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Archives par catégorie : Diaspora

La Hongrie sur la mauvaise pente 12 juin 2013

Antisémitisme : une tolérance hongroise bien suspecte

LE MONDE | 21.05.2013 à 14h17
Par Joëlle Stolz Vienne, correspondante

Décevante : c’est ainsi qu’est apparue la prestation du premier ministre hongrois, le nationaliste conservateur Viktor Orban, devant les 500 délégués du Congrès juif mondial (CJM), réunis du 5 au 7 mai à Budapest, qui attendaient de lui une condamnation sans ambiguïté de l’extrême droite, dont le parti Jobbik est le visage institutionnel.
Sans doute lui était-il difficile de rejeter clairement une force d’opposition qui partage avec son parti, le Fidesz, une vision ethnique et religieuse de la nation. Pour M. Orban, l’antisémitisme est « un état d’esprit dans lequel le Mal prend le contrôle des pensées et des actions des gens, danger qui nous menace nous aussi, les chrétiens ». La meilleure réponse à lui apporter, selon le premier ministre, consiste à fortifier « les exemples et la tradition des bons chrétiens ».
Mais les forces du Mal résistent à cette vertueuse offensive. Entré au Parlement avec 16,9 % des suffrages, en avril 2010, le Jobbik a réussi, il y a deux mois, à faire condamner à faire condamner par un tribunal hongrois un historien qui l’avait qualifié de « néonazi ». Un élu du Jobbik a pourtant puisé dans ce registre nauséabond, à l’automne 2012, en proposant d’établir une « liste de juifs » qui occupent des postes publics, risque potentiel pour la « sécurité nationale ».
Outre une vision commune de la nation, la droite et l’extrême droite hongroises partagent aussi une certaine insistance à faire porter aux juifs la responsabilité du communisme : le bolchevique Béla Kun, dirigeant d’une éphémère « république des Conseils », après 1918, tout comme, après 1945, le stalinien Matyas Rakosi, né Rosenfeld, en restent les symboles exécrés. Une haine d’autant plus tenace qu’on impute aussi à « ceux qui ont le coeur étranger » la responsabilité du traité de Trianon, en 1920, qui a privé la Hongrie des deux tiers de son territoire.
Les juifs sont enfin accusés d’avoir bradé les richesses nationales en ouvrant l’économie aux forces du marché. Cette figure du juif confondue avec celle du communiste, travesti à son tour en libéral, mais toujours trahissant la patrie, est un leitmotiv décliné sous une forme allusive dans certains médias proches du Fidesz, et outrageusement raciste sur les sites Internet de la mouvance radicale.
M. Orban a certes exclu toute alliance avec le Jobbik dans un entretien accordé, début mai, au quotidien israélien Yedioth Ahronoth. Mais le 5 mai en Hongrie, dans un discours répercuté par les médias nationaux, il s’est gardé de désigner ce parti comme un adversaire. Il n’a même pas mentionné son nom, préférant énumérer les institutions mémorielles créées par son gouvernement, et surtout évoquer les crimes antisémites bien plus graves commis dans d’autres pays européens, où l’on « tue des écoliers juifs » – allusion aux assassinats perpétrés en France par Mohamed Merah. « Nous ne voulons pas que la Hongrie devienne un pays de cette sorte », a assuré le premier ministre.
Les Roms, des « animaux répugnants »
A Budapest, cet orateur pugnace était à la peine. Il s’est cramponné à son texte. Un vif contraste avec l’allocution que venait de prononcer le président du Congrès juif mondial, le milliardaire américain Ronald Lauder, qui a fustigé la passivité et la complaisance des autorités hongroises. Comment, a déclaré ce dernier, ne pas s’étonner aujourd’hui de voir « glorifier des antisémites tels que Miklos Horthy », qui dirigea la Hongrie de 1920 à 1944, et était « l’équivalent d’Hitler » ?
Le CJM aura au moins réussi à attirer l’attention des médias sur les nombreux incidents à caractère raciste et antisémite en Hongrie, pays dont la communauté juive a été très éprouvée par les persécutions nazies : 400 000 juifs hongrois sont morts en déportation.
Des milliers de leurs compatriotes tziganes ont connu le même sort, et l’une des interventions les plus applaudies au congrès fut celle d’une représentante de la communauté rom.
Or la droite hongroise ne semble pas comprendre que, depuis l’Holocauste, antisémitisme et racisme antitzigane sont liés. Viktor Orban s’est ainsi refusé à critiquer son ami journaliste Zsolt Bayer, membre influent du Fidesz, qui a comparé les Roms à des « animaux lâches, répugnants, nuisibles », appelant à les « éliminer ».
Le Haut Conseil des médias s’est enfin décidé à infliger une amende au quotidien Magyar Hirlap, qui diffuse la prose de M. Bayer. La justice a aussi condamné à 2 et 3 ans de prison ferme, pour « injures antisémites », des extrémistes venus provoquer les délégués au congrès.
Presque au même moment, un tribunal de Miskolc, dans le Nord-Est, distribuait des peines allant jusqu’à 4 ans de prison ferme à l’encontre de neuf jeunes Roms pour « racisme contre des membres de la nation » : ils avaient attaqué des militants d’extrême droite venus patrouiller dans un quartier tzigane, en pleine psychose après une série d’assassinats contre des Roms.
C’est déjà la quatrième fois que des magistrats hongrois font usage de cette nouvelle disposition du code pénal, qui sous-entend que seuls les « Hongrois de souche » forment la véritable nation. De quoi obscurcir davantage le message apaisant que M. Orban espérait envoyer à l’opinion internationale.
stolz@lemonde.fr

Roms de Roumanie : les causes d’un exode, les raisons d’un échec 13 février 2013

Roms de Roumanie : les causes d’un exode, les raisons d’un échec

De notre correspondant à Bucarest

Mise en ligne : jeudi 24 janvier 2013
Pourquoi les Rroms de Roumanie quittent-ils leur pays pour la France ? Une étude vient de montrer que les causes de cette migration sont uniquement économiques – et les expulsions, même rebaptisées « retours volontaires » ne servent à rien, car les Rroms reviennent. Retour sur un échec français, celui des politiques d’intégration, échec partagé par la gauche et la droite.
Par Matei Martin

Alors que les controverses font rage sur les expulsions de Rroms originaires de Roumanie et les mesures de limitation de la liberté de circulation mises en place par la France et d’autres pays européens, le Centre roumain pour les politiques européennes (CRPE) a analysé les effets économiques de la migration des Rroms roumains en France.

Retrouvez notre dossier :
Expulsion des Rroms en France : Valls dans les pas de Guéant et de Sarkozy ?

L’étude se fonde sur 500 interviews réalisées dans les plus grandes communautés rroms de l’Hexagone (à Paris, Marseille, Montpellier, Aix-en-Provence, Toulon). L’objectif : comprendre les motivations de cette migration, la situation économique des Rroms, leurs attentes et leurs « stratégies » d’adaptation sociale et culturelle. Par ailleurs, ce rapport offre une image claire de l’échec des politiques de rapatriement entreprises par l’Office français de l’immigration de l’intégration.
Trois conclusions se dégagent de cette étude, et c’est à partir de ces constats que devraient se fonder les nouvelles politiques d’intégration des Rroms en France, mais aussi en Roumanie :
o Les Rroms se rendent en France pour des raisons strictement économiques : ils gagnent la moitié du salaire minimum de ce pays, mais huit fois plus que ce qu’ils touchent en Roumanie.
o Les Rroms veulent travailler et cherchent à officialiser les relations avec les employeurs (notamment par contrat), mais sont victimes de la discrimination.
o Les Rroms ne sont pas des immigrants durables en France. L’emploi du terme d’« immigration » ne peut pas être justifié dans leur cas par la demande d’un permis de séjour. La plupart des Rroms envoient régulièrement de l’argent « chez eux », « à la maison » (c’est-à-dire en Roumanie), et retournent périodiquement dans leur pays d’origine. Les conclusions et interviews sont plus éloquentes que tous les clichés transmis de manière presque hystérique par les chaînes de télévision françaises comme roumaines.

Découvrez notre cahier :
Rroms des Balkans : intégration, citoyenneté, démocratie
Le Courrier des Balkans / éditions Non Lieu, octobre 2012, 216 pages, 15 euros

En France, comme ailleurs en Europe, il existe une évidente méfiance par rapport à ces vagues de migrations plutôt saisonnières. Et cette méfiance se solde par une démonisation des Rroms. « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », avait répété, après d’autres, le ministre de l’intérieur Manuel Valls. La formule avait fait la une de la presse en France comme en Roumanie.
Or, que reste-t-il de la liberté de circulation en Europe ? Il y a deux ans déjà, la décision de la France d’expulser collectivement plusieurs communautés de Rroms originaires de Roumanie avait ouvert le débat sur l’une des valeurs fondamentales de l’Union européenne : n’importe quel citoyen d’un État membre a le droit d’aller et de s’installer où il le souhaite. Le gouvernement de Paris a dû donner des explications, affirmant alors qu’il ne s’agissait pas d’ « expulsions collectives » mais de « rapatriements individuels », « à la demande », et que l’on proposait aux familles de Rroms de rentrer chez elles en échange de sommes avancées par l’État français. Les mesures de ce type n’étaient pas une nouveauté ; elles ont déjà été appliquées dans le passé avec le même (in)succès.
À l’été 2010, puis à nouveau à l’été 2012, ces expulsions (ou « rapatriements ») ont été particulièrement visibles car elles ont concerné des centaines de personnes, sur une courte période de temps. Les communautés rroms établies à la périphérie des grandes villes sont devenues un enjeu politique majeur. Les gouvernements – de droite puis de gauche – croyaient devoir montrer leur autorité face à une communauté mal aimée. Ainsi, les autorités se sont-elles mises à chasser les Rroms – avec un large soutien de l’opinion, au moins durant quelque temps. Puis, lorsque la société civile s’est mise à dénoncer les abus et à montrer les clichés sur lesquels étaient fondées ces politiques d’expulsion, les citoyens se sont rendu compte qu’en réalité les Rroms n’étaient que la dernière et la plus visible des communautés d’immigrés en France, et nullement la plus nombreuse ou la plus mal intégrée (les quelque 15.000 Rroms de France représentent une communauté bien moins nombreuse que celles provenant des pays africains et des anciennes colonies).
Les autorités ont prétendu qu’il existait un lien entre la montée de la criminalité urbaine et l’émergence de cette vague récente d’immigrants, mais les statistiques ne confirment pas cette conclusion. En fait, la majeure partie des mesures prises pour écarter les Rroms indésirables des villes semblent être voués à l’échec : ils reviennent chaque fois et reconstruisent leur camps pour repartir ensuite quand on les chasse.
L’échec de la France – de droite comme de gauche
Les politiques « d’intégration » menées par le gouvernement sont paradoxales et contradictoires. Contrairement à l’Espagne ou l’Italie, où l’on compte, malgré des échecs isolés mais retentissants, de nombreuses réussites, la France n’a pas su concentrer ses efforts pour intégrer les Rroms. Par exemple, on reproche aux Rroms leur manque d’éducation et de qualifications – ce les rend incapables de trouver un emploi. Mais les écoles prêtes à accepter des étudiants rroms (qui, par delà des problèmes sociaux ont presque toujours un déficit linguistique) sont très peu nombreuses. En outre, des descentes de la police dans les banlieues peuplées par les Rroms et la destruction systématique de leurs camps de ruine les efforts des parents qui essaient justement d’envoyer leurs enfants a l’école.
Finalement, la communauté internationale a condamné le gouvernement français pour ses mesures, et la méthode française pour « se débarrasser » des Rroms s’est avérée être un échec : l’argent reçu n’a pas empêché les Rroms de revenir en France. A partir du mois de mars, l’OFII a baissé « l’aide de retour humanitaire », d’un montant de 300 euros, à 50 euros. Avec cette somme, on ne pourra plus prétendre qu’il s’agit d’un retour « volontaire »…
En Roumanie, l’impasse dans laquelle se trouve le gouvernement français est observé avec ironie et condescendance. La France, qui donnait il y a encore peu de temps des leçons de démocratie à la Roumanie et voulait nous apprendre la tolérance et le multiculturalisme, ne parvient pas aujourd’hui à intégrer quelques milliers de Rroms ! Une attitude revancharde, dépourvue de toute dimension constructive… C’est une guerre des boucs émissaires ; et même les discussions intergouvernementales bilatérales ne mènent à aucune solution pratique.
La Roumanie est le pays qui abrite la plus grande communauté de Rroms de l’Union européenne : entre 600.000 et deux millions de Rroms vivent sur le sol roumain. Les Rroms, comme (presque) toutes les communautés, y sont représentés au Parlement ; le pays dispose d’institutions anti-discrimination et même de politiques de discrimination positive en faveur des Rroms.
Bien sur, il est difficile de juger des résultats de ces politiques : il est certain que les Rroms figurent toujours parmi les populations les plus pauvres de Roumanie. La migration des Rroms vers l’Europe occidentale a surtout des causes économiques – et non politiques, comme les autorités françaises ont essayé de le prétendre en invoquant la discrimination dont seraient victimes les Rroms en Roumanie. L’intégration des Roms – en France comme en Roumanie – devrait donc commencer par le marché du travail.

Arrêtons de chasser les Roms, passons à l’intégration 24 novembre 2012

Arrêtons de chasser les Roms, passons à l’intégration

Posté le 22 novembre 2012

Les expulsions de Roms se multiplient en Europe

Ces dernières années, la question des Roms a été largement débattue en Europe. Toutefois, cette attention portée à la minorité d’Europe la plus exposée aux discriminations ne s’est guère accompagnée de mesures gouvernementales concrètes. Face à cette situation d’urgence en matière de droits de l’homme, les pays européens appliquent trop souvent encore les vieilles méthodes, comme le montre la multiplication des expulsions, qui ont déjà touché des milliers de Roms dans toute l’Europe.

En France, près de 5 000 Roms auraient été évacués de leurs campements entre juillet et septembre 2012. Bien qu’une circulaire interministérielle diffusée en août dernier demande aux autorités de proposer une solution de relogement adéquate aux personnes évacuées, celles-ci ne reçoivent généralement aucune aide et se retrouvent souvent sans abri, à Paris, à Marseille et dans d’autres grandes villes françaises.

En Italie, les expulsions forcées se sont poursuivies, malgré l’engagement du gouvernement de cesser d’appliquer la politique de « l’urgence nomade ». Au cours du seul mois de septembre 2012, à Rome, 250 personnes ont été expulsées, avec pour seule perspective d’être regroupées sur des sites à l’écart du reste de la population.

En République tchèque, des familles roms ont été évacuées au cours de l’été 2012 des bâtiments délabrés où elles vivaient depuis des années, dans la ville d’Ostrava. Elles ont été relogées dans des hôtels qui, de l’avis des services sociaux, ne sont pas adaptés à l’hébergement d’enfants. Les Roms étant fréquemment expulsés des logements sociaux dans certaines régions du pays, de nombreuses familles roms sont contraintes de mener une vie itinérante.

En Serbie, 1 000 Roms ont été évacués de force de Belvil, un quartier de Belgrade, en avril 2012. Certains d’entre eux ont dû s’installer dans une autre ville, tandis que d’autres ont été relogés dans des conteneurs, à la périphérie de Belgrade, où ils n’ont aucune possibilité de travailler et aucun accès aux services de santé et aux autres services de base.

Au Royaume-Uni, des Gens du voyage qui avaient été expulsés de leur propre terrain à Dale Farm, dans l’Essex, en octobre 2011, ont de nouveau reçu des avis d’expulsion. Il leur est maintenant demandé de quitter le terrain privé, situé en bord de route, qu’ils occupent depuis leur évacuation. Ils affirment n’avoir nulle part où aller et craindre l’approche de l’hiver.

Brisons le cercle vicieux des expulsions

Les expulsions sont inefficaces si elles ne s’accompagnent pas d’un projet d’intégration et de protection sociale. Ce n’est pas en chassant les Roms que l’on règlera le problème de l’exclusion et de la misère extreme dans laquelle vivent nombre d’entre eux. Beaucoup de ces expulsions sont contraires aux normes internationales des droits de l’homme, qui prévoient des garanties spécifiques en cas d’expulsion, notamment la mise à disposition d’un logement de remplacement décent et l’accès à des voies de recours juridiques. En particulier, la Charte sociale européenne impose des obligations précises aux Etats parties concernant le logement, l’accès aux services de santé et aux services sociaux et, dans ce contexte, la protection des droits de l’enfant.

De plus, les expulsions sont contre-productives car elles perturbent souvent très sérieusement la scolarité des enfants, qui est un élément essentiel de l’intégration des Roms. Elles entravent aussi les efforts des personnes qui dispensent aux Roms des soins médicaux de base, en organisant des campagnes de vaccination, par exemple.

Lors de nombreuses expulsions, la police aurait eu recours à la force de manière excessive. En outre, des médias et des personnalités politiques ont profité des expulsions pour exacerber les préjugés et les sentiments anti-Roms de la population. Des groupes de Roms évacués qui devaient se réinstaller ailleurs ont été en butte à des manifestations d’hostilité, voire de violence, de la part de leurs nouveaux voisins.

Il est temps d’abandonner les politiques répressives

Il faut en priorité combattre la discrimination et les préjugés profondément enracinés, qui constituent un obstacle majeur à tout progrès dans l’insertion des Roms. En particulier, les responsables politiques et les décideurs devraient cesser de tenir des propos qui stigmatisent les Roms, y compris les migrants d’origine rom.

Les Etats européens devraient réorienter leur action en délaissant les mesures répressives pour des stratégies d’intégration. Lesbonnes pratiques qu’appliquent certains devraient être davantage développées et diffusées.

L’une des mesures à prendre de toute urgence est de trouver des solutions adaptées aux problèmes de logement des Roms. Le droit à un logement décent détermine en effet la possibilité de bénéficier de nombreux autres droits de l’homme. Les Etats devraient donc investir dans des formes de logement sûres et abordables pour les Roms, en étroite concertation avec les intéressés.

Des programmes et pratiques de logement qui se traduisent par une ségrégation forcée sont contraires au principe de non-discrimination. De plus, l’expérience montre qu’ils ne peuvent jamais être considérés comme une solution viable.

Aucune expulsion ne devrait intervenir en l’absence d’une possibilité de relogement adéquate et abordable.

Il faut aussi s’attaquer aux causes profondes qui poussent les Roms à migrer, au rang desquelles figurent la discrimination institutionnalisée, la ségrégation, la répression et la pauvreté dans leurs pays d’origine. Collectivités locales, gouvernements nationaux, organisations internationales et société civile : nous sommes tous concernés par ces objectifs.

En plus d’être inefficaces et coûteuses, ces expulsions sont surtout inhumaines. Il faudrait y mettre un terme et passer à des politiques d’intégration effectives, dont ne bénéficieraient pas seulement les familles roms concernées, mais la société tout entière.

L’alliance des villes européennes et les Roms 6 avril 2012

Rroms : L’Alliance des villes européennes bientôt opérationnelle

25 mars 2012

Réseau d’échange de pratiques et de solidarité, l’Alliance des villes pour l’inclusion des Rroms et gens du voyage, sera opérationnelle à l’automne prochain. Volontariste le Congrès des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe s’est, le 22 mars dernier, penché sur cette initiative née du Sommet des maires de Strasbourg. Au cours des débats a été rappelé que des alliances de ce type existent déjà depuis au moins 1995
Le volontarisme du Conseil de l’Europe en faveur de la création d’une alliance des villes pour l’inclusion des Rroms et des gens du voyage n’a pas été entamé par l’évocation des difficultés. Sans, s’y opposer formellement, la majorité des collectivités locales n’affichent aucun enthousiasme et les Etats ne soutiennent pas toujours les initiatives. Une minorité des intéressés seulement peut bénéficier des programmes d’insertion déjà engagés. Depuis au moins 1995, existent déjà de semblables réseaux dispersés dans les 47 pays. Mais les initiateurs de la démarche ne se laissent pas décourager.

Des arguments financiers alléchants

Ils ne manquent pas d’arguments. La participation à l’alliance facilitera l’accès aux aides financières de l’Union Européenne. Kenneth Davey, membre de la fondation Open society présidée par Georges Soros impliquée dans plusieurs programmes en faveur des rroms a affiché une ferme volonté de collaborer avec la future Alliance.

De solides expériences

Dusica Davidovic, conseillère municipale de Nis, seconde ville de Serbie a fait état de l’expérience de sa commune qui depuis 2005 en régularisant les habitats des familles rroms dans le cadre du plan d’urbanisme. En facilitant scolarisation, et en traduisant les documents administratifs en rromani, la commune a enregistré de notables avancés dans les domaines de la santé et de l’emploi. Fort de dix ans de collaboration avec les Gypsi travellers de sa ville de Salford, John Warmisham, (Royaume Uni), rapporteur du Congrès sur la thématique rrom, présenta avec vigueur la démarche destinée à faire boule de neige. Après deux réunions préparatoires les 9 décembre et 22 février dernier, le groupe de travail entre dans la dernière ligne droite de la phase préparatoire. « Nous travaillons maintenant sur les outils de communication à distance afin de pouvoir collaborer au quotidien sans forcément devoir organiser des réunions », confie John Warmisham aux Dépêches tsiganes. Il compte sur un lancement officiel de l’Alliance à l’automne prochain.

Ne manquez pas les Interviews exclusives de John Warmisham, et de Nawel Rafik-Elmrini, adjointe au maire de Strasbourg dans nos prochaines Alertes infos tsiganes.

Les droits de l’homme des Roms et des gens du voyage en Europe 12 mars 2012

 C’est une nouvelle fois le Conseil de l’Europe qui rappelle avec insistance les obligations de chaque pays envers la minorité Rom Tsigane.

Ce document qui mérite d’être lu avec attention est un cri d’alarme sur la situation de plus en plus dramatique de la minorité Rom dans de nombreux pays d’Europe de l’Est mais aussi en France et en Italie.

Les recommandations pour respecter le droit européen concernent l’ensemble des conditions de vie des Roms Tsiganes et ceux qui sont appelés en France gens du voyage. 

L’europe : un modèle et un espoir pour demain ? 27 décembre 2011

Pour l’instant hélas comme le montre le rapport d’Amnesty International , l’Italie comme d’autres est encore loin du compte

AMNESTY INTERNATIONAL
COMMUNIQUÉ DE PRESSE

L’Italie doit réparer les torts causés aux Roms

Les autorités italiennes doivent agir immédiatement afin de lutter contre les discriminations dont les Roms sont victimes et proposer des recours aux personnes ayant fait les frais de violations des droits humains de grande ampleur perpétrées au nom d’un état d’urgence décrété illégalement.

Cet appel d’Amnesty International fait suite au jugement rendu par le Conseil d’État, le plus haut tribunal administratif du pays, dans lequel celui-ci a estimé que le décret de 2008 instaurant l’état d’urgence en relation avec les camps de nomades (« Urgence Nomades ») était illégal.

Le rapport d’Amnesty International, intitulé ‘Zero tolerance for Roma’ : Forced evictions and discrimination against Roma in Milan, rendu public mardi 29 novembre, décrit comment, au nom de l’« Urgence Nomades », les autorités ont pu fermer des camps de Roms autorisés et non autorisés à Milan en dérogeant aux lois protégeant les droits humains.

« Décréter l’état d’urgence sans aucun fondement afin de prendre pour cible une minorité ethnique, puis le maintenir en vigueur pendant trois ans et demi, est scandaleux. L’Urgence Nomades était illégale et discriminatoire aux termes du droit international relatif aux droits humains ; elle n’aurait jamais dû être introduite », a déclaré Valentina Vitali, spécialiste de l’Italie à Amnesty International.

« L' »Urgence Nomades » a autorisé les pouvoirs publics à procéder à des expulsions forcées en toute impunité. Il faut désormais que le gouvernement de Mario Monti répare ces torts. Il doit proposer des recours à toutes les personnes concernées par ces expulsions forcées et d’autres violations des droits fondamentaux. Il doit faire des droits humains une priorité de son programme politique. »

En mai 2008, le gouvernement italien a décrété l’état d’urgence en relation avec les camps de populations nomades dans plusieurs régions, notamment la Lombardie, dont Milan est la capitale, afin de s’attaquer à ce qu’il considérait comme une « grave situation d’alarme sociale, susceptible d’avoir pour la population locale des répercussions sur l’ordre public et la sécurité ».

S’il était fait référence aux camps de nomades c’est en réalité les populations roms qui étaient visées, et la majorité d’entre elles ne sont pas nomades. Le 16 novembre 2011, le Conseil d’État italien a déclaré l’« Urgence nomade » illégale. À ce jour, le gouvernement italien n’a toujours pas annoncé comment il compte mettre ce jugement en oeuvre.

L’« Urgence Nomades » a permis aux autorités d’initier une vague d’expulsions forcées hors de camps non autorisés à Milan. Des centaines de familles roms se sont ainsi retrouvées à la rue. Ces expulsions ont été effectuées en l’absence de toute procédure adaptée et sans qu’aucune solution de relogement ne soit proposée. Les conséquences pour les familles roms ont été dévastatrices, en particulier pour des centaines d’enfants dont la scolarité a été perturbée.

Une mère de cinq enfants, ayant été expulsée à plusieurs reprises avec sa famille d’un certain nombre de camps non autorisés à Milan, a déclaré à Amnesty International :
« Les expulsions nous font du mal ; elles nous privent de nos droits et de notre bonheur. Les policiers nous traitent comme des voleurs ; ils nous crient dessus, ils nous poussent. C’est traumatisant, mon fils de huit ans n’a pas parlé pendant des mois après une des expulsions, à cause du choc. »

Aux termes du droit international, une expulsion ne doit intervenir qu’en dernier recours, une fois que toutes les autres solutions possibles ont été envisagées et que des garanties juridiques et de procédure adéquates ont été mises en place.

Il convient en particulier de mener une véritable consultation auprès des populations concernées, de les prévenir dans un délai suffisant et raisonnable, de leur proposer une solution de relogement et une indemnisation pour les pertes subies et de leur fournir des garanties quant à la manière dont seront menées les expulsions ; elles doivent également avoir accès à des procédures et voies de recours légales adaptées, y compris à l’aide judiciaire si nécessaire.

Les États doivent par ailleurs veiller à ce que nul ne soit sans domicile ni exposé à des atteintes aux droits humains à la suite d’une expulsion. À ce jour, l’Italie n’a toujours pas adopté, ni fait appliquer l’interdiction formelle de procéder à des expulsions forcées, ainsi que l’y engagent les normes internationales en matière de droits humains.

« Les autorités milanaises doivent immédiatement mettre fin à l’ensemble des expulsions forcées. Elles doivent trouver des solutions de relogement adaptées, sans discrimination, à toutes les personnes expulsées qui n’ont pas les moyens de le faire elles-mêmes ; en particulier, la mairie doit faire en sorte que des abris d’urgence soient proposés à toutes les personnes qui en ont besoin, sans séparer les familles », a ajouté Valentina Vitali.

À Milan, l’état d’urgence a par ailleurs ouvert la voie au plan approuvé par les autorités locales et nationales concernant la fermeture de l’ensemble des camps autorisés où logent des Roms. Ce plan est en outre lié à l’organisation de l’Exposition universelle qui doit se tenir à Milan en 2015, la construction de projets en prévision de cet événement international ayant déjà mené à la fermeture de deux camps autorisés.

« Les autorités municipales doivent suspendre et revoir les plans visant à fermer les camps autorisés, et s’assurer qu’ils soient pleinement conformes aux normes en matière de droits humains. Elles doivent mettre en place des garanties juridiques pour les personnes touchées, mener une véritable consultation auprès de celles-ci et leur fournir des solutions de relogement », a poursuivi Valentina Vitali.

« Six mois après sa prise de fonctions à Milan, Giuliano Pisapia, le maire de cette ville, n’a pas encore montré que le vent a tourné pour ces femmes, ces hommes et ces enfants à Milan. Pour eux, un véritable changement serait l’arrêt des expulsions forcées et des discriminations, ainsi que l’ouverture d’un dialogue sérieux visant à aborder leurs conditions de logement, conformément aux normes internationales. »

Voir aussi :
The Wrong Answer – Italy’s « Nomad Plan » violates the housing rights of Roma in Rome,
Italy : The witch-hunt against Roma people must end
Italy : Anti-Roma events in Italy are a wake up call for the EU

Document public
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Pour plus d’informations, veuillez prendre contact avec le Service de presse d’Amnesty International, à Londres, au Royaume-Uni ; tél : +44 20 7413 5566 ; courriel : press@amnesty.org.
International Secretariat, Amnesty International, 1 Easton St., Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni

Le racisme anti Roms en Europe 22 octobre 2011

Racisme anti-Roms en Europe, l’alerte bulgare

Point de vue | LEMONDE.FR | 14.10.11 | 09h30
Depuis près de deux semaines, la Bulgarie connaît de violentes manifestations racistes anti-Roms. Organisées par l’extrême droite, en particulier le parti Ataka ("Attaque") rejoint par des hooligans, elles se déploient dans une vingtaine de villes du pays, rassemblant plusieurs milliers de personnes. Lors des défilés, des slogans néonazis tels "les Roms en savon !" sont scandés par la foule.
Le point de départ de ces manifestations racistes a été un meurtre perpétré dans la petite ville de Katounitsa par les hommes de main du parrain de la mafia rom locale. Cependant, confondre le point de départ de l’incendie avec ses causes profondes serait une erreur criminelle.
Si ces manifestations rassemblent autant et aussi violemment, c’est que le terrain, travaillé depuis de nombreuses années, est désormais propices à de tels agissements, qui concernent la Bulgarie aujourd’hui mais qui pourraient concerner d’autres pays européens demain. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet état de fait.
Tout d’abord, les stéréotypes et les préjugés stigmatisant les Roms ou d’autres catégories de populations (musulmans, immigrés, juifs…) s’expriment avec de plus en plus de facilité et circulent en toute permissivité partout sur le continent. Or les tabous sur la parole raciste et antisémite sont nécessaires à une société démocratique.
Ensuite, cela fait maintenant de nombreuses années que les Roms sont, dans toute l’Europe, la cible d’insupportables actes de violence sans que cela ne suscite de justes et fortes protestations politiques ou de la société civile.
Par exemple, en Hongrie, des individus sont assassinés parce que Roms. A Baia Mare et Tarlungeni en Roumanie, comme à Michalovce, Košice, Prešov et Svinia en Slovaquie, ils sont concentrés dans des ghettos où les conditions de vie sont indignes. En Serbie, en Moldavie, comme en France et en Allemagne, ils sont victimes de discriminations quotidiennes.
Ainsi, le peu de réactions que ces violences ont suscitées jusqu’à présent permet un passage à l’acte plus aisé aujourd’hui, en Bulgarie comme ailleurs. Enfin, l’extrême droite s’est organisée, structurée et renforcée ces dernières années partout en Europe.
Les partis d’extrême droite remportent des succès électoraux, comme le Jobbik en Hongrie, le Parti de la Liberté aux Pays-Bas, ou Ataka en Bulgarie. Les mouvements d’extrême droite exercent une influence sur certains partis de gouvernements, comme au Danemark, et séduisent de plus en plus de personnalités.
Au moment où la construction européenne est en crise, l’extrême droite, sous ses différentes composantes, propose un véritable modèle de structuration politique du continent, fondé sur le racisme et les discriminations raciales. Ce projet est sous-tendu par l’esprit de "guerre civile européenne" et l’obsession de "l’ennemi intérieur" à identifier et à exterminer et qui serait, selon les moments et les pays, le musulman, le Rom, le juif, etc.
A l’opposé de ce funeste projet, dont la mise en acte à la suite d’une prise de pouvoir des extrêmes droites européennes ne peut être totalement exclue, les sociétés civiles européennes antiracistes s’unissent désormais pour faire vivre un modèle européen véritablement démocratique car débarrassé du racisme, de l’antisémitisme et des discriminations raciales.
Samedi 1er octobre fut à ce titre un jour fondateur. Ce jour-là, les sociétés civiles de nombreux pays européens, menées par les organisations antiracistes membres de l’EGAM et leurs partenaires Roms, se sont mobilisées ensemble pour la première "Roma Pride".
Elles ont notamment exprimé leur rejet du racisme et leur solidarité avec les Roms bulgares, fait pression sur les autorités européennes, nationales et locales pour qu’elles réagissent fermement aux violences racistes en protégeant la population et les organisations Roms.
En Norvège, au Danemark, en Belgique, en France, mais également en Roumanie, où près de 400 personnes ont défilé dans la plus grande manifestation de l’année, et en Bulgarie, où des rassemblements publics se sont tenus dans 15 villes malgré les menaces, des dirigeants associatifs, des politiques, des intellectuels, des artistes et des milliers d’autres personnes se sont rassemblés pour faire Europe ensemble. Une Europe des valeurs partagées d’égalité et de dignité, une Europe construite par les actions communes des sociétés civiles en mouvement.
Le silence assourdissant, politique et militant, lors des ratonades de janvier 2010 contre les migrants noirs de Rosarno, dans le Sud de l’Italie, qui avait donné le coup d’envoi de la constitution de l’EGAM, paraît lointain.
Désormais, c’est avec force et conviction que les sociétés civiles européennes s’unissent pour faire vivre le rêve européen d’un continent débarrassé du racisme, de l’antisémitisme et des discriminations raciales.
 
 
 

Les maires d’Europe se préoccupent des Roms 25 septembre 2011

Le Sommet des Maires crée le groupe de lancement d’une Alliance européenne des villes et des régions pour l’inclusion des Roms
Strasbourg, 22 septembre 2011. – Dans une déclaration finale adoptée à Strasbourg par le 1er Sommet européen des Maires sur les Roms, ses participants venus des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe ont confirmé leur détermination à continuer d’agir durablement pour améliorer la situation de la population rom. « A cette fin, nous souscrivons à la proposition de créer une Alliance européenne des villes et des régions pour l’inclusion des Roms », a conclu le Sommet, qui était organisé par le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe en coopération avec différents partenaires.
Un groupe de lancement comprenant six villes et régions d’Europe (Aubervilliers/France, Kavarna/Bulgarie, Malaga/Espagne, Région de Madrid/ Espagne, Héraklion/Grèce et le 5e arrondissement de Bucarest/Roumanie) a été créé afin de préparer, dans le prolongement du Sommet, la mise en place de ce nouveau réseau européen au plus près des citoyens.
Le Sommet des Maires, qui a réuni 300 responsables politiques locaux et régionaux, représentants des organisations roms, des administrations territoriales et de la société civile ainsi que des partenaires institutionnels européens, a évoqué l’exclusion et la discrimination persistantes dont les Roms sont l’objet dans des collectivités locales et régionales de toute l’Europe. Cette exclusion et cette discrimination ont pour signes visibles la marginalisation des Roms et leur manque d’accès à l’éducation, au logement, aux soins de santé et à l’emploi. « Elles sont aussi nourries par les préjugés, la méfiance et même les discours de haine à leur encontre. Nous nous inquiétons vivement de cette situation, qui continue de s’aggraver et à laquelle une solution doit être apportée de toute urgence », ont déclaré les participants.
En vue de la future Alliance européenne des villes et des régions pour l’inclusion des Roms, le Sommet a appelé les communes et les régions à réfléchir à la manière de mettre en œuvre les recommandations pertinentes du Conseil de l’Europe et en particulier, pour ce qui concerne les politiques territoriales, celles du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux.
« Nous affirmons de nouveau notre ferme conviction que l’avenir de la société démocratique européenne requiert l’inclusion et la participation de tous les Européens, y compris les Roms, à la construction de la démocratie et à la pleine vitalité de leurs collectivités, avec tous les droits et toutes les responsabilités que cela implique », a conclu le Sommet.
Déclaration finale (version anglaise)

Une députée européenne qui s’engage 2 août 2011

« Il faut passer aux actes »

01-08-2011

Marie-Christine Vergiat appelle les élus locaux à s’emparer des fonds européens pour aider les Roms à trouver leur place dans la société française. photo LM
M-C.Vergiat, la députée européenne évoque la question des Roms.
Élue depuis 2009 députée européenne Front de Gauche pour le Sud-Est, Marie-Christine Vergiat dénonce la politique cynique de la France qui empêche les Roms d’accéder à la citoyenneté. Entretien.
Depuis 3 ans, la Commission européenne a mis en œuvre des actions en faveur des populations roms dans toute l’Europe, quels en sont ses résultats concrets ?
C’est très variable selon les pays. L’épiphénomène de l’été dernier en France a suscité l’intérêt de voir ce qui se passait concrètement dans nos pays respectifs. Le parlement européen a beaucoup poussé dans ce sens. Une majorité de députés, dont je fais partie, en ont marre du hiatus entre discours et pratiques.
Après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy et les circulaires discriminatoires adoptées, le parlement européen a voté une résolution dénonçant la situation en France, mais auparavant il y avait eu l’Italie. C’est en Hongrie où la condition des Roms est la pire. Il y a des agressions physiques avec mort d’hommes par des groupes fascistes qui interviennent dans les villages. On n’a pas l’impression que le pouvoir en place fait beaucoup pour juger les coupables. A la suite des expulsions en France en 2010, on a demandé à la Commission européenne de suivre cette affaire. Elle a mis en place la Task force qui doit faire le bilan sur l’utilisation des fonds européens par les États, initiative qui a abouti à la proposition de stratégies européennes, déclinées au niveau national, en faveur des Roms d’ici fin 2011.
L’Europe leur consacre 17,5 milliards d’euros, dont 13,5 milliards proviennent du Fonds social européen (FSE). 12 États ont des programmes de soutien aux Roms : l’Espagne, la Finlande, l’Italie, la Grèce, l’Irlande, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Slovénie, la République tchèque, la Slovaquie. Il faudrait obliger la Commission à enquêter sur place pour vérifier que les plans d’action se mettent bien en place.
Des financements européens existent afin que les États luttent contre l’exclusion et pour l’intégration des Roms, où en est la France ?
La France reçoit 4,15 milliards d’euros au titre du Fonds social européen (FSE). 1 million sert à financer des programmes en direction des Roms pour des projets coûtant 2,5 millions d’euros sur 5 ans (2007-2013). Il y a 28 projets identifiés dans 11 régions, mais aucun en Paca. Sur ces 28 projets, trois seulement concernent les populations roms venant essentiellement de Roumanie et de Bulgarie. Ces trois exemples sont des villages d’insertion, situés à Montreuil, Bagnolet et Saint-Ouen. Ils sont très controversés par le monde associatif qui leur reproche d’enfermer les Roms dans des structures où il faut montrer patte blanche pour entrer. D’autres projets existent dans la région de Nantes dans le cadre du FSE. Mais, la France ne cherche pas à cibler ces fonds européens en faveur de ces populations.
Les élus locaux, désireux de faire des choses pour les familles roms, doivent solliciter ces fonds européens. Pour les élus régionaux, il est plus facile de passer par le Fonds européen de développement régional (Feder) pour financer le logement sans passer par l’État. Je constate qu’il y a une très mauvaise coordination entre les États- nations et les collectivités territoriales, notamment en France. Le discours de Grenoble a réveillé un certain nombre d’élus français et européens. L’Europe est capable du meilleur comme du pire. Dans le cas des Roms, elle est capable du meilleur à condition que les États ne bloquent pas les mesures positives.
Les Roms roumains et bulgares sont des citoyens européens depuis le 1er janvier 2007, ils sont pourtant exclus d’un certain nombre de droits, pourquoi ?
10 à 12 millions de Roms vivent en Europe. La plupart sont sédentaires. Les minorités roms sont les premières à subir les discriminations à travers le continent, ce sont les premières victimes du libéralisme.
La France pratique une politique cynique en adoptant des clauses qui empêchent l’accès à la citoyenneté européenne, particulièrement dans le domaine du travail. Le gouvernement français utilise le racisme et la xénophobie pour masquer ses propres carences en matière économique et sociale. Si on applique les règles européennes, on doit tout faire pour accompagner ces populations vers l’intégration. Si jamais on considère qu’elles seraient mieux dans leur pays, il faudrait travailler avec les pays respectifs afin de mieux les aider à vivre chez eux.
Les Roms ne sont pas nombreux, or on leur nie le minimum d’humanité, ce sont des choix politiques et de société à changer. J’ai, à plusieurs reprises, interrogé Viviane Reding à ce sujet, je suis atterrée par ses réponses qui ne règlent pas les problèmes de discrimination. Je vais travailler avec les associations pour lui répondre point par point avec des exemples à l’appui. J’ai toujours milité pour les droits de l’Homme. L’Europe ne doit pas se contenter de discours. Il ne suffit pas d’avoir adopté la charte des droits fondamentaux et la Convention européenne des droits de l’Homme, il faut passer aux actes, car il est insupportable que les gens survivent dans ces conditions.
P.B.

Deux importantes décisions de l’Union Européenne concernant les Roms 19 juin 2011

 C’est un véritable plan de bataille que le Conseil de l’Union propose aux pays membres pour lutter contre les discriminations envers les Roms.  Le Conseil  n’hésite pas, pour tenter de convaincre les réticences à employer des arguments économiques :  
 
"L’amélioration de la situation des Roms n’est pas seulement une priorité sociale urgente, elle peut aussi stimuler la croissance économique à long terme"
 
 
Le rapport de l’Agence Européenne  des droits fondamentaux ( FRA) dresse un état des lieux sur la situation des droits fondamentaux dans l’Union Européenne en 2010.  Sur le chapitre consacré aux Roms  il formule diverse suggestions afin d’assurer une insertion effective de la communauté Rom. 
 
Rappelons tout d’abord que dans la terminologie européenne , le terme  Rom s’applique à tous les membres de cette  communauté et, en France tout particulièrement, à ceux que l’on désigne sous le nom de gens du voyage. 
 
 Par ailleurs  il est de plus en plus difficile de comprendre et faire comprendre aux intéressés que ces bonnes intentions européennes ne sont pas suivis d’effet  sur le terrain . C ‘est , comme dans d’autres  domaines hélas, le sens même de l’Union qui est en question.  

Pièces jointes

communiqué FRA Télécharger
Conseil de l'UE Télécharger