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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Accès aux Droits

DROITS DES HABITANTS DE TERRAIN EN PROCÉDURE D’EXPULSION 9 juillet 2017

 

Note à l’initiative de plusieurs organisations, dont le collectif RomEurope, dont la LDH est membre

Cette note s’adresse à toutes les personnes qui, par leurs activités professionnelles (juristes associatifs, praticiens du droit, avocats, juges) ou militantes, s’intéressent aux procédures d’expulsion des habitants de terrains occupés sans titre.

La loi « relative à l’égalité et à la citoyenneté » du 27 janvier 2017 apporte quelques nouveautés dans ce domaine. En effet, le terme de « local d’habitation » est remplacé par celui de « lieu habité » dans plusieurs articles.

Cette nouvelle notion, voulue par les associations, implique d’une part que toutes les formes d’habitat (tentes, abris de fortune, cabanons,…) soient désormais reconnues par la loi et d’autre part que les personnes qui habitent sur les terrains sans titre, dans ce type d’habitat, bénéficient de protections supplémentaires avant d’être expulsées. Ces droits nouveaux sont présentés dans la partie 2 de la note. Afin de mieux les appréhender, il nous a semblé nécessaire de donner préalablement en 1ère partie le cadre juridique qui régit la procédure d’expulsion.

Nous espérons ainsi contribuer, modestement, à la défense des droits de ces habitants qui continuent à faire l’objet de décisions d’expulsion qui ne sont pas toujours conformes au droit international. Néanmoins, un changement de position du juge judiciaire se dessine, avec des décisions des tribunaux de grande instance ou des cours d’appel, qui s’enquièrent de la protection du droit à la vie privée et familiale et de la protection du domicile prévue à l’article 8 de la CEDH et en accord avec la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme ; position par ailleurs confirmée par la Cour de cassation.

 

Pièces jointes

Note-Droits-des-habitants-de-terrain-en-procédure-dexpulsion-2017 Télécharger

Les grands passages impossibles 9 juillet 2017

 

“BERRE-L’ÉTANG « Nuits de Berre » : des gens du voyage sur place“

 

“Les gens du voyage ont investi le Domaine de la Tour Dans la soirée de dimanche, un convoi de 200 à 250 caravanes a pris possession d’un terrain privé, à proximité du domaine de Tournon. Les gens du voyage ont annoncé être là jusqu’au 9 juillet.“

“Eguilles : gens du voyage installés illégalement, la préfecture réagit après une agression“

 

Comme chaque année, à la même époque, la presse locale fait, quasi chaque jour, des gros titres sur l’arrivée soudaine d‘importants groupes de caravanes qui viendraient perturber la “tranquillité des populations“. Ces titres accrocheurs et les photos et commentaires qui les suivent sont toujours largement accusateurs et le plus souvent partisans en reprenant des témoignages de voisins et des accusations des maires concernés.

 

Lors de la récente commission départementale des gens du voyage tenue à la préfecture de Bouches-du-Rhône le 28 juin dernier, ce dossier a une nouvelle fois fait l’objet d’échanges vigoureux.  Le pasteur Vermeche responsable national des évangélistes a, sur un ton mesuré, regretté l’absence de terrains d’accueil prévus par la loi du 2 juillet 2000 et montré comment les responsables des groupes de voyageurs tentaient, le plus souvent en vain, de prévenir les maires et d’éviter les conflits.  A nouveau le préfet a regretté une telle situation contraire à la loi sans proposer de solution. On a toutefois appris que, dans le département, une mission de médiation avait été confiée à une association. Le responsable a tenté d’expliquer son rôle mais a surtout montré son impuissance en mettant en cause l’attitude d’après lui souvent agressive des gens du voyage. Ces accusations contestées par le gens du voyage, ont démontré en séance l’inefficacité d’une telle mission. (Après recherche cette entreprise privée dénommée ACVG services crée il y a deux ans, a son siège à la Rochelle et vend des conseils et prestations aux collectivités locales. !!!.)   

 

Depuis le vote de la loi du 5 juillet 2000 nous n’avons cessé de dénoncer sans résultat cette situation et le refus des élus d’appliquer la loi de la République.  Les conflits qui en découlent renforcent auprès des habitants la crainte et plus souvent le rejet des voyageurs. Les médias mettent alors  de l’huile sur le feu.  Faudra-t-il attendre que cette sinistre “guerre de positions“ se termine par des affrontements violents pour qu’enfin l’Etat assume ses responsabilités ?

 

 

Pièces jointes

Expulsion de 200 personnes à bougainville. 9 juillet 2017

)

 

 

 COMMUNIQUE

 

Ce jeudi 6 juillet 2017, environ 200 personnes, dont la moitié d’enfants, seront remises à la rue après avoir trouvé refuge pendant 1 an et demi dans un bâtiment de la ville de Marseille. Aucune solution de relogement n’aura lieu. Les forces de police travailleront à empêcher toute réinstallation, plongeant les familles dans une situation d’errance contrainte et d’insécurité extrême.

A Marseille, 12 000 personnes vivent à la rue alors que de nombreux bâtiments publics restent inutilisés et 74 000 logements inoccupés.

 

Depuis février 2016 des familles ont trouvé refuge, suite aux expulsions de leurs précédents lieux de vie, dans un site inutilisé appartenant à la ville de Marseille. A moyen terme, ce site serait destiné à accueillir le transfert de l’Unité d’Hébergement d’Urgence. Ce site entrait donc avant l’heure dans ses nouvelles fonctions en offrant un toit à des familles à la rue.

 

Au fil des expulsions sur le territoire marseillais, le nombre de personnes habitant le site a grossi, pour atteindre jusqu’à 250 personnes. Extrême précarité, absence d’intervention des pouvoirs publics, accès aux services de première nécessité très réduits (eau, assainissement, électricité), intérêts économiques de certains habitants et d’entreprises locales profitant de l’opportunité ; le site s’est progressivement empli d’un amoncellement de déchets ménagers et transformé en décharge sauvage.

Les familles et habitants n’ont bénéficié d’aucun accompagnement vers le logement et l’insertion par les pouvoirs publics.

 

Ce jeudi 6 juillet 2017, la police viendra faire appliquer l’ordonnance de quitter les lieux. Ce sera de nouveau une errance sur le territoire marseillais en recherche de nouveaux lieux où s’abriter. La police veillera à empêcher toute nouvelle installation. Ces personnes seront pour la plupart expulsées à peine leurs maigres bagages posés et baladées de friches en trottoirs. De nouveau, les parcours de santé, de scolarité, d’insertion, d’emploi seront rompus.

 

Les associations et les collectifs demandent aux pouvoirs publics de respecter le droit inconditionnel à l’hébergement des personnes prévu par le CASF qui stipule qu’ « II appartient aux autorités de l’Etat de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. ».

 

Les associations et les collectifs demandent au Préfet Délégué pour l’Egalité des Chances et au Maire de Marseille, dans le cadre de leurs prérogatives et en attente de solutions pérennes, d’apporter des réponses transitoires telles que la réquisition des bâtiments publics inutilisés (ordonnance de 1945), ou encore la stabilisation temporaire de certains lieux de vie.

 

Les associations et les collectifs demandent que soient garantis la dignité et les droits fondamentaux des personnes.

 

Les associations et les collectifs appellent à un rassemblement, jeudi 6 juillet 2017 à 8h00, devant le lieu de vie, au 31 Boulevard Magallon 13015 Marseille (derrière le métro Bougainville).

 

 

Signataires :

Médecins du Monde, Fondation Abbé Pierre, JUST, CIMADE, ATD Quart Monde PACA, CCFD-TS, Pastorale des Migrants, LDH Marseille, Collectif Aixois pour les Droits et la Dignité des Roms, des Immigrés et des Sans-Papiers (CADDRIS), Collectif départemental Roms (Aubagne, Aix, Marignane, Gardanne), SAF (Syndicat des Avocats de France), Collectif des Délinquants Solidaires

 

 

 

Contacts Presse :

Laurie Bertrand

Coordinatrice technique Mission Bidonville Médecins du Monde

06 16 45 96 49

Mission.bidonville.marseille@medecinsdumonde.net

Pièces jointes

Le préfet fait état de son impuissance. 9 juillet 2017

 

C’est devant une vingtaine de fonctionnaires de l’Etat, une élue du conseil départemental et six représentants d’associations de voyageurs que s’est tenue le 28 juin 2017 la dernière réunion de la commission départementale des gens du voyage des Bouches du Rhône. On a, une fois de plus, noté l’absence des nombreux maires pourtant membres  de cette commission.

 

La présentation des articles de la loi “égalité et citoyenneté“ et les décrets d’application les plus récents ont fait l’objet d’une longue présentation par le service. En conséquence la composition de la commission va être revue et le schéma départemental d’accueil sera une nouvelle fois remis à plat. Le nouveau schéma est prévu pour être opérationnel au printemps 2019 !!!

 

On notera que le schéma d’origine a été modifié à de nombreuse reprises et qu’à ce jour, moins d’un quart des places prévues à l’origine est aujourd’hui ouvertes. Les maires de communes récalcitrantes peuvent se rassurer et continuer à défier la loi et poursuivre les gens du voyage de leur vindicte.

 

Les représentants associatifs ont alors, tour à tour, fait part de leurs désillusions et les multiples obstacles rencontrés dans le département pour faire respecter la loi. Ils estiment que, si le représentant de l’Etat dans le département ne met pas en œuvre les moyens dont il dispose pour faire respecter la loi, les nouvelles mesures législatives et réglementaires présentées n’auront aucun effet. La réalisation d’une nouvelle étude des besoins est inutile et coûteuse de même qu’un nouveau schéma s’il n’est pas appliqué.

Malgré la présentation de cas flagrants de discrimination des droits des gens du voyage le préfet n’a pu apporter, une fois de plus aucune réponse concrète.

 

 

 

 

Pour ma part, j’ai exprimé devant la commission, le point de l’association Rencontres Tsiganes dont on lira le texte ci-dessous.

 

Monsieur le Préfet, mesdames et messieurs

 

 

Mandaté par l’association Rencontres Tsiganes en Provence-Alpes-Côte-d’Azur j’ai pris part depuis l’origine, le 7 novembre 2001, à toutes les réunions de cette commission et j’en détiens tous les procès-verbaux. J’ai, à de nombreuses occasions et dans d’autres cénacles, tenté de faire entendre la voix des gens du voyage. Ceci me permet, vous le comprendrez, de dresser devant vous et les institutions que vous représentez, un bilan de ces 16 années d’activités. 

 

Concernant l’accès aux droits des gens du voyage, si, à l’échelle nationale, nous avons pu constater de réelles avancées qui conduisent à la reconnaissance de la citoyenneté pleine et entière des gens du voyage et aux évolutions législatives et réglementaires qui font l’objets de l’ordre du jour de cette réunion, force est de constater que, dans le département de Bouches -du-Rhône, les droits des gens du voyage et leurs conditions de vie se sont  sérieusement dégradées durant les dernières années.

 

Sans revenir sur les multiples rapports, interventions et démarches que nous avons entrepris pour que, au minimum, la législation soit respectée dans ce département, Je me contenterai, aujourd’hui, d’attirer votre attention à titre d’exemple sur trois les trois dossiers suivants :

 

 1°L’aire d’accueil de Saint Menet à Marseille 

Cette aire d’accueil controversée a été fermée pour travaux urgents en février dernier, n’est toujours pas ré-ouverte et les travaux ne sont pas achevés. A ce jour il n’y a pas d’aire d’accueil à Marseille alors que le schéma en prévoyait deux à l’origine. Où vont les voyageurs ? Pour la plus grande, partie ils stationnent de manière irrégulière un peu partout en fonction de la proximité des écoles et de leurs activités. Des familles séjournant, faute de mieux, sur un terrain privé à la Penne-sur-Huveaune sont convoquées au TGI de Marseille en référé le 5 juillet prochain. Qui est responsable ? va défendre leurs droits ? 

 

2°Terrain de l’Anjoly à Vitrolles. 

Après de multiples incidents plus ou moins graves depuis un an, aucune perspective sérieuse n’’est proposée à ce jour à la trentaine de familles installées depuis parfois plus de dix ans sur ce terrain appartenant à la commune. Le risque d’incidents et de conflits plus ou moins violents s’accroit de jour en jour.  Un article de de presse relatant la propreté des rues à Marseille a mis en avant une photo prise à Vitrolles le 27 février à proximité du terrain des voyageurs, sans mentionner que le stock de déchets était dû au refus de l’entreprise de nettoiement d’intervenir sur le site.

 

Chemin des Vaneu à Cabriès Calas

Une vingtaine de familles sont installées parfois depuis plusieurs années sur des parcelles dont elles sont propriétaires. La plupart d’entre-elles disposent de branchements électriques définitifs de la part d’ENEDIS. Cinq familles ont reçu un courrier d’ENEDIS leur annonçant que leur contrat prendrait fin dans les prochains jours.  Rappelons qu’une telle décision est illégale et qu’elle a fait l’objet depuis de nombreuses années de décisions judiciaires condamnant ENEDIS à maintenir la fourniture de courant. Nous souhaitons très vivement avoir une réponse au courrier concernant cette question envoyée à Monsieur le Préfet en date du 12 janvier dernier et restée à ce jour sans réponse. 

 

 

Je conclurai cette dernière intervention en souhaitant vivement que ceux qui auront la charge, dans une commission départementale élargie avec de nouvelles compétences et de nouveaux moyens, prennent la mesure du chemin qui reste à accomplir pour, que dans ce département, les discriminations et les refus de droits dont sont victimes une partie de nos concitoyens soient enfin abolis.

 

Marseille le 28 juin 2017

 

Alain FOUREST 

 

 

 

Les enjeux d’une élection 24 avril 2017

La campagne électorale qui s’achèvera le 7 mai prochain (ouf !) a en partie laissé dans l’ombre les sujets qui depuis de longues années nous mobilisent pour qu’en France les droits des minorités et tout spécialement ceux de la communauté des Roms/Tsiganes soient reconnus et respectés. Avec d’autres, nous avons pu constater depuis quelques mois des avancées significatives sur le plan législatif (vote de la loi Egalité et Citoyenneté le 28 janvier 2017). Ces progrès doivent cependant trouver leurs traductions concrètes dans la vie de tous les jours et dans la reconnaissance effective de l’égalité de ces droits.

A l’évidence, comme le montrent les évènements qui nous ont mobilisés ces dernières semaines (Conflits avec ERDF, expulsions des bidonvilles à Marseille etc…) on est loin du compte. Ce n’est donc pas le moment de baisser les bras. Le rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme est là pour nous rappeler que le racisme est encore largement répandu dans la société et dans tous les milieux et qu’il ne suffira pas d’une loi pour l’éradiquer.

Les propos et les slogans xénophobes ou racistes entendus au court de cette trop longue campagne sont là pour nous faire craindre que le retour aux pires moments de l’histoire   demeure possible.  L’exposition des tableaux de l’artiste Rom autrichienne CEIJA STOJKA à la Friche de la Belle de Mai à Marseille nous oblige à ne pas négliger cette barbarie que l’on pensait d’un autre âge.

Quelles que soient nos désillusions sur le système politique qui nous est proposé, il faut éviter le pire et poursuivre avec ténacité le combat pour l’égalité des droits ou s’opposant à toutes formes de discrimination d’où qu’elles viennent, ethniques, culturelles, sociales, religieuses. Notre bulletin de vote  à encore un sens.

Marseille le 24 avril  2017

Alain FOUREST

PS ci-joint le bon conseil qu’un  ami donne aux hésitants: sourions un peu  !!!

Ami frontiste, n’oublie pas de dessiner un cœur sur le bulletin de Marine avant de le glisser dans l’urne pour lui prouver ton amour ! C’est très important ! Merci pour elle ! Bisous !

Pièces jointes

Un important avis de la CNCDH 24 avril 2017

Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (Extraits)
Situation des « gens du voyage » et des roms migrants

Les questions relatives aux « gens du voyage

CNCDH gens du voyage

 

30/03/17 – Rapporteur national indépendant sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, la CNCDH rend chaque année un rapport dans lequel elle dresse un état de lieux du racisme sous toutes ses formes et des moyens de lutte mis en œuvre par les Institutions de la République et la société civile.

Pièces jointes

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ERDF (ENEDIS) encore à la faute 23 avril 2017

ERDF Cabannes communiqué    Une fois de plus  ERDF (ENEDIS) se met dans l’illégalité et menace de couper l’alimentation électrique à une famille . Installée depuis quelques mois sur un terrain à CABANNES dans les Bouches du Rhône , cette famille de circassien est l’objet de nombreuses menaces de  la part du maire et d’un voisin qui dénonce la présence de caravanes en face  de chez qui, selon ses dires  dévalorise son patrimoine.

Malgré un courrier au maire et diverses interventions auprès d’ERDF et de la Préfecture  expliquant l’illégalité d’une telle décision ERDF  confirmait que le courant allait être coupé le mardi 18 avril.

Après avoir  diffusé un communiqué  nous nous  sommes retrouvez sur le terrain avec des voisins auprès de la  famille et nous avons empêcher (sans violence mais avec fermeté) les agents ERDF d’intervenir pour répondre aux injonctions du maire.

 

UN agent d’ERDF aurait fait savoir à la famille  que le courant ne serait pas coupé .

 

Tant mieux s’il en est ainsi mais il est une fois de plus regrettable qu’il faille employer de tels moyens pour que la loi soit enfin respectée  .  Affaire çà suivre !!!!!!!

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“A bras ouverts”, esprit fermé – une œuvre inacceptable !!!! 6 avril 2017

Un film qui entraîne de nécessaires  réactions: A LIRE

Communiqué de la CNCDH Romeurope

Paris, le 5 avril 2017

Comme beaucoup de spectateurs, nous sommes atterrés par l’image des personnes dites Roms que renvoie le film A bras ouverts. Empilement de clichés racistes et de préjugés stigmatisants, ce film est un miroir du traitement particulier dont les Roms sont l’objet en France.

Certes le film se veut une comédie et une caricature, mais son auteur ainsi que son acteur principal auront beau se réfugier derrière leur ambition de moquer les « bobos de la gauche caviar », il n’en demeure pas moins qu’il entretient les pires stéréotypes qui alimentent très concrètement le traitement indigne dont sont victimes les personnes Roms.

Le 30 mars dernier, la Commission nationale Consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a publié un rapport annuel sur le racisme confirmant que les Roms restent en tête du box-office des personnes les plus rejetées en France. Concrètement, ce sont des refus aux guichets pour ouvrir des droits, des jets de cocktails molotov dans des bidonvilles de personnes identifiées comme Roms, des morts suite à des incendies de leur habitat précaire, des expulsions à répétition sans solution de relogement, des propos haineux envers les Roms

Nous aimerions bien pouvoir rire, mais la situation ne s’y prête absolument pas. Les personnes Roms avec lesquelles les membres du CNDH Romeurope luttent au quotidien vivent en France dans une situation d’extrême précarité, en bidonville, en squats ou à la rue. La mise au ban de la société de ces migrants précaires d’Europe de l’Est est entretenue par des politiques publiques basées sur la destruction à haute fréquence des bidonvilles où ces personnes s’installent. Ces politiques contribuent à l’ancrage dans une misère de plus en plus profonde d’enfants, de femmes et d’hommes qui sont présents en France pour certains depuis de nombreuses années.  Il est toutefois important de rappeler que nombre de Roms en France ne vivent ni dans la pauvreté, ni dans des bidonvilles. « Les Roms » sont pourtant systématiquement associés dans le débat public à un groupe homogène formé de personnes incapables de sortir de la précarité.

Le CNDH Romeurope considère qu’il est urgent de changer de regard, de réaffirmer l’égalité et la fraternité entre tous, ce que ce film ne permet pas.

Spartacus Ursu, membre de l’association la Voix des Roms, réagit à la sortie du film de Philippe de Chauveron.

Né il y a 19 ans en Roumanie, Spartacus Ursu s’est installé en France à 7 ans. Il a vécu dans des bidonvilles jusqu’à ses 13 ans, avant d’être accueilli avec sa famille dans un squat, puis chez un couple. Son histoire a fait l’objet d’un documentaire, «Spartacus et Cassandra», sorti en 2012.

 

Membre de l’association la Voix des Roms, le jeune homme a vu «A bras ouverts». «Le film empile les clichés. Beaucoup de ce qu’il montre est faux : ni poules ni cochons dans les campements, on ne mange ni hérissons ni taupes. Le film rit de situations que les Roms subissent. Si les enfants ne vont pas à l’école, c’est parce que les campements sont régulièrement évacués. Et la violence est liée à la pauvreté.»

 

VIDEO. La critique cinglante du film « A bras ouverts » par un jeune Rom

 

«C’est aussi ce qui explique que certains Roms vivent de la mendicité. J’ai fait la manche de 7 à 17 ans et j’en avais honte, mais il fallait bien manger […] On peut rire de tout, à condition de savoir de quoi on parle. Nous sommes déjà rejetés par la société. Il ne manquait plus pour nous détruire qu’un film qui nous présente comme des sauvages.»

Le Parisien

 

«À bras ouverts» n’est pas seulement un mauvais film, c’est une œuvre inacceptable

Hendy Bicaise — 26.03.2017 – 16 h 22, mis à jour le 27.03.2017 à 9 h 30

Dans les salles le 5 avril prochain, la nouvelle comédie de Philippe De Chauveron avec Christian Clavier reproduira-t-elle le succès de leur précédente collaboration («Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?», 12 millions d’entrées en 2012). S’appuyant sur une représentation abjecte de la communauté Rom, on ne pourrait que le déplorer. Sous ses atours de comédie populaire et enjouée, le film est un objet dangereux qu’il convient de combattre.

 

La famille Rom d’À bras ouverts.

AVERTISSEMENT: Cet article spoile une grande partie du film À bras ouverts, mais un tel développement nous est paru nécessaire pour mieux juger des ressorts nauséabonds du film.

C’était le 6 mars dernier, lors d’une avant-première publique du film à Lille, le scénariste et réalisateur Philippe De Chauveron s’adresse aux spectateurs avant qu’ils ne découvrent À bras ouverts. On lui demande ce que cela fait de le présenter enfin quand il a tant fait parler en amont sur internet.
Sans doute la question porte-t-elle sur un «bon buzz» plutôt qu’un «mauvais buzz», reste que De Chauveron se défend: «Je ne fais pas attention aux polémiques», avant d’ajouter quelque chose qu’il n’aurait sans doute pas pensé préciser en préambule de la projection: «Nous avons essayé de rendre les Roms sympathiques». «Essayé» seulement? Et de les «rendre» sympathiques, vous dîtes? Autrement dit, en réalité, ils ne le seraient pas vraiment? Allez, on taquine… Cessons le procès d’intention, le film parlera de lui-même, se dit-on. Verdict quatre-vingt dix minutes plus tard: À bras ouverts ne rattrape pas ces propos maladroits, il fait même pire, infiniment pire.

Aïe? Ouais, ouais…

 

Pourtant, ça commence en douceur: la première attaque n’est même pas formulée à l’encontre d’un groupe ethnique ou d’une catégorie sociale, elle se porte sur les aficionados de l’art contemporain. Une cible facile et privilégiée de longue date par la comédie française, même dans ses productions les plus nobles. En 1995, Les trois frères aident ainsi à populariser et ridiculiser à la fois Braque et Vaserely (Les Inconnus remportent le César du meilleur premier film).
En 2011, Intouchables réduit un tableau abstrait à l’erreur d’un artiste qui a juste pissé le sang sur la toile (le film totalise 9 nominations aux César). C’est toujours la même rengaine avec l’art contemporain: «Attends, je peux le faire ça, moi aussi», «Le gars, il a pas fait exprès…», etc.. Ici, la première réplique voit ainsi Daphné Fougerole (Elsa Zylberstein) présenter sa dernière œuvre à son mari Jean-Etienne (Christian Clavier), précisant s’être inspiré de l’exposition Monumenta… d’Ai Weiwei.

Or, l’artiste chinois n’a jamais participé à l’événement du Grand Palais. Ça a l’air d’un détail mais ce n’en est pas un, c’est la preuve tangible d’un mépris pour ce milieu artistique, pour ceux qui l’alimentent et ceux qui l’affectionnent. Alors, peut-être De Chauveron se moque-t-il de la méconnaissance de Daphné? Il serait généreux de donner un tel crédit à un film qui s’amusera plus tard à comparer une œuvre conceptuelle à un empilement hasardeux de poubelles.

Passer notre Rom à la machine

En l’occurrence, celui qui s’autorise cette comparaison, le faisant sans penser à mal, c’est Babik, le «chef» d’une famille Rom que les Fougerole hébergent dans leur jardin. À bras ouverts débute par un débat télévisé durant lequel, acculé par son interlocuteur d’extrême droite, l’intellectuel de gauche Fougerole cherche à joindre l’acte à ses belles paroles et annonce que sa maison est désormais ouverte pour toute famille Rom dans le besoin. Avant de revenir plus bas sur la caricature du «gauchiste», il faut s’attarder, longuement, sur la représentation de cette famille, car c’est de ce point de vue que À bras ouverts va rapidement devenir irrécupérable.

À LIRE AUSSI

Le blackwashing n’existe pas

Première raison de faire la moue: le choix d’Ary Abittan pour incarner un Rom, l’acteur lui-même ne l’étant pas. Le type de «washing» dont il s’agit reste à définir, mais c’est forcément une maladresse. Seulement, on re-tique derechef quand on découvre que le majordome des Fougerole, l’indien Ravi, est joué en réalité par un certain Armen Georgian. Là, white washing il y a, mais ce à quoi on ne s’attendait pas, c’était de découvrir que le comédien est plus régulièrement connu en tant que «journaliste diplomatique» sur France 24. Un choix curieux, pas seulement parce qu’il ne se hisse pas au niveau de drôlerie de Peter Sellers dans La Party, prestation aussi ayant pour elle d’avoir bientôt un demi-siècle, mais parce que l’on aurait supposé que cette personne que l’on a notamment pu voir s’exprimer sur sa chaîne à propos du génocide arménien aurait eu des scrupules à tourner dans un film qui humilie ouvertement le peuple Rom (eux-mêmes originaires du nord de l’Inde à l’origine, d’ailleurs).

Car le problème est bien là: on pourra parler de caricature, de satire ou de second degré pour légitimer le traitement infligé aux personnages roms, mais les dégâts causés n’en sont pas moins considérables, et ce pour au moins trois raisons:

1/ renforcer l’image déjà négative d’une communauté dans l’esprit des gens n’est jamais souhaitable, même sous l’égide de la comédie…

2/ …probablement moins que jamais quand le distributeur cale la sortie du film à trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle…

3/ …et peut-être moins encore dans le cas de la communauté rom que d’autres puisqu’elle est déjà largement stigmatisée et jugée indésirable dans de nombreux pays de l’Union européenne.

Les dix dénigrements

 

Alors maintenant, prenons le temps nécessaire pour répertorier autant que la mémoire du spectateur le permet l’ensemble des attaques perpétrées à l’encontre de la communauté rom dans le film. La comédie a bon dos, vous n’allez pas être déçus du voyage.

  • 1/ La famille de Babik est laide et sale. Apparences physiques, vêtements, dentition… Ils sont manifestement censés provoquer le rejet. Le pompon revenant au cousin Crouch, mentalement déficient, au visage disgracieux et… qui assomme des hérissons et les dévore crus. Ce serait déjà grossier mais pas encore choquant si De Chauveron ne souhaitait pas ensuite imaginer que l’ensemble de la famille se régale quotidiennement avec les trouvailles de Crouch!
  • 2/ Famille qui, d’ailleurs, contrairement aux Fougerole n’a pas même de patronyme… À quoi bon, n’est-ce pas?
  • 3/ Toujours concernant le physique, Daphné et une amie commentent celui d’Erwan, l’un des membres de la famille de Babik, alors qu’il passe la tondeuse dans la jardin. Elles s’étonnent: «Le Rom est plus trapu et velu normalement, non?» Malgré l’inélégance et la xénophobie intrinsèque à la réflexion, il y avait ici moyen de tordre le coup aux clichés. Or, Erwan étant en réalité un caucasien français intégré incognito aux roms hébergés par les Fougerole, étant plus grand et plus athlétique que les Roms autour de lui, ceci atteste de l’affirmation première de Daphné sur leur physionomie peu avantageuse.
  • 4/ Un «running gag» consiste aussi à se moquer de la façon dont les Roms s’expriment pour demander de l’argent dans la rue: «Sivouplééé!». C’est vrai après tout, c’est tordant la mendicité… L’expression donnait même son titre au projet il y a quelques mois, heureusement changé depuis.
  • 5/ On les voit mendier, mais aussi voler et manipuler les quidams (le fameux coup du faux handicap que le réalisateur reconduit sans vergogne), ou encore faire preuve d’une grande intelligence quand Babik utilise le roman de Fougerole comme papier toilette (et non, ce n’est pas un acte politique).
  • 6/ Ce chef de famille gagne malgré tout notre sympathie pendant les deux-tiers du film, puis De Chauveron prendra les quelques décisions nécessaires vers la fin pour le rendre détestable: Babik devient plus violent, il impose aux femmes de se taire quand les hommes parlent, et va même chercher à vérifier l’hymen de sa fille pour savoir si elle a oui ou non perdu sa virginité avec Lionel, le fils Fougerole.
  • 7/ Aux yeux de spectateurs déjà échaudés, ce mode de pensée jugé archaïque s’exprimera aussi par la demande de Babik que Lionel devienne lui-même rom s’il veut épouser sa fille Lulughia; soit le cauchemar de bien des Français que d’imaginer que les minorités refusent l’intégration au point de leur demander à eux de se conformer à leur mode de vie et/ou leur religion.
  • 8/ Vers la fin du film, lorsque l’on croise d’autres personnages que les «Babik», une poignée de Roumains possiblement Roms mais pas forcément, De Chauveron en cadre un obèse ronfleur mal habillé et un autre plus mince et discret mais qui se balade néanmoins dans un TGV avec une poule sous le bras… car il aurait été tout de même dommage d’imaginer que l’un d’eux puisse lire un roman ou porter le costard.
  • 9/ Filtre ainsi petit à petit l’idée que les Roms sont des sous-hommes. Le coup du PQ littéraire et des hérissons au dîner induisent déjà cela, en plus du fait que Ravi le majordome parle péjorativement de «zoo» pour qualifier le jardin des Fougerole depuis leur arrivée. Mais Philippe De Chauveron est capable de pire. Il faut voir ce plan ignoble sur la main de Babik la première fois qu’il sonne chez Fougerole, lente et squelettique comme celle d’un vampire.

– Il est montré comme un vampire… Oui, oui. Ce plan + l’idée qu’il doit être invité chez vous pour mieux vous nuire. #ABrasOuverts pic.twitter.com/da4ud1ntv1

— Hendy Bicaise (@hendicaise) March 16, 2017
De quoi convoquer un pan célèbre de la mythologie de la créature: l’idée qu’elle doive impérativement avoir été invitée par l’hôte pour avoir le droit de passer le pas de sa porte. Et en l’occurrence, Jean-Etienne Fougerole a bien invité les «Babik», il ne pourra dès lors pas se plaindre s’il se fait saigner à blanc.

  • 10/ Viendra ensuite la grande scène finale… Dans la plupart des comédies françaises jouant sur le choc des cultures, l’épilogue se veut une grande fête où les anciens ennemis devenu amis s’amusent ensemble, alors que le générique s’apprête à défiler. Devant tant de malaise et d’abjection, on était prêt à accueillir chaleureusement ce lieu commun naïf et hypocrite du genre. Seulement surprise, si fête il y a, en l’occurrence le mariage de Lionel et de Lulughia en Roumanie, le sourire vire à la grimace pour Fougerole qui réalise que la famille de Babik va rester dans sa vie pour toujours…

Le Rom, ennemi commun

 

Face à À bras ouverts, on en viendrait presque à regretter Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, le précédent De Chauveron, qui reposait sur un comique de vannes, rebonds d’une communauté à l’autre, toutefois nuisible dans sa façon de marteler et entériner les stéréotypes. Son excuse pouvait être de taper équitablement sur tout le monde façon South Park (qui est passé à autre chose depuis une quinzaine d’années), mais une hiérarchie existait en réalité: quand l’un des gendres du personnage incarné par Christina Clavier imagine pour plaisanter que s’il avait eu une cinquième fille, elle aurait épouser un Rom… tout le monde se marre.
De même que Rien à déclarer (Dany Boon, 2010) permettait aux Belges et Français de dépasser leurs discordes en trouvant un nouvel ennemi commun, le Chinois. Ici, c’est le Rom qui permet de trouver un terrain d’entente, dans la haine de l’autre donc. Le gag de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? est devenu un film entier, avec un ennemi unique désigné, dont on pourra cette fois «rire de» plutôt que «rire avec» puisqu’il est probable qu’une majorité de roms vivant en France ne dépensent pas leur argent pour se faire humilier sur grand écran ce printemps.

L’idée n’est donc pas d’aller draguer les spectateurs de la communauté vivant en France, comme ce fut le cas de celle portugaise avec La Cage dorée (Ruben Alves, 2013), ou de se réjouir qu’ils se rendent dans les salles même si ce n’était pas calculé (on pense en particulier aux Hmongs, petit boost surprise de Gran Torino de Clint Eastwood en 2008).
Dans le cas de À bras ouverts, la moquerie semble donc se faire dans le dos des roms. Le portrait est de surcroit tellement rabaissant qu’il invite même à la comparaison entre le film et Les visiteurs. Seulement, tant que le voyage dans le temps n’existera pas et ne fera pas de nos ancêtres nos contemporains, on pourra se permettre de se moquer d’eux…

@hendicaise on dirait Les Visiteurs (Avec des Roms à la place des Moyennageux)

— Victor Saint Macary (@victorsaintmac) March 17, 2017

«On est chez nous!»

Alors que, dans le cas présent des Roms, franchir une frontière non pas temporelle mais spatiale pour mieux humilier ses voisins, faire fi des persécutions qu’ils subissent, se désintéresser complètement de leurs us et coutumes (ah si pardon, j’oubliais le civet de hérissons…) et se concentrer uniquement sur les clichés les plus odieux, ça, c’est inacceptable. Et le plus révoltant, c’est ce que l’on ne parviendra pas même à dire avec assurance que «l’enfer est pavé de bonnes intentions» à l’endroit de Philippe De Chauveron.

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En 2016, la comédie française a encore rimé avec malaise

La question doit néanmoins se poser, comme toujours. Prenons l’exemple de Just the wind (Benedek Fliegauf, 2012), film autrement moins léger que À bras ouverts, revenant sur le meurtre d’une famille entière de roms en Hongrie en 2009. Un carton au début du film dénonce l’injustice, et sert dès lors de parade pour le réalisateur, puisque sur le papier ses intentions sont dès lors officiellement bonnes. Or, par sa mise en scène, Fliegauf montre par la suite les personnages comme vils, répugnants, fainéants voire responsables de leurs supplice (c’est l’un d’entre eux qui provoque gratuitement la seule bagarre du film), et ne les filmera dignement que dans la mort.
Et bien chez Philippe De Chauveron, c’est la même chose, ce sont finalement des décisions esthétiques et narratives qui expriment ce que la seule comédie ne pensait pas dire. C’est là que se pose la traditionnelle question de la distinction entre le discours des personnages et celui du film. Lorsque Daphné hurle «On est chez nous!», il est possible que De Chauveron se moque seulement des relents estampillés FN de quelqu’un se réclamant de gauche. Il va pourtant apposer son propre discours sur celui des personnages.

Le réalisateur met en place une sorte de système faisant que les dires de ses personnages de gauche faussement progressistes se révèlent presque systématiquement contredits par l’image. Un exemple: Fougerole cherche à convaincre le maire de sa ville que les Roms sont victimes de clichés infamants, cut, plan suivant, la mère bien portante de Babik tient en laisse un énorme cochon, partant en promenade. Second exemple: Fougerole est sur son lit devant la télévision et insulte bassement l’élu d’extrême droite à l’écran, ceci déclenche automatiquement l’arrivée des «Babik» à l’intérieur de sa maison, souhaitant utiliser ses toilettes, sous-entendu et gag attendu: le début des emmerdes.

Fougerole est en quelques sortes puni, le cut et le champ-contrechamp font le travail: à peine a-t-il reproché à demi-mot le racisme de son ennemi politique que le film lui donne tort, c’est bien le politique d’extrême droite qui a raison, celui qui sait mieux que Fougerole que les Roms, ces vampires, ne risquent pas de s’arrêter au seuil du foyer. On n’est plus chez nous…

À droite toute!

Le plus gênant dans À bras ouverts, c’est bien cela, c’est qu’il donne systématiquement raison au personnage d’extrême droite. L’élu s’appelle Barzach, ce qui sonne un peu comme Forbach, fief de Florent Philippot, mais peut-être n’est-ce qu’un hasard. Il faut aussi dire qu’il est jeune, et qu’il est homosexuel, mais là encore, possible qu’il ne s’agisse que d’une coïncidence de caractérisation plutôt qu’une inspiration. Que ce soit le cas ou non, il y a là une volonté de rajeunir et de revaloriser l’image historiquement étriquée de l’extrême droite française, a contrario de la gauche incarnée par Fougerole, profondément ridiculisée. L’homme est plus vieux, moins séduisant, libidineux et maladroit, et plus que tout, c’est un menteur.

Et cela, Philippe De Chauveron ne l’indique non pas uniquement au détour de cuts assassins mais de façon plus diffuse. On le comprend quand Barzach nous dit que Fougerole accueille avec une feinte générosité les «Babik» pour mieux «vendre sa soupe», et que cela s’avère, puisqu’effectivement l’intellectuel pense aux ventes de son dernier essai en premier lieu. Idem quand Barzach nous dit qu’il est «démago», l’attitude de Fougerole dans le film tendra à le prouver de plus en plus clairement au fil du récit.

Si l’on peut arguer que la pensée politique d’extrême droite est bel et bien différente des autres, plus nocive et nauséabonde, certains spectateurs jugeront acceptable et même bienvenu qu’un parti nationaliste ait voix au chapitre au travers d’un film, «pour une fois». Ils peuvent le penser, mais on peut aussi estimer qu’il en va de la responsabilité des producteurs et distributeurs, et surtout avec un «timing» ostensiblement seyant, de ne pas livrer aux spectateurs des comédies aux discours rances et à ce point hostiles aux minorités, faisant le lit de l’extrême droite.

En début d’année, Si j’étais un homme d’Audrey Dana a déjà été accusé de transphobie, depuis quelques semaines Gangsterdam a lui été accusé d’homophobie, de misogynie et de prôner la culture du viol (sortie le 29 mars).

Donc dans le film Gangsterdam, qui sortira à la fin du mois avec son avalanche de promo, il y a beaucoup de scènes vraiment pas terribles.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Mais surtout, il y a une scène particulièrement choquante.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Pour résumer, 4 potes gentils arrivent à coincer et à maîtriser 2 potes méchants. Jusque-là, tout va bien.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Celui-ci suggère, plutôt que de les tuer, des les humilier. Et pas n’importe comment.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Regards en coin, les gentils s’interrogent… Finalement, ils acceptent. Après micro-réflexion collective de 4 secondes.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Et tout le monde en rigole. Les gentils, évidemment, mais aussi les premiers concernés.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Bienvenue dans le monde merveilleux de scénaristes qui ne se rendent même pas compte de ce qu’ils sont en train de faire.

— Pablo Maillé (@PabloMaille) March 14, 2017

Avec sa représentation proprement inacceptable de la communauté rom, À bras ouverts s’ajoute à ce corpus et invite, plus encore qu’à souhaiter son insuccès, à espérer un éveil moral des décideurs au-delà même des auteurs et connaître au plus tôt une nouvelle mue de la comédie française.

 

Lettres ouvertes à Monsieur le Préfet à l’Egalité des Chances 28 mars 2017

Dernières informations

Après avoir reçu l’assurance du préfet que les familles vivant dans le bidonville de l’avenue Capitaine Gèze ne seraient pas expulsées , au même instant deux autres expulsions par les forces de l’ordre en présence du maire  d’arrondissement Monsieur RAVIER  avaient lieu .

Ces évènements qui ont conduit une nouvelle fois des familles et des enfants à la  rue montrent l’incohérence  de cette politique inhumaine et la manière pour le moins curieuse  avec laquelle les représentants de l’Etat conçoivent les relations avec les mouvements associatifs

 

Marseille le 11 avril  2017

Monsieur le Préfet

 

C’est avec consternation que nous avons appris ce matin l’expulsion du bidonville de la Rose dans des conditions qui nous ont conduits à modifier radicalement les positions présentées aux journalistes au cours de notre conférence de presse.

Alors que nous nous étions préparés à souligner les perspectives ouvertes par l’évolution de votre position sur le Boulevard Capitaine Geze, alors que nous allions signifier que dans cette affaire, par cette décision, vous aviez posé un acte fondateur pour une meilleure collaboration entre nous qui ouvrait la voie à des réalisations conséquentes,

c’est la colère qui est revenue, avec plus de vigueur encore chez certains.

Car dans le mouvement associatif que nous représentons on ne comprend plus. Nous étions d’accord pour reconnaître que le bidonville de La Rose présentait des caractéristiques de dangerosité qui pouvaient amener à des décisions difficiles. Cela méritait que nous en parlions et que nous recherchions ensemble des solutions véritables.

De là à accorder le concours de la force publique pour, sans sommation, aller détruire les habitats des occupants, et les jeter à la rue sans aucun ménagement, il y a un pas que nous ne pensions pas voir franchi. Nous pensions, cela allait de soi, que vous nous donneriez une échéance, que nous en parlerions. L’inversion de calendrier entre Flégier et La Rose ne signifiait pas action brutale et immédiate, sans concertation, sur la nouvelle cible.

Consternant !

Notre regroupement poursuit son élargissement mais nous ne perdons pas de vue que notre objectif reste de construire avec vous et les collectivités territoriales parce que sans nous, vous ne réussirez jamais à répondre correctement aux exigences de l’intérêt général. Sans vous notre engagement perd l’essentiel de son sens. Nous ne pouvons qu’œuvrer ensemble.

Mais pas comme ça !

Nous poursuivons donc notre organisation dans ce contexte désespérant, qui n’est pas propre, nous le savons à notre département. C’est clair ! En période électorale la politique d’Etat impose encore plus ses exigences.

Voilà notre réaction aujourd’hui !

Y a-t-il eu des incompréhensions entre nous ? C’est possible, rien cependant de notre point de vue ne saurait en tout cas justifier ce qui s’est passé ce matin à La Rose.

Au vu de la situation nous sollicitons une nouvelle fois un rendez-vous. Il faut que nous nous expliquions, que nous prenions le temps de nous comprendre.

Signature des associations

 

 

 

 

Marseille le 27 mars 2017

à Monsieur le Préfet, délégué à l’égalité des chances
Nous avons été informés de l’imminence de l’expulsion avec le concours de la force publique des bidonvilles du boulevard Capitaine Gèze et de la rue Flégier.
Suite à cette nouvelle, les organisations signataires vous expriment leur colère et leur stupeur face à l’absence de concertation préalable comme nous en avons l’habitude dans le cadre du Comité de suivi des campements.
Pour ce qui les concerne, les collectifs Roms du département sont obligés de constater que les concertations entre nous sont balayées par l’irruption, dans vos décisions, d’événements qui apparaîtront imposés par des considérations politiques à nos yeux indéfendables moralement et totalement inopportunes dans le contexte.

Comment justifier ces initiatives brutales dans une urgence qui nous apparaît « liée à un calendrier électoral », qui va à l’encontre de l’action de relogement exigée par la circulaire d’août 2012, alors que nous venons de nous concerter dans le cadre du Comité de suivi des campements dans une tout autre dynamique et dans des perspectives de réflexions partagées.
Car dans cette affaire une vingtaine d’enfants scolarisés dont la majorité sont très assidus vont une nouvelle fois se retrouver sans logement.

Une fois de plus, et malgré les propositions que vous nous avez faites, l’enquête sociale pour relogement sera conduite au dernier moment. Une fois de plus, des familles seront jetées à la rue.
Elles seront privées de leurs droits et se retrouveront, une nouvelle fois, dans une situation de vulnérabilité et d’errance incompatibles avec l’effectivité des droits fondamentaux et la dignité.
Par cette lettre ouverte, nous exigeons un plan de relogement permettant la prise en compte des besoins des familles, particulièrement les plus vulnérables et de celles qui se sont inscrites dans un parcours d’insertion sociale, professionnelle et scolaire.

Quel est l’intérêt politique, économique, social, d’une telle mise en situation ?
Absurde, inconséquente, la politique en oeuvre ici est indéfendable aux yeux des acteurs engagés que nous sommes.

Comité départemental des collectifs de soutien aux Roms (collectifs d’Aix, Arles, Aubagne,
Gardanne, Martigues)
ATD Quart Monde PACA – CCFD – Terre solidaire – CIMADE Marseille – L’école au Présent – Fondation
Abbé Pierre – LDH Marseille – Médecins du Monde – MRAP13 – Pastorale des migrants – Rencontres
Tsiganes

Une nouvelle décision positive de la Cour de Cassation 24 mars 2017

Depuis quelque temps il semble qu’en France, les juges (ou du moins certains d’entre eux) prennent au sérieux les décisions des instances judiciaires européennes et les multiples démarches engagées pour que les droits des minorités soient enfin reconnus.Cour de cassation crim. 310117 – démolition d’une construct. et droit à la vie privée et familiale

La décision ci-jointe de la Cour de Cassation (la plus haute instance judiciaire en France) annule une décision de la Cour d’Appel de Montpellier qui confirmait la condamnation, à la demande du maire de Lunel, d’une famille de voyageurs qui avait construit sur son terrain un abri de quarante m2 sans demander de permis de construire.

Pour annuler cette décision, la Cour de Cassation s’appuie sur une insuffisance de motivation mais aussi et surtout sur l’article 6-1-8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et précise que « cette mesure porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à son domicile, dès lors qu’elle visait la maison d’habitation dans laquelle il vivait avec sa femme et ses deux enfants, et que la famille ne disposait pas d’un autre lieu de résidence, la cour d’appel n’a pas légalement justifié sa décision “

 

Il s’agit là d’une nouvelle et importante décision en contradiction avec  la position de nombreux juges d’instance et d’appel et qui ouvre un espoir à de nombreuses familles qui sont dans la même situation conflictuelle .

Face aux discours ambiants qui dénigrent les instances européennes c’est une raison de plus pour nous faire les avocats d’une Europe au service du respect du droit des peuples.

Pièces jointes

Cour de cassation crim. 310117 - démolition d'une construct. et droit à la vie privée et familiale Télécharger