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Rencontres Tsiganes

Une députée européenne qui s’engage 2 août 2011

« Il faut passer aux actes »

01-08-2011

Marie-Christine Vergiat appelle les élus locaux à s’emparer des fonds européens pour aider les Roms à trouver leur place dans la société française. photo LM
M-C.Vergiat, la députée européenne évoque la question des Roms.
Élue depuis 2009 députée européenne Front de Gauche pour le Sud-Est, Marie-Christine Vergiat dénonce la politique cynique de la France qui empêche les Roms d’accéder à la citoyenneté. Entretien.
Depuis 3 ans, la Commission européenne a mis en œuvre des actions en faveur des populations roms dans toute l’Europe, quels en sont ses résultats concrets ?
C’est très variable selon les pays. L’épiphénomène de l’été dernier en France a suscité l’intérêt de voir ce qui se passait concrètement dans nos pays respectifs. Le parlement européen a beaucoup poussé dans ce sens. Une majorité de députés, dont je fais partie, en ont marre du hiatus entre discours et pratiques.
Après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy et les circulaires discriminatoires adoptées, le parlement européen a voté une résolution dénonçant la situation en France, mais auparavant il y avait eu l’Italie. C’est en Hongrie où la condition des Roms est la pire. Il y a des agressions physiques avec mort d’hommes par des groupes fascistes qui interviennent dans les villages. On n’a pas l’impression que le pouvoir en place fait beaucoup pour juger les coupables. A la suite des expulsions en France en 2010, on a demandé à la Commission européenne de suivre cette affaire. Elle a mis en place la Task force qui doit faire le bilan sur l’utilisation des fonds européens par les États, initiative qui a abouti à la proposition de stratégies européennes, déclinées au niveau national, en faveur des Roms d’ici fin 2011.
L’Europe leur consacre 17,5 milliards d’euros, dont 13,5 milliards proviennent du Fonds social européen (FSE). 12 États ont des programmes de soutien aux Roms : l’Espagne, la Finlande, l’Italie, la Grèce, l’Irlande, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Slovénie, la République tchèque, la Slovaquie. Il faudrait obliger la Commission à enquêter sur place pour vérifier que les plans d’action se mettent bien en place.
Des financements européens existent afin que les États luttent contre l’exclusion et pour l’intégration des Roms, où en est la France ?
La France reçoit 4,15 milliards d’euros au titre du Fonds social européen (FSE). 1 million sert à financer des programmes en direction des Roms pour des projets coûtant 2,5 millions d’euros sur 5 ans (2007-2013). Il y a 28 projets identifiés dans 11 régions, mais aucun en Paca. Sur ces 28 projets, trois seulement concernent les populations roms venant essentiellement de Roumanie et de Bulgarie. Ces trois exemples sont des villages d’insertion, situés à Montreuil, Bagnolet et Saint-Ouen. Ils sont très controversés par le monde associatif qui leur reproche d’enfermer les Roms dans des structures où il faut montrer patte blanche pour entrer. D’autres projets existent dans la région de Nantes dans le cadre du FSE. Mais, la France ne cherche pas à cibler ces fonds européens en faveur de ces populations.
Les élus locaux, désireux de faire des choses pour les familles roms, doivent solliciter ces fonds européens. Pour les élus régionaux, il est plus facile de passer par le Fonds européen de développement régional (Feder) pour financer le logement sans passer par l’État. Je constate qu’il y a une très mauvaise coordination entre les États- nations et les collectivités territoriales, notamment en France. Le discours de Grenoble a réveillé un certain nombre d’élus français et européens. L’Europe est capable du meilleur comme du pire. Dans le cas des Roms, elle est capable du meilleur à condition que les États ne bloquent pas les mesures positives.
Les Roms roumains et bulgares sont des citoyens européens depuis le 1er janvier 2007, ils sont pourtant exclus d’un certain nombre de droits, pourquoi ?
10 à 12 millions de Roms vivent en Europe. La plupart sont sédentaires. Les minorités roms sont les premières à subir les discriminations à travers le continent, ce sont les premières victimes du libéralisme.
La France pratique une politique cynique en adoptant des clauses qui empêchent l’accès à la citoyenneté européenne, particulièrement dans le domaine du travail. Le gouvernement français utilise le racisme et la xénophobie pour masquer ses propres carences en matière économique et sociale. Si on applique les règles européennes, on doit tout faire pour accompagner ces populations vers l’intégration. Si jamais on considère qu’elles seraient mieux dans leur pays, il faudrait travailler avec les pays respectifs afin de mieux les aider à vivre chez eux.
Les Roms ne sont pas nombreux, or on leur nie le minimum d’humanité, ce sont des choix politiques et de société à changer. J’ai, à plusieurs reprises, interrogé Viviane Reding à ce sujet, je suis atterrée par ses réponses qui ne règlent pas les problèmes de discrimination. Je vais travailler avec les associations pour lui répondre point par point avec des exemples à l’appui. J’ai toujours milité pour les droits de l’Homme. L’Europe ne doit pas se contenter de discours. Il ne suffit pas d’avoir adopté la charte des droits fondamentaux et la Convention européenne des droits de l’Homme, il faut passer aux actes, car il est insupportable que les gens survivent dans ces conditions.
P.B.