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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Devoir de Mémoire

Rencontre avec un admirable Grand-Père 19 juin 2011

 Avec Isabelle Ligner qui l’a accompagné dans l’écriture du récit de ses aventures, Raymond Gurême nous à tous subjugué par sa simplicité et sa  manière de raconter les plus dures moments de son existence. Comme il le constate, cette période dramatique de l’histoire de France est de retour avec les discours de l’été et la politique menée envers les Tsiganes et les Roms en France et dans le reste de l’Europe.

INTERDIT AUX NOMADES

Un Tsigane parmi les Résistants d’hier et d’aujourd’hui aux Glières

Par Isabelle Ligner
C’est sur une estrade de fortune et sous une pluie battante que Raymond Gurême, voyageur de 85 ans, a pris la parole le 14 mai aux côtés de grands résistants comme Stéphane Hessel, ancien ambassadeur et auteur du best-seller « Indignez-vous ! », qui a eu le mérite de réveiller les consciences en France et à l’étranger, inspirant notamment le mouvement actuel des Indignés en Espagne, en France ou en Grèce.
Cela se passait sur les lieux d’un des maquis français les plus connus, les Glières (Savoie), et a permis à Raymond Gurême de réclamer la fin des politiques frappant les plus fragiles dans la société et notamment les éternels bouc-émissaires, les Roms et les Gens du voyage.
Après avoir lu « Interdit aux nomades » (Calmann-Lévy), l’ouvrage qui retrace le parcours de M. Gurême, les organisateurs du rassemblement des Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, Didier Magnin et le réalisateur Gilles Perret, avait tenu à trouver une place de dernière minute à ce voyageur, dont la famille fut broyée par le rejet et l’arbitraire. Ce en solidarité avec les Roms et Gens du voyage et afin de dénoncer les violentes déclarations gouvernementales prononcées depuis l’été 2010. Celles-ci ont débouché sur de multiples expulsions de terrains et toujours plus de discriminations.
Sur la tribune, sur laquelle il bondit d’un coup de rein devant 3.000 personnes médusées et une forêt de parapluies, Raymond Gurême a pu dire quelques motsà propos du traitement indigne que les Tsiganes ont eu à subir de la part des autorités françaises par le passé et faire le lien avec les discriminations qui les frappent actuellement.
Gilles Perret a rappelé le parcours de Raymond Gurême: français, interné avec toute sa famille à 15 ans dans un « camp pour nomades » par les autorités françaises, évadé, résistant, déporté vers des camps de discipline en Allemagne puis à nouveau évadé, membre des FFI pendant la Libération de Paris et jusqu’à la capitulation allemande. Puis, malgré le froid, l’humidité, l’émotion s’est installée lorsque Raymond Gurême a pris le micro pour rappeler les persécutions passées et exprimer son inquiétude pour le présent et l’avenir des Voyageurs: « Ce que j’entends actuellement me rappelle Vichy », a-t-il lancé sous les applaudissements. « Je ne voudrais pas que cela recommence parce que l’on est Gitans et pauvres… ».
Son intervention a servi de préambule à la lecture de l’appel de Thorens-Glières lancé officiellement par les premiers signataires, une douzaine de résistants dont Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Marie-José Chombart De Lauwe, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Déportation, Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, Georges Séguy, Henri Bouvier, Léon Landini, Pierre Pranchère, Odette Nilès, ex-fiancée de Guy Moquet, Charles Paperon.
Cet appel concerne tous les citoyens, donc les voyageurs, puisqu’il demande aux candidats aux élections présidentielle et législatives de 2012 de renouer avec le « vivre-ensemble » et de défendre le socle des conquêtes sociales du Conseil national de la Résistance, systématiquement démantelées ces dernières années.
« Il est aujourd’hui concevable de définir un nouveau programme de la Résistance pour notre siècle » estiment les Résistants dans ce texte lu sur la tribune de Thorens-Glières, sous les applaudissements. « Au lieu de cela, le débat public qui s’annonce avec l’ élection de 2012 semble privilégier les manoeuvres politiciennes au service d’intérêts particuliers sans traiter: des causes politiques des injustices sociales, des raisons des dérégulations internationales, des origines des déséquilibres écologiques croissants ».
Afin de « garantir l’égalité », l’appel préconise de « reconstituer les services publics et institutions créés à la Libération pour aller vers une véritable démocratie économique et sociale » et insiste sur le « droit à la santé pour tous, droit à une retraite, droit à l’éducation, droit au travail, droit à la culture demeurent les seuls véritables garants de l’égalité républicaine. Une égalité qui n’a de sens que dans le respect du droit des étrangers. »
Afin de « garantir la liberté », le texte souhaite que les législateurs puissent « approfondir la forme républicaine du gouvernement afin de séparer clairement les pouvoirs et renforcer la démocratie parlementaire au détriment de notre régime présidentiel personnalisé » et « garantir la qualité du débat démocratique et la fiabilité des contre-pouvoirs, en assurant à nouveau la séparation des médias et des puissances d’argent, comme en 1944. »
Afin de « garantir la fraternité », l’appel préconise de « travailler les coopérations avec les peuples et les pays, en refusant l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Favoriser résolument des solutions soutenables pour les équilibres écologiques, dans les limites de développement compatibles avec la survie humaine. Ecarter de la marchandisation totale les besoins vitaux de l’être humain comme l’eau, la nourriture et l’énergie. »
« Il est temps de bien vivre ensemble, dans la haute nécessité de l’épanouissement du plus grand nombre et d’offrir une perspective d’avenir prometteur aux jeunes générations », a lu Stéphane Hessel devant une foule enthousiaste à l’idée d’inventer « de nouveaux jours heureux ».
Après la lecture de cet appel, Raymond Gurême a tenu à saluer au micro « ceux qui ont résisté aux Allemands et à la milice française, qu’ils aient sauvé leur peau ou non ».
La suite de l’après-midi, toujours sous un déluge, a été l’occasion d’échanges fructueux et de belles rencontres. Sous la « tente » aménagée de la librairie « Préface » de Bonneville, Raymond Gurême a dédicacé son livre à une cinquantaine de personnes, touchées par son histoire et l’énergie qu’il déploie pour lutter contre les préjugés et assurer un meilleur avenir aux générations de voyageurs qui viennent après lui.
Le rassemblement des Glières fédérait une nouvelle fois cette année des « Citoyens résistants » actifs dans différents domaines comme Alain Refalo, chef de file des désobéisseurs de l’Education nationale, l’urgentiste Patrick Pelloux, l’économiste Frédéric Lordon ou le président de la Ligue des droits de l’Homme Jean-Pierre Dubois.
Ce dernier a fustigé le lendemain sur le plateau des Glières et sous la neige « le discours insupportable sur l’identité nationale aux relents vichyssois » prononcé par Nicolas Sarkozy » sur le lieu même « où la barbarie nazie avait massacré ceux des Glières ».
« N’attendons pas que l’histoire se répète », a-t-il martelé. « Nous savons que nous ne sortirons de cette grave crise sociale et démocratique que, soit à gauche par la solidarité et l’égalité, soit à l’extrême-droite par le chacun pour soi et la compétition à outrance ».
Cofondatrice de l’Organisation contre la torture en Tunisie et figure de la récente révolution du jasmin, l’avocate tunisienne Radhia Nasraoui a pour sa part invité les Citoyens résistants à passer de « l’indignation », prônée par Stéphane Hessel, à la « révolte ». « Je vois qu’ici aussi vous avez besoin d’un régime vraiment démocratique, parlementaire…Vous avez besoin aussi d’institutions qui oeuvrent dans l’intérêt de tous les citoyens, et pas uniquement pour une classe bien déterminée », a-t-elle lancé.
Le rassemblement et l’association Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui sont nés de l’exaspération engendrée par la « récupération » du plateau des Glières par le candidat Sarkozy durant la campagne électorale de 2007. Depuis, les effectifs du rassemblement ne cessent de croître.
Dans un communiqué, l’association a dénoncé le fait que le président de la République soit venu mardi 31 mai « faire son rituel show médiatique » sur le Plateau des Glières, y voyant une nouvelle fois, un « détournement manifeste du prestige du maquis des Glières à des fins strictement personnelles ».
Quant à Raymond Gurême, il espère pouvoir participer à nouveau l’année prochaine à cette mobilisation citoyenne qui a tendu la main aux Roms et Gens du voyage par son intermédiaire. Il souhaite aussi, à terme, une meilleure reconnaissance du rôle méconnu des voyageurs dans la Résistance alors qu’il vient d’essuyer un énième refus de l’administration française concernant le statut de déporté/résistant. Ce refus est notamment basé sur une décision de justice d’un tribunal nazi de 1943, qui l’avait condamné pour le « vol » d’un camion de vivres, qu’il a remis à un réseau de Résistants, près d’Angers. Par un raisonnement pour le moins curieux, l’administration française actuelle le considère donc comme un voleur et non comme un Résistant, sur la base d’un jugement nazi.

Un témoigage plus que jamais indispensable 28 mai 2011

Notre association s’est donnée pour but d’informer nos concitoyens sur l’histoire et la culture du peuple tsigane afin de mettre en question les multiples préjugés qui trop souvent conduisent à des conflits dommageables pour tous. La création récente d’un centre d’information et de documentation sur la culture tsigane à la disposition du public répond à ce but.
Le témoignage précieux et direct d’un homme qui, avec sa famille a été, sur ordre de l’Etat français, enfermé dans des camps durant la guerre de 1940 est l’occasion d’un travail de mémoire et de nous rappeler au respect des principes républicains de liberté et d’égalité.

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A l’occasion de la publication de son livre « interdit aux nomades » nous recevrons Raymond GURÊME pour un débat
 
JEUDI 16 juin à 19h au Centre le Mistral
11 Impasse Flammarion 13001 Marseille
Nous serions heureux de votre présence.
Le président
Alain FOUREST

Pièces jointes

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Interdit aux Nomades : un témoigage à ne pas manquer 8 mai 2011

Paris, le vendredi 6 mai 2011 à 19h à la Médiathèque Fnasat
Rencontre, signature à l’occasion de la parution aux éditions Calmann-Lévy du livre  » Interdit aux nomades  » le témoignage de vie de Raymond Gurême, recueilli et écrit par Isabelle Ligner
 
Présentation et rencontre avec les auteurs
Médiathèque Fnasat-Gens du voyage-Etudes Tsiganes, 59 rue de l’Ourcq, 75019 Paris

Pièces jointes

A Berlin, le Bundestag commémore  » l’Holocauste oublié  » des Roms et des Sintis 4 février 2011

Le Bundestag a vécu, jeudi 27 janvier, une séance exceptionnelle. Pour la première fois de son histoire, le Parlement allemand avait invité un représentant de la communauté rom à s’exprimer devant les députés et les membres du gouvernement, y compris Angela Merkel, assise pour l’occasion au premier rang.
Il s’agissait de commémorer  » l’Holocauste oublié  » : celui dont furent victimes sous le IIIe Reich, entre 250 000 et 500 000 Roms et Sintis sur une population estimée à environ 1 million de personnes. En Allemagne, le 27 janvier – jour anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz par l’Armée rouge en 1945 – est depuis 1996 la Journée nationale de commémoration des victimes du nazisme.
En 2010, c’est le président israélien Shimon Pérès qui était l’invité d’honneur du Bundestag. Cette année, les dirigeants allemands ont voulu mettre au coeur de cette cérémonie Sintis et Roms, victimes, tout comme les juifs, des lois racistes de Nüremberg de 1935.
Longtemps passé sous silence, ce génocide a été reconnu en 1982 par le chancelier Helmut Schmidt qui a, pour la première fois, reçu des membres du Conseil central des Sintis et des Roms d’Allemagne. Alors que 70 000 Roms vivent actuellement en Allemagne avec la nationalité allemande et des milliers d’autres avec une autre nationalité, c’est à un citoyen néerlandais que les autorités ont demandé de témoigner.
 » L’Histoire de répète « 
Zoni Weisz, 73 ans, des sanglots dans la voix, a raconté l’histoire de son père, de sa mère, de ses soeurs et de son frère, déportés à Auschwitz comme tous les Roms néerlandais en mai 1944. Aucun ne survécut. C’est grâce à la complicité d’un policier néerlandais que Zoni Weisz a pu s’échapper au dernier moment. Devenu fleuriste à la cour royale des Pays-Bas, il a toujours milité pour la reconnaissance du génocide des Roms.
Devant une assistance extrêmement attentive – certains députés avaient du mal à cacher leur émotion -, Zoni Weisz ne s’est pas contenté de parler du passé, mais a dénoncé la situation dont sont à nouveau victimes les Roms en Europe. Il y avait été encouragé par le président du Bundestag, Norbert Lammert qui, en introduction, a indiqué que  » la plus grande minorité d’Europe est discriminée « .
Zoni Weisz a affirmé que  » l’Histoire se répète « , que des restaurants affichent à nouveau des panneaux  » Interdit aux Tziganes « .  » Sintis et Roms sont traités de manière indigne, en particulier dans bien des pays d’Europe de l’Est, telle la Roumanie ou la Bulgarie « , a-t-il dénoncé.
Il s’en est pris également à la France :  » Dans certains pays, comme l’Italie et la France, on est à nouveau discriminés, expulsés et on vit dans des ghettos dans des conditions inhumaines.  » Pourtant, a-t-il rappelé,  » ces hommes sont des habitants de pays membres de l’Union européenne. Ils devraient donc avoir les mêmes droits « . A la fin de son discours, Zoni Weisz fut longuement applaudi par l’ensemble des députés, debout.
F. Le. (Berlin, correspondant)

Attention danger ! 16 septembre 2010

A propos des Roms, déclaration de Marie José Chombart de Lauwe, Résistante déportée, Grand officier de la Légion d’Honneur, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

Attention danger !

L’Etat français est en charge de fonctions régaliennes, dont font partie la sécurité extérieure et la sécurité intérieure du pays, nul ne le conteste. L’histoire du XX° siècle marquée par les crimes de masse et les persécutions et génocides touchant les Juifs et les Tsiganes impose toutefois un regard rétrospectif dès lors que certains propos menacent l’âme du pays et sa cohésion.
> L’instrumentalisation des thèmes sécuritaires dans le discours politique actuel doit être décryptée et dénoncée. Le général de Gaulle évoquait la nécessité de hisser sans cesse la France vers les sommets. Les déclarations récentes entendues aux plus hauts niveaux de l’Etat la tirent plutôt vers le bas.
Des vagues d’indésirables ?
La France a vécu des épisodes migratoires antérieurs. Elle n’en n’est pas morte…mais n’a pas non plus lieu de se glorifier de la manière dont elle les a accueillis et traités. Faut-il rappeler les réticences d’une grande partie de la population française à l’égard des Républicains espagnols réfugiés de la Retirada, ces « gens sales, illettrés, voleurs et paresseux qui venaient ajouter aux difficultés quotidiennes de la vie des bons Français et manger leur pain » ? C’était le discours repris par une certaine droite nationaliste, xénophobe et égoïste. Sans parler de l’embarras des pouvoirs publics totalement dépassés par un exode massif qu’ils s’étaient refusé à voir venir et qui déboucha sur la constitution des premiers grands camps d’internement.
> L’on sait par la suite les pressions exercées pour contraindre cette population réfugiée à rentrer « volontairement » chez elle, où le régime fasciste de Franco l’attendait de pied ferme. Le rapprochement permet des doutes sérieux sur la notion de « retour volontaire ». A l’opposé de ce discours, la ferveur populaire d’une partie de la France, cette France là, anonyme et modeste, qui s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés espagnols, a incarné l’honneur de la République.
Pas si indésirables…
Est-il nécessaire de rappeler la part courageuse et exemplaire prise à nos côtés dans la guerre contre l’Allemagne nazie par ces « gens sales, illettrés voleurs et paresseux » restés malgré tout en France, leur engagement dans la Résistance contre l’occupant après la défaite, celui héroïque de groupes espagnols dans les combats du plateau des Glières ou encore le prix très lourd payé par près de 7 000 autres, prisonniers de guerre, ignorés honteusement par le Régime de Vichy et abandonnés à l’Allemagne nazie qui les traita en « apatrides » et les déporta, principalement au camp de concentration de Mauthausen, dont la plupart ne sont jamais rentrés ?
> Faut-il rappeler que des soldats de la 2ème Division blindée entrés les premiers à Paris avec la colonne Dronne, étaient des …Espagnols ? Ce seul exemple devrait inciter à la prudence et à la retenue dans le discours.
Une extermination que l’on occulte un peu vite
Les populations Sintis, Roms, Manouches, Gitans, qualifiées globalement de Zigeuner (Tsiganes) par le régime nazi et classées dans la catégorie la plus basse des « sous-hommes », ont fait l’objet d’un génocide tout aussi systématique en Allemagne et en Europe centrale occupée, que celui des Juifs et ont subi des expérimentations médicales d’une cruauté qui font encore frémir la mémoire des survivants. En France elles furent visées surtout par la honte et la misère de l’internement administratif. On en parle moins, voire pas du tout, cette population étant discrète, effacée et peu prolixe. Qui s’en souvient aujourd’hui ? Qui a évoqué ce martyre passé ? A lui seul pourtant ce rappel justifierait des égards, marques de considération et de soutien, voire réparations, comparables à ceux consentis à d’autres. Qui y songe ?
Le cycle des violences de masse en marche ?
Jacques Sémelin , auteur d’une encyclopédie sur les violences de masse, insiste sur le rôle des représentations, qu’il situe en amont de ce processus. Pour lui, le massacre est le résultat d’une démarche mentale créant un « imaginaire de l’ennemi opposé à l’imaginaire de soi », instaurant une perception négative de l’Autre dans l’imaginaire collectif. Chaque être humain peut avoir des fantasmes de destruction de l’autre. Dans le cas du crime de masse ces fantasmes basculent dans la réalité collective. Il tente en conséquence d’analyser l’articulation entre imaginaire et réel, où l’exploitation de la peur et de l’inquiétude facilite la définition d’entités mythiques à partir desquelles se construisent en interaction un « Eux », figuratif de l’ennemi et un Nous, censé incarner le bien. Il place à l’origine du processus le discours des leaders d’opinion (politiques, intellectuels, médiatiques ou religieux) proposant chacun leur lecture de la situation, comme par exemple : le pays ne va pas bien, mais si nous commencions par nous débarrasser de ces gens là ça irait beaucoup mieux.
Un discours globalisant et accusateur irrecevable
C’est ce discours là, aménagé, mais emprunté à l’extrême droite française, qui tend aujourd’hui à s’imposer dans l’appareil d’Etat et qu’il faut dénoncer. En désignant dans un même discours, les « gens du voyage et les Roms » comme facteurs d’insécurité, le Chef de l’Etat divise la collectivité nationale, crée des entités négatives jugées « indésirables » opposées à des entités positives imaginaires. Il flatte les égoïsmes et exacerbe les crispations identitaires qui s’opposent, bref dresse les Uns contre les Autres. Lorsqu’il parlait de la « racaille » (entité mythique sans consistance, auquel chacun donne le contenu qu’il veut bien selon ses fantasmes) il « la » livrait déjà à la vindicte populaire. Il eût été plus noble de mobiliser la collectivité nationale pour trouver les voies et moyens possibles d’une intégration économique et psychologique réussie, en tout cas d’une insertion dans la vie active. Cela n’exclut nullement les poursuites pénales individuelles, exercées sous l’autorité du pouvoir judiciaire et non de l’exécutif, dès lors qu’elles sont justifiées, ni la recherche de solutions à l’échelle européenne. Mais que la France, souvent prompte à donner des leçons, donne d’abord l’exemple en l’Europe, à l’heure où les ultranationalismes refont surface un peu partout, avec tous les dangers dont sont potentiellement porteurs leurs égoïsmes et leur violence.
La France n’a pas les moyens ?
S’exprimant il y a quelques semaines sur France Culture, le ministre des affaires européennes, Pierre Lellouche, ancien Haut-représentant de la France en Afghanistan, tenait un discours à deux vitesses, dont la distorsion entre des propos constructifs à l’égard de l’Afghanistan, justifiant la présence française, une pédagogie à développer à l’égard du peuple Afghan, décrivant les menaces que cette région fait peser sur la sécurité du monde et l’aide indispensable à apporter à l’armée nationale afghane etc., contrastaient avec les propos soudainement raidis, brutaux et accusateurs visant les quelques Roms installés dans sa circonscription électorale du 3ème arrondissement de Paris. Il n’était soudain plus question de pédagogie : seulement d’opprobre, de dénonciation collective et d’exclusion. Exigences d’un certain électorat qui tendrait à se dérober ? Ainsi donc la France aurait les moyens de soutenir une guerre lointaine à l’issue bien incertaine en faveur du peuple Afghan et serait incapable de dégager quelques moyens humains, financiers et citoyens autres que sa Police, en faveur de quelque 15 000 Roms ?
Les signaux de l’histoire
Le chef de l’Etat pourrait méditer d’autres signaux de l’histoire. Pétain s’était voulu lui aussi recours et « référence » d’une France abasourdie par sa défaite militaire et privée de repères et de perspectives. Il a alors élaboré le concept d’anti-France. Après avoir bénéficié quelque temps de la confiance des Français, il la perdit lorsque leurs yeux se sont enfin ouverts sur les grandes rafles de Juifs. Une vague réprobatrice monta alors « de la France d’en bas ».
> Le haut-le-cœur des consciences d’aujourd’hui contre la chasse aux Roms et les mesures touchant « les gens du voyage », exécutées sans état d’âme par des fonctionnaires disciplinés, marque le début d’un réveil des consciences. Il prouve que notre pays a encore un cœur et des tripes. Soyons en fiers. C’est aussi cela l’âme de la France ! Appeler les Français à la solidarité pour aider et encadrer les Roms aurait une autre tenue et une autre valeur symbolique. L’ethnologue, ancienne déportée, Germaine Tillion ne disait-elle pas dans un de ses derniers entretiens que le désespoir faisait le lit des terroristes en puissance ? Sémelin l’exprime autrement en mettant en garde contre les représentations négatives qui font de gens ordinaires des assassins en puissance.
> Où est passée la devise de la République ?
> La désobéissance civique comme forme de résistance à de telles dérives pourrait bien devenir l’ultime recours des consciences qui restent lucides dans la tourmente.
Marie José Chombart de Lauwe
> Résistante déportée
> Grand officier de la Légion d’Honneur
> Directeur de recherche honoraire du CNRS
> Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

2010, une année pour ne pas oublier 4 octobre 2009

Rencontres Tsiganes participera à ce projet qui devrait tenter de mieux faire connaître aux gadgés l’histoire du peuple tsigane et en particulier la manière dont ils ont été traités par l’Etat français pendant la dernière guerre.

On fournira régulièrement les éléments de ce programme ambitieux. Dans l’immédiat des informations de grande qualité sont regroupées sur les site internet dédié qu’il faut absolument visiter.

http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/

{{ {{{Les Tsiganes et le Mémorial des Milles}}} }}

Les objectifs

Voilà déjà trois ans, qu’à la suite d’une rencontre avec Alain CHOURAQUI et, grâce à lui, nous avons été partie prenante des diverses manifestations organisées aux Milles. Les principaux intervenants lors des cérémonies du souvenir ont, pour la plupart, mentionné le génocide des tsiganes. Lors d’une réunion avec Alain CHOURAQUI il nous avait expliqué les principaux objectifs du projet. Au-delà de la partie historique il s’agit aussi de développer un programme d’animation auprès du public et en particulier des jeunes afin de les sensibiliser contre toutes forme d’exclusion et de racisme.

A ce jour si la présence du passage de Tsiganes dans le camp des Milles n’est pas confirmée, nous savons les conditions dans lesquelles, dans la région et dans d’autres lieux en France, des camps d’internement pour les tsiganes ont été construits et gérés par l’Etat français. C’est en particulier le camp de Saliers à Arles.

Le contexte actuel de rejet permanent de la communauté tsigane dans la région, en France et en Europe, n’est pas sans rappeler le contexte qui dans les années trente, a conduit à l’extermination par les nazis dans les camps de concentration de plusieurs centaines de milliers de tsiganes.

IL nous semble donc essentiel que l’on s’appuie sur l’histoire et la mémoire de ces évènements afin de rappeler aux générations nées après la guerre les dangers que représentent aujourd’hui les comportements d’une partie de la société contemporaine vis-à-vis des Rroms tsiganes.

Le rôle de Rencontres Tsiganes

Depuis quelques années, en relation directe avec des tsiganes, voyageurs ou sédentaires, nous avons mesuré les multiples formes d’exclusion et de discrimination dont ils sont l’objet à travers l’Europe. Nous avons aussi compris les difficultés propres à leur mode de vie qui faisaient obstacle à un travail de mémoire pourtant indispensable. Nous avons parmi nos membres des personnes dont une partie de la famille garde directement le souvenir de cette période sombre.

Nous avons également rassemblé divers documents, article de presse, vidéos, livres ou encore sites internet sur le sujet et nous sommes en contact avec des associations spécialisées sur ce thème. Nous participerons avec la FNASAT aux diverses manifestations organisées en 2010 sur la mémoire.

Par ailleurs nous prenons part à de multiples manifestations présentant les divers aspects de la culture tsigane et nous intervenons dans les collèges du Département avec l’appui du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Rencontres Tsiganes se propose donc de fournir à l’équipe de professionnels en charge du projet de Mémorial les informations dont elle dispose et de participer avec l’aide de ses membres bénévoles au montage de ce programme.

Marseille le 7/09/2009

Un objectif: ne pas oublier 17 septembre 2009

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Un collectif d’associations * décide de programmer en 2010 un événement intitulé « Une mémoire française : Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1946 » visant à :

– faire connaître et faire reconnaître une histoire oubliée
– rendre hommage aux victimes et à leurs familles, des épreuves endurées au cours de cette période

Il s’agit finalement de contribuer à un nécessaire et légitime devoir de mémoire. La participation des Gens du voyage est posée comme principe de ce projet

La mise en œuvre de cet événement s’appuie sur le texte fondateur ci-joint.

Un comité scientifique a été spécialement constitué. Il est composé de Henriette Asséo, Emmanuel Filhol, Marie Christine Hubert, Alain Reyniers, Jacques Sigot
Un comité d’organisation * est également constitué pour accompagner le projet
Le projet est parrainé par le cinéaste Tony Gatlif

LES ACTIVITES DU PROJET

Organisation/coordination : La FNASAT- Gens du Voyage, les membres de son réseau et des associations partenaires.
Dates : Avril à décembre 2010.
Contenu : Organisation, à Paris et en régions, de manifestations publiques sur le sujet : films, débats, conférences, expositions pédagogiques et artistiques, cérémonies commémoratives, préservation des lieux de mémoire, concerts, travail local sur le recueil de témoignage…..etc.
Déroulement :Déclinaison des manifestations sur le plan national et local (Régions, Départements, Communes) au cours d’une même période (avril à décembre 2010) :

Sur le plan national, la FNASAT-Gens du Voyage :
– suscitera la participation des membres de son réseau et d’associations partenaires ;
– organisera un événement national à Paris ;
– créera un site internet dédié ;
– mettra en œuvre une politique de communication nationale sur le sujet ;
– élaborera un socle commun de communication sur lequel s’appuieront toutes les manifestation (logo, charte graphique, thématiques….) ;
– suscitera la production d’un livre du souvenir ou d’un catalogue lié à l’évènement ;
– centralisera et diffusera la liste des outils et des ressources existantes et disponibles.

Sur le plan local, les associations participantes :
– organiseront au plan local, sous leur responsabilité, une ou des manifestations et animations s’inscrivant dans les objectifs du projet global (définition des thématiques, réservation de salles, assurances, droits d’auteur, recherche de financements….) ;
– mettront en œuvre une communication locale s’adossant sur le socle commun ;
– proposeront les projets d’animations locales à la FNASAT- Gens du Voyage avant le………….. afin de pouvoir les intégrer dans la politique de communication globale mise en œuvre et permettre une valorisation nationale des initiatives locales.

Les participants et promoteurs de projets s’engagent à respecter les objectifs du projet global, le fond rédactionnel et les modalités communes mises en œuvre.

* ANGVC (Association Nationale des Gens du Voyage Catholiques) / FNASAT-Gens du voyage (Fédération Nationale des Associations Solidaires d’Action avec les Tsiganes et les Gens du voyage) / MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) / Romani Art / UFAT (Union Française des Associations Tsiganes)

A noter :
-un site internet à visiter : www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/

{{ {{{
Les Tsiganes et le Mémorial des Milles}}} }}

Les objectifs

Voilà déjà trois ans, qu’à la suite d’une rencontre avec Alain CHOURAQUI et, grâce à lui, nous avons été partie prenante des diverses manifestations organisées aux Milles. Les principaux intervenants lors des cérémonies du souvenir ont, pour la plupart, mentionné le génocide des tsiganes. Lors d’une réunion avec Alain CHOURAQUI il nous avait expliqué les principaux objectifs du projet. Au-delà de la partie historique il s’agit aussi de développer un programme d’animation auprès du public et en particulier des jeunes afin de les sensibiliser contre toutes forme d’exclusion et de racisme.

A ce jour si la présence du passage de Tsiganes dans le camp des Milles n’est pas confirmée, nous savons les conditions dans lesquelles, dans la région et dans d’autres lieux en France, des camps d’internement pour les tsiganes ont été construits et gérés par l’Etat français. C’est en particulier le camp de Saliers à Arles.

Le contexte actuel de rejet permanent de la communauté tsigane dans la région, en France et en Europe, n’est pas sans rappeler le contexte qui dans les années trente, a conduit à l’extermination par les nazis dans les camps de concentration de plusieurs centaines de milliers de tsiganes.

IL nous semble donc essentiel que l’on s’appuie sur l’histoire et la mémoire de ces évènements afin de rappeler aux générations nées après la guerre les dangers que représentent aujourd’hui les comportements d’une partie de la société contemporaine vis-à-vis des Rroms tsiganes.

Le rôle de Rencontres Tsiganes

Depuis quelques années, en relation directe avec des tsiganes, voyageurs ou sédentaires, nous avons mesuré les multiples formes d’exclusion et de discrimination dont ils sont l’objet à travers l’Europe. Nous avons aussi compris les difficultés propres à leur mode de vie qui faisaient obstacle à un travail de mémoire pourtant indispensable. Nous avons parmi nos membres des personnes dont une partie de la famille garde directement le souvenir de cette période sombre.

Nous avons également rassemblé divers documents, article de presse, vidéos, livres ou encore sites internet sur le sujet et nous sommes en contact avec des associations spécialisées sur ce thème. Nous participerons avec la FNASAT aux diverses manifestations organisées en 2010 sur la mémoire.

Par ailleurs nous prenons part à de multiples manifestations présentant les divers aspects de la culture tsigane et nous intervenons dans les collèges du Département avec l’appui du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Rencontres Tsiganes se propose donc de fournir à l’équipe de professionnels en charge du projet de Mémorial les informations dont elle dispose et de participer avec l’aide de ses membres bénévoles au montage de ce programme.

Marseille le 7/09/2009

Le témoignage émouvant de Madame Simone Weil 26 août 2009

En juillet l’un de nos membres nous signalait les propos tenues par Madame Simone Weil lors d’une intervention télévisée le 19 juillet dernier. Alors que le journaliste la questionnait à l’occasion de la journée commémorative de la déportation sur le sort réservé aux juifs elle a rappelé avec une vive insistance sur la présence dans les camps d’extermination d’une important communauté de tsiganes. Il faut savoir gré à Madame Simone Weil de se rappel de ce point d’histoire trop souvent oublié. De nombreux ouvrages et études historiques ont pourtant été publiés sur le sujet mais hélas connus des spécialistes. On citera en particulier SAMUDARIPEN ou le génocide Tsigane de Claire Auzias ou encore l’ouvrage très complet de Guenter Léwy : la persécution des Tsiganes par les Nazis . Rappelons que tous les spécialistes estiment à 500 000 le nombre de tsiganes exterminés durant cette sombre période de notre histoire récente.

Pour contribuer à combler ce ‘trou de mémoire’ collectif notre association s’est engagée a contribuer au travail historique et pédagogique engagé à Aix les Milles par la fondation animée par Alain Chouraqui. Une prochaine réunion de travail doit permettre de fixer les conditions et les moyens de cette collaboration.

Marseille le 31 juillet 2009

Madame Simone WEIL

Présidente de la Fondation
pour la mémoire de la Shoah

10 avenue Percier
75008 PARIS

Madame la Présidente,

L’un de nos membres, Monsieur Louis Vallon, nous a relaté avec émotion votre intervention lors d’une récente émission de télévision. Vous avez, avec, beaucoup de conviction, rappelé à votre interlocuteur que la communauté juive n’était pas la seule à avoir subi les atrocités du régime nazi. Parmi vous, dans les camps, de nombreuses familles tsiganes originaires de toute l’Europe avaient subi le même sort dramatique.

Une telle information de votre part est, pour tous les tsiganes et tous ceux qui les soutiennent, particulièrement encourageante et mériterait d’être largement connue et reconnue par nos concitoyens. Nous sommes en effet de plus en plus inquiets devant la multiplication, en France comme en Europe, des « trous de mémoire » qui s’accompagnent d’un rejet croissant de la communauté tsigane dans sa diversité.

En France, malgré une législation sensée être protectrice de cette minorité, il ne se passe pas de jour sans que nous soyons les témoins de cet ostracisme qui, sous couvert d’égalitarisme, exacerbe les tensions entre les uns et les autres. Vous trouverez sur notre site internet les multiples exemples qui expliquent notre inquiétude.

Depuis quelques années déjà nous avons heureusement trouvé auprès d’Alain Chouraqui animateur du projet de Mémorial des Milles à Aix-en-Provence un interlocuteur particulièrement sensible. Il a accepté de nous associer à cet ambitieux projet afin qu’apparaissent les éléments du génocide des tsiganes et nous lui fournissons les informations dont nous disposons. Nous serions particulièrement satisfaits que vous acceptiez d’apporter votre contribution à cette démarche sous la forme que vous jugeriez la plus judicieuse.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Présidente l’expression de notre très haute considération.

Le président
Alain FOUREST

La mémoire oubliée 20 mai 2009

{{ {{{Le convoi Z du 15 janvier 1944, les oubliés de la déportation}}} }}
Par Ch. D. • 27 avr, 2009 Dailynord.fr

L’Holocauste tsigane a longtemps été en mal de reconnaissance. Aujourd’hui encore, son histoire demeure entourée de zones d’ombre. Et pourtant. Quelque 500 000 Tsiganes ont péri dans les camps nazis. Si la France s’est bornée à les interner, il existe une triste exception. Une rafle et une déportation massive opérée sous nos latitudes septentrionales durant l’hiver 1943-44. Le convoi Z, parti de Belgique le 15 janvier 1944, comptait 145 Tsiganes arrêtés dans le nord de la France.
« Z » comme Zigeuner. Tsigane en allemand. Parmi les 20 943 Tsiganes recensés à Auschwitz, on trouve 145 Français (74 hommes et 71 femmes). Tous arrivés au camp par le convoi Z de janvier 1945, tous issus de la région. Leur histoire demeure méconnue. Logique. Aucun document français ou allemand n’évoque une déportation de nomades à partir du territoire français où le sort de ces populations semble avoir été plus clément. Comparé à d’autres pays européens, entendons-nous bien. La politique discriminatoire à leur encontre se « contentait » de les interner. On recense ainsi une trentaine de camps tziganes en France dont certains ouverts en 1940 avant même l’Occupation. Hommes, femmes, enfants, 3 000 (chiffre pouvant grimper jusque 6 000 selon les sources) furent internés durant le conflit. Et même après, puisque les derniers camps seront fermés au… printemps 1946.
Le convoi Z demeure donc une triste exception de la déportation et de l’extermination de Tsiganes français. Sans doute parce que le Nord – Pas-de-Calais occupé bénéficiait alors d’un régime particulier : rattaché à l’autorité militaire de Bruxelles. Jusque 1943, les Tsiganes de la région ne paraissent cependant pas trop inquiétés. Même si des mesures sont prises à leur égard – comme la carte de nomade instaurée en décembre 1941 et devant être visée chaque mois -, on demeure loin des persécutions à l’encontre de la population israélite.
Arrêtés à Roubaix, Hénin, Arras…
Octobre 1943. Sur ordre d’Himmler, les nazis procèdent à des arrestations massives en Belgique et dans le Nord – Pas-de-Calais. D’abord à Tournai, puis rapidement à Roubaix, Arras, Hénin-Liétard (Hénin-Beaumont)… Tsiganes, nomades, forains, Gypsies, Manouches… Des familles entières sont ainsi arrêtés au petit matin dans leur roulotte par les feldgendarmes. Les Taicon à Tournai, les Largesse à Roubaix, les Schmitt, toujours à Roubaix. Hommes, femmes, enfants. Direction la caserne Dossin à Malines (Belgique)où ils demeureront plusieurs semaines. Le 6 décembre 1943, 166 tsiganes attendent déjà de partir vers Auschwitz. La rafle se poursuivra durant tout le mois. Le 9 janvier, 182 détenus viennent ainsi s’ajouter. Entre faim, froid, brimades, violences.
Témoignage de Paprika Galut, interpellée à Hénin-Liétard, 18 ans, arrêtée le 23 décembre 1943. Rentrée après la guerre.
« On avait des caravanes et des chevaux, ils sont venus nous ramasser avec des camions. Ils nous ont mis dedans et nous ont amenés dans un camp à Malines en Belgique. Il y avait plusieurs gitans ramassés, même ceux de la Belgique. On est resté longtemps là-bas, on était malheureux, malheureux. On mourait de faim, on mourait de soif. On ne savait pas quoi faire (…) Ils nous mettaient sur un bout de table et nous battaient avec des bouts de bois et avec des fouets. J’ai reçu 35 coups de bâtons. » (*)
De Malines à Birkenau
Le 15 janvier 1944, ils sont 351 : 145 se déclarant français, 121 belges. Ils formeront le convoi Z. Parqués dans des wagons à bestiaux avec une boule de pain pour deux jours de voyage, ils sont expédiés vers la Pologne. Auschwitz-Birkenau. De ce convoi Z, seuls douze rescapés (chiffre variant de dix à quinze selon les sources) rentreront à la fin de la guerre.
ALLER PLUS LOIN
Quelques références bibliographiques dans lesquelles nous avons puisé pour la rédaction de cet article.
• La revue Etudes tsiganes
• Marie Christine Hubert, Les Tsiganes en France 1939-1946, Thèse de doctorat, 1997
• José Gotovitch, “Quelques données relatives à l’extermination des Tsiganes en Belgique”. Cahier d’histoire de la Seconde guerre mondiale, 1976, n°4, pp. 161-180.
• Etienne Dejonghe et Yves Le Maner : le Nord – Pas-de-Calais dans la main allemande (1940-1944), La Voix du Nord, 1999, p.251-256.
• Et les nombreux travaux de Denis Peschanski sur la question.
Quelques sites internet évoquent également le convoi Z du 15 janvier 1944.
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1717
http://centri.univr.it/resistenza/indesiderabili/hubert.htm
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=&idPage=1446
Le destin d’un dénommé Toloche paraît particulièrement tragique. Interné à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), il sera libéré après avoir acheté une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Incapable de vivre entre quatre murs, il reprit la route pour retourner dans son pays d’origine, la Belgique. Il sera arrêté dans le Nord et expédié dans les camps d’extermination avec ce convoi Z. Une quarantaine de Belges internés dans ce camp de Montreuil-Bellay avaient ainsi réclamé leur liberté durant de nombreux mois. Et lorsque cette liberté leur fut enfin rendue, lorsqu’ils purent rejoindre la Belgique ou le nord de la France, ils furent à nouveau arrêtés et privés de leur liberté. Définitivement cette fois.
(*) Témoignage de Paprika Galut dans l’émission « Du côté de chez Fred », animé par Frédéric Mitterrand, Antenne 2, octobre 1989. Cité par Marie-Christine Hubert dans sa thèse d’histoire.

Pièces jointes

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