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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Editos

Une grande confusion 20 octobre 2015

Rappel des faits :

 D Raimbourg

 

Après une trop longue attente, dans une décision du 5 octobre 2012, le Conseil Constitutionnel déclarait illégal le carnet de circulation délivré aux “gens du voyage“ et l’obligation d’une commune de rattachement, en application de la loi du 3 janvier 1969. Cette décision bien que jugée incomplète remettait en quetion l’ensemble du cadre législatif concernant les personnes dites gens du voyage. Pour tirer les conséquences pratiques d’une telle décision un groupe de députés à l’initiative de Dominique RAIMBOURG déposait une proposition de loi qui, allant au-delà de la décision du Conseil Constitutionnel, prévoyait l’annulation de la loi du 3 janvier 1969 et remettait en cause l’ensemble de la réglementation concernant “le voyage“. Ce texte qui n’était pas porté par l’exécutif n’a pas été jugé prioritaire et a finalement été voté en première lecture par les députés le 9 juin 2015. Il doit pour être applicable être soumis au Sénat. On apprend que la Haute Assemblée a décidé de choisir la lenteur et de s’intéresser à ce dossier au début de 2016. En conséquence le texte sera définitivement voté par l’Assemblée Nationale et donc applicable au plus tôt en juin 2016.

Des conséquences inadmissibles carnets de circulation

 Quel que soit le bien fondé de cette loi, les conséquences d’un tel délai de latence sur la vie quotidienne des voyageurs sont considérables. Lors de la rencontre organisée à Rennes par des associations de voyageurs, on a pu mesurer les effets d’un tel vide juridique. Dominique RAIMBOURG présent à Rennes a regretté la lenteur de cette procédure et reconnu le flou juridique de la loi et les incertitudes quant à son application. Pour compléter le tableau d’autres textes législatifs ou réglementaires ont vu le jour entre temps. La loi dite ALUR du 20 février 2014 et le décret d’application du 29 avril 2015, tout en reconnaissant l’habitat mobile et léger comme un logement, ont durci les règles d’urbanisme concernant le stationnement des sédentaires. D’autres textes concernant le calcul des subventions aux aires d’accueil ou la domiciliation sont venus s’ajouter à cet imbroglio juridico administratif. À ce jour la cacophonie est générale. Les services des préfectures, les maires, les magistrats, les gestionnaires d’aire d’accueil, chacun interprète à sa guise le nouveau contexte législatif.

Ici la préfecture ne délivre plus de carnet de circulation alors qu’ailleurs c’est toujours possible ; dans les mairies, on refuse l’inscription sur les listes électorales ou la domiciliation auprès de CCAS ; dans les aires d’accueil on peut exiger encore le carnet de circulation ou alors on accepte pour remplir le terrain toutes personnes qui se présente en caravane quel que soit son origine ou son statut.

Quelques exemples : une aire d’accueil de la région reçoit des personnes habitant en caravane mais qui ne sont pas reconnues par les voyageurs traditionnels ; un groupe de voyageurs d’origine roumaine, immatriculés et résidant habituellement en Espagne a séjourné avec l’accord de la Préfecture sur un terrain destiné aux grands passages ; dans le Vaucluse c’est une famille de Roms Kosovars qui a obtenu un statut de réfugiés et vit en caravane en raison de ses trop faibles ressources. Elle stationne dans un terrain de camping privé au tarif exorbitant. Elle se voit refuser l’entrée dans une aire d’accueil réglementaire ; Une commerçante s’est vue refusé d’accéder à un marché forain en l’absence de carnet.

Une clarification urgente

 On pourrait multiplier ces exemples de dysfonctionnements graves qui sont à l’origine de nombreux abus et mettent ainsi en cause quotidiennement le respect du droit par ceux qui sont en charge de sa mise en œuvre. Il est urgent que le législateur et les pouvoirs publics mettent fin à cette situation ubuesque. L’accès au droit commun pour chaque citoyen et la reconnaissance de la minorité culturelle des Tsiganes sont plus que jamais un objectif prioritaire.

Alain FOUREST

Marseille le 15 octobre 2015

 

Pièces jointes

Le rêve d’un été : et si la langue Romani était reconnue comme langue minoritaire ? 19 août 2015

MémoireLe Président de la République vient, comme il s’y était engagé, de relancer le débat sur la reconnaissance par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires qui a été adoptée sous les auspices du Conseil de l’Europe en 1998. Cette charte approuvée par la plupart des pays européens fait en France l’objet d’un polémique sans fin qui oppose les tenants d’une République une et indivisible et les régionalistes favorables à plus de diversité et au respect des identités locales. La mobilisation des “bonnets rouges“ en Bretagne a remis cette question à l’ordre du jour. Ce débat est récurrent depuis 1992 et les gouvernements successifs ont tenté en vain de ratifier cette charte. Il est aujourd’hui question d’une modification de la Constitution. On semble toutefois encore loin du but dans cette polémique franco-française. Rappelons toutefois, en quelques mots, l’enjeu de cette reconnaissance :

L’objectif de la Charte est essentiellement d’ordre culturel : elle vise à protéger et à promouvoir les langues régionales ou minoritaires en tant « qu’aspect menacé du patrimoine culturel européen » et à favoriser leur « emploi dans la vie publique et privée ». Par la ratification, les Parties s’engagent à respecter toutes les langues régionales ou minoritaires existant sur leur territoire. Il est important de noter que la Charte ne comprend pas les langues liées à l’immigration récente, ni les dialectes des langues officielles.

par l’expression «langues régionales ou minoritaires», on entend les langues:

  1. a) pratiquées traditionnellement sur un territoire d’un Etat par des ressortissants de cet Etat qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l’Etat; et différentes de la (des) langue(s) officielle(s) de cet Etat;
  2. b) par «langues dépourvues de territoire», on entend les langues pratiquées par des ressortissants de l’Etat qui sont différentes de la (des) langue(s) pratiquée(s) par le reste de la population de l’Etat, mais qui, bien que traditionnellement pratiquées sur le territoire de l’Etat, ne peuvent pas être rattachées à une aire géographique particulière de celui-ci.

La question de la reconnaissance de la langue romani mérite alors d’être clairement posée. En effet, le romani, une langue descendante directe du sanskrit, est encore aujourd’hui la langue parlée par les Roms, Gitans, Tsiganes, etc… Le Romani s’est transformé et différencié en multiples dialectes qui ont conservé un fond commun de vocabulaire. En Europe, les divers parlers romani sont la langue de que 4,5 millions de locuteurs. En France, 300 000 citoyens français utilisent encore des éléments du romani pour communiquer entre eux mais aussi avec les roms migrants venus des pays d’Europe de l’Est. De nombreux pays européens ont ratifié cette charte et reconnu cette langue minoritaire en lui donnant les moyens d’être enseignée et diffusée à travers les médias. Rappelons que la langue romani fait partie avec le drapeau et l’hymne des trois critères adoptés par l’Union Romani Internationale à Londres en 1972.

Cette langue, comme beaucoup d’autres langues régionales est en danger. Elle fait partie du patrimoine même si elle est de moins en moins pratiquée. Elle aurait pu disparaître si depuis quelques années des linguistes mais aussi des membres de la communauté tsigane ne s’étaient pas mobilisés pour la faire connaître et reconnaître. A l’occasion des nombreuses manifestations culturelles le Romani est à l’honneur. Des sessions de formation sont proposées comme c’est le cas à Marseille, chaque année, lors du festival Latcho Divano. En France, la langue Romani est enseignée à l’Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales). Il existe d’ores et déjà une littérature de plusieurs centaines de titres en romani.

Alors que l’Assemblée Nationale vient de voter, après un long parcours, une loi qui supprime toutes les discriminations en direction des Roms/Tsiganes reconnus enfin comme citoyens à part entière, il semblerait logique que la langue romani, élément essentiel de leur culture et de leur histoire, soit également reconnue en France parmi les langues minoritaires.

Mais il s’agit d’un rêve de l’été qui fera sourciller les défenseurs de « l’indivisibilité de la République et de l’unicité du peuple français ».

Le droit commun et après ? 6 juillet 2015

Ne cachons pas notre satisfaction : le vote le 9 juin dernier par la majorité des députés d’une loi supprimant la loi du 7 janvier 1969 est une victoire et une étape importante vers une reconnaissance par la Nation de la présence d’une minorité de citoyens qui revendiquent une culture et un mode de vie qui leur sont propres. Merci à Dominique RAIMBOURG.

Lors de l’assemblée générale de la FNASAT (voir le compte-rendu) on a pu également mesurer les limites de ce texte encore provisoire et les obstacles qu’il faudra encore lever pour passer des intentions aux actes et pour s’assurer de la mise en application du droit.

Grâce à la “magie“ d’internet, on a pu suivre en direct les débats entre les élus, en commission des lois puis en séance plénière. Le constat est affligeant sinon inquiétant:

Quelques rares députés ont su montrer leur connaissance du monde du voyage et leur souci de trouver des solutions aux difficultés qui assaillent ces communautés pour conserver leurs modes de vie. Par-delà les effets de tribunes, la majorité des intervenants (on a pu compter à peine une cinquantaine de députés présents durant les deux séances) ont montré une méconnaissance affligeante des voyageurs. Alors que le projet mis en débat concernait de nombreux aspects de la vie quotidienne des voyageurs mais aussi des sédentaires, la préoccupation des élus du peuple (souvent aussi des maires) a porté sur l’insécurité et les nuisances apportées par la présence de grands groupes circulant à travers la France qui ne “respectent pas le droit de propriété“.

Le rapporteur a bien tenté à plusieurs reprises de ramener la discussion sur des aspects plus sérieux, mais il a dû tenir compte de cette hostilité croissante qui se développe dans les communes, en particulier à l’arrivée des beaux jours . C’est ainsi qu’ont été adoptées des mesures facilitant l’expulsion des “intrus“ et donnant aux Préfets des moyens d’agir directement sans le recours du juge. On également constater la curieuse capacité de double discours de certains élus comme ce député, ancien conseiller général en charge des gens du voyage et maire d’une importante commune, qui depuis douze ans a tout mis en œuvre pour ne pas réaliser d’aire d’accueil et qui s’est opposé fermement à l’inscription d’enfants Roms dans sa commune. Le soutien sans faille qu’il a apporté au vote de la loi est un modèle d’hypocrisie.

Notre inquiétude, à l’analyse de ces débats, porte davantage sur les non-dits. Si une nouvelle législation doit permettre de reconnaître aux Gens du voyage l’ensemble des droits propres à chaque citoyen, ce retour au « droit commun » laisse de côté la dimension culturelle propre à chaque communauté. C’est pourtant la revendication majeure des tsiganes qu’ils soient ou non voyageurs. Leur appartenance librement choisie à un mode de vie et à une histoire est pour eux inséparable de la socialisation qui assure le lien entre les générations. Une telle revendication est sévèrement jugée par ceux qui, en France tout particulièrement, mettent en cause un « culturalisme » et qui dénient une culture propre à un peuple. A l’opposé, d’autres affirment que chacun a le droit d’être respecté dans sa culture et dans tout ce qui fait son identité. (1)

Ce débat ouvert, nous l’avons fréquemment évoqué ici parce qu’il est le reflet d’une réalité souvent douloureuse vécue par les Tsiganes qui nous entourent. Sans chercher à en exacerber la portée, il est très regrettable que les élus du peuple n’aient pas trouvé un seul instant pour évoquer ce thème qui resurgira à n’en pas douter. A nous de prendre part avec lucidité à cette construction d’un monde multiculturel en devenir.

 

(1) A lire sur ce sujet les analyses de Krzystof POMIAN et Philippe d’IRIBARNE dans la revue “le Débat“mai août 2015

 Marseille le 10/07/2015

Alain FOUREST

9 juin 2015 : une date importante pour les gens du voyage et les défenseurs des droits des minorités 11 juin 2015

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On retiendra que, dans la nuit du 9 au 10 juin 2015, les députés ont par 35 voix contre 24 adopté la loi présentée à l’Assemblée Nationale par le groupe socialiste à l’initiative de Dominique Raimbourg. Cette loi sous l’appellation de  » vivre ensemble » a, dans son article premier, supprimé la loi scélérate du 4 janvier 1969 qui instituait une catégorie de citoyens de deuxième zone appelée ‘gens du voyage’. Depuis de très nombreuses années, les associations représentatives de ces communautés avec le soutien de nombreuses organisations en charge de la défense des droits mettaient en cause cette loi et les différentes textes législatifs et réglementaires qui en étaient la conséquence. On ne peut donc que se réjouir d’une telle décision tant attendue. Sans aucun doute cette date marquera pour beaucoup une avancée significative dans le respect des droits de l’homme et du citoyen.

Dans les articles suivants de la loi, les députés tentent, parfois maladroitement, de tirer les conséquences de l’article premier en décidant des mesures pratiques sensées faciliter un mode de vie original pratiqué encore par 150 à 250 000 familles que l’on appellera ici « voyageurs ». Le rapporteur lors des débats a bien signalé le caractère imparfait de ce texte qui devra être adapté en fonction des réalités locales.

On regrettera cependant que, sous pression des maires de tout bord politique, la loi ait encore prévu de faciliter les procédures d’expulsion en cas de stationnement considéré comme illicite et que la caravane ne soit toujours pas reconnue comme logement avec les droits qui s’y rattachent.

Si l’on doit sans aucun doute se féliciter de cette première victoire, il convient de rester mobiliser. Les Sénateurs vont en effet se pencher sur ce texte et risquent fort de le mettre en pièces. La navette parlementaire pourrait conduire alors à en réduire la portée. Il faudra encore surveiller les décrets d’application puis les circulaires. Enfin il faudra s’assurer que, sur le terrain, les maires appliqueront sans réserve les lois de la République. Le parcours est encore long et les obstacles nombreux avant que le respect des droits des voyageurs soit enfin appliqué sur l’ensemble du territoire national.

Pièces jointes

La proposition de loi Raimbourg Télécharger

Les bannis de la Terre 30 mai 2015

Rohingyas originaires de Birmanie et de Thailande, les Falachas originaires du Soudan et aujourd’hui en Israël, les Moken ou nomades de la mer le long des côtes Birmanes, les Kirghiz et les Kazakhs en Mongolie et à l’Est de la Chine, combien sont-ils ces peuples de traditions en partie nomades qui à travers le monde sont aujourd’hui l’objet des pires processus d’extermination ?

L’actualité la plus récente a fait brutalement apparaître la détresse de quelques-uns de ces groupes humains objets de toutes les malédictions, contraints de toujours fuir au risque de leur vie. Ils ont su pourtant à travers les siècles et les vicissitudes de leur vie d’errance maintenir une culture et des traditions qui leur permettaient de survivre dans un monde qui tend à l’uniformité et à imposer la loi du plus fort.

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Chacun peut s’émouvoir pour un temps de ces conflits lointains qui concernent ces peuples considérés comme « attardés » et pour lesquels la seule solution qui leur est proposée est de renier leur passé en adoptant sans murmure la règle commune du progrès et de la modernité. On peut aussi, à l’appel du large et de l’inconnu s’inscrire dans ces voyages qui nous promettent les découvertes d’authentiques civilisations en voie de disparition. On peut aussi s’attacher à la lecture des travaux du regretté Claude Levi-Strauss et avec ses disciples s’engager à la défense des cultures en danger de mort.

On peut enfin s’interroger sur la présence souvent proche de chez nous, de ces hommes et de ces femmes qui les yeux baissés, survivent en fouillant nos poubelles et en mendiant au coin des rues, des enfants dans les bras. On peut alors comme la majorité de nos concitoyens, parfois mal à l’aise et même un même un peu honteux de cette misère trop voyante, considérer qu’en ces temps difficiles, il n’y a pas de place pour eux et que nos gouvernants ont raison de les inciter (les contraindre) à retourner chez eux.

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On peut (on doit ?) s’interroger sur les valeurs qui fondent notre vivre ensemble et qui seraient, paraît-il, inappropriées pour s’appliquer à l’ensemble de l’humanité.
L’universalité des droits ne se partage pas en fonction des aires géographiques ou de stratégies géopolitiques des puissants.
Quoiqu’il en coûte, les principes républicains de liberté et de solidarité, voire de fraternité ne peuvent se limiter aux frontières aujourd’hui largement ouvertes sur le reste du monde.
On ne peut à la fois profiter des avantages de la mondialisation et estimer qu’ils ne sont accessibles qu’à quelques-uns.

Le monde est directement et virtuellement à portée de main, à portée de smartphone, mais ceux qui à notre porte demandent un peu de partage ne sont pas des êtres virtuels.

Alain FOUREST

18 mai 2015

Pièces jointes

Les Rohingya de Birmanie condamnés à l’exil Télécharger
La longue marche des Falachas vers la terre promise Télécharger

Les deux bouts de la chaîne de l’exclusion 29 mai 2015

Le bateau en cartonMardi 14 au Mazarin, cinéma d’Aix, jeudi 16 au Renoir, à Aix encore, ont été projetés deux excellents films que l’on pourrait faire dialoguer, se faire répondre l’un à l’autre. Le premier est « Le Bateau en carton » (2010) de José Vieira, le second est « Perdus entre deux rives, les Chibanis oubliés» de Rachid Oujdi (2014). Vieira relate la vie d’un bidonville de Roms en région parisienne pris dans le processus des expulsions, Oujdi relate la vie de ces vieux travailleurs maghrébins, restés en France et vivant leur solitude entre deux rives qui ne les reconnaissent ni l’une ni l’autre. Essayons ce dialogue entre eux.

Le film de Vieira est austère mais pas misérabiliste, les gens sont positifs, ils veulent vivre, ils ont l’avenir devant eux et veulent le saisir. Le second est solaire. Il montre une population très âgée, finissante, souffrant de solitude, mais souriante tout au long des images, maniant l’humour, gardant l’amour de la vie (et de la France, malgré tout !) malgré les difficultés.

La vie des bidonvilles des années 50 et 60 est évoquée, lorsque ces Chibanis étaient jeunes, qu’ils sont venus travailler pour faire vivre leurs familles restées au bled. La pluie, la boue, les cabanes froides et non étanches, la corvée d’eau. Dans une France des « 30 glorieuses » ces gens étaient les acteurs de notre développement tout en vivant aux marges dans une situation indigne.[1] Dans les années 2000 voici les mêmes bidonvilles qui renaissent, toujours dans la boue et avec les corvées d’eau, toujours les cabanes suintantes. Cette fois-ci avec des familles entières à qui on refuse de travailler, alors que les Maghrébins étaient des hommes seuls qui travaillaient dur, on les avait fait venir pour cela. Des Roms, on ne veut pas qu’ils arrivent. Le traitement des bidonvilles par les autorités a donc été bien différent : tout bidonville est édifié sur un terrain vague, par définition illicite (il n’appartient pas aux occupants), mais dans les années 50 on s’en moquait, on voulait que les gens restent et bossent, ne retournent pas « chez eux », ce « chez eux » qu’ils vont donc perdre. Maintenant on se braque sur cette illicéité pour les pourchasser, espérant que leurs habitants s’enfuient « chez eux ». Dans un cas comme dans l’autre, on ne sait plus ce que signifie « chez eux ».

Les maghrébins étaient des hommes seuls, venus pour envoyer de l’argent à leurs femmes pour élever les enfants qu’ils ne connaissaient pas, ou si peu. Ils ont accepté cette séparation pour devenir des soutiens uniquement économiques. Ceci est leur souffrance actuelle, leurs enfants ne les (re)connaissent pas. La France les abandonne à leur sort, elle ne les voit plus. Et s’ils sont défendus, ils deviennent un « problème », ces quelques centaines de milliers de vieux ! Les Roms sont venus en famille, ont refusé cette séparation, c’est sur place qu’ils les nourrissent en glanant quelques euros. La présence des familles explique en partie le rejet. Les hommes seuls étaient baladés d’un bout à l’autre de l’Hexagone pour répondre à nos besoins, et on comptait bien les voir disparaître quand ils ne serviraient plus. Mais des familles, avec enfants, alors qu’on dit ne pas avoir besoin de leur travail (ce qui est une erreur ou un mensonge suivant le cas), cela inquiète, cela est « insupportable », pour qui se prennent-ils ? Ils deviennent le problème central, ces quelques 20000 personnes … dérisoire ![2]

Les Chibanis subissent une grande pauvreté (l’un disait avoir une retraite de 140€ mensuels). Les règlements exigent de rester au moins 6 mois en France pour toucher la totalité des retraites et allocations diverses. Sinon ce qu’ils toucheraient serait infime, cela après quarante ans de travail ! Mais ne peut-on changer une loi ou une réglementation quand ses conséquences entraînent une telle injustice ?[3] Non, parait-il, leur régime s’applique à tout le monde. On oublie qu’ils n’ont pas été au régime général (boulots non déclarés, papiers égarés – ils sont en majorité analphabètes – parce que personne ne s’est occupé de les aider à constituer des dossiers ou à déclarer leur travail, lorsqu’ils étaient en activité). Misère totale pour les Roms. On leur refuse des contrats de travail, ils sont alors sous-payés (30€ est un « bon salaire » quotidien… quand on les embauche), ils n’ont aucune aide, ni allocations familiales, ni aide au logement, puisqu’ils n’ont pas de contrat ! « Ils seraient une charge insupportable pour le système social français ». Ne parlons pas du RSA ou d’autres allocations. On leur refuse même l’aide juridictionnelle quand on les convoque au tribunal pour les expulser car « ils ne prouvent pas qu’ils sont pauvres ». Changer le règlement, ou l’appliquer avec souplesse serait un passe-droit insupportable (a précisé le Sous-préfet d’Aix).

On voit un Chibani du film à qui on réclame environ 19000€ de « trop perçu » parce qu’il est resté un an au Maghreb à cause de sa fille très malade. Donc il doit rembourser ce qu’il a perçu les trois années précédentes. S’il s’agissait de 19 millions d’euros, l’administration ferait sûrement une transaction (il n’est pas besoin d’évoquer Tapie ou Balkany ou quelques autres) comme elle en a le pouvoir, mais pour lui, pas question, il rembourse mois après mois…et il garde le sourire quand il l’évoque ! Quant aux Roms, quand ils font de la ferraille sur les décharges, ils se font arrêter puis condamner par les tribunaux (ils n’ont pas la chance d’être sur le bidonville du Caire qui fait vivre des milliers de gens, nous sommes en France tout de même !), c’est la loi…inventée pour qui ? Les banques refusent de leur ouvrir des comptes (la ferraille doit – règlement assez récent, visant qui ? – être payée par chèque). La raison invoquée par le capitaine de gendarmerie témoin de la chose : en Roumanie il existe des faux-papiers, alors il faut se méfier ! Il n’y a pas de faux-papiers à Marseille ? Qu’en sait-il sur la Roumanie ? Ainsi, dans les deux cas, les administrations, censées permettre aux citoyens de vivre, sont des machines à exclure. Racisme ordinaire…

Cette façon de faire de l’Administration est sous-tendue par cette idée récurrente de la fraude. Tous ces pauvres, Chibanis ou Roms (et tous les autres  « pauvres » d’ailleurs) seraient des fraudeurs en puissance (et des voleurs pour les Roms, tous bien sûr). Pas les autres « bons français », les Cahuzac, Tapie ou Balkany, ou encore Tiberi, pour parler des grands, ou les braves gens qui ne font pas de vagues. Mais les pauvres ! Alors pour eux il y a surveillance, méfiance, durcissement des réglementations, amalgames (« si ce n’est toi, c’est donc ton frère »), atmosphère puante dans laquelle nous marinons.

Les Chibanis sont des migrants. En 50 ils étaient soumis au code de l’Indigène, bien que français : on pouvait les déplacer librement, pour les besoins de la France. On les a transplantés en France pour nous servir. Nous avons fabriqué des migrants et ils l’ont accepté, bien obligés de nourrir leurs familles. Les Roms sont aussi des migrants, mais ce sont eux qui ont décidé de quitter leur pays qui ne leur proposait que le chômage et l’exclusion. Nous n’en voulons pas, les pensant inutiles. Ils sont venus pour les même raisons que les autres. Les premiers font verser une larme à notre député : « c’est nous qui les avons fait venir et voilà le résultat ! », ils sont de « bons pauvres », de « bons migrants ». Les seconds ont la malchance d’être de « mauvais pauvres ou migrants », alors on botte en touche quand on les évoque. Comme a dit notre Sous-préfet : « ce sont eux qui se sont mis dans leur tort en venant », fermez le ban. Mais les « bons » ou les « mauvais » sont de toutes façons les exclus du système, ceux qui payent dans leur chair et leur cœur pour l’indifférence et la haine des autres.

Que faire ? Les uns ont proposé une pétition, immédiate. Les autres une manifestation. Très bien, mais après ? On est devant une machine étatique à exclure, qui broie les personnes. Derrière cette machine se cachent les braves gens. « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Si on peut mépriser les Chibanis, c’est que finalement ils auraient dû rentrer « chez eux », ce « chez eux » qu’ils ont perdu à notre service. Si on dit tellement de mal des Roms, c’est bien que ce doit être vrai, et eux aussi pourraient rester « chez eux », ce peuple que chaque pays a considéré comme « gens d’ailleurs ».

Cette machine, aveugle, injuste, broyeuse de vies, est au service de certains. Elle n’est pas une machine folle, mais une machine dirigée, elle est au service de certaines volontés. C’est à ces volontés qu’il faut s’attaquer. Partout le peuple doit manifester qu’on ne peut pas mépriser des travailleurs qui ont passé leur vie à œuvrer pour nous, qu’on ne peut pas accepter la chasse à des familles qui essayent de survivre dans un monde qui ne veut pas d’elles. Nous sommes tous responsables de nos dirigeants, nous sommes tous responsables de l’atmosphère dans laquelle nous vivons[4].

Marc Durand

Vendredi 17 avril 2015

 

[1] Les deux films montrent bien l’indignité, l’horreur des lieux, habités par des gens dignes. Cet hiver le bidonville de Luynes n’avait rien à leur envier. La réalité est chez nous.

[2] Quand il y a des élections, les 300 000 (environ) Chibanis ne sont pas évoqués, ils sont tombés dans l’indifférence de tous. Et on se concentre sur les 20 000 Roms qui seraient « le problème » de la France à voir la place qu’ils prennent à ce moment ! ils suscitent la haine de tous.

[3] Tout étudiant en Droit apprend dès le début de ses études que le Droit n’est pas un but, mais un moyen de permettre à une société à vivre en conformité avec ses valeurs, et qu’il doit constamment évoluer pour le permettre.

[4] « Responsables » ne signifie pas « coupables », mais « en responsabilité ». Cette situation est de notre responsabilité.

Pièces jointes

Un peuple Rom ? 4 avril 2015

Drapeau RomNul doute qu’un tel titre, malgré le point d’interrogation, sera considéré par certains comme politiquement incorrect. Le débat sur ce concept est ouvert de longue date y compris parmi ceux qui sont les premiers à se mobiliser pour défendre les droits de ces nouveaux migrants européens venus de l’Est et que l’on a pris l’habitude de désigner sous l’étiquette Rom. Afin d’éviter une stigmatisation, à caractère ethnique ou simplement culturelle, nous avons convenu, avec d’autres, de privilégier la dimension économique de cette nouvelle migration et de mettre l’accent sur les conséquences dramatiques de la politique de rejet dont ces familles sont l’objet en France depuis plus de dix ans. Nous tentons d’éviter des désignations ouvrant la porte à une xénophobie latente. Lors d’une récente rencontre, à l’initiative de la Fondation Abbé Pierre à Marseille, consacrée au mal logement et aux bidonvilles nous avons fait état de la mise à la rue par le Maire de Marseille d’une trentaine de familles avec de nombreux enfants sans que leur soit proposé un relogement ou même un hébergement. L’assistance a montré sa solidarité avec ces familles. Mais la suite du débat a confirmé que pour chacun il s’agissait sans aucun doute de familles Roms comme l’a précisé la Préfète dans son intervention.

Une fois de plus, nos précautions sémantiques sont apparues bien fragiles en face de la réalité du langage courant permettant à chacun de reconnaître et classer de manière simple sinon simpliste un groupe humain au comportement perçu comme étrange et dangereux. Volens nolens, le terme Rom s’applique ainsi en France à des groupes d’hommes et de femmes venus d’ailleurs et considérés pour la plupart comme non-intégrables. Parfois avec une certaine retenue, ils sont désignés à tort comme roumains alors que leurs pays d’origine sont beaucoup plus divers. La présence fort ancienne en France de groupes familiaux désignés sous le terme « gens du voyage » et qui n’ont souvent que de très lointaines relations avec les Roms venus de l’Est, participe à une large confusion. Les discours politiques ont su utiliser cette confusion des termes dans un amalgame douteux que nous dénonçons sans cesse.

Alors, que faire ? renoncer à ces distinctions sémantiques trop subtiles pour être prise en compte par une large majorité de l’opinion ? Reprendre la proposition d’un expert comme Jean Pierre Liégeois qui propose le mot composé de Rom/Tsigane ? ou plus simplement admettre que le qualificatif Rom (Homme en Romanes) s’applique à une large diversité de groupes humains présents à travers l’Europe et qui peuvent se reconnaître par des origines, une histoire, une culture, une langue, un mode de vie semblable ?

C’est ce qu’a proposé lors d’un congrès à Londres en 1972 un groupe de Roms venus de par le monde pour déclarer la naissance du « peuple rom », avec sa langue, son hymne et son drapeau. Cette initiative n’a pas eu alors le succès espéré et n’a pas recueilli l’adhésion des multiples composantes à travers l’Europe. Cependant à l’approche du 8 avril reconnue comme la 44ème journée internationale des Roms (Romano Dives) de multiples initiatives pour la reconnaissance de ce « peuple en devenir » démontrent que « la voix des Roms »commence à être entendue et reconnue en Europe mais aussi en France. A Marseille, le festival annuel Latcho Divano confirme depuis 8 ans la curiosité et l’intérêt grandissant de nos contemporains pour ce « peuple ». C’est aussi le cas à Paris et dans de nombreuses autres villes qui le 8 avril prochain vont rassembler, autour de la fête de la musique et de la danse, une foule nombreuse .

Sans arrière-pensée ni réticence, le 8 avril prenons part à la fête, échangeons nos expériences avec les Roms, les Tsiganes, Gitans, Manouches et autres Bohémiens pour le plaisir de chacun dans une joyeuse fraternité. A Rencontres Tsiganes, le débat est ouvert mais que chacun se rassure, le changement de dénomination n’est pas inscrit à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale !

Marseille, le 2 avril 2015
Alain FOUREST

Pièces jointes

Communauté, communautarisme : des mots piégés ? 5 février 2015

La communauté est un concept du droit qui désigne un groupe de personnes qui partagent en commun un certain nombre de valeurs de croyance, d’histoire ou de mode de vie. Reconnaître appartenir à une communauté, c’est en accepter librement, au moins en partie, les règles ; c’est partager avec ses membres des moments de solidarité, de joies et de peines ; c’est accepter, en cas de besoin de défendre collectivement les valeurs communes lorsqu’elles sont remisent en cause. De la communauté familiale ou villageoise plus ou moins élargie à la communauté nationale voir internationale sinon humaine, toutes les formes et les dimensions sont reconnues et perçues, en général comme un facteur positif permettant d’assurer le vivre ensemble.

Un glissement sémantique conduit trop fréquemment de la communauté au communautarisme. Ce dernier terme est critiqué pour son usage jugé tendancieux pouvant servir à légitimer un discours raciste : le « communautariste », c’est toujours l’autre, une figure pathologique composite pointée du doigt comme une sorte d’ennemi de la nation5 Le communautarisme est un terme polémique utilisé en France pour qualifier l’attitude ou, plus généralement, le mode de vie d’une communauté minoritaire devant lesquels les idéaux républicains, égalitaires et laïcs devraient s’effacer au nom d’un droit à la différence revendiqué par ces mêmes minorités.

Voilà des années que nous ne cessons de dénoncer cette dérive concernant les Roms/Tsiganes et plus spécialement les gens du voyage. Relayés par la presse et les médias, les services de police rendent compte d’actes de délinquance plus ou moins graves et utilisent régulièrement l’expression : « issus de la communauté des gens du voyage » pour désigner les éventuels acteurs de ces méfaits. Ils confortent ainsi aux yeux de l’opinion les stéréotypes les plus éculés sur le comportement supposé criminogène d’une communauté. Il y aurait donc deux catégories d’appartenances communautaires : les unes considérées comme compatibles avec les lois de la République et utile au maintien de la cohésion nationale, les autres atteintes de dérives sectaires et dangereuses pour l’unité nationale.

Cette approche simplificatrice relève d’une double erreur lorsqu’elle concerne la communauté des gens du voyage. Une rapide analyse en effet montre qu’il n’y pas une communauté de « gens du voyage » mais une grande diversité de groupes humains qui même s’ils partagent quelques valeurs ou histoire commune, revendiquent des comportements et une façon de vivre parfois forts éloignés. Même si certains d’entre eux ont, lors d’un Congrès à Londres en 1970 décidé d’un nom, d’une langue, d’un hymne et d’un drapeau commun, cette volonté unificatrice n’a pas trouvé, cinquante ans après, le succès attendu. De même une communauté établie suppose une organisation et une représentativité reconnue. La très grande diversité des groupes de Roms/Tsiganes rend illusoire en France mais aussi en Europe la recherche d’un interlocuteur unique. La tentative intéressante des institutions européennes de construire un Forum Européen des Roms demeure aujourd’hui encore modeste.

La France a adopté depuis un siècle une démarche parfaitement contradictoire avec les principes constitutionnels en adoptant des lois et règlements propres à cette supposée communauté, lui donnant un nom (Gens du voyage) et un statut qui pourraient enfermer ses membres dans une dérive communautaire par ailleurs condamnés. Tous ceux qui connaissent ces familles savent heureusement que, au-delà du droit à la reconnaissance d’une culture et d’une histoire propre, ces hommes et ces femmes acceptent sinon revendiquent des idéaux républicains et laïques du pays qui les accueille.

Dés lors, pour reprendre l’expression proposée par de Jean-Pierre Liégeois, il convient, lorsque l’on désigne les Roms/Tsiganes, d’adopter le pluriel en parlant des communautés dans leurs diversités et leur multiplicité à l’image d’une mosaïque ou encore d’un kaléidoscope. Ces « communautés », pour peu qu’elles soient acceptées dans leurs diversités et leurs richesses humaines et culturelles, constituent une part incontournable de notre avenir commun.

 

Alain FOUREST

Marseille, le 5 février 2015

L’anti-tsiganisme en France : un inquiétant symptôme 9 janvier 2015

Voilà 12 ans qu’avec obstination nous tentons d’alerter nos concitoyens sur un inquiétant phénomène qui se diffuse dans l’opinion bien au-delà du cercle heureusement encore restreint des racistes avérés. En septembre 2006 nous avons organisé au siège du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur un colloque pour présenter le rapport réalisé en 2005 par Lanna HOLLO à la demande du Centre Européen pour les Droits des Roms (ERRC). Ce rapport exhaustif (disponible au Centre de Ressources de Rencontres Tsiganes) portait sur le traitement des tsiganes, voyageurs et roms migrants en France, du point de vue des droits de l’Homme. « La majeure partie du territoire français semble inaccessible aux tsiganes et aux voyageurs, à l’exception de certaines zones insalubres, polluées et ghettoïsées, bien à l’abri du regard des autres résidents. De même, les quelques milliers de roms migrants se trouvant sur le territoire français sont soumis à des politiques inhumaines et Kafkaïennes dans le simple but de les inciter à quitter la France. Ils vivent dans des conditions sordides et indécentes et se voient régulièrement expulsés de leurs précaires camps et squats, déplacés vers la municipalité voisine ».

Ce rapport réalisé il y a 10 ans n’a pas eu hélas un grand succès de librairie et sa relecture montre que les conditions scandaleuses de séjour et d’accueil faites aux Roms et aux Tsiganes ont perduré et se sont souvent aggravées. Plus inquiétant encore, la relative banalisation des comportements et des propos ouvertement racistes ne semble pas émouvoir beaucoup de ceux qui se revendiquent respectueux des Droits de l’Homme. Face une telle dérive et devant l’inefficacité de nos alertes, il nous faut tenter de comprendre les raisons d’un tel échec.

Comme le soulignent à juste titre plusieurs chercheurs, la stigmatisation des responsables politiques, des élus, des médias et finalement d’une grande partie de l’opinion sur ‘la question Roms’ serait un leurre. La démarche adoptée consiste à faire porter à autrui la responsabilité des errements auxquels nous sommes confrontés. Cinq sujets d’actualité dominent nos débats : le chômage, les sans abris, la pauvreté, la décentralisation, l’Europe. Imaginons que sur chacun de ces sujets des politiques ambitieuses et efficaces soient mises en oeuvre pour y répondre. Alors, l’accès à un emploi, à un minimum de ressources et à un habitat décent auraient permis en répondant aux attentes de nos concitoyens le plus fragiles de faire aussi face aux besoins de quelques centaines de familles migrantes chassées de chez elles par la misère et la xénophobie. Mais comme nous le répète régulièrement le Préfet, comment proposer un logement à une famille de Roms alors que les listes d’attente ne cessent de croître ? Les derniers arrivés ferment la porte.

De même, si les gouvernements successifs n’avaient pas laissé aux seuls élus locaux la responsabilité de l’accueil des Roms et des Tsiganes et si la l’Union Européenne avait fait preuve de plus de perspicacité lors de l’entrée de ces nouveaux pays, il n’y aurait pas de problème Rom. Si la législation discriminatoire et anticonstitutionnelle appliquée aux gens du voyage était enfin supprimée et si leur mode d’habitat était reconnu, si le respect des droits pour tous, si, etc…

La politique du bouc émissaire sert ainsi facilement d’alibi et nous empêche d’affronter les questions sur l’avenir de notre société et sur notre capacité à vivre ensemble. A l’aube d’une nouvelle année, souhaitons que responsables et citoyens éclairés, chacun accepte de renoncer aux solutions de facilité consistant à rejeter sur d’autres nos erreurs d’analyse et de comportement.

Marseille le 6 janvier 2015
Alain FOUREST

Savoir, découvrir, comprendre 8 décembre 2014

logo-camp-des-milles Ces trois mots constituent le triptyque proposé par le Mémorial du Camp des Milles à Aix-en-Provence pour suivre le cheminement du musée d’histoire et de sciences de l’homme ouvert en 2012. Le Camp des Milles abrite en effet un important musée historique tourné vers l’Éducation et la Culture et propose un parcours de visite inédit pour apprendre notre passé : un repère citoyen pour aujourd’hui et pour demain.

Depuis plusieurs années déjà, Rencontres Tsiganes avait été associé au travail de mémoire animé par Alain CHOURAQUI, porteur de cet ambitieux projet et aujourd’hui président du Mémorial. A l’appui des nombreux témoignages et de l’histoire sombre de ce lieu qui a vu entre 1939 et 1942 transiter des milliers d’hommes de femmes et d’enfants juifs avant d’être déportés vers la solution finale, Alain CHOURAQUI a tenu à associer à ce projet la mémoire d’autres génocides, anciens ou plus récents, des Arméniens, des Tsiganes, des Rwandais. Les visiteurs sont ainsi appelés à mieux comprendre comment des fonctionnements humains peuvent aboutir à ces génocides et comment mieux les prévenir ou y résister.

Le génocide des Tsiganes trop longtemps oublié et parfois même nié, trouve ainsi une place dans ce parcours mémoriel. Si près de 500.000 d’entre eux ont trouvé la mort sous le régime nazi, la volonté d’extermination de ce peuple trouve son origine, dès les années trente, dans l’idéologie raciste qui se répand dans l’ensemble de l’Europe. Les Tsiganes considérés comme des asociaux sont regroupés dans de camps qui deviendront des camps de la mort. Cette sombre histoire est aujourd’hui remise en mémoire grâce aux travaux de nombreux chercheurs et historiens comme Henriette ASSEO (Les Tsiganes : une destinée européenne), Claire AUZIAS (Samudaripen, le génocide), Emmanuel FILHOL, Marie-Christine HUBERT (Les Tsiganes en France – Un sort à part 1939-1946). La France et la Région n’ont pas été épargnées par ce fléau et c’est le régime de Vichy qui en 1939 désigne les nomades comme de dangereux traîtres étrangers et les enferment dans des camps avant d’en envoyer dans l’enfer nazi. Près d’Arles, le camp de Saliers témoigne ainsi de cette période honteuse de notre histoire. Aujourd’hui l’association des fils et filles des internés du camp de Saliers mène une campagne active pour que perdure le souvenir de ces moments tragiques de notre histoire.

Le 27 novembre dernier, la Présidente de la Fédération Régionale des Centres Sociaux, Claudie LARRIEUX CLERC, a ouvert au Camp des Milles une journée sur le thème des luttes contre les discriminations et pour l’égalité. Plus d’une centaine de responsables bénévoles et permanents des Centres sociaux venus de toute la Région ont ainsi pu réfléchir sur le processus et les mécanismes de discrimination qui conduisent à des idéologies extrémistes et à leurs dérives. Après avoir été accueillis, le matin, par les responsables du Mémorial et une poignante visite du musée dans ses trois dimensions : Savoir, découvrir, comprendre, l’après-midi a été en partie consacrée à un thème d’actualité : de la discrimination à l’exclusion des Roms Tsiganes. Tour à tour Alain FOUREST au nom de Rencontres Tsiganes et l’anthropologue Marc BORDIGONI ont fait le rapprochement entre l’histoire évoquée dans le parcours du musée et les inquiétants symptômes qui apparaissent à nouveau aujourd’hui dans le rejet envers les Roms/Tsiganes. Un atelier animé par Caroline GODARD a permis d’approfondir les multiples discriminations dont sont l’objet chaque jour les familles roms dans la Région.
Alain CHOURAQUI a clos cette journée en rappelant la mission des centres sociaux auprès des citoyens dans ce travail d’alerte pour que l’histoire ne se renouvelle pas.

Ne rien faire, c’est laisser faire.
Que ferais-je demain si…. ?

Alain FOUREST
Marseille le 02-12-2014

 

 

 

Pièces jointes