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Rencontres Tsiganes

IN MEMORIAM 14 juillet 2011

IN MEMORIAM
 
Il y a un an, à Saint Aignan (Loir et Cher), Luigi Duquenet, un jeune français d’origine gitane, mourrait sous les tirs d’un gendarme après avoir tenté d’échapper à un contrôle. Ce dramatique accident entraînait de vives réactions de la part de la famille et des amis qui se confrontaient avec les gendarmes. Amplifié par les médias « L’affaire Saint Aignan » prenait alors des proportions considérables et donnait lieu à des récupérations politiques odieuses. Sur la base d’informations venant de seuls gendarmes, c’est l’ensemble des communautés Roms-Tsiganes qui se voyaient une fois de plus stigmatisées et utilisées comme boucs émissaires.
 
Sur les faits eux-mêmes, il a fallu attendre plusieurs mois et la ténacité d’un juge d’instruction enfin désigné pour apprendre que les évènements tels que décrits par les gendarmes étaient en partie erronés. L’enquête ouverte a conduit à la mise en examen du gendarme pour faux témoignage et aujourd’hui l’affaire suit le cours lent de la justice.
 
La mort de ce jeune alors fait l’objet d’une exploitation politique et médiatique pilotée par la Présidence de la République et qui a conduit au discours de Grenoble de sinistre mémoire. Le 21 juillet, le Président de la République Nicolas SARKOSY annonçait une réunion le 28 et il ajoutait: «Cette réunion fera le point de la situation de tous les départements et décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière »
 
Ces propos, repris et amplifiés lors du discours de Grenoble le 8 août avaient été soigneusement préparés par des circulaires des Ministres Besson et Hortefeux enjoignant les préfets à organiser la chasse aux Roms et aux Tsiganes et autres gens du voyage. Outre l’amalgame volontaire entre des groupes de personnes aux statuts et aux origines souvent fort éloignés, cette politique de stigmatisation clairement affichée à conduit à une véritable « déclaration de guerre » envers des citoyens français et/ou européens désignés comme responsables de tous nos maux et d’abord de notre insécurité.
 
Les multiples et graves condamnations de ces propos et de cette politique venant des personnalités et des instances nationales, européennes et mondiales les plus reconnues n’ont pas modifié d’une virgule la politique du Président. Comme on peut le constater chaque jour, la Police d’Etat poursuit sa mission et expulse quotidiennement les Roms et les gens du voyage le plus souvent au mépris de la loi. Aujourd’hui même, une centaine de familles Roms, chassées de toute part, campent à la porte d’Aix à Marseille. A Aix-en-Provence, Vitrolles, Avignon, Fréjus ou Hyères, des centaines de voyageurs se voient interdit de stationner et traînés en justice à la demande des maires de droite comme de gauche.
 
Le bilan de l’été 2010 fait apparaître une dramatique régression dans l’état droit et le respect des libertés individuelles en France. L’attitude de nos concitoyens devant cette politique liberticide est inquiétante. Si certains d’entre eux ont été choqués par les propos présidentiels, cette «émotion » a été vite remplacée par d’autres préoccupations. Les militants qui chaque jour manifestent concrètement sur le terrain leur solidarité avec les Roms et les gens du voyage sont trop peu nombreux aujourd’hui. En ce 14 juillet 2011 nous appelons chacun à plus de lucidité devant les dangers qui menacent nos droits de citoyen et les valeurs de la République.
Alain FOUREST
Marseille le 14 juillet 2011