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Rencontres Tsiganes

A Aix-les-Milles, le travail de mémoire se poursuit 2 août 2011

Intervention à la Fondation des MILLES

commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, hommage aux « Justes »

Je voudrais remercier,au nom de tous les membres de l’association Rencontres Tsiganes, que je représente ici, Alain CHOURAQUI de nous avoir sollicités pour participer à cette cérémonie .
Lors du premier colloque international de la jeunesse gitane à la fin des années 90 à Barcelone, Yehudi MENUHIN rappelait dans sa conférence inaugurale qu’il y avait au moins deux choses que partageaient le peuple juif et le peuple tsigane, c’était en premier l’amour et l’importance de la musique et en second, tragique, les persécutions, le génocide dont ils ont été victimes pendant la deuxième guerre mondiale, comme en témoignent aujourd’hui les deux mémorial à BIRKENAU, celui dédié aux victimes juives et celui dédié aux victimes tsiganes marquées au bras d’un Z comme Zigeuner.
De cette période, présente encore dans nos mémoires,nous retiendrons une idéologie construite sur la haine, le mépris, le rejet, la peur de l’autre, l’ignorance, le refus de l’autre dans ses droits les plus élémentaires et des actes barbares allant de la privation de la liberté jusqu’à son extermination.
Ce fut planifié, organisé avec hélas la complicité active ou passive d’une partie de la population française, son indifférence, son silence. Il y eut aussi des hommes et des femmes plus ou moins organisés qui se sont opposés, ont secouru et ont sauvé des enfants, des femmes et des hommes.
Concernant les populations tsiganes, nous savons peu de choses globalement et sur cette période particulièrement, quelques chercheurs, quelques associations ont commencé à réunir des documents d’archives, des témoignages, comme ici à la fondation des Milles et cette méconnaissance est liée certainement à plusieurs facteurs, les uns liés à l’extrême difficulté d’évoquer pour les survivants ce qu’ils ont subi, à la relative marginalisation de cette population surtout en situation de précarité et de nomadisme pour certains et au poids des représentations très négatives dont fait l’objet une bonne partie d’entre eux, mais aussi aux formes de transmission essentiellement orales de la culture tsigane. Ils ont été secourus par quelques religieux comme le Père FLEURY, des résistants, quelques civils mais ils furent peu nombreux.
Ils ont été massivement, par familles entières, conduits en camps d’internement comme celui, proche, de Salier, dans des conditions de vie indignes, malgré leur nationalité française et l’engagement dans la résistance de certains d’entre eux. Ils ont été envoyés en camps de concentration. On parle de 250000 à 500000 décès.
Que savons-nous d’eux ? Ils sont partis d’Inde au XXème-XXIème siècle vers l’Ouest. Qu’après deux siècles environ (entre le XVème et le XVIIème ) pendant lesquels, en France regroupés le plus souvent en Compagnies sous l’autorité d’un capitaine, ils ont assuré des fonctions guerrières, d’entretien et de divertissement à la demande des nobles et de leurs armées. Qu’au moment où le pouvoir féodal est combattu, ils sont pourchassés, proscrits, bannis, rejoignant les groupes d’errants, de vagabonds. Dans d’autres pays d’Europe, leur histoire n’est pas très différente, ils seront mis en esclavage en Roumanie et ce, jusqu’en 1855.
Ce qui va marquer profondément les relations depuis cette période et encore maintenant entre les groupes tsiganes précarisés et la société ce sont de part et d’autre des incompréhensions, de la méconnaissance mutuelle,  de la méfiance réciproque, de la peur et peu d’espace de médiation .
Et l’arrivée de migrants urbains et ruraux d’origine Rom venant des ancien pays de l’Est complexifie la compréhension de ces situations très contrastées et qui nécessite des réponses elles aussi diversifiées.
Mieux connaître le passé pour mieux construire le présent, pour garder mémoire et rester vigilant, sensibiliser, éduquer pour mieux vivre ensemble, nous nous réjouissons de pouvoir contribuer même modestement à cette mission que s’est donné la Fondation des Milles.
Michèle DORIVAL
17 Juillet 2011