a bien été question d’installer les caravanes devant la mairie centrale pour protester, mais elles ne sont plus assez nombreuses. Vingt ont quitté les lieux la veille de l’expulsion. « Ca manque de solidarité entre nous », déplore un homme d’âge mûr.
« Destination inconnue »
En un peu plus de deux heures, le refoulement est opéré. Il ne reste plus que la caravane d’Odette, qui attend que ses petits enfants viennent la chercher. Encore faut-il qu’ils trouvent un lieu où s’établir. « On ne sait pas où aller. Partout où nous avons souhaité nous installer, il y avait des gendarmes pour nous en empêcher ».
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Malgré le départ forcé, Noé garde le sourire. « Si jamais mes futurs clients me voient… » Il est élagueur. © AAM/Med’in Marseille
En attendant que la LDH, qui « exige un moratoire pour qu’on ne poursuive plus les voyageurs installés sur les terrains publics tant que les municipalités et l’Etat ne sont pas en conformité avec la loi du 5 juillet 2000 et des décisions de justice », soit entendue, les « Gens du voyage » repartent sur les routes à la recherche d’une terre d’accueil.
Cette fois, ce sera aux alentours de l’Etang de Berre, nous dit Noé Dessemberg. Nous ne préciserons pas où. Pour l’instant, il garde la caravane d’un ami, prête à partir. Comment vont-ils se retrouver ? « Par le bouche-à-oreille ». Les personnes âgées, malades, les enfants et les femmes enceintes suivront. Jusqu’au prochain départ précipité.les abattoirs