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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Diaspora

Racisme en Hongrie 8 mai 2011

 
1er mai 2011

M. Orban veut sévir contre l’extrême droite hongroise

Vienne Correspondante
Dans le nord-est, les provocations contre les Tziganes ont débouché sur des violences
 
 
 
Après des semaines de tensions, sur fond d’impuissance des autorités hongroises, le gouvernement du conservateur Viktor Orban s’est enfin donné les moyens juridiques de réprimer les groupes paramilitaires fascisants, qui entretiennent dans les zones déshéritées de la Hongrie un climat d’intimidation envers la minorité rom.
 
Un décret ministériel, adopté cette semaine, punit d’une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 forints (380 euros) – et, en cas de récidive, de prison – " l’exercice illégal de la force publique ". Cette mesure a été prise sous la pression des violences qui ont fini par éclater, mardi 26 avril, à Gyöngyöspata, un village à 80 km au nord-est de Budapest, devenu un laboratoire explosif pour les apprentis sorciers de l’extrême droite.
 
On a relevé quatre blessés, dont un grave, lorsque des affrontements ont opposé une centaine de Roms de la localité et des membres du groupe paramilitaire Vederö (Force de protection), dont le chef, Tamas Eszes, brigue la mairie de Gyöngyöspata. Ces miliciens portent des treillis semblables à ceux de l’armée hongroise, et comptent souvent dans leurs rangs d’anciens militaires ou policiers.
 
Selon Tamas Eszes, ce sont les Tziganes qui ont attaqué ses hommes à coups de barre de fer " sans motif, alors que ceux-ci se promenaient ". Les Roms affirment qu’ils ont réagi à des jets de pierres contre leurs maisons, et à l’agression d’un adolescent. Pendant le week-end de Pâques, quelque 260 femmes et enfants roms – sur une communauté de 450 personnes – avaient été éloignés du village, M. Eszes ayant claironné son intention d’entraîner ses troupes sur un terrain situé aux portes du quartier tzigane.
 
La police, qui avait surtout brillé par son absence, a dissous ce " camp d’entraînement ", et a été massivement déployée, mercredi, pour repousser les militants néonazis venus " libérer Gyöngyöspata ". On voyait notamment des membres de Betyarsereg (l’Armée betyare), qui se réclame des bandits hongrois du XIXe siècle. Entré il y a un an au Parlement (avec 16,8 % des voix), le parti d’extrême droite Jobbik n’était pas directement mêlé aux violences du 26 avril. Mais il s’est empressé de souligner que, malgré ses promesses et une majorité des deux tiers, M. Orban est incapable de garantir l’ordre. Or c’est le Jobbik, concurrencé sur le terrain des idées par la droite, qui avait déclenché l’escalade, début mars, en organisant à Gyöngyöspata, puis dans d’autres localités, des patrouilles de sa propre milice, Szebb Jövöert (" Pour un avenir plus beau ").
 
Sur son site Barikad, le Jobbik dénonce sans relâche la " terreur tzigane ". Quand la police a arrêté des patrouilles, la justice les a fait relâcher. " Ce qui se passe est très inquiétant, car le gouvernement ne contrôle plus la situation, observe Krisztof Szombati, du parti des Verts libéraux. Il faut espérer qu’il va vraiment prendre les choses en main. " M. Orban, qui préside jusqu’au 30 juin l’Union européenne (UE), s’est vu admonesté par le médiateur pour les minorités auprès du Parlement, Ernö Kallai.
 
" Créer l’hystérie "
 
" La Hongrie n’a pas un problème tzigane, elle a un problème nazi ", a lancé l’ancien premier ministre socialiste, Ferenc Gyurcsany. Mais c’est sous son règne que le Jobbik avait créé sa Garde hongroise, en 2007, et qu’un petit groupe a planifié une série d’attentats contre des Roms (six personnes en sont mortes) – sans doute avec l’appui logistique de membres des services de sécurité.
 
Alors que les Roms hongrois se déplaçaient très peu au sein de l’UE, certains de leurs représentants ont évoqué un exode " en masse " vers d’autres pays, y compris les Etats-Unis, en quête d’un asile plus sûr. D’autres, parmi les plus jeunes, veulent se doter de leurs propres structures d’autodéfense. Chère à l’extrême droite, la rhétorique de la " guerre civile " peut avoir des effets délétères sur un pays appauvri, et nostalgique d’un passé mythifié par les conservateurs au pouvoir.
 
Les services de sécurité, quant à eux, évoquent un complot international. Selon l’agence hongroise MTI, ils ont ouvert une enquête pour " déterminer si des services secrets hostiles – à la Hongrie – , ou certains milieux d’affaires, ont joué un rôle dans une campagne médiatique diffamatoire ". Selon cette thèse, des " puissances étrangères " auraient voulu présenter le départ en bus des femmes et des enfants de Gyöngyöspata comme une " évacuation ", afin de " créer l’hystérie " dans le village.
 
Joëlle Stolz
 
 
 

L’UNION EUROPEENNE se prononce à nouveau 10 avril 2011

Une nouvelle fois l’Europe  (la Commission et le Parlement) prennent explicitement  la défense du peuple Rom. (Rappelons que ce terme inclut en France les personnes désignées "Gens du voyage).

 De telles prises de positions sont  encourageantes pour tous ceux qui luttent pour la reconnaissance des droits des Roms Tisganes  . On peut cependant regretter qu’une fois de plus, ces recommandations insistantes auprès des gouvernements ne soient pas assorties de sanctions . 

Intégration des Roms: Bruxelles accroît la pression sur les pays de l’UE

 
STRASBOURG (Parlement européen) – La Commission européenne a demandé mardi aux pays de l’UE de s’engager clairement à mieux intégrer les Roms, notamment via la scolarisation des enfants, estimant que le conflit avec la France en 2010 avait permis de "réveiller" l’Europe sur le sujet.
 
"La situation en France à l’été dernier a été un appel nécessaire à se réveiller, car à ce moment-là, tout le monde en Europe a repris conscience du fait que les citoyens européens ont des droits et que ces droits doivent être appliqués", a souligné la commissaire à la Justice, Viviane Reding, en présentant des propositions sur une meilleure intégration des Roms.
 
A l’automne 2010, un conflit virulent avait opposé Mme Reding au gouvernement français au sujet des renvois chez eux de Roms roumains et bulgares venus en France, la commissaire allant jusqu’à faire une comparaison avec les persécutions nazies contre les juifs.
 
Paris avait au final accepté de modifier sa loi nationale, afin de mieux tenir compte de règles européennes encadrant les renvois chez eux de citoyens de l’UE, et avait échappé à une procédure pour discrimination.
 
Dans son projet présenté mardi, l’exécutif européen demande aux gouvernements de l’UE de lui présenter "d’ici fin 2011" des stratégies nationales spécifiant comment ils comptent mieux intégrer leurs communautés roms, en matière d’éducation, de logement, de santé et d’emploi.
 
Un accent particulier est mis sur la scolarisation. Bruxelles souhaite que tous les enfants de la communauté rom "achèvent au moins l’école primaire", alors que 42% le font aujourd’hui, contre 97,5% en moyenne pour les autres enfants européens.
 
Pour cela, les gouvernements sont appelés à retrousser les manches. Mais la Commission attend aussi des Roms qu’ils fassent un effort. "Il appartient aussi à la communauté rom de vouloir sortir de la pauvreté", a dit Mme Reding.
 
Il est prévu de former un millier de "médiateurs" roms pour discuter avec les familles.
 
Un mécanisme de surveillance des progrès sera mis en place, avec l’implication de l’Agence européenne des droits fondamentaux et des rapports annuels de la Commission.
 
Le commissaire aux Affaires sociales, Laszlo Andor, un Hongrois, s’est dit "préoccupé" par les violences racistes visant la communauté des Roms en Europe, notamment dans son propre pays qui assure jusqu’à fin juin la présidence semestrielle de l’Union européenne.
 
"Nous recevons presque quotidiennement des informations parfois alarmantes de divers pays" sur des agressions, a-t-il dit.
 
"L’augmentation de tendances xénophobes et parfois explicitement racistes ces dernières années, comme en Hongrie, est un très grand sujet de préoccupation", a-t-il reconnu.
 
"Il ne peut y avoir de tolérance pour le racisme", a-t-il ajouté.
 
Un procès vient de débuter à Budapest contre quatre hommes accusés d’avoir tué six Roms, dont un enfant de 5 ans et son père, au cours d’une série d’attaques racistes.
 
Ils sont soupçonnés d’avoir perpétré entre juillet 2008 et août 2009 neuf attaques à la grenade, au fusil et au cocktail Molotov, qui ont fait six morts. Parmi les meurtres commis il y a en particulier ceux d’un père et de son fils de cinq ans, ou celui d’une femme dans son sommeil.
 
En Hongrie, la minorité rom, souvent appauvrie et marginalisée, représente près d’un dixième des 10 millions d’habitants du pays. Près de 70% des Roms sont au chômage.
 
(©AFP / 05 avril 2011 16h01)
 
 
 

Pièces jointes

délibération du Parlement Européen Télécharger
communiqué du Parlement Européen Télécharger
racisme et discrimnation en France Télécharger

« La négation des Roms est une des choses d’Europe les mieux partagées » 6 mars 2011

« La négation des Roms est une des choses d’Europe les mieux partagées »

Entretien avec Jean-Pierre Liégeois

vendredi 18 février 2011, par Charles Girard, Jean-Pierre Liégeois
Jean-Pierre Liégeois, sociologue, a fondé en 1979 et dirigé jusqu’en 2003 le Centre de recherches tsiganes de l’Université de Paris Descartes. Depuis 1982 il travaille en étroite collaboration avec le Conseil de l’Europe. Ses travaux, publiés depuis 1967, ont ouvert de nouvelles perspectives de compréhension des communautés roms.
Parmi ses derniers ouvrages : Roms et Tsiganes, dans la Collection Repères (Éditions La Découverte, 2009), Roms en Europe, Éditions du Conseil de l’Europe, 2007, Le Conseil de l’Europe et les Roms : 40 ans d’action, Éditions du Conseil de l’Europe, 2010.
Propos recueillis par Charles Girard, membre du comité de rédaction de Raison publique.
Raison Publique : Roms ou Tsiganes : les débats récents en France et en Europe ont montré la confusion qui règne souvent dans l’usage de ces termes, et la faible connaissance des groupes qu’ils désignent. Vous soulignez les enjeux politiques liés à l’emploi de ces différentes dénominations. Pourquoi, et à propos de qui, employer ces différents termes ?
Jean-Pierre Liégeois : La réalité est complexe, et de plus elle est vue à travers le prisme des préjugés et stéréotypes qui se sont développés pendant des siècles à l’égard des populations concernées. Les Roms, Manouches, Sintis, Gitans… forment en fait un ensemble de populations très diversifiées. L’histoire, à travers des migrations ayant l’Inde comme origine il y a mille ans, a amené des groupes à parcourir des régions et des continents différents, à se fixer parfois depuis des siècles, ce qui a entraîné une diversification des pratiques linguistiques et culturelles.
J’emploie deux images pour faire comprendre une organisation sociale qui reste forte par-delà les différences. D’abord l’image d’une mosaïque : chaque élément de l’ensemble est original, différent des éléments voisins, mais ne peut être compris que par sa place dans un ensemble. La seconde image est celle d’un kaléidoscope : les éléments bougent dans une configuration d’ensemble, mais les relations entre les éléments demeurent. Chaque élément de la société est lié aux autres, par la pratique linguistique, par le respect de normes et valeurs communes, sinon il n’y aurait pas d’existence ni de permanence sociale et culturelle possibles. Il faut par ailleurs se rendre compte, que les Roms n’ont pas de frontières géographiques, de territoire de référence. Les déterminants sont sociaux et linguistiques, et les frontières psychologiques. Il y a donc nécessité de valeurs fortes, et fortement partagées.
Parmi les communautés considérées, les Roms sont de loin les plus nombreux en Europe et dans le monde. Mais surtout, lors du premier Congrès mondial qui s’est tenu en 1971 et a réuni des représentants Roms, Gitans, Sintis, Manouches, etc. il a été décidé, pour des raisons politiques et pratiques, pour faire du lobby, que tous les groupes se présenteraient, politiquement parlant, au niveau européen et mondial, comme faisant partie des « Roms », et ensuite a été créée l’Union romani internationale. C’est pourquoi j’indique qu’il y a une légitimité politique pour employer le terme « Rom » pour l’ensemble des groupes, sans oublier qu’il existe une grande diversité.
Venons-en au terme « Tsiganes ». Les Roms, Gitans, Manouches font partie, avec d’autres, d’un vaste ensemble qu’en français on peut nommer « tsigane » car il n’y a pas de terme issu de la langue, le romani, pour désigner l’ensemble de la mosaïque. On peut donc dire qu’il y a une légitimité sociologique pour l’emploi du terme « Tsiganes » qui regroupe l’ensemble. Par exemple, pour marquer et respecter cette diversité, la grande fédération qui regroupe en France près de quarante associations dont chacune est formée de Gitans, Roms, Manouches, etc. a choisi de s’appeler l’Union Française des Associations Tsiganes. Il y a cependant certaines langues dans lesquelles il n’est pas possible d’utiliser le terme « Tsiganes » ou son équivalent : ainsi l’allemand, car Zigeuner évoque la sinistre période nazie et le Z tatoué sur le bras, ainsi le roumain, car Tigan évoque les siècles d’esclavage des Roms dans les principautés de Moldavie et Valachie, et le terme est devenu synonyme d’esclave. C’est pourquoi le projet du gouvernement roumain de nommer « Tigan » les Roms n’est pas acceptable, et il est refusé par toutes les organisations roms et les organisations de défense des Droits de l’homme.
RP : Comme vous le rappelez, le terme « gens du voyage » est une spécificité française, apparue dans les années 1970. Que désigne-t-il ?
JPL : Il s’agit d’une catégorie administrative, étiquette globalisante et catégorisante. Les autres États n’ont pas inventé de terme comme celui-ci, qui est d’ailleurs intraduisible. Il est fonctionnel car il permet de désigner, sans la nommer explicitement, ni ethniquement ou culturellement, une communauté qu’on ne veut pas reconnaître comme minorité. Ce terme, aujourd’hui le plus utilisé dans le contexte administratif français et dans les discours politiques est un néologisme inscrit dans une logique fonctionnellement liée à telle ou telle politique, notamment aux politiques d’assimilation. Les textes officiels français sont caractérisés par l’absence de toute connotation ethnique et de toute référence culturelle. Les Bohémiens ou nomades du début du 20e siècle sont devenus des « sans-domicile fixe », puis des « personnes n’ayant pas de ressources régulières leur assurant des conditions normales d’existence », puis des  » personnes nomades ou d’origine nomade ». Ensuite la notion de « Gens du Voyage » a émergé, au cours des années 1970, à la fois pour éviter le soi-disant stigmatisant « nomades » qui pourtant n’est que la caractérisation objective d’une partie des populations concernées, et pour désigner, sans la nommer explicitement, une catégorie de population qui fait l’objet de textes réglementaires.
Il s’agit là d’une catégorie administrative, de l’étiquetage d’une entité qui ne comporte pas de singulier (« un » Gens du Voyage ?) respectueux des personnes qui la composent, et qui, traduite en d’autres langues, entraîne invariablement des difficultés et des malentendus profonds, allant du « touriste » au « voyageur de commerce ». Elle ne peut pas non plus être abordée au pluriel, car « deux ou trois Gens du Voyage », si cela est politiquement correct, ne l’est pas grammaticalement. Elle n’est utilisable que globalement, en tant qu’amalgame. Cela est bien pratique, et quand le discours politique stigmatise les « Gens du voyage » il ne peut pas être juridiquement sanctionné puisque le terme ne caractérise pas culturellement ou ethniquement une population. On laisse ainsi passer en contrebande, et en toute impunité, une quantité de stéréotypes négatifs.
RP : Alors même que les Roms sont présents dans le monde entier, et répartis depuis des siècles dans toute l’Europe (il y a entre 10 et 12 millions de Roms européens), les États semblent désireux de les définir comme des « étrangers ». Pourquoi la reconnaissance de l’identité européenne, ou, dans ce pays, de l’identité française, de ces populations est-elle si difficile ?
JPL : Parmi les « Gens du voyage », nombreux sont les Roms. On voit bien là l’arbitraire de la dénomination, et de la synonymie présentée pendant l’été 2010 dans les discours gouvernementaux, entre Roms et étrangers : en fait la majorité des Roms présents sur le territoire français sont français depuis longtemps, et sont issus de mobilités successives. Pour ne donner que deux exemples du 20e siècle, je mentionnerai l’arrivée de famille roms au début du siècle, en provenance de la Russie d’avant la Révolution de 1917, ou encore la venue dans les années 1970 de familles roms de l’ex-Yougoslavie, essentiellement de Macédoine, quand des accords bilatéraux ont été signés entre l’ex-Yougoslavie et d’autres États, notamment la France. Je crois important de rappeler qu’on s’inscrit dans mille ans d’histoire, dont plus de la moitié en Europe. Cela permet de mieux avoir conscience de la présence historique des Roms dans chaque État, et du contexte politique qui s’est développé au cours des siècles. Il n’y a pas de différence majeure concernant la situation des Roms d’un État à l’autre, ni de différence dans les politiques menées à leur égard. On peut en proposer une typologie qui est le reflet des grandes tendances :
– ce sont des politiques d’exclusion, par le bannissement hors du territoire d’un Royaume, ou d’un État ; il s’agit le plus souvent d’une disparition géographique, par le rejet hors du territoire ; il peut s’agir d’une disparition physique que la plupart des familles rom d’Europe ont eu à subir douloureusement sous le régime nazi ;
– des politiques de réclusion : la disparition souhaitée géographiquement par un bannissement synonyme d’éloignement devient souhaitée socialement par l’enfermement et l’éclatement du groupe et des familles, accompagné d’une utilisation de la force de travail que peut représenter la communauté rom ; c’est l’envoi aux galères, l’envoi dans les colonies à peupler, la déportation, l’esclavage, etc.
– des politiques d’inclusion : par l’assimilation du Rom par son environnement. La disparition est alors culturelle, et le Rom n’est considéré que comme un marginal posant des problèmes sociaux ; il n’est plus interdit mais contrôlé, il n’est plus rejeté mais assimilé.
Ces trois catégories peuvent être considérées dans une chronologie, mais elles peuvent aussi coexister car la volonté d’assimiler n’a jamais réduit le désir d’exclure, d’où le hiatus qu’on observe entre le discours politique central et l’action des collectivités locales. En bref la négation des Roms est une des choses d’Europe les mieux partagées, et quand différence il y a c’est plus en terme d’accentuation de telle ou telle action qu’en termes de présence ou d’absence de telle ou telle politique.
RP : Quelle est la situation aujourd’hui ?
JPL : Aujourd’hui on entre dans une chronologie à rebours : il est davantage question, dans les discours politiques, d’exclusion plutôt que d’assimilation, et on en revient au fait que chaque État, comme au temps de la royauté, cherche à renvoyer les Roms dans l’État voisin. La situation actuelle conjugue notamment :
1 – une réactivation de l’exclusion au niveau national (renvoi sous des formes diverses comme les reconduites à la frontière, le plus souvent inutiles et plus coûteuses qu’une politique d’accueil) à travers une instrumentalisation de la question de migration de familles qu’on brandit comme un épouvantail pour faire peur ; on construit à nouveau une image négative qui vient inspirer puis légitimer les actions de rejet, et réduit à néant les efforts d’intégration qui ont été développés.
2 – une pression des institutions internationales, qui vise à la reconnaissance culturelle des Roms (le texte le plus fort adopté par l’Union européenne, une Résolution du Conseil de 1989, souligne que la langue et la culture des Roms font partie du patrimoine linguistique et culturel de l’Union européenne depuis plus d’un demi millénaire), à leur protection (différents rapports mentionnent que les Roms sont les citoyens les plus discriminés, et des instruments de lutte contre la discrimination ont été mis en place), et à leur mobilité dans l’espace européen.
3 – une période d’indécision : on s’est aperçu que les politiques mentionnées, d’exclusion, réclusion ou assimilation, n’ont pas abouti au cours des siècles, et on s’interroge, ce qui ouvre la voie à de nouvelles réponses.
Aujourd’hui la France entre de façon radicale dans la réactivation de l’exclusion. Il ne s’agit pas là d’une analyse ou d’une présentation subjective ou partisane, à teneur militante ou politique, mais on se situe dans un registre strictement juridique : par exemple interpellation en France de la Halde et de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, interpellations européennes, dernièrement notification à la France, par le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, de sa violation de 7 articles de la Charte sociale européenne, à l’égard des Roms et des « Gens du voyage ». On peut aussi mentionner le fait qu’un texte fondamental comme la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales n’a pas été signé par la France : il s’agit d’un texte du Conseil de l’Europe, et sur les 47 États membres seuls 4 n’ont pas signé : France, Turquie, Andorre et Monaco, donc si on le replace à l’échelle de l’Union européenne la France est le seul État parmi les 27 à ne pas accepter ce texte.
RP : Vous travaillez depuis trente ans avec les institutions européennes. Après plusieurs décennies de politiques européennes en direction des Roms européens, n’est-il pas surprenant que ceux-ci puissent encore être traités comme des « marginaux » en Europe ?
JPL : Les Roms représentent la minorité la plus importante d’Europe, avec entre 10 et 12 millions de personnes. Un grand nombre d’États ont moins de citoyens qu’il n’y a de Roms en Europe. Par ailleurs ils sont présents dans tous les États. Ce sont des citoyens d’Europe, pour ne pas dire du monde. Ils n’ont pas de consulat ni d’ambassade, d’État de référence. Quand un État développe une politique positive à l’égard des minorités, prenons le cas de l’éducation scolaire et du matériel pédagogique, cela ne pose pas de problème technique car il suffit que telle ou telle minorité demande du matériel pour les classes, ou pour la formation des enseignants, à son État de référence : par exemple la minorité allemande, ou slovaque, ou roumaine, de Hongrie, peut emprunter un tel matériel à l’Allemagne, ou à la Slovaquie, ou à la Roumanie. Mais cela ne peut pas se faire pour les Roms, d’où, d’une part, la vocation des institutions comme le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, l’OSCE, de soutenir les Roms, et d’autre part la nécessité de coopération entre les États.
Par ailleurs, étant donnée leur situation pan-européenne, je propose un renversement de perspectives : les Roms ne sont pas des marginaux, mais ils sont au cœur de l’intégration européenne. Deux faits majeurs marquent l’Europe depuis quelques années, qui sont la mobilité des populations, et l’émergence des minorités depuis 1990. Or les Roms, citoyens européens, qui ont vécu l’Europe avant qu’elle ne se construise institutionnellement, sont aussi mobiles (pas forcément nomades, ce qui est autre chose) en ce sens que l’organisation familiale, sociale, politique, passe par dessus les frontières, et ils sont membres d’une minorité. Ils représentent un paradigme dans l’Europe du 21e siècle et les politiques à leur égard peuvent servir de modèle. Le fait est avéré dans le domaine des projets éducatifs lancés par les institutions européennes. Dans cette logique le Conseil de l’Europe, la plus ancienne institution européenne, dont les fondements et les axes de travail sont les droits de l’homme, l’éducation, la culture, la cohésion sociale, développe une réflexion et une action depuis 1969, concernant les Roms. De nombreuses actions ont été développées, qui touchent les 47 États membres d’aujourd’hui : actions sous la forme de programmes dans le domaine de l’éducation et de la culture, actions aussi pour développer la connaissance des Roms et par là diminuer les préjugés et stéréotypes qui sont au cœur des politiques étatiques, en ce sens qu’ils les inspirent et viennent les justifier, actions enfin dans le domaine de la proposition et de mise en œuvre de conventions, de textes visant au respect des droits, comme la Charte sociale européenne, ou encore la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, qui ne touchent pas spécifiquement les Roms bien sûr, mais les concernent tout particulièrement.
L’Union européenne a porté son attention sur la situation des Roms à partir de 1984, en lançant une étude puis un programme en matière d’éducation, et son activité s’est intensifiée lors de la candidature d’États d’Europe centrale, essentiellement avec la mise en place de grands programmes d’aide financière qu’il faudrait aujourd’hui évaluer et coordonner, car on a l’impression qu’on navigue à vue, sans vision à moyen et long termes, et seulement en réaction à des événements auxquels il faut faire face à un moment donné.
Entretien réalisé avec l’aide du programme de recherche RESPECT, financé par la Commission Européenne (7th Framework, GA n°244549). Les informations et opinions exprimées dans le cadre du programme RESPECT sont de la seule responsabilité de leurs auteurs. L’Union Européenne n’est pas responsable des usages qui peuvent en être fait.
par Charles Girard, Jean-Pierre Liégeois

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Déclaration de Strasbourg du Conseil de l’Europe 13 novembre 2010

Cette nouvelle déclaration s’ajoute aux multiples mises en gardes exprimées par les instances internationales.
Il serait temps que l’on passe des bonnes intentions aux actes et que chaque pays mettent en pratiques ces louables recommandations.

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déclaration de strasbourg sur les Rroms Télécharger

Les Roms, « citoyens ou sans-papiers européens » ? 14 juillet 2010

Les Roms, « citoyens ou sans-papiers européens » ?
nonfiction.fr]
« C’est le moment de donner une impulsion pour parvenir à des améliorations substantielles dans l’intégration sociale et économique de la population Rom ».
Voici une belle preuve du volontarisme qui imprègne la « Déclaration de Cordoue » adoptée au second Sommet européen sur les Roms qui s’est tenu le 9 avril dernier en Espagne. L’écho en a toutefois été faible dans les média ! Ce silence serait-il dû à l’absence d’un grand nombre de ministres européens intéressés par la question ? Pourtant, la présidence actuelle de l’Union Européenne s’est engagée : l’accès des Roms aux fonds structurels doit être plus efficace. Objectif ? Améliorer les conditions de vie de cette minorité gravement discriminée. Le manque d’intérêt pour la « question Rom », tant de la part des politiques que des médias, est révélateur.
La première des minorités européennes
Qui sont les Roms ? Généralement d’origine roumaine, les Roms constituent une minorité transnationale à distinguer des Tsiganes. Roms et Tsiganes partagent pourtant des traits culturels communs. Le flou qui entoure le terme de Roms est dû à l’absence de définition juridique établie en France, comme au sein de l’Union. Pour les instances européennes, l’utilisation du terme de Roms vise aussi les Tsiganes. Les 27 ont pour chacun d’entre eux un usage variable de la terminologie. La pratique administrative française utilise quant à elle l’acception de « gens du voyages », qui comprend aussi bien les Roms, les Tsiganes, les Circassiens que les Manouches. Si l’acception Tsigane est à l’œuvre depuis longtemps, celle de Rom présente aujourd’hui une pertinence politique forte : « L’identité Rom se rapporte davantage à une identité politique qu’à une identité folklorico-culturelle » 1). Cela explique que ce terme soit couramment relayé dans les média français.
La définition est incomplète. Une fois les difficultés de vocabulaires dépassées, il est intéressant de donner un contenu à ce terme. La minorité Rom dessine une mosaïque de groupes différents partageant tous une culture commune marquée par l’importance du groupe. Les Roms sont inscrits dans le dynamisme et l’évolution : ce sont des populations traditionnellement nomades et adaptatives. Jean-Pierre Liégeois 2 parle de « mobilité fonctionnelle » 3. Leurs activités économiques sont très diversifiées et marquées par la nécessité de laisser du temps libre aux affaires du groupe. Aussi, une langue leur est commune tout en étant nourrie de nombreux dialectes. La description d’une culture unique ne serait pas pertinente : « Derrière l’infinie variété, derrière la diversité des styles de vie, de richesse, de sources de revenus, de types d’habitat, qui représentent comme l’écorce ou l’aubier de la culture, le cœur, cela peut paraître paradoxal, n’est pas rigide mais souple : c’est un tissu fait de relations qui permet une organisation flexible […] » 4.
Les Roms constituent ainsi une minorité de 8 à 12 millions d’individus, aujourd’hui présents dans la plupart des Etats membres de l’Union. S’ils étaient originellement des nomades se déplaçant depuis l’Asie jusque l’Europe, les Roms sont aujourd’hui essentiellement sédentarisés. Ils connurent des vagues successives de diaspora qui prirent fin dans le courant du XXème siècle. Mais ils continuent encore aujourd’hui d’être les victimes de persécutions et de rejet.
Une minorité souffrant de multiples discriminations
L’actuel secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes – Pierre Lelouche – a dénoncé en Espagne les « conditions abominables » dans lesquelles les Roms vivent. Et pourtant, ce constat est loin d’être une nouveauté ! Une riche littérature tant scientifique qu’institutionnelle a établi – à de nombreuses reprises déjà – le bilan d’une situation sociale et sanitaire inquiétante 5.
La liste est longue en effet des inégalités dont les Roms sont les victimes. Depuis l’image stéréotypée répandue dans les mentalités – à titre d’exemple citons que 77 % des personnes interrogées dans les 27 Etats membres de l’UE considèrent qu’appartenir à la minorité Rom est un inconvénient dans notre société 6, le pas est ensuite vite franchi vers la discrimination – y compris de la part d’autorités étatiques.
« A partir des années 1990, les Roms se sont trouvés pris dans la tourmente des changements qui ont transformé le paysage géopolitique de l’Europe. Pour une période qui allait se révéler durable, débordant largement sur le XXIème siècle, ils sont devenus des boucs émissaires, accusés de tous les maux, allant des problèmes économiques aux difficultés d’intégration à l’Union européenne, rendus responsables d’une situation dont ils étaient les premières victimes » 7. Comme d’autres groupes ethniques, les Roms font face à la rigidité des systèmes politiques, sociaux et économiques, les empêchant de s’intégrer ou de faire valoir leurs droits.
Et cela concerne de nombreux aspects de la vie courante : accès difficile à la santé ou à l’éducation, mesures d’accueil inexistantes, liberté de circulation limitée, discrimination à l’embauche, etc. Surtout, nombre d’Etats de l’Union, parties à des accords et organisations internationales engagés dans le respect des droits de l’Homme, respectent peu ou prou les normes envers lesquelles ils se sont engagés. Ils « sont une minorité révélatrice des fonctionnements et dysfonctionnements sociopolitiques » 8. Les Roms sont pourtant des citoyens européens.
Une citoyenneté européenne au rabais ou des « sans-papiers européens » ?
Répartis dans de nombreux pays de l’UE, les Roms ont, en règle générale, la nationalité d’un Etat membre (Roumanie, Bulgarie, Espagne, République slovaque etc.). Ceci leur permet d’accéder à la citoyenneté européenne : elle est en effet garantie à tout citoyen d’un pays membre de l’Union, sur la base des dispositions issues des traités (depuis le Traité de Maastricht de 1992).
La citoyenneté européenne est une qualité juridique qui accorde à son détenteur certains droits ; y sont attachés aussi des devoirs. Le Traité des Communautés Européennes stipule ainsi en son article 17 : « Il est institué une citoyenneté de l’Union. Est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un État membre. La citoyenneté de l’Union complète la citoyenneté nationale et ne la remplace pas ». Il est instructif de citer dans le texte le site ec.europa.eu : y sont présentés succinctement les droits attachés à cette citoyenneté. « Le traité établissant la citoyenneté européenne prévoit une série de droits spécifiques, à savoir :
1. le droit de circuler et séjourner librement dans l’UE (article 18 du TIC) […] ;
2. b. le droit de voter et de se porter candidat aux élections municipales et aux élections du Parlement européen, quel que soit l’État membre dans lequel le citoyen UE réside (article 19 du TIC) ;
3. c. l’accès à la protection diplomatique et consulaire d’un autre État membre en dehors de l’UE (article 20 du TIC) dans le cas où son propre État membre n’y est pas représenté ;
4. d. le droit d’adresser une pétition au Parlement européen et au Médiateur européen (article 21 du TIC) ;
Cette liste ne doit pas être considérée comme exhaustive. Ces droits sont en outre l’expression du droit d’être considéré comme un citoyen national dans tout état membre de l’UE et par conséquent de ne pas être discriminé sur base de la nationalité (article 12 du TIC). Le principe de non-discrimination doit être considéré comme la pierre angulaire de la construction ».
Les Roms ont donc la citoyenneté européenne et bénéficient à ce titre de garanties, de jure, au même titre que tout autre citoyen européen. La réalité est pour autant toute différente : force est de constater que, de facto, les Roms ne bénéficient pas d’un statut juridique équivalent à celui de n’importe quel citoyen européen.
Que fait alors l’Europe ?
‘‘Nous rejetons toute stigmatisation dans l’Union européenne. Chaque homme, chaque femme et chaque enfant doit pouvoir vivre sa vie libre de toute discrimination et de toute persécution”, a déclaré le Président de la Commission européenne lors de ce second Sommet européen. Pourtant la situation juridique des Roms n’est pas garantie au même titre que pour un citoyen européen lambda : ils n’ont pas les moyens de défendre leurs droits et sont même parfois victimes de politiques discriminatoires. Le constat répété d’une telle situation oblige à se demander ce que fait l’Union Européenne.
L’Union Européenne s’est saisie progressivement de la « question Rom » et ne reste pas apathique face aux iniquités juridiques. Il apparaît d’abord indéniablement que les institutions européennes prennent conscience de ce problème. Etudes, rapports et autres documents établis par des groupes d’experts et des commissions soulignent, expliquent et alertent sur de telles difficultés. Cette prise de conscience, progressive au travers de l’histoire des institutions européennes (le Parlement ayant joué un rôle moteur de grande importance), s’est accompagnée par la suite de mesures pour y remédier. Tournée essentiellement vers la sensibilisation et la recherche, l’action de l’Union semble toutefois insuffisante pour remédier à la situation juridique affaiblie des Roms.
Le fonctionnement des institutions européennes se heurte ainsi à de multiples difficultés. L’action de l’Union serait mise à mal par différents facteurs. Pratiques d’abord : il apparaît délicat de faire appliquer au sein des 27 pays membres les mesures européennes ; politiques aussi : les Roms ne bénéficient pas d’une représentation efficace auprès des institutions européennes ; ou même encore juridiques : les moyens juridiques que les institutions européennes mettent en œuvre sont insuffisants pour faire face au problème.
Par ailleurs, malgré la création de bureaux au sein d’organisations internationales ou d’associations issues de la société civile, les Roms ne peuvent s’adresser à une instance qui prenne efficacement en considération la particularité de leurs situations. Expatriés, la défense de leurs droits en est rendue d’autant plus difficile auprès d’autorités étrangères trop souvent réfractaires à toute aide voire même à l’application des textes de loi sur l’accueil des étrangers par exemple.
Un nouveau Sommet comme solution ?
« Nous ne pouvons continuer à nous complaire dans des déclarations de principe alors que nous avons un problème massif depuis l’élargissement de l’Europe ». Ces mots de Pierre Lelouche, prononcés lors d’un entretien à l’issue du Sommet de Cordoue, appellent les Etats membres de l’Union à réagir. Au lendemain du rendez-vous européen, il était possible de lire dans la presse que « le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, […], avait critiqué […] « l’absence de volonté politique », déplorant avoir assisté à « beaucoup d’incantations et pas beaucoup de décisions » ». A ce titre la page web de la Commission européenne est assez illustrative.
Le second Sommet européen sur les Roms s’inscrit bel et bien dans la poursuite des efforts entrepris le 16 septembre 2008 (premier rendez-vous qui s’est tenu à Bruxelles). Les réactions d’alors étaient optimistes et la presse n’hésita pas à saluer les institutions européennes qui, enfin, semblaient saisir à bras-le-corps un des enjeux sociaux européens les plus brûlants du XXIème siècle. Force est de constater toutefois que sommet après sommet, un rapport s’ajoutant à un autre, peu de mesures contraignantes ont été prises. Pire encore, la vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, a dû admettre « qu’en dépit de nos efforts, la situation des Roms semble s’être détériorée ». Quoi d’étonnant alors à la lecture du site du Monde le même jour : « Le sommet européen sur les Roms s’achève sur de timides engagements ». D’autres sites parlent de « débats d’experts ». Bref, la situation reste la même…
Si la réunion européenne n’a pas eu l’écho que nous aurions espéré, résonnent encore 20 ans après les mots de Rajko Djuric, alors Président de l’Union romani internationale : « L’Union romani, organisation du Congrès mondial des Roms (Tsiganes), vous informe de son souci et de sa préoccupation au sujet de la situation de plus en plus difficile, dramatique, sinon tragique, des Roms et des Sinté dans de nombreux pays du monde, particulièrement dans les Etats d’Europe de l’Est […]. Près de quinze millions de Roms et Sinté sont maintenant l’objet de la plus ouverte discrimination raciste. Ce peuple ne bénéficie de la protection de ses libertés nationales et de ses droits collectifs dans aucun Etat, ce qui est en flagrante contradiction avec les actes et les documents internationaux. […]. Tout nouvel ajournement de la défense et de la protection des Roms et des Sinté entraînera des conséquences graves et sérieuses pour les hommes, les femmes et les enfants de notre peuple ».
La situation juridique des Roms est donc un des enjeux majeurs auxquels l’Union Européenne fait face en ce début de siècle : redonner du contenu à leur citoyenneté européenne par une garantie réelle de leurs droits et par la mise en œuvre de politiques visant à améliorer leurs conditions de vie et d’intégration apparaît essentiel. Tout prouve que les Européens sont conscients de cette situation, mais des mesures plus effectives sont absolument nécessaires.
L’Union peine à s’engager sur le terrain des politiques sociales contraignantes. Surtout, selon la ministre espagnole de l’Égalité, Bibiana Aído 9, les Roms ont été considérés par les autorités européennes comme « objet et non pas comme sujet » des politiques sociales. Ces mots sont éloquents. Alors à quand une affirmative action européenne ?.
rédacteur : Antoine PLANQUETTE,
Notes :
1 – Jean-Pierre Liégeois, Roms et Tsiganes, collection Repères, La Découverte, 2009, p.4. Le professeur Jean-Pierre Liégeois cite N. Gheorghe (1991
2 – sociologue fondateur du Centre de recherches tsiganes de l’Université Paris Descartes ; il travaille avec le Conseil de l’Europe et la Commission européenne sur ces questions depuis les années 1980
3 – Jean-Pierre Liégeois, Ibidem, p.83
4 – Jean-Pierre Liégeois, Ibidem, p.82
5 – Bruno Amsellem a fait paraitre un reportage photo d’une grande qualité dans le Monde Magazine n°39 du 12 juin 2010 : il y retrace le parcours et la vie précaire d’une famille Rom entre la France et la Roumanie
6 – La Discrimination dans l’Union européenne, Eurobaromètre 263, 2007
7 – Jean-Pierre Liégeois, Ibidem, p.36
8 – Jean-Pierre Liégeois, Ibidem, p.5
9 – Bibiana Aído a prononcé le discours de clôture du Sommet
 http://www.nonfiction.fr/article-3580-les_roms_citoyens_ou_sans_papiers_europeens_.htm

Les Roms en danger dans toute l’Europe 5 juin 2010

COURRIER INTERNATIONAL n° 997

 
HONGRIE
 
Les Roms, le racisme et le vivre ensemble
 
La société hongroise – y compris la gauche libérale – doit reconnaître qu’elle a un problème de cohabitation avec la communauté tsigane. Solution proposée : axer l’effort d’intégration sur la scolarisation.
 
Dans le débat en cours sur la difficulté d’intégration des Roms hongrois [10 % de la population], mon rédacteur en chef m’a demandé d’écrire la version politiquement correcte. Fastoche ! me suis-je dit. “C’est un faux problème. Si les racistes cessaient d’accuser les Tsiganes de tous les maux, ce serait résolu.
Vraiment ? Bien sûr que non. Les quinze dernières années prouvent que non seulement cette attitude n’a pas résolu les problèmes, mais qu’elle n’a fait que renforcer le discours raciste dans la société. La montée du Jobbik [parti d’extrême droite] est en grande partie due à l’angélisme prôné par les libéraux de gauche.
 
A-t-on tort d’affirmer cela ? Pas tout à fait. Le dénigrement peut aggraver la situation, déjà dangereuse. Si les Tsiganes sont persuadés qu’on les considère comme des criminels quoi qu’ils fassent, que gagnerait un Rom honnête à vivre honnêtement ? Eviter la prison ? Là, au moins, il est au chaud et nourri. Et encore, ce n’est pas sûr, car si “tous les Tsiganes sont des criminels”, on accusera quelqu’un – n’importe qui, mais sûrement un Tsigane – du délit. Et tant pis s’il est innocent.
 
Aucun chemin ne permet de sortir du village-ghetto
 
On constate partout en Europe que le multiculturalisme – la cohabitation pacifique des cultures, grâce à laquelle les gens s’enrichissent du contact de plusieurs identités et d’autant d’expériences culinaires – ne fonctionne pas. Le côté culinaire, ça va ; la cohabitation, pas toujours. Celle-ci engendre des partis aux penchants sécuritaires, racistes et xénophobes. Non que les électeurs des racistes sécuritaires veuillent éliminer ou interdire qui que ce soit : il ne s’agit pas de hitlerei [petits Hitler]. Les électeurs des racistes le sont pour des raisons sécuritaires : ils veulent du calme, moins d’agressions à l’école et dans la rue.
 
Bien que beaucoup contestent le rapprochement entre la situation des Tsiganes de Hongrie et celle des Noirs d’Amérique, je ne trouve pas d’exemple plus révélateur. Les Roms hongrois qui décrochent de la société et vivent dans des ghettos ne sont pas forcément des criminels. Ils vivent dans une société organisée en clans et souffrent davantage des “mauvaises familles” de leur village (qui volent tout le monde, Roms compris) et de l’usurier (également rom) que de la discrimination. Dans leur grande majorité, ils n’auront jamais l’occasion d’être discriminés, car aucun chemin ne leur permet de sortir du village-ghetto.
 
La question qui divise les intellectuels hongrois est la suivante : qui doit tracer ces chemins ? Je ne crois pas que les Roms ghettoïsés soient capables de le faire tout seuls. Les organisations tsiganes ne servent qu’à offrir des tribunes à leurs cadres corrompus et avides de pouvoir. [Deux responsables roms ont été récemment inculpés pour dé–tournement de fonds publics.] Les antennes tsiganes des municipalités permettent seulement d’arrondir les fins de mois des représentants locaux des Roms. Elles sont les purs produits de la démocratie hypocrite : elles n’offrent aucune solution structurelle.
 
Sérieusement, qui peut imaginer que des gens honnêtes mais au chômage puissent envoyer leurs enfants au lycée ? Celui qui le croit n’est jamais allé voir une famille rom. Ces familles vivent dans une économie sans argent liquide (à moins qu’elles ne volent). En dehors des dons et de tout ce qui peut être produit, construit ou bricolé sur place, tout ce qui doit être payé (essence, fournitures scolaires, cours de rattrapage) leur est inaccessible. Le petit rom (fille ou garçon) peut se donner du mal à l’école (et supposons que les parents et les enseignants l’aident à réussir), il ne voit pas où cet effort mène : il ne pourra pas quitter le village, puisqu’il n’y a pas d’argent pour l’internat, le train, les manuels.
 
Créer une culture mixte, propice à l’assimilationbr>
“Eduquer” les Roms adultes est une tâche également impossible. Ceux qui vivent honnêtement dans cette culture de misère ont peur des groupes criminels, mais ils savent que, en cas de problème, ils ne pourront s’en remettre qu’aux membres de leur famille (parmi lesquels il y a sûrement quelqu’un qui a choisi la criminalité). Observons ce qui se passe dans un village de ce type. Les “bons” Tsiganes (ce sont eux qui se désignent ainsi) déménagent dès qu’ils peuvent dans le “haut du village” – le bon quartier. Ils veulent s’assimiler et nouer de bonnes relations avec les voisins “blancs” (en général également chômeurs). Dans le village, les maisons du bon quartier ont un prix beaucoup plus élevé que celles du “bas du village”. La famille rom emprunte donc à la banque. Elle devient d’emblée vulnérable, car, si le chef de famille ne trouve pas de travail ou si on le renvoie sans salaire après un mois de travail, ou encore s’il ne touche que la moitié du tarif horaire promis, la comptabilité familiale s’écroule. Arrive alors l’usurier.
 
Pour les sortir de la criminalité, la prison n’est pas la punition adéquate. Elle n’est pas dissuasive. Quant à savoir ce qui serait réellement dissuasif, nous, Blancs de la classe moyenne, nous l’ignorons. Pour le découvrir, nous aurions besoin d’un anthropologue et d’un connaisseur de la culture tsigane, et surtout de la collaboration de la communauté rom. Et enfin : non, les Roms ne vont pas travailler de sitôt. On peut éduquer les adultes à gérer leur argent et on peut veiller à ce qu’ils soient rémunérés normalement lors des travaux saisonniers. Mais il est irréaliste d’attendre d’eux qu’ils trouvent du travail. Car, bien qu’ils en cherchent, ils n’en trouvent pas. Non pas parce qu’ils seraient discriminés, mais parce qu’il n’y a pas de travail dans la campagne hongroise en ce moment. Il n’y en a pas pour des gens qualifiés ; alors, pour les non-qualifiés… La lente mise à niveau des Noirs d’Amérique a commencé par la création d’écoles dans lesquelles on attirait, avec des bourses, les enfants noirs des régions pauvres. (Michelle Obama a fréquenté une école de ce type.) Pensons à l’exemple de ce lycée fréquenté majoritairement par les Noirs (et surtout déserté par eux), où un citoyen devenu riche a promis à ceux qui obtiendraient le baccalauréat de financer entièrement leurs études universitaires : 87 % sont devenus bacheliers.
 
Contrairement à la majorité des sociologues et des psychosociologues (et en reconnaissant que je ne suis pas une spécialiste de la question), je ne trouverais pas scandaleux de placer les enfants roms en internat. La famille rom que je connais de près a été fondée par des jeunes éduqués en internat. Et qui sont reconnaissants d’avoir échappé à la force destructrice de leur milieu. Ils ont gardé des liens de parenté, mais ils se sont créé une culture familiale mixte, propice à l’assimilation. Ils sont très attentifs à leurs enfants et ils font tout pour leur donner une bonne éducation.
 
Si nous n’aidons pas maintenant les enfants de 10 à 12 ans à s’assimiler, nous, Hongrois de la classe moyenne, nous perpétuerons les tensions par négligence et par irresponsabilité, comme nous l’avons fait pendant ces deux dernières décennies, en préférant détourner le regard et cacher notre impuissance derrière un discours politiquement correct et qui ne coûtait rien.
 
 
 
18.06.2010
Les « mesures de sécurité » prises en Italie à l’égard des Roms seraient contraires à la Charte sociale européenne.
 
Date: 21 juin (15h00)
 
Lieu: Cour européenne des droits de l’homme (Salle d’audience II)
 
Evénement: Le Comité européen des Droits sociaux (CEDS) organisera une audition publique dans le cadre de la réclamation n° 58/2009 Centre sur les droits au logement et les expulsions (COHRE) c. Italie.
 
Description: Selon les estimations, 160.000 Roms vivent en Italie, et quelque 70.000 d’entre eux possèdent la nationalité italienne. Le COHRE affirme que:
 
− les « pactes de sécurité » (adoptés à partir de novembre 2006) et les décrets d’état d’urgence dits « nomades » (adoptés à partir de mai 2008) violent le droit au logement des Roms et Sintis en Italie (article 31) ;
− la politique et les pratiques consistant à les confiner dans des « ghettos » les empêche de remplir les conditions juridiques requises pour avoir droit aux prestations d’assistance sociale et familiale (article 16) ;
− le fait de présenter les « nomades » comme une menace pour la sécurité nationale a contribué à la propagande raciste et xénophobe concernant l’émigration et l’immigration des Roms et Sintis, les privant ainsi de toute protection et assistance en matière d’accès à un logement en cas d’expulsion (article 19) ;
− en raison de cette ségrégation, les conditions de vie des Roms et Sintis se sont détériorées, alors que la Charte révisée exige une approche coordonnée pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale (article 30).
Informations générales : La Charte sociale européenne est un traité du Conseil de l’Europe qui garantit des droits de l’homme sur le plan social et économique. Elle a été adoptée en 1961 et révisée en 1996. Le Comité européen des Droits sociaux est l’organe chargé de s’assurer du respect de ce traité dans les Etats parties.
Après l’audition, le Comité européen des Droits sociaux adoptera sa décision à l’issue de délibérations à huis clos, et la transmettra aux parties ainsi qu’au Comité des Ministres.
Informations complémentaires : On trouvera toutes les notes relatives à cette réclamation, de même que des informations concernant la procédure de réclamations collectives, sur la page web consacrée aux Réclamations collectives.
 
Contacts:
Gioia Scappucci, Service de la Charte sociale européenne (ESC), gioia.scappucci@coe.int; tél. +33 3 90 21 44 32;
Giuseppe Zaffuto, attaché de presse, giuseppe.zaffuto@coe.int; tél. +33 3 90 21 56 04; mob. +33 6 86 32 10 24.
 
 
 
 
 
 
 
 

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Les projets honteux d’un ministre en Roumanie 27 février 2010

   Le but de la  visite du Ministre Claude LELOUCH à Bucarest  était sans ambiguïté : Trouver avec le gouvernement Roumain des mesures conduisant au retour forcé des Rroms en Roumanie en les stigmatisant et en cherchant à contourner la réglementation  européenne.   Des associations  de droits de l’homme en Roumanie  ont condamné les propos explicitement racistes du Ministre de l’Intérieur Roumain tenus lors de cette visite. En France, les réactions se multiplient  dénonçant les mensonges et une instrumentalisation scandaleuse des Rroms à des fins électorales.
En pièce jointes  :
-Une lettre ouverte a Monsieur Claude LELOUCH 
-Un communiqué des association de  Bucarest
-Un point de vue d’experts
-Une déclaration du Conseil de l’Europe  
 
 










 

Roms: Paris et Bucarest cherchent des solutions bilatérales et européennes

De Jean-Louis DE LA VAISSIERE (AFP)Copyright © 2010 AFP. Tous droits réservés.

 

BUCAREST — Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes Pierre Lellouche a plaidé à Bucarest pour une "mobilisation commune" franco-roumaine pour endiguer les allers-retours de Roms roumains en France et travailler au niveau européen à leur insertion.

M. Lellouche a pratiquement consacré, jeudi et vendredi, toute sa visite à la situation précaire de cette minorité, contraire, selon lui, aux "valeurs" européennes et donc "inacceptable".

"En Roumanie ce sont deux millions de personnes, à l’échelle de l’Europe dix millions de personnes, il faudra qu’on se donne les moyens de réussir", a-t-il déclaré.

Non-intégration sur le marché du travail et dans le système éducatif, trafics d’êtres humains, prostitution, criminalité et mendicité: un groupe de travail s’est réuni vendredi dans la capitale roumaine sous la présidence de M. Lellouche et de son homologue Bogdan Mazuru pour tenter de pallier les problèmes épineux touchant les Roms.

Le document de travail qui en est issu devrait être "une sorte de modèle" pour les autres pays européens concernés, a indiqué M. Lellouche.

L’aide au retour humanitaire française semble inefficace: 8.000 Roms ont été reconduits vers la Roumanie en 2009, avec un billet d’avion, 300 euros par adulte (100 euros par enfant). Soit un budget de 9 millions d’euros, auquel s’ajoutent 4.000 euros versés à quelque 160 Roms aidés par des ONG et ayant démarré un projet professionnel en Roumanie Mais près des deux-tiers d’entre eux reviennent ensuite, selon les estimations.

"Leur donner de l’argent est voué à l’échec, la plupart vont retourner en France" pour gagner de nouveaux pécules, a prévenu Marian Tutilescu, secrétaire d’Etat roumain à l’Intérieur. M. Lellouche se propose d’engager une réflexion sur la validité de cette aide pécuniaire.

Le Premier ministre roumain Emil Boc a assuré la France de la "tolérance zéro" de son pays sur les trafics d’êtres humains. "De nouvelles voies de coopération sur le plan institutionnel et politique" doivent être explorées, mais dans le plein respect de la législation européenne sur la libre circulation des personnes", a-t-il indiqué.

Aucun cadre juridique ne permet d’empêcher les Roms, citoyens roumains et communautaires, de voyager en Europe, sauf s’ils sont des délinquants recherchés ou des mineurs non accompagnés.

M. Boc a annoncé la désignation d’un secrétaire d’Etat chargé du suivi de la réinsertion des Roms expulsés, instamment réclamée par la France, et une présence permanente et étoffée de magistrats et surtout de policiers roumains en France pour repérer les responsables des trafics. Des engagements ont été pris en matière d’éducation.

Un troisième volet de la coopération concerne l’utilisation de fonds français et européens pour l’insertion dans une société où la discrimination des Roms reste forte malgré les efforts du gouvernement roumain.

Paris et Bucarest devraient présenter des projets d’insertion à l’occasion d’une conférence européenne sur les Roms à Cordoue (Espagne), en avril. "Nous ne venons pas comme donneurs de leçons", a assuré M. Lellouche en soulignant les liens étroits et confiants de la France et la Roumanie.

A l’issue de la visite, le ministre soulignait que "les Roumains ont compris que le risque de dégradation de leur image en France et dans d’autres pays européens commençait à être sérieux".

"Dès lors, a-t-il observé, ils ont aussi réalisé qu’il fallait se mobiliser contre les trafics d’êtres humains et commencer une véritable politique d’insertion, en sachant que l’Europe est disposée à les aider".

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Point d evue d'experts Télécharger
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Le Forum Européen des Rroms et des gens du voyage 11 février 2010

Le Conseil de l'Europe réunira durant ces journées les réprésentants des diverses communautés Rroms à travers l'Europe afin de  faire le point de la situation dans chaque pays. Il s'agira d'un moment fort dans la bataille menée à l'échelle européenne par les diverses instances pour la reconnaissance des droits de Rrroms citoyens européens. 
 
En France, depuis deux ans, une quinzaine d'associations représentant les divers groupes de voyageurs et de sédentaires ont su mettre  de côté leurs divergences pour s'associer au sein de l'UFAT (Union Française des Associations Tsiganes) . Elles ont délégué à Strasbourg des représentants.  Sasha  ZANKO notre ami de Toulon  y représentra la région . 
 
Devant la montée des multiples formes de rejet et de racisme envers les Rroms à travers l'Europe ces rencontres représentent aujourd"hui un espoir sérieux  pour  exiger des Etats l'application de l'égalité des droits . C'est aussi lo'accasion de rassembler et d'organiser les forces éparses du peuple Rrom à travers l'Europe

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