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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Diaspora

Gagner le pari de l’intelligence 24 janvier 2017

Jacques Debot a rédigé ce texte à la suite du vote de la loi “égalité citoyenneté“ par le Parlement le 22 décembre dernier. Jacques Debot fait partie de ces citoyens intégrés professionnellement qui se reconnaissent comme Roms. «Quand vous parlez des Roms, c’est aussi de moi que vous parlez…»

Il n’est pas utile de toujours faire appel à la révolte. Il n’est pas raisonnable de demander chaque jour aux amis de lever leurs petits poings au bout de leurs petits bras, de critiquer, de maudire les gouvernements, quels qu’ils soient. Les Tsiganes, les Voyageurs, les Roms finissent par être perçus comme d’éternels mécontents, comme des ingrats, ou des idiots.

Il n’y a sans doute jamais eu un âge d’or, ni pour les Tsiganes, ni pour les Gadgés. C’est une erreur d’imaginer que nous vivons dans une sorte d’entracte qui s’éternise entre un bon temps qui aurait disparu et des lendemains qui chantent, lesquels tarderaient à arriver.

Il faut faire le pari de l’intelligence. Il faut faire appel à l’intelligence des gens. J’ai pris un peu de temps pour expliquer de manière simple le parcours d’un projet de loi qui ressemble un peu au jeu de l’oie, avec sa case départ, ses embûches, ses navettes, ses lectures et sa part de hasard. J’ai écrit quelques lignes pour expliquer comment on arrivait enfin au bout du processus législatif qui a abouti ce matin au vote d’une loi fondamentale qui met fin à ce passeport intérieur qu’était le livret de circulation.

L’enfant de Bohème qui n’a jamais, jamais connu de loi (comme dit la chanson dans l’opéra de Bizet, Carmen) s’intéresse à la fabrique du droit et des lois. L’explication de ce processus a été repris, commenté, partagé, et sur ma messagerie personnelle, j’ai reçu des demandes multiples face aux vides juridiques concrets causés par l’abrogation de la loi de 1969.

Le pari de l’intelligence est gagné. Les Tsiganes sont pour la plupart des gens intelligents, passionnés par les rapports qu’ils entretiennent avec la société, des rapports qu’ils souhaitent apaisés, dans le cadre de la loi, de la République.
Alors aux batteurs d’estrades qui entendent bien parler des Tsiganes, mais qui ne souhaitent pas vraiment parler avec les Tsiganes, je me permets de donner un conseil : Allez parler avec eux, laissez de côté les faits divers, allez leur parler du droit, des lois. Vous serez surpris de la justesse et de la qualité des questions qu’ils poseront pour vous demander d’éclairer vos propos. Faites le pari de l’intelligence.

Pièces jointes

Une Euro-députée Rom 21 août 2016

Cette eurodéputée suédoise œuvre pour que le 2 août devienne une journée européenne de commémoration du génocide des Roms.

 

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ZOOM

Soraya Post, députée suédoise d’origine Rom, au Parlement européen. / Fred Marvaux / © European Union 2015 – source:EP

Son parcours suffit à déjouer les clichés. Rom par sa mère, Soraya Post, 58 ans, n’erre pas à travers le Vieux Continent comme sur les images d’Épinal. Bien au contraire, cette Suédoise native de Göteborg siège avec assiduité au Parlement européen, où elle a été élue en mai 2014 pour le compte de l’Initiative féministe, un parti suédois qui a rejoint les socialistes et démocrates (S&D).

À Madrid pour recevoir un prix à l’occasion de la journée internationale des Roms, fixée au 8 avril en souvenir de leur premier congrès, en 1971, à Londres, elle a pris la parole devant ses collègues fin mars pour présenter un projet de résolution, soumis au vote à la fin du mois à Strasbourg.

Le 2 août 1944, 2 987 Roms exterminés à Auschwitz-Birkenau

Comme de nombreux Roms, Soraya Post ose espérer que l’Union européenne (UE) fasse du 2 août une journée de commémoration du génocide rom. Aujourd’hui en Europe, seule la Pologne s’incline en ce jour au cours duquel, en 1944, 2 987 Roms furent exterminés dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau.

« Il est temps que les Roms obtiennent une reconnaissance de leur génocide », dit Soraya Post (23 000 Roms, dont 6 000 enfants, ont été emprisonnés à Auschwitz-Birkenau ; au total 500 000 Roms ont péri dans les camps de la mort).

Retour sur les bancs de l’école à 53 ans

Soraya Post a acquis un savoir-faire en matière de reconnaissance. En 2000, sa mère a obtenu grâce à elle une compensation de 18 000 € de l’État suédois. Quarante ans plus tôt, une assistante sociale l’avait forcée à avorter de son troisième enfant après sept mois de grossesse. « Ils ont dit à ma mère, si vous voulez garder vos deux enfants avec vous à la maison (Soraya Post et son frère, NDLR), vous devez avorter », raconte Soraya Post.

Dans un deuxième temps, sa mère avait été contrainte à la stérilisation, comme son époux, un marin allemand, rencontré lors d’une escale en Suède. L’ensemble avait créé un tel traumatisme que c’est Soraya qui a conduit toutes les démarches.

Au travail dès l’âge de 17 ans – dans un débit de journaux, de cigarettes… – Soraya Post a repris des études à l’âge de 53 ans. « Je suis un modèle et un espoir pour de nombreux Roms, estime-t-elle. C’est tellement faux de dire que les Roms ne veulent pas être intégrés. »

MARIANNE MEUNIER

 

Pièces jointes

Les Temps Modernes : les Roms, ces Européens 3 avril 2014

On retiendra notamment les témoignages de Claire Auzias , l’article de Jean Pierre Liégeois et Patrice Maniglier( il n’y a pas de question Rom) etc

Mais il ne faut pas manquer le remarquable texte de NICOLAE GHEOGHIE cet intellectuel Rom Roumain qui,vient de disparaître.

Sous le titre : le choix a faire, le prix à payer : sur le militantisme Rom, Nicolae Nous éclaire sur les difficultés d’être Rom et de le revendiquer. On retiendra son point de vue sur la culture qui résume son engagement :

 » je souscris personnellement à cette affirmation que des Roms comme nation au sens culturel du terme , ethnie libre de toute unité territoriale, de tout Etat-nation, mais unie par une série de valeurs culturelles partagées … »

Le Conseil de l’Europe décerne ses prix 18 décembre 2013

Strasbourg, 2 décembre 2013 – Le jury du Prix Raoul Wallenberg du Conseil de l’Europe a décerné

Le Prix 2014 – attribué pour la première fois – à Elmas Arus, une jeune Rom de Turquie, pour sa contribution remarquable en faveur de la sensibilisation à la condition des Roms en Turquie et ailleurs, de l’amélioration de leur situation, notamment celle des femmes roms, et de la mise au premier plan du débat politique de la discrimination dont ils sont victimes.

« L’action difficile menée avec courage et persévérance par Elmas Arus a contribué de façon réellement impressionnante à lutter contre les préjugés profondément ancrés et la discrimination
que les populations roms subissent sur l’ensemble de notre continent », a déclaré le Secrétaire Général Thorbjørn Jagland en annonçant la décision du jury. Après avoir visité plus de 400 quartiers roms situés dans 38 villes de Turquie en compagnie d’un
groupe de bénévoles de son université de 2001 à 2010, Mme Arus a produit 360 heures de documents d’archives. Ce matériau a tout d’abord permis la réalisation d’un documentaire d’une heure sur la problématique à laquelle sont confrontés les différents groupes roms en Turquie. Elmas Arus a ensuite créé une organisation non-gouvernementale, l’association « Zéro Discrimination », dont l’exemple a fait de nombreux émules : il existe aujourd’hui plus de 200 associations roms en Turquie. L’action de Mme Arus a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de la politique « d’ouverture à l’égard des Roms » du gouvernement en 2009.

La cérémonie de remise du Prix, d’un montant de 10 000 EUR, aura lieu le 17 janvier 2014 ausiège du Conseil de l’Europe, à Strasbourg.
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Les Roms Tsiganes à travers le monde 18 novembre 2013

NEW YORK TIMES 

Editorial

Scapegoating the Roma, Again

By THE EDITORIAL BOARD
Published : October 17, 2013
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The Roma, sometimes called Gypsies, have been part of the European cultural landscape for centuries. They have also suffered greatly from discrimination and prejudice, particularly in times of economic crisis, when they become scapegoats.

That is happening now. Faced with stubbornly high unemployment and strained budgets, some European Union members are finding it easier to stigmatize and expel Roma than to provide them with the education, housing and employment they seek.
In London, a Roma camp was dismantled over the summer and most of its residents sent back to Romania. In the Czech Republic, Roma children are still routinely segregated in schools. In Sweden, revelations that the police kept a secret registry of Roma families touched off a national storm.
The Roma’s impoverished living conditions and inability to get legitimate jobs reinforce stubborn stereotypes of a people forced to live on society’s margins. France’s interior minister, Manuel Valls, has said the lifestyle of Roma from Romania and Bulgaria is so different that most cannot be integrated into French society and must be expelled.
His comments have been criticized by other officials, and Amnesty International has condemned France’s numerous deportations. On Thursday, there were protests in Paris over the deportation of a Roma girl, who was pulled off her school bus. But Mr. Valls’s tough stance has earned him high ratings among many French citizens.
Discrimination against the Roma is a direct violation of the E.U.’s Directive on Racial Equality and its official policy on Roma integration. Viviane Reding, the vice president of the European Commission and the E.U. justice commissioner, has severely upbraided France for violating E.U. rules protecting the free circulation of individuals. Her office warned that France faced E.U. sanctions over its treatment of the Roma.
A few European countries are taking steps to deal constructively with discrimination against the Roma. Recognizing that poverty is a real problem, Berlin has launched an ambitious plan to provide housing, education and medical care for Roma children. In Serbia, the Roma Education Fund is helping to get Roma youth to attend high school, and in Hungary an innovative program is teaching Roma students English.
With important municipal elections in France scheduled for next spring and the far-right National Front party on the rise, the actions of the Socialist government against the Roma look like political pandering. France’s president, François Hollande, needs to confront his interior minister, come out strongly in defense of the Roma’s fundamental rights and join other nations in helping them secure the education and jobs they need and deserve

 

 

Chili : les Tsiganes du bout du monde

6 novembre 2013
By la rédaction de Dépèches Tsiganes

Un soir de septembre au bout du monde. C’est la fête annuelle à Caldera, petit port de pêche de l’Océan pacifique niché près des plus belles plages chiliennes. Sur la jetée, dans le froid glacial du début de printemps austral, déambulent des dizaines de familles attendant le début des festivités.

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Gitanos chilenos
photo Lorenzo Armendáriz, Système National des Créateurs, FONCA-Mexique

Les visages forment une extraordinaire mosaïque évoquant l’histoire du pays : métissage des traits des Indiens aymaras ou mapuches, des colons espagnols ou des immigrés plus récents, allemands, anglais, français, italiens, yougoslaves, péruviens ou colombiens.
Soudain, dans un bruissement, surgissent des femmes aux longues jupes chamarrées, les cheveux couverts d’un foulard coloré, le visage encadré de larges boucles d’oreille.
Leurs cheveux et leurs yeux sont souvent clairs, comme ceux de leurs compagnons et des enfants qui les suivent. Leurs noms finissent en « itch ». Entre eux, ils parlent le romani mêlé à des mots de serbo-croate ; avec les gadjé un espagnol parfois hésitant. Les femmes proposent de lire les lignes de la main à des passants hésitant entre méfiance et fascination.
A quelque 13.000 km des Balkans, au Chili, mince bande de terre de plus de 4.300 km de long, enfermée entre la majestueuse barrière des Andes et le Pacifique, vivent des milliers de tsiganes dont l’incroyable odyssée reste à écrire.
Pratiquement aucune trace écrite de leur histoire n’existe, seules quelques bribes d’information glanées au détour d’une phrase et des témoignages recueillis auprès des intéressés peuvent permettre de reconstituer le puzzle.
Les rares sources font état de la présence au Chili de 7.000 à 10.000 tsiganes sur une population totale de plus de 17 millions de personnes. Une minorité d’entre eux sont des gitans espagnols parlant le Kalo. Certains peuvent être des descendants de colons venus à partir du 16ème siècle et au gré des persécutions des gitans en Espagne, mais la plupart sont issus de familles ayant fui le Franquisme.
La grande majorité des tsiganes du Chili sont des descendants de Roms des Balkans, essentiellement de Serbie, Monténégro, Bosnie, Croatie, Turquie, Grèce et Bulgarie, venus en Amérique latine à partir de la seconde moitié du 19ème siècle. Comme la première vague d’immigration de gadjé serbes et croates au Chili, ils fuyaient alors la pauvreté et les guerres dans les empires ottoman et austro-hongrois. Ils venaient aussi dans un pays ayant récemment conquis son indépendance et dans lequel la variété du climat, la fertilité du sol et les richesses du sous-sol, le salpêtre puis le cuivre, motivaient les migrants.
A la fin du 19ème siècle et dans les premières décennies du 20ème, des tsiganes accompagnent très certainement des gadjé croates et serbes qui s’établissent dans les régions les plus extrêmes : le Grand nord désertique, autour d’Iquique et Antofagasta (exploitation du salpêtre puis du cuivre) et la Terre de feu à l’extrême sud (grands domaines où se pratique l’élevage de mouton).
Des tsiganes se trouvent très certainement parmi les marins qui s’engagent à bord de navires au long cours depuis les Bouches de Kotor (Monténégro) ou la Dalmatie (Croatie) à partir de la fin du 19ème siècle. Ils cherchent souvent à échapper à un enrôlement dans les armées de l’empire austro-hongrois et vont jusqu’à se couper plusieurs doigts pour y échapper selon les légendes familiales de nombreux tsiganes.
Les bateaux traversent alors l’Atlantique jusqu’au Brésil ou en Argentine. Certains tsiganes restent dans l’un ou l’autre de ces pays. D’autres poursuivent leur route, traversant la pampa dans une carriole tirée par des chevaux ou franchissant les sommets les Andes à pied. Les familles tsiganes du Brésil, d’Argentine, du Pérou, de Bolivie et du Chili entretiennent souvent des liens jusqu’à nos jours.
D’après les témoignages, les tsiganes déterminent alors le pays de leur séjour en fonction du climat, des paysages, des opportunités de travail ou encore de la taille des insectes et du degré d’hostilité de la nature rencontrée ! Les paysages et les climats extrêmes du Chili séduisent certains tsiganes et favorisent le nomadisme : au nord, le désert d’Atacama est la région la plus aride du monde et renferme de gigantesques réserves de salpêtre et de cuivre et des oasis permettant de cultiver fruits et légumes. La plupart des tsiganes migrant au Chili à partir de la fin du 19ème, sont des Roms Kalderash (chaudronniers) qui trouvent donc sur place la matière première pour fabriquer des objets en cuivre et les vendre, souvent de porte à porte. Certains tsiganes nomades ou semi-nomades passent l’hiver (juillet et août) dans cette région relativement chaude. Certains rejoignent l’Altiplano, ses salars désolés, ses volcans enneigés culminant à plus de 6.000 mètres et ses lagunes minérales.
Dans l’extrême sud, en Patagonie et en Terre de feu, terre de forêts, de steppes, de fjords et de glaciers, c’est au contraire en été que les tsiganes peuvent séjourner lorsque les pluies, les vents et l’humidité sont un peu moins forts.

Aujourd’hui peu de tsiganes chiliens restent nomades à plein temps. Ils possèdent généralement une maison mais voyagent plusieurs mois chaque année à au moins trois familles et installent de grandes tentes chamarrées à l’extérieur des villes et villages, notamment à Valparaiso (centre) ou Antofagasta (nord).
Un des domaines inexplorés de l’histoire de ces tsiganes du bout du monde consisterait à évaluer si le nomadisme de certains des premiers habitants indiens du Chili pourrait avoir eu une influence sur les tsiganes venus des Balkans. Plusieurs groupes indiens avaient des pratiques d’itinérance, notamment les « nomades de la mer », les Alakalufs du détroit de Magellan et de l’île de Wellington. Les tsiganes se sont en tout cas trouvés au Chili dans une société beaucoup moins sédentaire que les sociétés européennes. Dans ce pays, très souvent les gadjé des classes populaires ou ouvrières construisent de petites maisons de bois ou de tôle, éphémères, ce qui leur permet de changer rapidement de domicile en fonction du travail qu’ils trouvent. Du temps de l’économie du salpêtre comme de nos jours, ceux qui travaillent dans les mines chiliennes sont souvent à des centaines voire des milliers de km de leur famille.
Outre le travail du cuivre et le commerce des objets fabriqués dans ce métal, traditionnellement les tsiganes prospèrent dans la mécanique et le commerce des voitures d’occasion, qui a remplacé celui des chevaux et convient toujours aussi bien à un mode de vie itinérant ou semi-itinérant. Certaines familles ont de petits cirques et certaines femmes disent la bonne aventure. D’autres tsiganes vont de mine en mine avec des contrats temporaires ou sont ouvriers agricoles.
Souvent dans le pays depuis trois ou quatre générations, les tsiganes ont la nationalité chilienne et ne sont pas en reste en ce qui concerne le sentiment nationaliste. « Nosotros somos del pueblo de Chile » (« Nous appartenons au peuple chilien »), répondent souvent les tsiganes quand on les interroge sur leur appartenance nationale. Entre eux les Roms chiliens se désignent sous le nom de « Jorajané ». Ils votent aux élections tout en éprouvant un manque de confiance absolu pour une classe politique qui ne s’est jamais intéressée à eux. Quand on demande à des tsiganes s’ils s’estiment discriminés au Chili, ils répondent souvent par une boutade, « pas plus que les Mapuches », le peuple d’Indiens du sud du pays qui a été l’un des plus réprimés depuis la colonisation jusqu’à nos jours.
La moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté au Chili qui est un des pays les plus inégalitaires au monde. Ces inégalités se reflètent aussi chez les tsiganes même si les écarts de trains de vie sont moins grands. Sur le plan religieux, dans le très catholique Chili, les tsiganes ont gardé la religion dominante mais adoptent de plus en plus l’évangélisme tandis que d’autres sont orthodoxes.
La scolarisation des tsiganes reste un problème au Chili, la réticence est de mise chez les autorités et chez certaines familles. Depuis la vague d’ultralibéralisme favorisée par la junte à partir de 1973, l’éducation est également très chère. Cependant, de nombreux jeunes tsiganes parviennent à effectuer une scolarité jusqu’à environ quatorze ans. Rares sont ceux qui suivent des études universitaires.
Comme dans d’autres contrées, les tsiganes sont facilement identifiables à leur nom au Chili : par exemple Batich, Picarezcki ou California. Même si beaucoup de jeunes sont en jeans et écoutent de la cumbia, dans l’ensemble les Roms kalderash en particulier tiennent à maintenir leurs traditions en vie, notamment à travers les fêtes et cérémonies (mariages, choix du prénom de l’enfant et baptême, funérailles…). Les mariages avec des gadjé sont courants et les familles sont nombreuses (entre cinq et six enfants).
Nul ne sait à ce jour comment les tsiganes traversèrent les soubresauts de l’histoire de ce pays lointain. Certains ont dû dès leur arrivée être pris dans les combats de la guerre du Pacifique (1879, entre le Chili, le Pérou et la Bolivie) alors qu’ils avaient traversé les Océans et les neiges éternelles pour fuir la guerre. Certains, engagés dans les mines de salpêtre ont dû vivre les premiers mouvements de protestation des ouvriers et leur répression par la police, comme à Iquique en 1907 (3.000 morts).
Impossible de mesurer l’impact des politiques sociales mises en place bien plus tard, de 1971 à 1973, par le gouvernement socialiste de Salvador Allende, mais on peut supposer qu’elles ont eu un effet positif pour les tsiganes les plus pauvres.
Lorsque la féroce dictature d’Augusto Pinochet s’abat sur le Chili avec l’aide active des Etats-Unis le 11 septembre 1973, il y a 40 ans, les tsiganes, comme les gadjé des classes populaires, ont souffert terriblement et longtemps (17 ans !) même s’ils se tiennent habituellement éloignés de tout engagement politique. Parmi les 300.000 personnes arrêtées, les 35.000 torturées et les plus de 3.000 exécutées, figurent certainement des tsiganes mais là encore cet aspect de l’histoire chilienne reste à explorer.
Isabelle Ligner

Pièces jointes

Prix Dosta : Un triste fiasco 18 novembre 2013

Ceux eux qui ont pris part aux séminaires et conférences organisés à Marseille le 30 et 31 octobre par le Conseil de l’Europe ont été étonnés et déçus. Le programme diffusé par Marseille Capitale européenne de la culture prévoyait en effet la remise du prix DOSTA en présence d’une marraine prestigieuse en la personne de Fanny Ardant. Après quelques considérations générale qui traînaient en longueur : Grosse déception des présents, pas de prix et pas de Fanny sans explication.

Ce prix organisé dans le cadre d’une campagne européenne de soutien et d’accueil aux Roms à l’initiative du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux devait récompenser les communes ayant mis en place un programme pour l’inclusion des Roms.

Manifestement le choix de Marseille pour la remise de ce prix n’était pas le plus approprié. Non seulement aucun élus locaux ou régionaux n’avait trouvé opportun de venir à cette manifestation qui se tenait pourtant dans le lieux prestigieux de la Villa Méditerranéenne mais à l’évidence aucune ville de France ne méritait d’être dans le palmarès.

Triste fin de journée et sombre constat pour les participants et les organisateurs..

Suite et fin :

On apprend alors que ce prix a bien finalement été remis ce même 30 octobre au Conseil de l’Europe à Strasbourg.

Des collectivités Tchèques, Grecques et Turques remportent le prix Dosta

2 novembre 2013
By la rédaction de Dépêches Tsiganes

Le 30 octobre dernier le Conseil de l’Europe a décerné le 4ième prix Dosta qui récompense les collectivités luttant concrètement contre les discriminations visant les Roms. Les villes d’Obrnice (République tchèque) et d’Héraklion (Grèce) et à la province de Kocaeli (Turquie). Dans des pays en crise comme la Grèce ou maintenus en marge de l’Union Européenne comme la Turquie ou enclavés au coeur de l’Europe de l’Est , des collectivités innovent et malgré les difficultés peuvent donner des leçons des citoyenneté et de qualité du vivre ensemble. Où étaient les collectivités françaises ?

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« Dosta », mot romani signifiant « ça suffit », est une campagne de sensibilisation du Conseil de l’Europe qui vise à rapprocher les non-Roms de la population Rom », affirme le Conseil de l’Europe. Ce concours entre collectivités démontre que malgré un contexte négatif des actions concrétes de lutte contre les discriminations portent leurs fruits.
Lisez la présentation des actions ayant remporté la compétition 2013 à laquelle participaient 20 collectivités réparties dans 15 pays.dosta

Pièces jointes

Suède : Les racines du racisme anti-Roms 20 octobre 2013

 SUÈDE : Les racines du racisme anti-Roms

De récentes révélations sur le fichage des Roms soulèvent un tollé. Et rappellent la face sombre de l’histoire suédoise.
o Sydsvenskan

Au mois de janvier 2011, le ministre de l’Intégration [suédois], Erik Ullenhag, a décidé qu’un livre blanc serait publié « sur les agressions et les atteintes dont les Roms ont été victimes en Suède au XXe siècle ». Lors de sa présentation, Erik Ullenhag n’y est pas allé par quatre chemins : « Au gré de l’histoire, les populations roms ont été victimes d’atteintes inacceptables, telles que la stérilisation forcée et la privation du droit à l’éducation pour les enfants. Si nous voulons aller de l’avant, il est important que nous y mettions un point final et que l’Etat reconnaisse les injustices qui ont été commises. »

Honnêtement, que savent les Suédois de ces injustices ? Quel est le niveau de connaissance du grand public sur la question ?

On ne s’avancerait pas beaucoup en supposant que les connaissances à ce sujet sont minces. Ajoutez à cela que les préjugés – et le ressentiment – à l’égard des Roms se sont propagés de manière alarmante dans l’ensemble de l’Europe. Dans des pays comme la Hongrie, des milices citoyennes ont assassiné des Roms dans l’indifférence de la police. Dans d’autres pays, les Roms sont victimes d’une discrimination virulente sur les marchés de l’emploi et de l’immobilier.

C’est sur cette toile de fond que l’on analysera les révélations du Dagens Nyheter sur le fichage des Roms en Suède. Une fois de plus, un groupe vulnérable se voit rappeler la déconsidération dont il est victime.

Il est difficile d’imaginer une explication vraisemblable au fichage d’enfants de 2 ans. A moins que des policiers suédois ne souhaitent voir apparaître le péché originel dans la législation ? Dans ce cas, où se situerait la faute ? Chez les parents incapables de transmettre un nom de famille ad hoc ? Erik Ullenhag risque de devoir ajourner la publication de son livre blanc.

Ces dernières années, des ouvrages peu nombreux mais particulièrement incisifs ont été publiés sur les chapitres les plus sombres de l’histoire de la Suède. Outre la cruauté des histoires qu’ils retracent, leurs auteurs ont en commun de faire apparaître une société qui préfère éviter de compliquer les choses pour son pays. Car la vérité est qu’un pays peut avancer dans le bon et dans le mauvais sens en même temps. Ou, pour reprendre les termes de l’écrivaine Lawen Mohtadi répondant dans une interview au Sydsvenskan, « le modèle suédois était en pleine ascension, avec l’égalité en point de mire. Et, dans le même temps, il y avait cela. » Par « cela », Lawen Mohtadi veut parler du traitement réservé aux Roms. Elle veut parler de la commission d’enquête sur le vagabondage, qui décrivait les Roms comme une menace en 1923. Elle veut parler du fait que les Roms se sont vu interdire l’entrée sur le sol suédois de 1914 à 1954. Les Roms qui avaient survécu à la Seconde Guerre mondiale ne pouvaient donc pas se rendre dans le pays.

Etat de droit. En 1943, la Suède a procédé à un « recensement des Bohémiens ». Lawen Mohtadi le dépeint ainsi : « Au milieu du brasier de la Seconde Guerre mondiale, alors que les Roms étaient envoyés par milliers dans les camps d’extermination nazis à travers toute l’Europe, les Roms de Suède recevaient la visite de policiers en uniforme qui leur demandaient de décliner leur appartenance ethnique ainsi que celle de leurs parents, et de fournir toute une série de renseignements personnels et intimes. »

Ceux qui veulent en savoir plus sur le traitement réservé aux Roms en Suède peuvent aussi lire le rapport public intitulé La maison de verre jaune et bleu, publié en 2005. On y lit notamment que la peine de mort a été introduite en 1637 pour « les Bohémiens ou les Gitans [de sexe masculin] qui n’avaient pas quitté le pays ». La Suède de 2013 ne saurait évidemment être comparée à la Suède du xviie siècle. Nous n’avons pas non plus d’équivalent de « la biologie des races » qui était en vogue dans le pays au début du siècle dernier. Mais nous ne pouvons pas non plus faire comme si ces chapitres de notre histoire n’avaient pas existé, ou nous ne parviendrons jamais à analyser et à combattre le racisme anti-Roms qui sévit aujourd’hui. Il faut que les détenteurs du monopole de la force le comprennent. C’est la condition de la confiance dans l’Etat de droit.

–Rakel Chukri
Publié le 23 septembre

A Strasbourg comme à Paris, les Roms/Tsiganes s’organisent et se font entendre 17 septembre 2013

L’UFAT informe l’Elysée


9 septembre 2013
By la rédaction

Le 5 septembre dernier une délégation de l’Union française des associations tsiganes UFAT a été reçue par les conseillers techniques du président. Enjeux : faire le point sur les dossiers du stationnement, de l’urbanisme des terrains appartenant à des voyageurs, de la scolarisation, de la médiation sur le terrain. Cette démarche fait suite à des rencontres avec les collaborateurs de Jean-Marc Ayrault, de Manuel Valls, Christiane Taubira et Cécile Duflot

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« Nous avons l’impression que notre interlocutrice à l’Elysée découvrait les dossiers », témoigne Emile Scheitz (Baba) membre de la délégation de l’Union française des associations tsiganes (UFAT) reçue le 5 septembre dernier par Constance Rivière conseillère technique auprès du président de la république. « A cause des polémiques et des mauvaises pratiques sur les grands passages, nous avons beaucoup parlé de stationnement, mais nous avons aussi pu aborder la question des terrains appartenant à des voyageurs et la scolarisation. Nous avons reçu l’assurance que des médiateurs issus de nos associations seront consultés dans les départements  », précise le Voyageur. A ses côtés se trouvaient un représentant des gitans sédentarisés (Yaka Maraval) et Alain Daumas, le président de la fédération qui compte 110 associations réunies sur une base laïque. Ainsi la délégation comptait faire le tour des principaux problèmes. Avec volontarisme, les responsables de l’UFAT s’investissent dans de nombreux ministères afin de faire prendre en compte les paroles des personnes concernées.

Des tsiganes pour former les jeunes magistrats

« Madame Taubira a constaté que les juges souffraient d’une profonde méconnaissance de nos communautés. Elle nous a assuré qu’elle ferait appel à des membres de nos associations dans le cadre des formations des magistrats », déclare Alain Daumas qui souhaite que les jugements soient rendus sans préjugés. « Quand nous arrivons dans un tribunal nous sommes généralement condamnés d’avance », déplore le président de l’UFAT. Il mise sur une réelle prise en compte des intéressés par les pouvoirs publics. Le 17 juillet dernier, Manuel Valls avait invité l’ensemble des associations à participer, avec ses services, à une réflexion sur les bonnes pratiques des grands passages.

Urbanisme

De son côté Cécile Duflot, ministre du logement à écrit à Alain Daumas pour lister l’ensemble des initiatives gouvernementales. Elle précise notamment que le projet de loi ALUR contient des articles destinés à faciliter l’urbanisme des résidences mobiles et démontables ainsi que la domiciliation des personnes sans domicile stable.

Nullement naïfs les responsables de l’UFAT ont pris note des différents engagements et attendent des actes en rappelant que la promesse de tenir compte des intéressés est régulièrement répétée sans véritable effet par les gouvernements successifs depuis des décennies

Le forum européen des Roms et gens du voyage se réunit en France

5 septembre 2013

By la rédaction de Dépêches Tsiganes

Les 5 et 6 septembre le forum européen des roms et gens du voyage réunit sa traditionnelle assemblée plénière dans les locaux du Conseil de l’Europe. La France et la récente campagne d’anti tsiganisme devrait encore une fois tenir une place importante dans les débats.

Les oreilles françaises devraient une nouvelle fois siffler aux abords du quartier des Institutions européennes à Strasbourg. Les délégués Roms et Gens du voyage du forum européen vivent mal que le pays des discours sur la Liberté, l’Egalité et la Fraternité soit aussi l’un de ceux où se développent de véritables campagnes d’incitation à la haine envers les tsiganes en général et les gens du voyage en particulier. Ces dernières semaines le Forum a dû multiplier les plaintes contre des élus, Christian Estrosi, Jean Marie Le Pen , Gilles Bourdouleix et les interventions auprès des médias coupables de dérapages susceptibles de déboucher sur de graves conséquences. Après avoir interpellé le Point au sujet d’un sondage valorisant la politique d’Hitler à l’égard des tsiganes, Rudko Kawczynski, président du forum interpellait fin août avec vigueur le directeur de la publication de Valeurs actuelles « Monsieur de Kredrel : « Je tiens, en tant que Président du Forum Européen des Roms et des Gens du Voyage (FERV), à vous faire part de mon étonnement face à la couverture que votre magazine a consacré aux Roms dans son édition datée du 22 août 2013. Celle-ci représente une attaque injustifiée contre une partie de la population vivant sur le territoire national. En outre, dans le même numéro du magazine, tant l’article sur l’enquête d’opinion et son interprétation honteusement biaisée que celui concernant les Roms en Loire-Atlantique, du fait qu’il ne présente que des témoignages opposés à la présence de Roms, risquent d’attiser des sentiments xénophobes déjà latents dans certaines catégories de la population. Vous faîtes en outre référence, dans ce dossier, au Conseil de l’Europe et aux travaux de certains intervenants sans avoir pris la peine, je m’en suis assuré auprès d’eux, de les contacter pour vérifier ou étayer l’information, ce qui nuit au sérieux de votre magazine », écrit le leader Rom. Cas particulier en Europe, avec une forte population estimée entre 400 000 et 1,5 millions de Français itinérants dits gens du voyage à côté d’ une minorité de roms migrants pratiquant un mode de vie sédentaire évalués à 25 000 personnes à peine , la France n’occupera pas l’ensemble des débats. Outre le tour d’horizon de la situation dans les différents pays, cette assemblée sera aussi l’occasion d’un échange approfondi avec les responsables du Conseil de l’Europe avec lesquels le Forum entretient des liens très étroits.

 Union Française des Associations Tsiganes -U F A T
 Roms-Gitans-Manouches-Sintis -Yeniches 

 Montauban le 08 Septembre 2013

Objet :Marche pour la Dignité Des Gens du Voyage

Pour la troisième fois consécutive une manifestation pacifiste est festive aura lieu à Paris Place de la Bastille le Dimanche 06 Octobre 2013 à partir de 14h .
Divers groupes flamenco avec danseuses est d’autres groupes aussi diversifier seront emmenés à vous transporter dans une ambiance comme ont sait le faire chez nous .
Yvan le Belloc avec Jessy seront les coordinateurs des intervenant politiques, intellectuelles, est spectacle musicaux ou autres, normalement nous auront la visite de deux ministres, et bien d’autres personnalités.
Un car peut être mis a la disposition des provinciaux, moyennant une petite participation et a condition d’avoir un maximum de gens pour remplir ce car
Contrairement a certaines idées reçu sachez que L’U F A T défend tout le monde sans exception elle s’efforcera de redonner l’honneur et la dignité a des hommes est des femmes qui ont aussi leurs place dans cette société.
Fils est filles du vent venez nombreux montrer votre appartenance et soyer fier de votre identité, et ne laisser personne décider a votre place de votre destin ou celui de vos enfants.
on vous attend ce jour pour exprimer votre soutien au peuple des fils est filles du vent, merci je compte énormément sur vous pour être là. 
le Président de L’U F A T Eugene (Alain) Daumas 
UFAT 605 route de Corbarieu 82000 Montauban

Slovaquie : Un mur anti-Roms érigé à Kosice 19 août 2013

Un mur en béton anti-Roms a été érigé à Kosice, métropole de la Slovaquie orientale, près d’un parking proche d’un quartier à forte population rom, a rapporté vendredi la presse slovaque en ligne.

Il s’agit du huitième mur de ce type érigé depuis 2009 dans cette région et du 14e dans le pays, selon le site d’information www.romovia.sme.sk. « On ne parle jamais à l’avance de la construction des murs de segrégation, pour que personne ne déjoue le projet », a indiqué à ce site l’ancien plénipotentiaire du gouvernement slovaque pour les communautés roms, Miroslav Pollak.

La décision d’ériger ce mur de deux mètres de haut a été prise par la mairie du quartien voisin, Zapad, invoquant un nombre de cambriolages de voitures garées dans le parking en question. La municipalité de cette deuxième ville slovaque, avec 240.000 habitants, n’a pourtant pas donné jusqu’à présent son feu vert à ce projet, a indiqué à www.romovia.sme.sk la porte-parole de la mairie, Martina Viktorinova.

Une procédure sera bientôt lancée qui pourra régulariser l’existence du mur ou décider de sa démolition, a-t-elle ajouté. Environ 106.000 Roms vivent officiellement en Slovaquie, pays de 5,4 millions d’habitants, selon le recensement national de 2011. Leur nombre réel est toutefois beaucoup plus élevé, d’après les experts.

Un spécialiste en ethnologie à l’Académie slovaque des sciences, Arne Mann, estime que quelque 350.000 Roms vivent dans le pays, souvent dans des maisons sans électricité ni eau courante et dans des villages loin de la capitale. Un premier mur anti-Roms a été construit en Slovaquie en 2009, dans le village d’Ostrovany (est).

En Hongrie enfin une condamnation 19 août 2013

En Hongrie, lourdes condamnations contre des auteurs de crimes anti-Roms

LE MONDE | 07.08.2013 à 14h52 | Par Anne Solesne Tavernier

La justice hongroise a reconnu coupables de « crimes racistes », mardi 6 août, quatre hommes qui avaient assassiné six Roms et grièvement blessé cinq autres en 2008 et en 2009. Zsolt Peto et les frères Arpad et Istvan Kiss ont été condamnés à la réclusion à perpétuité. Le quatrième accusé, Istvan Csontos, a, lui, été condamné à treize ans de prison pour complicité.

Entre juillet 2008 et août 2009, les accusés, alors âgés de 28 à 42 ans et membres d’un noyau de supporteurs de l’équipe de football de Debrecen aux penchants néonazis, ont mené contre des membres de la communauté rom neuf attaques à la grenade, au fusil et au cocktail Molotov dans le nord-est du pays. Ces meurtres avaient frappé l’opinion par leur cruauté. Un enfant de 5 ans et son père avaient été tués par balles alors qu’ils tentaient de fuir leur maison qui avait été incendiée.
Des centaines de personnes s’étaient rassemblées au tribunal, sous haute surveillance policière, pour attendre l’issue de ce procès symbolique, dans un pays où le racisme anti-Roms, à l’origine de nombreux faits divers, se nourrit depuis plusieurs années du climat politique.
Le parti d’extrême droite Jobbik, entré au Parlement avec 47 députés en 2010, avait créé trois ans auparavant une milice, la Magyar Garda (« garde hongroise »), pour « soutenir moralement et physiquement la nation hongroise » et « lutter contre la criminalité tzigane ». Accusée de racisme, la formation paramilitaire avait été interdite en 2009.
En avril 2011, à Gyöngyöspata, village situé au nord-est de Budapest, des heurts avaient opposé une centaine de Roms et des membres du groupe paramilitaire Vederö (« force de protection »). Le gouvernement nationaliste conservateur de Viktor Orban avait alors pris de timides mesures : tout « exercice illégal de la force publique » serait puni d’une amende de 380 euros au maximum ou de prison en cas de récidive.
« ANIMAUX LÂCHES, RÉPUGNANTS ET NUISIBLES » À « ÉLIMINER »
Les Roms, qui représentent de 5 % à 8% de la population hongroise (10 millions d’habitants), se heurtent à de nombreuses discriminations, que ce soit pour accéder à l’éducation aussi bien qu’au logement ou à l’emploi.
En janvier, Zslot Bayer, membre influent du parti au pouvoir Fidesz, avait comparé les Roms à des « animaux lâches, répugnants et nuisibles », appelant à les « éliminer ». Le premier ministre avait refusé de condamner les propos de « son ami » alors qu’en 2012, déjà, M. Bayer déclarait : « Dans la Hongrie d’aujourd’hui, des millions de gens sont victimes de Tziganes qui les volent, les frappent, les humilient ou les tuent. »

Dans ce contexte, le verdict rendu mardi est exemplaire. Pour l’avocat des parties civiles, « cette condamnation, la plus lourde dans le droit hongrois, est justifiée ». L’Association pour les droits civiques des Roms nuance : « Les accusés voulaient créer une guerre civile entre Hongrois et Roms hongrois. Les chefs d’inculpation auraient dû être « crime contre l’humanité, terrorisme et racisme ». » Amnesty International a salué ce verdict tout en prévenant : « Les autorités hongroises n’en font toujours pas assez pour empêcher les violences contre les Roms. » Le ministre des ressources humaines, Zoltan Balog, a déclaré que ce jugement « renforce a conviction qu’aucun auteur de crime raciste ne peut échapper à la loi en Hongrie et que les meurtriers particulièrement sauvages paieront à la hauteur de leurs actes ».
Ces condamnations interviennent en pleine commémoration du génocide de la minorité rom. Le 2 août 1944, les nazis avaient assassiné près de 3 000 Roms à Auschwitz-Birkenau, en Pologne.
Anne Solesne Tavernier