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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Musique et Cinéma

Un coup de cœur 28 février 2010

LIBERTE Le dernier film  de Tony GATLIF  largement diffusé  partout  dans les salles  rencontre à juste titre un réel succès et des critiques très flatteuses. Des séances spéciales  suivies de débats sont prévues, après Aix en Provence, à Carros , Mouan Sartou    et sûrement d’autres ailleurs .

Le film LA PIVELLINA sorti la semaine précédentene bénéficie pas de la même promotion et c’est dommage.  Deux réalisateurs Italiens : DE Tizza Covi et Rainer Frimmel  nous proposent pourtant une petite merveille  qui, sans beaucoup de phrases, mets à bas  les préjugés les plus solidement ancrés dans nos mémoires.

  » Dans la banlieue romaine, une enfant est recueillie par des saltimbanques : dans ce minable camping de banlieue, les cinéastes cherchent et truvent les signes d’humanité. Jusqu’au    bout -le film s’achève sur un moment sublime  où tout reste possible…. Télérama n° 3136

Une mémoire française 19 janvier 2010

Un première manifestation a été organisée a Aix en Provence. A l’occasion des 70 ans de la CIMADE, « LIBERTE » le film de Tony Gatlif a été présenté en avant première devant un nombreux public.

Lors du débat qui a suivi la projection des voyageurs membre de Rencontres Tsiganes ont pu témoigner avec beaucoup d’émotion de leur propre histoire.

D’autres séances doivent être organisées à Marseille et Toulon.

Le film « des Français sans Histoire » sera également utilisé pour l’organisation de débats .

On trouvera ci joint toutes les informations sur les diverses manifestations prévues dans l’année.

Pièces jointes

dépliant FNASAT Télécharger

A Monte-Carlo, on aime les Tsiganes 10 décembre 2009

{{ {{{Guitares manouches et feu de camp à Monaco}}} }}

Monte-Carlo Envoyé spécial

JAZZ

Le Festival de jazz de Monte-Carlo est une drôle de machine. Déjà le lieu : l’Opéra Garnier, ses ors, ses pourpres, ses fantômes. Le budget : confortable. La programmation : téméraire. Et ses révélations. C{{omme cette carte blanche, le mercredi 25 novembre, au guitariste manouche Angelo Debarre, entouré de onze comparses, autour d’un feu de camp. Avec en fond de scène trois sublimes  » verdines  » – les roulottes des Roms – aux couleurs chaudes, fenêtres éclairées à tomber de vérité (c’est du carton-pâte).}}

En haut, normal, la lune. Pas de chichis-pompons, place à la musique. Car, tenir près de trois heures de musique fantastique ou inégale, ceci, cela, sans une goutte d’ennui, avec tant de grâce, par les temps qui courent, cela tient de l’exploit moral. Et de l’espoir.

{{En face, un public sagement endiablé, qui a au moins l’avantage d’être – on suppose – partiellement composé de viveurs et de joueurs.}} Sinon, à quoi bon venir à Monte-Carlo ? Galurin à bords ras et moustache en trait de crayon, Angelo Debarre aligne ses mélodies comme il distribue ses invités. La musique de Django – universel idiolecte – est tout un poème. Personne, avant Django Reinhardt, n’en avait eu l’idée. Personne n’a jamais su la reproduire. Donc, on la joue partout.

Angelo, né en 1962, auteur d’un album phare, Caprice, a fait partie, on ne rit pas, du  » Hot Club de Norvège « . La musique à Django, ni style ni langue, crée des communautés, des fêtes. Sa force tient dans ce qu’elle montre : les moustaches, les chemises, les pompes vernies, et sept avant-bras droits,  » au début du final « , joyeusement attelés à battre, dans un délire parallèle, la  » pompe « , cette frappe si facile à jouer mal à quoi on reconnaît un manouche (avec guitare). Pas besoin d’être ostéopathe pour voir alors les plus souples, les mieux armés, les plus rigides, les voyous, les moqueurs, ceux qui swinguent comme un sac de pommes de terre, ceux qui feraient swinguer un champ de patates, ceux enfin à qui suffit le poignet (et le sourire) : Angelo, Stochelo Rosenberg et Dorado Schmitt.

Du côté électrique, les monstres de demain : Rocky Gresset et David Reinhardt. Et parmi les invités, Didier Lockwood (violon) et Thomas Dutronc. Non manouche avec guitare, Dutronc ne se la joue pas, mais tient son rang. Sans compter que ses chansons disent ce qu’il faut du désir de cette musique.

Musique qui se faufile comme le feu parmi les corps, qui joue des tours, se moque, met un masque, chante, pleure, trafique les egos et les anonymats, roule des mécaniques ou fait rouler la machine. Compétition ? Prouesse ? Mais non. Désir de trouver le fil et de faire plaisir. Il serait très vain de bouder le sien.

Francis Marmande

Monte-Carlo Jazz Festival.

Jusqu’au 28 novembre. McCoy Tyner Quartet avec Steve Kuhn, Gary Bartz, Steve Grossman (le 27) ; Marcus Miller  » Tutu  » (le 28). Tél. : (377)- 98-06-36-36.

Les Vagabontou sur le chemin de la gloire ! 23 novembre 2009

Marseille : une fanfare rom signe la B.O d’un jeu vidéo

Créée à Marseille, la formation des Vagabontu signe la B.O. de »Lapinscrétins », le nouveau jeu vidéo d’Ubisoft

C’est une musique qui vous attrape l’âme et vous la serre fort, comme dans un poing. « C’est une doina. Au pays, quand tu en entends, tu pleures, tu bois et puis tu pleures. » Dans Lapins crétins, la grosse aventure, ce chant poignant porté par la voix de Ghita Jorga accompagne l’ascension vers la lune des lapins les plus barrés du monde. Des drôles d’agitateurs qui ramassent, dans leurs charriots, tout ce que notre société de consommation produit à l’excès. Ça vous rappelle quelque chose ?

Peu connue à Marseille, la musique de la fanfare rom Vagabontu résonne désormais dans le monde entier grâce au jeu du français Ubisoft. En juin, si une « abracadabrante » histoire de visas ne s’en était pas mêlée, la fanfare aurait pu défendre le jeu à Los Angeles, « près de James Cameron et d’un tas d’autres stars ».

Vous vous pincez pour y croire ? Il y a de quoi mais Ghita, lui, ne s’étonne de rien : cet homme a de l’or plein le sourire et le coeur. « C’est un sésame ouvre-toi », sourit Maryvonne Breschi, la chargée de diffusion de Vagabontu. Né à Pungiesti, dans la région de la Moldavie, en Roumanie, Ghita joue de la trompette « depuis toujours ».

Dans sa famille, descendante des anciens montreurs d’ours qui parcouraient l’Europe, « tout le monde est musicien et joue dans les orchestres » qui, là-bas, rythment toute la vie, au cours de fêtes frappadingues qui s’étirent sur trois jours. La musique, à Pungiesti, ça s’apprend sur le tas, à l’arrache, avec « la fatigue, les réactions des gens », raconte Ghita.

Durant les années Ceaucescu, les musiciens Roms disposaient d’un statut, de salaires : après la chute du bloc soviétique, « l’Occident est arrivé chez nous, avec ses amplis : et tout à coup, les gens ont préféré payer deux types avec une sono, qu’une fanfare de 12 personnes. On n’a plus autant travaillé. »

Lui prend sa valise et sa trompette, paie un passeur et gagne, en mini-bus, Marseille où vit déjà son frère, Beluri. « On s’est enfermés trois semaines dans une chambre d’hôtel, à Noailles, et il m’a appris tous les airs que vous aimez ici : Besame mucho, Petite fleur », se souvient le jeune homme. Aux terrasses, avec son « négatif » – les Roms nomment ainsi leur petite machine à play-back – il s’extasie : « La première journée, j’ai gagné 40€. »

En Roumanie, le salaire moyen est de 150€. Alors de visa touristique en reconduite à la frontière, et de squat en squat, Ghita est resté : « J’ai commencé à me faire des amis, des gens qui me disaient : joue ta musique, monte une fanfare. » Dans un premier temps, Ghita est sceptique : « J’avais honte, je pensais que ça n’intéresserait personne ici. »

Il faudra une Fiesta des Suds où se produit la fanfare Ciocarlia, « des voisins » de Moldavie, qui, ce soir-là mettent le feu à la salle, pour que Ghita prenne confiance : « C’était… pff. » Presque aussi fou qu’à Pungiesti.

Avec son frère, et huit autres musiciens qui font les allers-retours au gré des concerts, il crée Vagabontu. Une musique facétieuse, chaloupée, « très différente des orchestres de Kusturica ». Et les Lapins crétins, dans tout ça ? C’est un chargé des musiques traditionnelles pour la Région, Philippe Fanise, qui fait le joint : « Lionel, son fils, assurait la direction musicale du jeu, à Montpellier ».

Parti écouter Vagabontu dans son élément naturel, en Moldavie, il revient conquis. Le tome 1 des Lapins s’est vendu à plus de 16 millions d’exemplaires dans le monde. Ghita en rigole : « De toute façon, il faudra tout partager à dix, hein. » Pour le musicien, le plus important est ailleurs : son épouse gadji, la belle Emilia, enseignante marseillaise, et leur petit Augustino, un an et demi : « Il se promène déjà partout avec ma trompette », sourit-il.

http://www.vagabontu.org

Par Delphine Tanguy ( dtanguy@laprovence-presse.fr )

Pièces jointes

les VAGABONTU : les premiers succès Télécharger
Vagabontu : une histoire Télécharger

« Liberté » (Korkoro) de Tony Gatlif 17 septembre 2009

{{ {{{ Festival des films du monde – Un chantre pour les sans-voix}}} }}

ODILE TREMBLAY
Édition du vendredi 28 août 2009 Le Devoir.com

Dans le film Liberté, présenté aujourd’hui en compétition au FFM, le cinéaste de Latcho Drom et de Gadjo Dilo aborde un chapitre occulté du IIIe Reich: le génocide des gitans. Marie-Josée Croze y incarne une Juste dans un petit village français sous l’Occupation.
Rare oiseau buriné sous le soleil cinématographique, avec sa dégaine de malfrat exotique, le Français Tony Gatlif est le chantre d’une communauté peu défendue, dispersée, en marche sur un air de violon: les Roms. Un père algérien kabyle, une mère gitane. D’eux lui vint le goût du nomadisme et de la musique du peuple des routes. Surtout depuis le remarquable Latcho Drom en 1993, qui remontait le parcours des Roms de l’Inde jusqu’à l’Andalousie en danses et en musiques, il se fait le porte-voix des sans-voix. Dans ses dernières oeuvres, dont Swing, Exils et Transylvania, il s’était un peu éloigné de son thème de prédilection, mais Gatlif y replonge aujourd’hui avec Korkoro (Liberté). «Je fais un cinéma de mémoire», précise-t-il. Scénariste et réalisateur, Tony Gatlif collabore aussi à la musique, âme de ses films.

Dans un petit village du centre de la France occupée, Liberté met en scène un maire (Marc Lavoine) et une institutrice résistante, mademoiselle Lundi (Marie-Josée Croze), qui tentent de protéger un groupe de Tziganes menacés de déportation. Ce film revêt une importance particulière pour le cinéaste. Aucun film n’avait abordé de façon frontale ce chapitre occulté du génocide gitan et de la quarantaine de camps où la France les parquait durant ces années noires. Cinq cent mille morts, dont plusieurs envoyés à Auschwitz. «Ils étaient les premiers envoyés dans des camps pour des expériences médicales. En France, on a commencé à les déporter avant la guerre et ils sont demeurés dans des camps jusqu’en 1946. Le pays ne savait que faire de ces nomades, traités comme du bétail.»

Pour son rôle, Marie-Josée Croze a rencontré la véritable mademoiselle Lundi, aujourd’hui nonagénaire. «En fait, elle n’a pas aidé les gitans, faute d’en avoir rencontré autour d’elle, mais elle a fait de faux papiers pour des Juifs, des aviateurs anglais, explique l’actrice québécoise, installée à Paris. Cette dame avait vécu trois ans dans les camps de concentration, ses deux frères furent déportés, torturés. C’est sa dignité qui m’a frappée, son sens de l’éthique transmis de génération en génération dans sa famille, foyer de résistance même sous la Première Guerre. Elle ignorait la peur et se battait en solitaire. Je me suis moulée dans sa posture, sa droiture.»

Marie-Josée Croze fut ravie de jouer dans un film de Tony Gatlif. «Latcho Drom avait tellement compté pour moi… Et puis, comme ce fut le cas avec Ararat, d’Egoyan, sur le génocide arménien, j’ai aimé participer à un film politiquement engagé, qui sert à quelque chose.»

«Pour le personnage du maire [incarné par le chanteur-acteur Marc Lavoine], je me suis inspiré aussi d’un personnage réel, précise le cinéaste: un notaire qui avait donné une terre en ruine à un gitan, Taloche, pour lui permettre de sortir d’un camp, en cessant d’être considéré comme un nomade. Mais en franchissant la frontière belge, il fut arrêté et envoyé à Auschwitz, comme dans mon film.»

Le film a réclamé une longue recherche en archives, alors que les Roms ne s’expriment guère à travers l’écrit. «C’est davantage qu’un film; c’est avant tout un document qui restera dans la mémoire des gitans, et qu’ils pourront utiliser pour réclamer à la France une reconnaissance des torts qu’elle leur a causés. Les enjeux sont importants et les gitans en sont conscients.»

Tony Gatlif dit apprécier le gros plan, cherchant à capter l’âme des personnages, le marchand de bonbons plutôt que les curiosités architecturales derrière. Dans Liberté, il avait demandé à un vieux Rom et à sa famille de faire les gestes du quotidien pour aider à guérir un cheval malade. «Ils ont effectué tous leurs rituels: frotter le ventre de la jument, lui caresser les oreilles, l’embrasser, lui verser de la gnôle dans la gueule, prier. J’ai découvert sur le plateau tous ces gestes admirables, habituels pour eux.»

Tony Gatlif délaissera l’univers des gitans dans son prochain film pour aborder la trajectoire de deux adolescentes. Quant à Marie-Josée Croze, elle se démultiplie à l’écran: Je l’aimais, de Zabou Breitman, d’après le roman d’Anna Gavalda, sort bientôt dans nos salles, Mères et filles, de Julie Lopes-Curval, est présenté aussi au Festival des films du monde, et notre compatriote primée à Cannes vient de terminer le tournage d’Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia.

Madona : une chanteuse engagée ! 17 septembre 2009

Madonna et les Roms hués à Bucarest

LE MONDE | 29.08.09 |

Bucarest, correspondant

Ce devait être le concert de l’année en Roumanie. Mercredi 26 août, plus de 60 000 Roumains se sont bousculés pour voir Madonna, venue donner un concert à Bucarest, vingt ans après la chute du régime communiste. Mais le rêve a tourné au vinaigre lorsque la star a fait monter sur scène le Kolpakov Trio, un groupe de musiciens roms. « Hello Romania !, a-t-elle lancé au public au milieu du concert. Il y a beaucoup de cas de discrimination en Europe de l’Est, et cela m’attriste profondément. Notre foi est la tolérance envers les Roms, les homosexuels et les gens qui affichent leurs différences. Ils doivent tous être traités de la même manière, ne l’oubliez pas. » Une partie du public a aussitôt hué la star.

Le lendemain, les Roms qui accompagnent Madonna dans sa tournée ont organisé une conférence de presse à Bucarest. « C’est terrible de voir qu’on est au XXIe siècle et qu’une telle situation existe en Europe, a déclaré Vadim Kolpakov, un des membres du groupe. Nous sommes très tristes et nous voulons dire à la Roumanie et à l’Europe de l’Est que tout le monde a des droits, les Roms comme les autres. » La Roumanie compte officiellement 535 000 Roms mais, selon les leaders de cette minorité, ils seraient plus de deux millions. Malgré la pression des institutions européennes depuis l’adhésion du pays à l’UE en 2007, la discrimination des Roms reste présente dans la société roumaine.

Madonna avait promis aux Roumains un spectacle à la hauteur de leurs attentes, mais l’organisation du concert a été mal gérée. Malgré 1 000 kilowatts de lumière, 2 000 lasers, 160 enceintes et 120 m2 d’écrans vidéo, la plupart des spectateurs ne voyaient pas la scène, tandis que la poussière les empêchait de respirer. L’appel contre la discrimination des Roms est tombé sur un public hostile, d’autant que la majorité des Roumains déplorent qu’on les associe aux Roms, qu’ils considèrent comme responsables de la mauvaise image du pays. « J’ai payé cher mon billet, un quart de mon salaire, s’insurge Vlad, un jeune qui a hué Madonna. Je voulais voir un concert et je me suis retrouvé devant une donneuse de leçons. J’ai payé pour sa musique, pas pour son blabla. » De leur côté, les associations locales de Roms ont protesté contre la réaction du public. Selon un sondage de l’Institut Gallup publié en 2008, un Roumain sur trois ne veut pas avoir de Roms parmi ses voisins.

Mirel Bran
Article paru dans l’édition du 30.08.09

Mon pote le gitan 19 octobre 2008

{{ {{{Mon pote le Gitan}}} }}

Jamais les Tziganes n’auront eu à ce point la cote. Festivals, modes, rigodons, disques, ça n’en finit pas. Et des Nuits manouches à L’Alhambra (superbe coffret au Chant du monde) ! Et une Andalucia, de Raphaël Faÿs (même label) ! Et le Brothers to Brothers des frères Ferré avec les frères Belmondo (Nocturne Jazz). Tchavolo Schmitt (Miri Familia, Harmonia Mundi) joue à L’Atelier Charonne, Paris-12e, le jeudi 9 octobre. Quant aux frères Ferré, ils seront à l’Opéra Comédie de Montpellier, samedi 11 octobre : Elios, le sage, et Boulou, l’élève de Messiaen. Leur père ? Matelo. Leurs oncles ? Sarane et Baro. Tous guitaristes, tous disparus. Leur invité ? Biréli Lagrène. De vrais prénoms et des histoires à remplir un train de roulottes, mon frère.

Les Tziganes viennent de l’Inde. Ils s’affectent une origine égyptienne qui leur vaut le nom de  » Gypsies  » en anglais. Leur route se sépare un peu avant le Rhin, se nommant au nord les  » Manouches « , au sud les  » Gitans « . Voir le film de Gatlif – Latcho Drom -, les travaux savants de Patrick Williams, plus toute une rêverie puissante, prompte au mythe : de Carmen (la Gitane qui parle basque, pourquoi personne ne s’en avise ?) aux Bijoux de la Castafiore (Hergé), en passant par Cendrars.

Beau corpus, beaux corps. Mystères, diableries, danses du feu. Le génie de ce peuple nomade qui exalte sa propre histoire, la vie, les persécutions, les fatigues et l’amour, son vrai génie, c’est d’obliger l’autre, le  » payo « , au clicheton. Clichés mi-mi : mi-mystifiés, mi-haineux, selon une procédure magique de racisme légal. Voleurs de poules, trafiquants, ferrailleurs, lascifs, poncifs : tout se condense dans le délicieux euphémisme qu’échotiers caquetants, policiers et passants s’obligent à dire à contrecoeur :  » Les gens du voyage.  »

Manouches et Gitans compliquent la donne. Ils adorent les cartes. L’Orient ne leur fait pas peur ni les gammes ioniennes, influences hébraïques ou modes arabes. Pour peu que l’on eût vraiment écouté leurs musiques, du mode phrygien au cante jondo, on n’en serait pas là. Mais non. Comme d’habitude, on inverse le rapport. Eux jouent à fond sans en faire d’histoire – ils savent -, nous en face on fait les frivoles. On prend ça pour des gitaneries spontanées, Django ou Camaron de la Isla tralala. On les trouve authentiques, les bougres, et tout ça sans même savoir lire la musique.

Un soir, aux puces de Vanves, Babik Reinhardt (1944-2001) déniche un album de Wes Montgomery. Wes, le plus sophistiqué des guitaristes afro-américains (1925-1968). Babik zone avec un trader de ses amis. Babik, homme du monde, garçon merveilleux, entraîne son trader dans sa roulotte. Là, religieusement, ils jouent le disque de Wes. C’est un chorus ahurissant, sur un tempo d’enfer. En une seule écoute, Babik décroche sa guitare aux cordes échevelées, et d’oreille, toc, d’un trait, il rejoue tout le chorus qu’il vient d’entendre pour la première fois, sans la moindre erreur. Le trader tangue dans la roulotte et revend ses actions. Or, ce n’était, si l’on ose dire avec un immense respect, que Babik. Même pas Django : son fils.

En fait, les Gitans, on les aime au coin du feu, quand ils font les Gitans entre eux. Sinon, jamais ils n’auront été si ardemment pourchassés. Pur cas d’école pour la conférence de l’intégration qui va réunir, à Vichy, les ministres de l’intérieur de l’Europe : veni, vidi, Vichy (3 et 4 novembre). Immigrés de l’intérieur, les gens du voyage mettent tout le monde d’accord. Avec sa batterie de lois et de fichiers, l’Italie donne le ton sur un mode supérieur. Tout ça tient en une chanson que le charmant Mouloudji, sa voix voilée un peu haute et son air d’archange à la Paco El Lobo, chantait mieux que personne : Mon pote le Gitan. Personne ne songe à la reprendre ? Bizarre.

Francis Marmande
Paru dans le journal LE MONDE du 9/10/2008

KHAMSA un film qui ne peut laisser indifférent 19 octobre 2008

{{ {{{Un décors plus vrai que nature}}} }}

La présentation de ce film, en avant-première à Marseille, devant une salle très cosmoplite, a permis d’amorcer un débat sur les conditions de vie des gitans à Marseille. Le film est certes une fiction mais les décors ne sont que la triste réalité de la cité Ruisseau Mirabeau et la pluparts des acteurs sont les tsiganes gitans habitant de la cité. Nous avions la crainte d’un certain amalgame entre réalité et fiction mais ils semble que le public fasse la différence.

Une rencontre avec quelques habitants pour connaître leurs réactions nous permets de penser que ce film, malgré un scénario dramatique et parfois violent, peut servir à amorcer un débat sur la communauté tsigane sédentarisée. Certains habitants sont disposés à prendre part à tels débats à l’ocassion de projections de ce film que nous pourrions organiser dans quelques temps dans un cadre associatif.

Quand les média s’intéressent aux Roms et aux Tsiganes 1 octobre 2008

On pourra se réjouir que ce flots d’informations contribuent à réduire l’ignorance largement partagée de la réalité de ce peuple, son histoire, sa culture, ses difficultés à vivre. Toutefois certains reportages demeurent marqués par les préjugés, la caricature ou même le mépris de ce peuple qui nous interpelle et remets en cause, par sa seule présence, nos certitudes de « civilisés ».

Ainsi le dernier reportage « complément d’enquête » sur France 2 le 29 septembre n’a pas su éviter ces pièges. Le titre et le voisinage avec deux autres reportages sur des marginaux et un couple de criminels étaient déjà largement contestables . Quant à l’enquête elle-même sur les voyageurs, elle mettait en cause l’attitude de certains voyageurs sans pour autant condamner l’illégalité de la plupart des communes. Ce soucis « d’équilibre » est fort éloigné de la réalité que nous constatons quotidiennement sur le terrain..

Dans un autre contexte, le film KHAMSA de Karim DRIDI qui sort sur les écrans cette semaine relève d’une autre démarche . Il s’agit bien sûr d’une fiction mais , pour nous, à Marseille qui connaissons les lieux et les gens, ce drame et ce mal vivre des jeunes peut nous paraître bien proche de la réalité. Certains pourront même voir dans ce film une justification de leurs les rejets des tsiganes et les conforter dans leurs certitudes.

Les intentions et la qualité de l’auteur ne peuvent toutefois être mises en cause et ce beau film émouvant peut permettre d’ouvrir un débat.

Pièces jointes

Présentation KHAMSA Télécharger