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Rencontres Tsiganes

Goran Bregovic : « Ce qui se passe aujourd’hui, je trouve ça triste. » 19 août 2013

Il n’est pas du genre à se taire, ou à se laisser marcher sur les pieds. Il faut dire que depuis le début de sa carrière dans les années 70, Goran Bregovic en a vu de toutes les couleurs. Après avoir vécu la guerre en Yougoslavie, il a traversé le monde entier, s’enrichissant à chaque fois des cultures qu’il découvrait. Messager d’amour et d’amitié avec sa musique, Goran Bregovic est aussi un défenseur des tsiganes, des gitans et des roms, qu’il juge aujourd’hui injustement maltraités.

« Sud Ouest ». Vous clôturez ce soir la saison sous le chapiteau. Doit-on s’attendre à un feu d’artifice musical ?

Goran Bregovic. J’ai déjà joué à Marciac en 2010 et je garde un très joli souvenir de ce concert. J’espère que cette année encore je profiterai à nouveau du même enthousiasme de la part du public. Sur la scène nous serons un orchestre de vingt personnes. Nous jouerons des chansons que j’ai écrites pour le cinéma, mais aussi des titres du nouvel album « Champagne for Gypsies ». J’espère que l’on sera à la hauteur des attentes.
Une fois de plus vous laissez beaucoup de places aux chants et aux choeurs dans vos chansons…
J’aime écrire pour les choeurs masculins. Il y a une tradition de chants masculins dans toute la Méditerranée, que ce soit en Corse, en Croatie, en Albanie et même jusqu’en Géorgie. Je trouve que c’est intéressant de voir comment ces pratiques ont parcouru les kilomètres. C’est aussi pour cela que j’aime utiliser les choeurs dans mes chansons.
Comment est né l’album « Champagne for Gypsies » ?
« Champagne » est la deuxième partie de mon projet Alkohol et va sortir prochainement. C’est un moment un peu dur pour les gitans en Europe et même en France. On les expulse de partout. C’est un album fait pour boire et pour danser. Mais c’est aussi un projet qui veut rappeler que les gitans ont laissé une trace forte dans la culture. Je leur tire un coup de chapeau à travers cet album.
Vous avez collaboré sur cet album avec Stephan Eicher et les Gipsy Kings, des figures bien connues en France…

Oui j’ai souhaité inviter des gitans qui ont laissé des traces dans la culture populaire, Stephan Eicher et les Gipsy Kings en font partie. Nous avons fait une collaboration à l’ancienne, sans utiliser Internet. J’ai voyagé pour rencontrer ces artistes. Par exemple, je suis allé voir Stephan Eicher chez lui en Camargue. Je suis aussi allé en Irlande, en Roumanie, à Rio de Janeiro. C’est un disque qui a déjà parcouru un long chemin avant sa sortie et sur lequel j’ai longtemps travaillé. C’est aussi un disque qui s’est fait en buvant, en mangeant et en rigolant !

Avez-vous le sentiment qu’aujourd’hui les gitans sont mal considérés ?

J’ai l’impression, qu’une fois encore, on traite les gitans de la mauvaise façon. C’est un peuple qui a beaucoup souffert dans l’Histoire et je pense qu’ils méritent un peu plus de tolérance. Pour moi, c’est difficile de ne pas réagir quand je vois ce que font certains pays, comme la France. Pendant des siècles, elle a accueilli des gens qui voulaient échapper à leur pays, à des situations très difficiles. Que ce soit des écrivains russes ou scandinaves, des peintres espagnols, autant de personnages qui ont laissé de belles traces. Et aujourd’hui, on expulse ces mêmes personnes alors que la culture française ne serait pas aussi riche sans eux. Par exemple, quand Django Reinhardt est arrivé en France, que se serait-il passé si on l’avait expulsé du pays ? Ce qui se passe aujourd’hui, je trouve ça triste.