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Rencontres Tsiganes

La scolarisation des enfants Roms en question 10 mars 2013

La scolarisation des enfants rroms n’est pas tout !
Le fascisme menace.

Je crains que, si nous nous en tenions à la « scolarisation » d’enfants rroms, à Saint- Fons, à Ris Orangis ou ailleurs, nous soyons trop sensibles à des idées toutes faites et du coup, de plus en plus fausses.
Que l’on installe une classe entre deux postes de police (à Saint Fons) n’est pas, en soi, un crime. Mais c’est une lourde erreur à laquelle la mairie n’a pu échapper faute d’alternative immédiate et faute de solution durable.

Que l’on installe des enfants rroms roumains dans un gymnase (à Ris Orangis) n’est pas, d’abord, créer une classe « ethnique » (d’un même peuple). Mais c’est, en l’occurence, un véritable apartheid susceptible de nourrir une romaphobie, même et surtout après avoir ouvert les classes ordinaires aux enfants, comme on vient de le constater.
Dans les deux cas, les mairies font digression : on fait semblant d’obéir à la loi obligeant à scolariser mais, sous peu, dès mars 2013, il n’y aura plus de scolarisation parce que les familles auront été chassées. Sans stabilité, il n’y a pas de scolarisation durable. Sans avoir rassemblé les conditions d’une scolarisation pérenne (transport, cantine, accompagnement, soins…), le nombre des écoliers se tarit vite.

Certains de nous ont pu croire que la scolarisation fixerait les familles et amènerait les communes à prendre en considération les besoins de logement, d’emploi, de santé des « habitants de passage », destinés à devenir nos concitoyens accueillis. C’est
l’inverse qui se produit : on refuse d’inscrire les enfants pour n’avoir pas à accueillir les familles. Si l’on transige, sous la pression des ASET, de RESF, avec le concours actif des CASNAV, on se garde de faciliter cette scolarisation minimale, y compris quand des enseignants donnent du leur pour réussir l’accueil scolaire.
In fine, il suffit de considérer le pourcentage des enfants rroms incrits puis, ensuite, celui des enfants rroms scolarisés durablement, pour se rendre compte que la grande majorité des enfants rroms ne sont pas inscrits et, parmi ceux qui le sont, la
fidélité scolaire fléchit vite. Telle est la réalité. Bien entendu, rassembler les enfants roms à part n’améliore en rien cet état de fait déjà déplorable. Tout est question de qualité d’accueil.
Il n’y a pas lieu de confondre les politiques suivies à Saint Fons et à Ris Orangis.

À Saint-Fons, on a rouvert une ancienne école, au reste bien plus proche du terrain de Rroms que les écoles en fonctionnement. Je le sais. Je l’ai vu. J’y suis allé. Cela n’empêchera nullement l’exclusion des familles dès le début du printemps ! Quel est alors l’objectif de la mairie et de l’Éducation nationale ? Faute d’avoir le camionécole d’une ASET disponible (ce qui, là où cela se produit, est aussi une scolarisation à part, temporaire, mais destinée à préparer la scolarisation ordinaire), on pouvait, imaginer d’accueillir des enfants rroms, provisoirement, en attendant mieux, en préparant une scolarité délicate. Il n’en a rien été, puisque c’est sur la seule bonne volonté d’enseignants débutants qu’a reposé la « réussite » de cette scolarisation. Par dessus le marché, on a idéologisé des prises de position et, in fine, face aux débats,
voire aux oppositions sévères, entre gadjé amis des Rroms, les intéressés se sont retrouvés mal à l’aise pour coopérer avec tous. En outre, une brutale « descente » de police sur le terrain des Rroms, après un soi-disant « caillassage » de véhicules, par des enfants rroms, a laissé des traces ! La municipalité, prise dans ses contradictions
(scolariser sans avoir les moyens d’y parvenir de façon pérenne), reçoit tous les coups : de la part de ceux qui lui ont passé « la patate chaude » (à commencer par la préfecture), de la part de ceux qui ne veulent que l’expulsion rapide de tous les Rroms, de la part de ceux qui peuvent démontrer, sans difficulté, mais pas toujours de bonne foi, que la mairie n’a rien fait, n’en a pas fait assez ou n’en fera jamais assez.

À Ris Orangis, nous nous retrouvons dans une situation différente : le maire n’a pas échoué dans son accueil ; il l’a systématiquement refusé. Les tracts, propos publics, tergiversations, réunions publiques qu’il a, sciemment, inspirés ou animés, sont tous
de nature à faire monter l’opposition des habitants. La réunion qui s’est tenue dans la salle du Conseil municipal, avec comme objectif évident de dresser des parents d’élèves contre une décision préfectorale prise avec l’accord de l’inspection d’Académie et des enseignants concernés, est, certes, « effrayante », car elle aboutit à récuser la scolarité de dix enfants ! Il y a pire, si possible : elle a manifesté des haines dont il faut bien convenir qu’elles expriment un véritable racisme. Tout responsable politique qui engendre de pareils comportements est gravement coupable.

La période que nous traversons peut multiplier des angoisses sociales qui, comme au cours de l’été 2010, recommencent à être détournées vers des boucs émissaires et, à en juger par d’autres événements qui concernent, cette fois, des familles françaises
tsiganes (comme actuellement, à Sannois, dans le Val d’Oise), il y a, de plus en plus souvent, péril pour tous ceux qui vivent dans la précarité. Le spectacle de la misère n’engendre pas que de la compassion.

Soyons donc deux fois vigilants et solidaires : face à l’élargissement du phénomène de tsiganophobie et face au risque de nous retrouver divisés (tant sont délicates et complexes les situations dans lesquelles sont emmurées les familles rroms). Nous
pouvons nous retrouver plongés dans des drames violents.

Le 23 février 2013
Jean-Pierre Dacheux