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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Culture/Histoire

Gagner le pari de l’intelligence 24 janvier 2017

Jacques Debot a rédigé ce texte à la suite du vote de la loi “égalité citoyenneté“ par le Parlement le 22 décembre dernier. Jacques Debot fait partie de ces citoyens intégrés professionnellement qui se reconnaissent comme Roms. «Quand vous parlez des Roms, c’est aussi de moi que vous parlez…»

Il n’est pas utile de toujours faire appel à la révolte. Il n’est pas raisonnable de demander chaque jour aux amis de lever leurs petits poings au bout de leurs petits bras, de critiquer, de maudire les gouvernements, quels qu’ils soient. Les Tsiganes, les Voyageurs, les Roms finissent par être perçus comme d’éternels mécontents, comme des ingrats, ou des idiots.

Il n’y a sans doute jamais eu un âge d’or, ni pour les Tsiganes, ni pour les Gadgés. C’est une erreur d’imaginer que nous vivons dans une sorte d’entracte qui s’éternise entre un bon temps qui aurait disparu et des lendemains qui chantent, lesquels tarderaient à arriver.

Il faut faire le pari de l’intelligence. Il faut faire appel à l’intelligence des gens. J’ai pris un peu de temps pour expliquer de manière simple le parcours d’un projet de loi qui ressemble un peu au jeu de l’oie, avec sa case départ, ses embûches, ses navettes, ses lectures et sa part de hasard. J’ai écrit quelques lignes pour expliquer comment on arrivait enfin au bout du processus législatif qui a abouti ce matin au vote d’une loi fondamentale qui met fin à ce passeport intérieur qu’était le livret de circulation.

L’enfant de Bohème qui n’a jamais, jamais connu de loi (comme dit la chanson dans l’opéra de Bizet, Carmen) s’intéresse à la fabrique du droit et des lois. L’explication de ce processus a été repris, commenté, partagé, et sur ma messagerie personnelle, j’ai reçu des demandes multiples face aux vides juridiques concrets causés par l’abrogation de la loi de 1969.

Le pari de l’intelligence est gagné. Les Tsiganes sont pour la plupart des gens intelligents, passionnés par les rapports qu’ils entretiennent avec la société, des rapports qu’ils souhaitent apaisés, dans le cadre de la loi, de la République.
Alors aux batteurs d’estrades qui entendent bien parler des Tsiganes, mais qui ne souhaitent pas vraiment parler avec les Tsiganes, je me permets de donner un conseil : Allez parler avec eux, laissez de côté les faits divers, allez leur parler du droit, des lois. Vous serez surpris de la justesse et de la qualité des questions qu’ils poseront pour vous demander d’éclairer vos propos. Faites le pari de l’intelligence.

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Une journée pour la mémoire et pour l’avenir 7 novembre 2016

On pourra regretter qu’il ai fallu de si longues années pour qu’un gouvernement reconnaisse le sort tragique fait aux “nomades“, (Gitans,  Manouches, Sintis Tsiganes etc), durant la seconde guerre mondiale.  Le discours de François Hollande  ce  29 octobre 2016 à Montreuil-Bellay  marquera une étape importante dans un  long combat . Entouré d’un grand nombre de ceux qui ont eu à subir ces représailles  insupportables, le Président de la République s’est engagé en des termes à même de leur redonner leur fierté. Il a également reconnu la pleine citoyenneté à tous ceux qui aujourd’hui encore subissent des discriminations quotidiennes.

Eh bien voilà ! Nous y sommes, ce jour est venu et il fallait que cette vérité fût dite au plus haut niveau de l’Etat : la République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame.  “14595770_587539138104441_8269842228086114006_n

Une telle reconnaissance  ne saurait cependant  satisfaire  tous ceux qui aujourd’hui encore subissent les conséquences d’une législation  condamnable et discriminante.  La loi “égalité et citoyenneté“ doit sans délai  être votée par l’Assemblée Nationale et promulguer pour ouvrir une aire nouvelle dans l’égalité des droits entre tous les  citoyens quels que soient leur culture, leur mode de vie, leurs origines. Nous savons aussi, par expérience, qu’une loi n’est qu’un outil dont la mise en œuvre nécessitera encore de longues batailles.

(1) On remarque à coté du  Président Hollande  notre amie Nelly Debard Présidente de l’ANGVC ( Association Nationale des Gens du Voyage Citoyens)

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Une Légion d’Honneur qui nous fait honneur ! 7 novembre 2016

affiche-romanes-cirque-tzigane_lightCher Amis,

J’espère que vous allez tous bien !

Le Mercredi 9 novembre 2016 à 20h30, Mme la Ministre de la Culture Audrey Azoulay remettra la Légion d’ Honneur à Alexandre Romanes, poète et fondateur du Cirque Romanès.

Alexandre et moi, nous serions heureux de vous avoir parmi nous. Il y aura des artistes invités qui lirons quelques extraits de la parution de son nouveau livre “Les corbeaux sont les gitans du ciel” à cette occasion.

Une soirée avec un extrait de notre nouveau spectacle « Si tu m’aimes plus, je me jetterai par la fenêtre de la caravane ! » se tiendra sous le chapiteau du cirque, suivi d’un buffet tzigane.

Merci de nous indiquer si vous pourrez être des nôtres !

A très bientôt, je vous embrasse avec le cœur,

Délia Romanès « La Terrible »

06 99 19 49 59

Lieu évènement : Sous Chapiteau Cirque Romanèsinvitation-le-9-nov_-alexandre-romanes

Au Square Parodi, entrée en face du 31 Bd de l’Amiral-Bruix,

A Porte Maillot ( Paris 16) – Metro : Porte Maillot (Ligne1-sortie 5)

 

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Internement des familles « nomades » dans les camps de 1940 à 1946. Le récit de Violette. 22 octobre 2016

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Voici le témoignage de Violette Vanhasebroecke, filmée en 2016. Elle y raconte ce que furent ses années d’enfermement pour sa famille, ses parents et leurs treize enfants. Son père et son petit frère ont trouvé la mort dans les camps, parce qu’on pouvait mourir de froid ou même de faim derrière ces barbelés. Comme tous les survivants des camps et leurs descendants, elle attend une parole publique qui reconnaisse la spécificité de cet internement et l’implication des autorités françaises ainsi que la mise en place d’une politique mémorielle.
https://vimeo.com/187655974

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l’invisible culture Rom 24 septembre 2016

 CAMPAGNE DE VACCINATION CONTRE LES PRÉJUGÉS
2016/2017

Cet évènement est proposé par deux associations qui chacune dans leur champ d’intervention (culturel et universitaire) mettent en commun leurs volontés de présenter à un large public, un évènement lui permettant de découvrir, au-delà des préjugés  éculés, des éléments concrets, fiables mais souvent insoupçonnés  sur l’histoire, la culture et la langue des Roms d’Europe . La question des Roms est un cas d’école pour poser à la France et à l’Europe la problématique complexe du respect des minorités, au-delà des simples déclarations d’intentions et des paragraphes des lois, car cela interroge sur une reconnaissance culturelle et sociale bien plus profonde  et radicales que les simples nuances d’expression entre cultures européennes. Elle interroge sur le destin d’un peuple originaire d’un autre continent et porteur d’une haute culture, mal compris en raison de contradictions entre cette dernière et les  idéologies dominantes au cours des siècles en Europe, donc relégué  et marginalisé pour donner la communauté si décriée que nous connaissons aujourd’hui ….  …..

Cette introduction présente  un programme d’animation culturelle de grande qualité qui se déroulera à Paris durant les prochains mois  et dont on peut  consulter le programme détaillé ci joint. linvisble-cuture-rrom

Pour notre part, ce texte conforte notre travail d’information et de sensibilisation de nos concitoyens sur la culture Rom/Tsigane .  Nous souhaitons au organisateurs de ce programme un grand  succès et nous vous tiendrons informés régulièrement de cette ambitieuse mais indispensable initiative.

DERNIERE MINUTE.

 ci joint la charte culture Gens du Voyage et Tsiganes qui vient d’être signé avec le Ministère de la culture

chatre-culturelle

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Une Euro-députée Rom 21 août 2016

Cette eurodéputée suédoise œuvre pour que le 2 août devienne une journée européenne de commémoration du génocide des Roms.

 

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ZOOM

Soraya Post, députée suédoise d’origine Rom, au Parlement européen. / Fred Marvaux / © European Union 2015 – source:EP

Son parcours suffit à déjouer les clichés. Rom par sa mère, Soraya Post, 58 ans, n’erre pas à travers le Vieux Continent comme sur les images d’Épinal. Bien au contraire, cette Suédoise native de Göteborg siège avec assiduité au Parlement européen, où elle a été élue en mai 2014 pour le compte de l’Initiative féministe, un parti suédois qui a rejoint les socialistes et démocrates (S&D).

À Madrid pour recevoir un prix à l’occasion de la journée internationale des Roms, fixée au 8 avril en souvenir de leur premier congrès, en 1971, à Londres, elle a pris la parole devant ses collègues fin mars pour présenter un projet de résolution, soumis au vote à la fin du mois à Strasbourg.

Le 2 août 1944, 2 987 Roms exterminés à Auschwitz-Birkenau

Comme de nombreux Roms, Soraya Post ose espérer que l’Union européenne (UE) fasse du 2 août une journée de commémoration du génocide rom. Aujourd’hui en Europe, seule la Pologne s’incline en ce jour au cours duquel, en 1944, 2 987 Roms furent exterminés dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau.

« Il est temps que les Roms obtiennent une reconnaissance de leur génocide », dit Soraya Post (23 000 Roms, dont 6 000 enfants, ont été emprisonnés à Auschwitz-Birkenau ; au total 500 000 Roms ont péri dans les camps de la mort).

Retour sur les bancs de l’école à 53 ans

Soraya Post a acquis un savoir-faire en matière de reconnaissance. En 2000, sa mère a obtenu grâce à elle une compensation de 18 000 € de l’État suédois. Quarante ans plus tôt, une assistante sociale l’avait forcée à avorter de son troisième enfant après sept mois de grossesse. « Ils ont dit à ma mère, si vous voulez garder vos deux enfants avec vous à la maison (Soraya Post et son frère, NDLR), vous devez avorter », raconte Soraya Post.

Dans un deuxième temps, sa mère avait été contrainte à la stérilisation, comme son époux, un marin allemand, rencontré lors d’une escale en Suède. L’ensemble avait créé un tel traumatisme que c’est Soraya qui a conduit toutes les démarches.

Au travail dès l’âge de 17 ans – dans un débit de journaux, de cigarettes… – Soraya Post a repris des études à l’âge de 53 ans. « Je suis un modèle et un espoir pour de nombreux Roms, estime-t-elle. C’est tellement faux de dire que les Roms ne veulent pas être intégrés. »

MARIANNE MEUNIER

 

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Zinzinement vôtre : Accueil des Roms en Paca 17 juillet 2016

Merci à Nicolas Furet de Radio Zinzine pour son émission, Accueil des Roms en PACA, consacrée à   » Tous en fête avec les Roms », manifestation qui a eu lieu le 11 juin 2016 à Gardanne :

http://www.zinzine.domainepublic.net/?ref=2471

 

Gardanne 11 juin 2016 - Photo Jean Barak@ jean Barak

 

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Sur l’aire de Saint Menet : un air d’opéra. 28 juin 2016

Opé&ra à saint Menet

Samedi 11 juin au soir, une surprise attendait les voyageurs installés sur l’aire de Saint-Menet à Marseille. L’arrivée de  quelques personnes portant de drôles  de cartables  a intrigué les nombreux enfants présents sur le site . Puis des chaises et des bancs ont été installés entre les caravanes.  L’attente était longue et les questions nombreuses.  Puis les nouveaux arrivants s’installent et sortent de drôles d’instruments de musiques de leurs étuis. Au début c’est curieux ils soufflent chacun à leur tour puis tous ensemble dans leurs  instruments. Chut ! il faut faire silence . C’est Pierre qui commence  puis, peu à peu, tous les animaux  se font entendre.  Pierre arrive enfin a attraper le loup . On a eu peur. Heureusement il avait une grande paëlla qui nous attendait.

 Bravo les artistes !!!!

A propos
L’aire d’accueil des gens du voyage de Saint-Menet à Marseille est l’une des rares à bénéficier d’un centre social permanent, lieu d’échange et de vie où tsiganes, rroms et gadjé se côtoient.

Air(e) d’Opéra est à la fois une soirée musicale organisée sur une aire d’accueil et un programme qui participe à l’ouverture du champ culturel et artistique en créant
du lien social.
Les musiciens issus d’une formation de l’Orchestre Philharmonique de Marseille, le service d’animation du centre social de l’aire d’accueil des gens du voyage de St Menet, la médiathèque de la Penne sur Huveaune et le Pôle d’Information Carré Culture, accompagnent les familles de l’aire d’accueil et le public sur des temps d’échange, de partage et d’ouverture en vue du rassemblement
Air(e) d’Opéra qui cette année donnera lieu à un concert-lecture autour du conte musical Pierre et le Loup de S. Prokofief

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Déclaration du 16 mai 2016 à Saint DENIS 20 juin 2016

Déclaration d’Indépendance et d’Amour proclamant la naissance du « Mouvement
du 16 mai »

Prononcée sur scène, par 50 Rroms et Rromnia, le 15 mai 2016, lors de la Fête de
l’Insurrection Gitane sur le parvis de la Basilique de Saint Denis.

Nous, Rroms, sommes beaux.
Mais partout votre monde nous enlaidit.
Sur vos trottoirs, dans vos prisons, dans les bidonvilles que vos États nous font,
Votre monde nous enlaidit sauf dans vos rêves, dans vos cirques, sur vos scènes,
ou dans vos films,
Votre imagination est notre espace politique. Il n’y a que dans vos rêves que nous
sommes libres.
Nous ne vous apparaissons jamais qu’avec un masque pour vous plaire ou nous
soumettre.
Ce jeu est si vieux qu’à vous comme à nous il semble naturel
Et même lorsque les États tentent de nous détruire, c’est toujours devant vos
propres juges que vous les faîtes comparaître. Et tous sont absous.
Et à la fin, dans vos tribunaux, même nos morts sont toujours présumés
coupables.
Raymond Gurême, notre grand-père à tous, a survécu au « génocide des
tziganes »
Il nous fait l’honneur, encore cette année, d’être avec nous à cette fête de
l’insurrection gitane. Il est pour nous un exemple, un héros !
Lorsqu’à son âge, il est battu chez lui par des policiers, le procureur classe sa
plainte et fait sur lui peser la suspicion : parce qu’étant ce qu’il est c’est bien qu’il a dû
mérité ces coups de bâton.
Il y aussi tel grand historien de l’ « holocauste », Gunther Levy, ou tel haut
fonctionnaire du conseil de l’Europe qui formulent l’étrange hypothèse raciste que la
cause de la violence qui nous est faite serait en nous.
Même lorsque les Etats tâchent de soigner le mal que vous voyez nous ronger la
vie :, la vieillesse au visage d’une jeune maman, l’infection du foi d’un fils qui meurt à 26
ans, les poumons de jeunes filles empoisonnées par le voisinage d’une usine de béton, le
cadavre carbonisé d’un nourrisson dans la misère de vos villes , c’est avec l’idée que la
source de ce mal est en nous, et que pour le soigner, il vous faudrait nous faire cesser
d’être nous-mêmes. C’est ce qu’on appelle l’intégration, qui est une autre manière de
nous détruire.
Il suffit de regarder : plus les politiques publiques d’intégration croissent en
intensité, plus les nôtres souffrent partout en Europe. Mais désormais nous savons, ce
n’est pas en nous qu’est la source du mal dont nous mourrons. Et à mesure que nos
souffrances progressent, vos monstres politiques apparaissent : vos barbelés, vos
polices des frontières, les camps de concentration en Grèce où vous gardez des réfugiés.
Même la mer méditerranée qui vous a enfanté devient un charnier. Et soyons surs mes
frères et mes soeurs Rroms, que ce dont meurent les enfants, les femmes et les hommes
qui arrivent d’Afrique ou de Syrie, c’est du même mal que nous. Nous mourrons tous de
cette Europe !
Aujourd’hui, en mémoire de la révolte des Femmes et des hommes qui se sont
soulevés le 16 Mai 1944 dans les camps des « familles tziganes de Auschwitz IIBirkenau
», nous, Hommes et femmes Rroms vivants, déclarons la création du
« Mouvement du 16 Mai »
Le « mouvement du 16 Mai » est une organisation politique Rrom autonome, une
médecine par quoi nous avons décidé de soigner nous mêmes le mal dont nous
souffrons. Nous vous sommes grès de vos médecines mais elles nous ont jusqu’ici été un
poison. Notre santé ne dépend que de nous. Nous savons désormais que ce n’est pas à
vous imitant que nous irons mieux, car nous savons que vous aussi êtes malades.
Quand nous nous serons lavés de la laideur, soignés des cicatrices que votre racisme,
votre violence, votre pitiés ont marqués sur nos peaux, c’est vous qui voudrez nous
ressembler, et pas seulement en portant nos jupes et nos chapeaux. Vous voudrez
ressembler à ce que nous sommes et tels que vous ne nous avez jamais vus. De notre
santé dépend aussi la votre. Car si nous sommes ceux qui souffrent, le mal est parmi
vous.
C’est pourquoi le Mouvement du 16 Mai est une déclaration d’indépendance et
une déclaration d’amour. La nuit du 2 Août 1944, quand 2000 Femmes hommes et
Enfants Rroms ont été instantanément détruit par le gaz, l’instant d’avant, dans
l’antichambre, un membre du réseau de résistance de Birkenau qui survivra a vu, et
raconté ce qu’il décrit comme « un spectacle inhabituel qu’il n’avait encore jamais
observé dans cette horreur, des hommes serraient passionnément leur femme dans un
ultime étreinte, et donnaient ainsi adieu à l’être le plus cher qu’ils avaient au mondecomme
à leur propre existence. »
Cet amour-là, c’est ce que nous appelons le « soulèvement de la vie nue », c’est
l’acte politique à quoi nous voulons être fidèles, c’est la promesse à quoi nous voulons
être tenus. C’est au coeur de cette nuit éternelle que le Mouvement du 16 Mai, la Fête de
l’insurrection gitane et tout le mouvement international Rromani Resistance veut porter
le présent. Depuis ce point irradiant la nuit d’intensité amoureuse, Nous les rroms
sommes désormais éternellement vivant et debout !

Une histoire oubliée 19 juin 2016

Notre ami Sasha Zanko nous fait parvenir ce morceau d’histoire récemment mis à jour .

Qui étaient les Tcherkesses caucasiens du Jardin d’Acclimatation ? Julien Radenez (Mai 2016)

Le Jardin d’Acclimatation, situé à Paris entre la porte de Neuilly et la porte des Sablons, était un jardin zoologique (de 1860 à 1950) et ethnographique (de 1877 à 1931). La Société zoologique d’acclimatation, fondée en 1854 par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, avait pour but «de concourir à l’introduction, à l’acclimatation et à la domestication des espèces d’animaux utiles ou d’ornement ; au perfectionnement et à la multiplication des races nouvellement introduites ou domestiques.» [Règlement constitutif, article 2]. Le Jardin d’Acclimatation servait à la fois de terrain d’études (pseudo-) scientifiques et de parc de loisirs. Animaux sauvages et humains exotiques étaient même présentés au public dans leur milieu supposé naturel ou culturel. A la fin du 19 ème et au début du 20 siècle, les exhibitions ethnographiques attiraient des millions de visiteurs. Dans un article du Monde diplomatique, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire résument : «L’apparition, puis l’essor et l’engouement pour les zoos humains résultent de l’articulation de trois phénomènes concomitants : d’abord, la construction d’un imaginaire social sur l’autre (colonisé ou non) ; ensuite, la théorisation scientifique de la “hiérarchie des races” dans le sillage des avancées de l’anthropologie physique ; et, enfin, l’édification d’un empire colonial alors en pleine construction.» [Ces zoos humains de la République coloniale, 2000]. Les indigènes, aux rôles de barbares (étrangers), se mettaient en scène face aux spectateurs, photographes et cinéastes. En réalité, tous étaient engagés et rémunérés comme figurants ou acteurs. Dans les villages reconstitués, on trouvait aussi des populations proches voire locales. Elles étaient préjugées archaïques et marginales, néanmoins civilisables et intégrables.

En mai 1913, le Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France relata «l’arrivée, au Jardin d’Acclimatation, d’une caravane de Tcherkesses caucasiens». Ces Tcherkesses (Circassiens), visiblement nomades, campaient sous de grandes tentes. Les hommes pratiquaient la chaudronnerie, l’étamage et le rétamage ; les femmes lisaient les lignes de la main. Les jeudis et dimanches, ils montaient sur les planches du Kiosque à Musique pour un concert en plein air. Un chroniqueur du Magasin pittoresque suggéra que ces musiciens, chanteurs, danseurs étaient des artistes professionnels. En juillet 1913, Adolphe Bloch, anthropologue physique et racialiste, écrivit : «La caravane tcherkesse se compose d’environ 60 individus, hommes, femmes, jeunes filles et enfants de tout âge, qui provenaient des montagnes du territoire russe de Kars, du côté de Batoum, au Sud-Ouest du Caucase; mais cette variété de Tcherkesses était primitivement établie au Nord de la chaîne, dans le gouvernement de Terek, d’après ce que me disait leur interprète. Etant quasi-musulmans, les Tcherkesses, après leur défaite par les Russes, en 1864, s’étaient retirés en grande partie sur le territoire de Kars, qui, avant l’année 1878, faisait encore partie, avec Batoum, de la Turquie d’Asie. L’on me disait aussi qu’il y avait dans la troupe un certain nombre de Tatars. Je demandai donc à voir principalement les Tcherkesses ; mais, remarquant l’intérêt particulier que je prenais à examiner et à mesurer les Tcherkesses seuls, les Tatars voulurent tous se faire passer pour Tcherkesses. Qu’est-ce qu’un Tatar? Aujourd’hui ce terme est plus spécialement appliqué (surtout par les savants russes) à certaines populations parlant la langue turque et appartenant, pour la plupart, à la race turque de la Sibérie, du Caucase ainsi que de l’Est et du Midi de la Russie d’Europe. A cela rien d’étonnant du reste qu’il y ait des Tatars dans la troupe du Jardin d’acclimatation puisque quelques-uns d’entre eux sont mariés à des femmes tcherkesses, mais les descendants, issus de ces mariages, ne sont naturellement plus d’une pureté absolue, à moins de tenir entièrement de l’un ou de l’autre des ascendants. Ces Tatars ont le type caucasique avec les yeux bruns, les cheveux et la barbe noirs, mais ils ont une peau quelquefois jaunâtre, tandis que les Tcherkesses purs ont la peau très blanche, les cheveux châtain-foncé, et les yeux grisâtres ou marron plus ou moins clair ; le nez est droit et nullement sémitique; leur taille est moyenne (un seul avait environ 1 m. 75). Les femmes et les jeunes filles paraissent être généralement de pures Tcherkesses, car elles ont aussi la peau très blanche, les cheveux châtains et les yeux plus ou moins clairs, même tout à fait bleus chez deux d’entre-elles. Il y a parmi ces Circassiennes de beaux types, ainsi que l’avaient déjà remarqué les voyageurs qui visitèrent les Tcherkesses dans leur pays d’origine. Elles dansent et chantent, dans leur costume national, sur une estrade disposée à cet effet. Je n’ai pu en mesurer que trois car les autres s’y opposèrent, non par timidité, mais par superstition. Ces 3 femmes âgées de 15, 35 et 42 ans ont un indice céphalique de 82,45 – 81,62 – 75,14 (moyenne 79,73). Quant aux hommes, sur 9 individus que je suppose être de véritables Tcherkesses, et âgés de 14 à 82 ans, l’indice céphalique est de 84,74 – 74,55 – 79,47 – 85,96 – 74,87 – 78,35 – 82,12 – 73,82 – 80,51 (moyenne 79,50). L’indice céphalique moyen chez les Tcherkesses est donc moins élevé, dans les deux sexes, que chez les mêmes Caucasiens du Nord mesurés par d’autres auteurs ; mais outre que la brachycéphalie n’est pas générale dans tout le Caucase, la différence chez ces Tcherkesses peut être due à l’influence du changement de milieu, le climat du Sud de la montagne n’étant pas le même que celui du Nord. Les autres caractères anthropologiques des Tcherkesses ont pu également se modifier par le changement de climat. Ainsi un voyageur allemand Reineggs qui visita les Tcherkesses dans leur habitat primitif, vers la fin du XVIIIe siècle, remarqua qu’il y avait un grand nombre de femmes qui étaient rousses, et nous croyons que cette couleur de la chevelure était un caractère atavique rappelant leur origine rousse ou blonde. Les enfants ont le teint blanc comme les mères. Leurs yeux, comme d’ailleurs ceux des adultes, présentent des colorations très variables, mais pouvant, presque toutes, se rapporter à des teintes plus ou moins claires de l’iris, bleu ardoisé, jaunâtre ou jaune verdâtre, etc. Il existe souvent aussi des taches brunes sur la surface de l’iris ou au pourtour de son grand cercle le reste de la membrane étant plus clair. Les anthropologistes russes ont particulièrement insisté sur cette variété de coloration des yeux chez les peuples du Caucase. Il y avait, parmi les enfants, des nouveau-nés au Jardin même, mais sur aucun d’eux l’on ne cherchait à déformer le crâne, la tête étant entièrement découverte. Au Jardin d’Acclimatation les Tcherkesses campent sous la tente, mais chez eux ils ont bien des maisons en bois et même en pierre, dit-on, dans des villages appelés aoule, situés dans la montagne. Chaque village est composé de petites tribus comptant généralement trois familles, chaque famille étant formée de trois frères mariés et de leurs enfants (d’après ce que disait l’interprète).[De l’origine et de l’évolution des peuples du Caucase à propos des Tcherkesses actuellement exhibés au Jardin d’Acclimatation]. L’enquête historique révèle que les Tcherkesses caucasiens du Jardin d’Acclimatation étaient Roms. Il s‘agissait des familles Maximoff, Filipoff, Koudakoff, probablement aussi Kalmikoff et Sotnikoff. Stationnées sur un terrain vague de la banlieue parisienne, elles ont été recrutées par un entrepreneur du spectacle. L’écrivain Mateo Maximoff, petit-fils de Jono Maximoff, publia un récit des événements :«On nous a conduits dans un endroit appelé le Jardin d’acclimatation. Il y avait là des animaux de toutes sortes ; c’était un zoo. Au fond, il y avait également un parc d’attraction, avec de vastes hangars entourés de palissades ; c’est là que nous avons installé nos roulottes et nos tentes. Dans les autres hangars, il y avait d’autres gens appartenant à des peuples d’Asie ou d’Afrique, et tous les jours, surtout quand il faisait chaud, des milliers de visiteurs venaient nous voir.[…]y avait aussi une baraque dans laquelle nos femmes lisaient les lignes de la main. Dans un autre coin, nos marteaux résonnaient sur nos enclumes et nos forges primitives restaient toujours allumées.» [Dites-le avec des pleurs,1990]. En octobre 1913, les familles Maximoff, Filipoff, Kudakoff, Kalmikoff, Sotnikoff, Demeter, Tsuron et Kadar séjournaient dans la banlieue londonienne, à Ilford, Leyton et Whitechapel. Eric Otto Winstedt insinua qu’elles parcouraient la France et l’Angleterre depuis des années [Coppersmith Gypsy notes, Journal of the Gypsy Lore Society volume 8,1914-1915]. A partir des archives photographiques et cinématographiques, Sasha Zanko identifie ses grands-parents Jono et Yipunka Koudakoff. Alexandre Zanko, alias Jono (Yochka) Koudakoff, est né en 1888 à Kamenets-Podolski (Podolie, Ukraine). L’appellation britannique «Galician Gypsies» (Tsiganes Galiciens) est concordante avec la Podolie et compatible avec le Caucase, territoires de l’Empire russe. L’historienne Henriette Asséo attire l’attention sur les sources documentaires et synthétise : «Nous pouvons reconstituer l’existence tumultueuse des vitsa, des Roms de Galicie grâce aux recherches de Jerzy Ficowski mais surtout aux archives de la Gypsy Lore Society conservées à Liverpool. L’arrivée entre 1905 et 1914 des “Gypsy coppersmiths”, composés de quatre familles de Tsiganes de la Galicie polonaise a été journellement suivi par les enquêteurs de la Gypsy Lore Society. On peut aisément compléter les dossiers par des archives polonaises, anglaises, françaises, italiennes ou belges. Peu nombreux mais doués de l’ubiquité que confèrent des déplacements incessants, ces Tsiganes grands voyageurs ont fait l’objet d’un intérêt tout particulier, en laissant derrière eux une somme considérable de témoignages. En croisant ces témoignages avec l’ensemble des archives, il est possible de reconstituer une sémiologie des contacts sur deux décennies de pérégrinations. Ces groupes ne cherchaient nullement à dissimuler ce qu’ils étaient et “l’exotisation assumée” fut un facteur d’inclusion sociale à une époque où la variété ethnographique européenne était non seulement tolérée mais recherchée.»

 

 

[Izydor Kopernicki et les Roms de la Galice polonaise,Etudes Tsiganes n° 48-49,2011].

Galician Gypsies (British Pathé) http://www.britishpathe.com/video/gallican-gypsieshttps://www.youtube.com/watch?v=6WQOf_S-cqI Fred Shaw Photographs (University of Liverpool Library) http://sca-arch.liv.ac.uk/ead/search/?operation=full&recid=gb141smgcshaw