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Rencontres Tsiganes

Question de Fraternité 19 février 2012

Question de FRATERNITE

Les conditions climatiques extrêmes de ces derniers jours n’ont fait qu’aggraver la précarité dans laquelle survivent ceux qui n’ont pour seul abri qu’un vieux hangar, une cabane, une tente ou même une caravane. Malgré les mesures annoncées par les pouvoirs publics et les affirmations que pas une seule personne ne doit demeurer à la rue, la réalité que les militants constatent chaque jour dans les rues de Marseille et d’Aix-en-Provence est hélas tout autre. Les images rapportées par les médias en sont la preuve. Les militants des associations qui tentent de rester en contact avec les familles Roms ne peuvent que contredire les propos officiels et constater que, pour de mauvaises raisons, la discrimination entre les sans abris est une réalité.

Les propos entendus lors du dernier conseil municipal de Marseille et les affirmations du Maire qui se flatte de faire un « sans faute » en matière humanitaire nous ont profondément choqués car à l’opposé de ce que vivent les familles et tout particulièrement les enfants. La mise en cause directe du travail quotidien des membres de Médecins du Monde auprès de ces familles démontre, par de-là la polémique politicienne, un aveuglement et un mépris inacceptable .

Malgré les propos sensés compréhensifs tenus par le représentant du Préfet des Bouches-du-Rhône lors de l’entrevue du 26 janvier dernier, sur le terrain, les expulsions se poursuivent, les contrôles policiers à l’aube, les OQTF se multiplient. Des hommes et des femmes sont renvoyés de force en Roumanie laissant parfois sur place des enfants en détresse. Quant aux harcèlements policiers, ils se poursuivent sans relâche.

Et pourtant par un arrêt historique rendu le 10 février : Le Conseil d’État reconnaît que le droit à l’hébergement d’urgence est une liberté fondamentale :  » qu’il appartient aux autorités de l’État de mettre en oeuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale… l’application de l’article L 521-2 du code de la justice administrative, est une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée ».

Une telle attitude irresponsable des pouvoirs publics locaux ne laisse pas indifférents bon nombre de nos concitoyens et pas seulement les militants associatifs. Alertés par les médias mais aussi par ce qu’ils constatent autour d’eux, ils se mobilisent pour apporter à ces familles une aide matérielle d’urgence mais aussi le témoignage d’une solidarité. Il ne s’agit pas seulement d’un geste de compassion ou de charité sans lendemain mais d’une amorce de dialogue et de compréhension réciproque, en un mot, de fraternité au-delà de toute étiquette politique ou confessionnelle.

L’accueil chaleureux autour d’un repas fait aux militants de Rencontres Tsiganes, de la LDH, d’Artriballes sur le squatt de Château Gombert à Marseille en témoigne. A peine arrivés sur place après avoir été expulsés la veille, les uns et les autres se débrouillent pour reconstruire en quelques jours des abris de fortune et y inviter autour d’un repas chaud et convivial ceux qui les ont dépannés. A la Joliette, près de l’église Saint-Martin, les membres de Médecins du Monde et du Secours Catholique sont présents quotidiennement et échangent autour du feu. On ne compte plus les gestes anonymes qui, chaque jour, à Marseille à Aix et ailleurs, démontrent que, pour nos concitoyens, la solidarité et la fraternité ne sont pas de vains mots. La société civile réagit ainsi à l’inertie coupable des pouvoirs aujourd’hui en place. Les prochains candidats, d’où qu’ils viennent devraient en tenir compte.

Marseille le 14 février 21012
Alain FOUREST