Facebook Accueil

Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Scolarisation/Santé/Travail

Ces 570 bidonvilles que la France ne veut pas voir 20 octobre 2017

Ces 570 bidonvilles que la France ne veut pas voir

En 2017, 16 000 hommes, femmes et enfants vivent dans l’Hexagone dans des cabanes de fortunes ou dans des squats insalubres. Avant la trêve hivernale, la course aux démantèlements s’accélère.

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Maryline Baumard

Abonnez vous à partir de 1 € Réagir Ajouter

image: http://img.lemde.fr/2017/10/19/0/0/5000/3333/534/0/60/0/6e2da5b_8711-1frxn8o.gtrso9wwmi.jpgLa baraque de Denis dans la forêt entre Noisiel et Noisy-le-Grand.

La saison des expulsions bat son plein dans les bidonvilles. A moins de deux semaines du début de la trêve hivernale, une cinquantaine de personnes voient chaque matin leur refuge détruit. Depuis juillet, un quart des habitants des campements a déjà été délogé et « sur ces 4 600 expulsés, une moitié à peine a bénéficié de quelques nuits d’hôtel avant de se réinstaller un peu plus loin », explique Manon Fillonneau, déléguée générale du Collectif Romeurope.

Pour la première fois cet hiver, les bidonvilles vont être protégés des évacuations, grâce à une mesure de la loi Egalité et citoyenneté, adoptée le 27 janvier. Mais d’ici au 1er novembre, date à partir de laquelle les expulsions sont interdites, la course au démantèlement des baraquements et des campements de fortune à la suite de décisions de justice ou de la prise d’arrêtés municipaux s’accélère. Et ce, dans un silence assourdissant ; cette misère-là n’intéresse guère dans un pays qui croyait que ses bidonvilles avaient été éradiqués depuis longtemps.

Valérie Pécresse a pourtant tenté de ramener le sujet sur le devant de la scène. Aux manettes depuis décembre 2015, la présidente (Les Républicains) d’Ile-de-France a tout à coup découvert « 100 bidonvilles dans la région » et estimé sur la chaîne CNews, le 26 septembre, qu’en la matière, « la cote d’alerte [était] clairement dépassée ». Là encore, le sujet n’a pas trouvé de résonance. Comme si les quelque 16 000 personnes recensées en avril dans 571 campements illicites, dont 113 en Ile-de-France, n’intéressaient personne. Même avec leurs 36 % de mineurs.

 Lire le reportage :   Des baraques dans un bois et la peur de l’expulsion pour quotidien

Et pourtant, difficile de ne pas voir ces excroissances urbaines. De l’alignement de cabanes le long des autoroutes qui irriguent l’agglomération parisienne aux installations dans un pré vacant ou au fond d’une forêt, tous ces campements sont des bidonvilles. S’y ajoutent les grands squats installés dans des bâtiments le plus souvent insalubres. Selon le relevé officiel de la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal), la répartition est d’ailleurs quasi équitable entre ces deux types de bidonvilles. Ceux qui vivent dans leur voiture ou sous une tente isolée n’entrent, en revanche, pas dans le comptage.

image: http://img.lemde.fr/2017/10/18/0/0/5000/3333/534/0/60/0/79de302_8711-17zfkj3.14a2vmfgvi.jpgUne baraque rom dans les bois à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), le 14 octobre.
Une baraque rom dans les bois à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), le 14 octobre. KAMIL ZIHNIOGLU / SIPA POUR « LE MONDE »

« On vit en France sur le mythe que les bidonvilles ont disparu. C’est faux ! Et sur le sujet, on s’inscrit dans une approche cyclique, pose l’historien Yvan Gastaut, de l’université Nice-Sophia-Antipolis, qui s’est intéressé aux bidonvilles en se penchant sur les différentes vagues migratoires qui ont peuplé la France. D’abord, il faut un élément déclencheur pour que la société civile s’émeuve. Ensuite, le politique s’en saisit et éradique cet habitat précaire, en faisant croire que le problème est définitivement réglé… Exactement de la même manière qu’il a vidé la “jungle” de Calais fin 2016. »

Encore a-t-il fallu aux associations gagner le droit d’appeler ces lieux par leur nom, alors que Nicolas Sarkozy puis Manuel Valls, avaient privilégié le terme « campements illicites », ce qui laissait entendre que seuls des Roms y vivaient.

image: http://img.lemde.fr/2017/10/19/0/0/534/651/534/0/60/0/0c6f28d_8711-1eowjed.ke8vo39pb9.png

« Aujourd’hui les habitants des bidonvilles sont dans leur très grande majorité des ressortissants des pays de l’Est, essentiellement des Roumains et des Bulgares, même si on y croise de plus en plus d’autres populations », explique Olivier Peyroux, l’un des meilleurs connaisseurs en la matière, à la tête de son association Trajectoires.

Mais le sociologue ajoute que le grand campement de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), évacué le 28 septembre, rassemblait des Moldaves et des Ukrainiens ; que celui de la Cité de l’air, à Athis-Mons (Essonne), héberge, lui, des Syriens et des Maghrébins, et que de très rares Français d’origine vivent dans ce type d’habitat organisé. « Parce qu’on ne s’installe pas comme ça dans un bidonville. En général, il y a un droit d’entrée à payer et on y rejoint des membres de sa famille au sens large », ajoute Olivier Peyroux.

« Pour les pouvoirs publics, le bidonville, c’est simplement le royaume des Roms, une façon commode de voir les choses, puisqu’ils y sont très majoritaires, et peu importe que tous ne se reconnaissent pas dans cette catégorie », note Florian Huyghe, de la Fondation Abbé Pierre. « Cet étiquetage, politique », pose quand même un problème puisqu’il « vise à limiter l’empathie et même à faire accepter à l’opinion les destructions d’habitat sans relogement », estime le chargé de mission à l’association.

D’ailleurs, le campement de Calais, un temps agrégé à la très officielle liste des bidonvilles de la Dihal, en a été sorti. Parce qu’il faisait exploser les statistiques ? Parce que ses habitants, massivement des réfugiés, faussaient cette assimilation commode entre Roms et bidonvilles ? Les autres campements de fortune de migrants de la région des Hauts-de-France – Grande-Synthe (Nord) en son temps ou Norrent-Fontes (Pas-de-Calais) –, eux, n’y ont jamais figuré.

« Un lieu de désintégration »

Une prévention étrange puisque au fil du XXe siècle, le bidonville a toujours abrité les derniers arrivés. Thomas Aguilera et Tommaso Vitale, tous deux chercheurs en sciences politiques, font d’ailleurs remonter ces premières constructions de fortune aux années 1930, lorsque l’Etat faisait appel à une main-d’œuvre espagnole, portugaise et italienne, sans politique du logement. Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, les Algériens s’y installent à leur tour ; si bien qu’à l’aube des années 1960, 10 % des immigrés, soit 45 000 personnes, y trouvent refuge. Il y a alors 14 000 Algériens rien qu’à Nanterre (Hauts-de-Seine), 15 000 Portugais à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne)…

La différence avec aujourd’hui, c’est que « dans les années 1960, le bidonville est un espace de transition. Aujourd’hui, c’est un lieu de désintégration », déplore Thibaut Besozzi, chercheur à l’université de Lorraine. C’est devenu une sorte de no man’s land que les instances étatiques font tout pour passer sous silence.

Sollicités par nos soins, d’ailleurs, ni la Dihal, ni le ministère de la cohésion des territoires, ni même la préfecture d’Ile-de-France n’ont donné suite, comme si leur politique de démantèlement massif n’était pas vraiment assumée. Evacuation, éparpillement, reconstruction… Un cycle infernal est effectivement à l’œuvre, face à ces ressortissants communautaires, qui doivent justifier d’un moyen de subsistance s’ils veulent rester en France au-delà de trois mois.

On déplace la misère sans la traiter

image: http://img.lemde.fr/2017/10/18/0/0/5000/3333/534/0/60/0/478f1a3_6945-1qt6unm.1fkcz3erk9.jpgUne baraque rom dans les bois à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), le 14 octobre.
Une baraque rom dans les bois à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), le 14 octobre. KAMIL ZIHNIOGLU / SIPA POUR « LE MONDE »

La circulaire interministérielle du 26 août 2012, qui préconise une évaluation des situations des familles avant une évacuation, « n’est plus à l’ordre du jour », déplore Manon Fillonneau. Et lorsqu’elle faisait encore un peu foi, son application « variait en fonction des rapports de force locaux », rapporte la mission d’évaluation du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, de novembre 2016. Autant dire que si personne ne plaidait le dossier, les cabanes étaient broyées et les habitants non relogés.

En revanche, même si un œil sagace veillait, les familles les moins éloignées de l’intégration pouvaient escompter une prise en charge pour les aider à sortir de la précarité ; ce que le rapport qualifie d’application « hétérogène et sélective, en définissant implicitement un public cible ».

image: http://img.lemde.fr/2017/10/19/0/0/534/499/534/0/60/0/c32bf61_8691-1n4pm55.1qcj4w8kt9.png

Il serait injuste de dire que rien n’a été fait : depuis 2013, 5 000 personnes issues de l’habitat précaire ont été logées, soit un peu plus de 1 000 par an. Cela reste très insuffisant : en moyenne, on vit près de sept ans dans un bidonville en France, avant d’obtenir un toit. « On devrait se demander pourquoi, avec une évacuation tous les trois jours en moyenne depuis quelques années dans ce pays, et une par jour en ce moment, on a toujours le même nombre d’habitants en bidonvilles », interroge Manon Fillonneau, pour laquelle c’est bien la preuve qu’on déplace la misère sans la traiter.

Enfants sans école

image: http://img.lemde.fr/2017/10/18/0/0/5000/3333/534/0/60/0/28129be_31317-1b5yxz6.idxwdn29.jpgUne baraque rom dans les bois à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), le 14 octobre.
Une baraque rom dans les bois à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), le 14 octobre. KAMIL ZIHNIOGLU / SIPA POUR « LE MONDE »

D’ailleurs, les statistiques de la Dihal confessent en creux cette chasse à l’homme quand elles rappellent que 44 % des bidonvilles ont moins d’un an et qu’en dépit d’une constance du nombre d’habitants global (autour de 6 000) dans les camps d’Ile-de-France, la répartition départementale, elle, évolue beaucoup.

Cette politique a forcément un coût caché, en plus des 320 000 euros moyens d’un démantèlement (selon les données compilées par Olivier Peyroux), puisque « à chaque évacuation les familles se précarisent un peu plus, perdent confiance dans les institutions, se cachent un peu plus loin. Les travailleurs sociaux qui les suivaient les perdent, et le travail devra repartir de zéro avec d’autres, là où ils reconstruiront », déplore Florian Huyghe.

Difficile sans doute d’assumer qu’en France des zones laissent la moitié des enfants sans école… Or, « 49 % des enfants ne sont effectivement pas scolarisés dans les bidonvilles et 30 % ne l’ont jamais été, ni en France ni en Roumanie », rappelle Olivier Peyroux à partir de son recensement mené sur 899 personnes – soit 5 % de tous les Roms de France – dont 462 enfants.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a, pour sa part, mis en avant le sujet dans son rapport annuel 2016 présenté en février ; mais cela n’empêche pas des maires de trouver des stratagèmes destinés à empêcher des enfants de se rendre en classe ; des chauffeurs de bus d’interdire la montée, même avec titres de transport… Dans la France de 2017.

image: http://img.lemde.fr/2017/10/18/0/0/5000/3333/0/0/60/0/79de302_8711-17zfkj3.14a2vmfgvi.jpgDans ces bicoques de la forêt entre Noisiel et Noisy-le-Grand, des pères, des mères, des enfants se battent depuis l’été pour survivre, avec au-dessus de leur tête l’épée de Damoclès de l’expulsion.

Précedent

1/12

Suivant

Dans ces bicoques de la forêt entre Noisiel et Noisy-le-Grand, des pères, des mères, des enfants se battent depuis l’été pour survivre, avec au-dessus de leur tête l’épée de Damoclès de l’expulsion.

KAMIL ZIHNIOGLU / SIPA POUR « LE MONDE »

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/19/la-france-compte-plus-de-500-bidonvilles_5203014_3224.html#VjJi3chySITUlguC.99

Expulsions printanières et estivales ! 20 septembre 2017

Depuis plusieurs années, la LDH (Ligue des droits de l’homme) et ERRC (European roma rights centre) «recensent» chaque trimestre le nombre d’évacuations des lieux de vie (squats, bidonvilles etc…)*, occupés majoritairement par des familles Roms ou désignées comme telles.

Ils dénoncent dans leur rapport 2016 «des évacuations discrètes toujours aussi nombreuses, aussi injustes qu’inefficaces, face au mal-logement» et précisent que «ce sont plus de 6 familles sur 10 qui auraient encore été concernées cette année par ces opérations. 10 119 personnes sur 76 lieux de vie ont ainsi été expulsées de force par les autorités». Rencontres Tsiganes contribue localement à établir cette « comptabilité ».


Dans les Bouches du Rhône depuis 2012, à la différence des autres régions, la trêve hivernale s’applique aux squats et bidonvilles. Quelques mois de répit pour des familles qui savent toutefois que, dès le printemps, le cycle infernal (expulsion, errance, harcèlement policier et nouveau squat ou bidonville) reprendra.

L’année 2017 n’échappe à cette règle. Ainsi au mois d’avril, c’est le bidonville de la Rose qui inaugure la série. Le 10 au matin, environ 60 personnes, encore présentes sur les lieux, sont expulsées, sans pouvoir emporter leurs affaires. Une heure après, les bulldozers rentrent en action, en présence du maire de secteur, Stéphane Ravier, qui déclare sur les réseaux sociaux : «Après deux années de mobilisation et d’alerte, victoire de la mairie de secteur : le camp de roms de La Rose est évacué ! ».

On se gardera, cette fois encore, de lui rappeler qu’il n’est pour rien dans cette décision.

Le 12, c’est un squat, rue Flégier, et où vivaient 7 familles, qui est évacué.

Deux mois d’accalmie. 6 juillet au matin c’est au tour du plus grand squat de Marseille (plus de 200 personnes), rue Magallon, d’être évacué. Les familles ont déjà quitté les lieux. Certaines sont allées grossir des squats existants. D’autres s’installent sur un trottoir, entre deux voies de circulation, en pleine canicule, sans eau ni sanitaires. La ville de Marseille, propriétaire de ce bout de bitume, les a assignées au tribunal. On pourrait, une nouvelle fois, se poser la question : quel sens cela a-t-il d’engager une procédure d’expulsion à l’encontre de familles qui, de fait, sont déjà à la rue !

Le 11 juillet, ce sont quinze familles qui sont contraintes de quitter le squat qu’elles occupaientt depuis l’été dernier, bd Capitaine Gèze.

Enfin pour clore la saison, le 28 août, une trentaine de personnes qui occupaient, depuis quelques mois, des locaux désaffectés appartenant à la ville de Marseille, rue de Ruffi, ont été priées de quitter les lieux !

Rappelons que pour chacune de ces expulsions, aucune proposition d’hébergement n’a été faite. Les 6 nuits d’hôtel accordées aux familles avec enfants de moins de trois ne faisant que retarder la mise à la rue !

Présentant le bilan de son action, dans le journal la Provence le 31 août, le Préfet à l’égalité des chances reconnaît que, concernant « les campements  roms » régulièrement évacués « On voit bien que ça ne fonctionne pas »! Il tient toutefois à préciser, face à ceux qui l’accusent d’avoir expulsé des familles pendant l’été, que «c’est pour éviter la déscolarisation des enfants en cours d’année» ! Quid des enfants de la Rose et de la rue Flégier ?

Quels que soient les gouvernements, cette politique coûteuse et inefficace que ne cessent de dénoncer de nombreuses associations, se poursuit. Qu’en sera-t-il, sous l’ère de notre nouveau Président jupitérien ?

* https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2017/02/Note-Expulsions-forcees-2016.pdf

Pièces jointes

Le difficile chemin de l’école 20 septembre 2017

Les expulsions de l’été ont à nouveau contraint des familles à la recherche de nouveaux squats. Avec souvent comme conséquence, pour les enfants, une longue période de déscolarisation ou un éloignement de leurs écoles, leurs collèges…. Pourtant lorsque vous rencontrez Legenda et Angel, sur leur nouveau lieu de vie, boulevard des aciéries dans le 10 ème à Marseille, c’est avec le sourire qu’ils vous disent que oui, ça va être compliqué d’aller au collège Rosa Parks, à l’autre bout de la ville… Quant à Denisa, elle vous confie qu’il y a un bus direct qui l’amènera près de son ancienne école ! Le 72, Rond point du Prado – Bougainville ! Elle ne se plaint pas de devoir se lever une heure plus tôt…

Ces enfants sont désarmants ! Pleins d’une énergie et d’un courage incroyable…

Et puis il y a ceux qui devront attendre car il n’y pas de places pour eux. 35 enfants n’ont ainsi pas pu reprendre le chemin de l’école lors de cette rentrée.

Quels souvenirs garderont-ils de ce cycle infernal d’expulsions qu’ils subissent depuis toujours ?

Quand cessera cette violence institutionnelle à leur égard ?

Si ils sont de plus en plus nombreux à être scolarisés, c’est grâce au travail remarquable et exemplaire que mène Jane Bouvier depuis 2012, avec son association l’Ecole au Présent. Elle accompagne près de 400 enfants – principalement des enfants Roms mais également des enfants de familles en situation de demande d’asile, déboutées du droit d’asile, sans papiers, de femmes prostituées, etc…

Enfants dont les conditions de vie sont toujours extrêmement précaires et la discrimination souvent importante.

Jane effectue toutes les démarches pour rendre l’école possible (ouverture de droits santé, domiciliation administrative, démarches en mairie, etc.) et assure le lien avec les établissements scolaires tout au long de la scolarité de l’enfant.

Grâce aux journalistes du quotidien La Provence, elle a pu rencontrer M. Blanquer, ministre de l’Education, le 1er août dernier. Elle a soulevé la question de ces enfants non-scolarisés antérieurement, présents sur le territoire depuis des années. Enfants qui ne « rentrent pas dans les cases » car il n’y a pas de classe spécifique prévue pour eux. Les enseignants font un travail absolument remarquable avec ces élèves mais il faut tricher, faire comme s’il s’agissait de primo-arrivants, afin qu’ils puissent bénéficier de 2 ans de suivi particulier.

Le ministre a semble-t-il été à l’écoute, il a dit ignorer totalement cette réalité mais s’est engagé à ce que des membres de son cabinet reviennent vers Jane courant septembre.

Jane ne lachera pas tant qu’elle n’aura pas de réponse satisfaisante.

http://www.lemonde.fr/festival/visuel/2017/09/11/ceuxquifont-jane-bouvier-la-femme-qui-relie-les-roms-de-marseille-a-l-ecole_5183980_4415198.html

 

Rentrée sur le fil pour les enfants roms

Pièces jointes

Encore des maires qui ne respectent pas la loi 21 février 2017

En octobre 2016, nous rendions compte de l’inauguration  d’une nouvelle aire d’accueil  au lieu dit la Malle sur la commune de Cabriès  dans les Bouches-du-Rhône. Réalisée par la communauté du Pays d’Aix (CPA) il avait été convenu que les enfants séjournant sur cette aire pourraient s’inscrire dans les écoles les plus proches de Cabriès ou Simiane. Il y a une quinzaine de jours, les familles séjournant sur l’aire et le responsable du CASNAV, nous signalaient que les deux maires refusaient l’inscription des enfants. Ils prétextaient que les maires qu’ils ont remplacés n’avaient donné qu’un accord verbal qu’ils ne veulent pas assumer .

Contre la décision des maires, sur l’intervention directe de l’inspecteur d’académie et conformément à la loi, les enfants ont été cependant accueillis dans les écoles mais ne peuvent bénéficier de la cantine et des services annexes.

Nous avons dénoncé vivement un tel mépris de la loi et demandé au Préfet (lettre jointe) d’intervenir auprès des maires pour que les enfants soient normalement inscrits dans les écoles voisines .préfet scolarisation Bouc Bel AirV2- 07-02-2017

 

 

Dans une commune voisine, à Eguille, le maire, Claude FILIPPI qui, depuis de nombreuses années, se refuse à créer une aire d’accueil prévue par le schéma départemental, s’en prend violemment au Préfet  dans les termes qui suivent :

Depuis plus de trois semaines les gens du voyage sont installés en toute illégalité sur le parking de « Bovéro » sur la zone de la Jalassière à Eguilles. Rentrés sur cette propriété privée par effraction, ils détournent et volent en toute impunité l’électricité, l’eau, ont déjà beaucoup dégradé le site et nuisent à l’attractivité commerciale de la Zone ..
Que fait la justice? Que fait l’état ? RIEN !
Je dénonce ici cette situation inadmissible qui révolte la majorité silencieuse des honnêtes citoyens, artisans ou chefs d’entreprise, qui seraient, s’ils commettaient des infractions similaires, immédiatement interpellés et placés en garde en vue.

 

Pièces jointes

préfet scolarisation Bouc Bel AirV2- 07-02-2017 Télécharger

Le Défenseur des droits s’engage sur la durée de séjour 24 janvier 2017

Relevé sur facebook

Florent Rapenne

nous y sommes arrivées et par ce courrier c’est définitif Mon Tony et Ma Lyly pour la petite Gina et pour vous , ce courrier indique le changement du règlement intérieur de l’air d’accueil des gens du voyage du bassin de Pompey vous pourrez stationnées tout le long de l’année scolaire sans limitation de durée . je remercie toutes les personnes du défenseur des droits qui ont été a mon écoute et avec qui j’ai passez des heures au tel , par E-Mail ect….et avoir été aussi a l’écoute d’une famille pour le bien être de leur filles , je remercie aussi Gigi président de l’association des fils et des filles d’internés du camps de salier pour son courrier pour interpellé aussi le maire de cette ville . j’ai mené ce combat qui a durée plus de 2 ans et demi et qui me tenais a coeur pour faire valoir leurs droits. maintenant c’est terminé mes amis 2017 sera une nouvelle année qui commencera sur de bonne condition de scolarisation pour Gina et la défenseure des enfants souhaite a Gina une excellente année scolaire , encore merci .

Florent chargé de relation du C-N-A-C-I
( Collectif National d’Associations des Citoyens Itinérants )

C’est une très importante décision que, grâce à la ténacité d’un militant comme Florent Rapenne, le Défenseur de Droits a prise à l’encontre de la communauté de communes du bassin de Pompey. Il faut maintenant faire en sorte que cette décision s’applique partout en France et que les règlements intérieurs des aires d’accueil soient modifiés pour en tenir compte. Pour notre part, nous nous emploierons sans délai à faire appliquer cette importante décision dans la région.

Pièces jointes

Marseille : ces Roms sur le chemin de la réussite 24 janvier 2017

  • vendredi 30 décembre 2016 :Journal La Marseillaise Ecrit par Gérard Lanux
  • Des familles qui n’aspirent qu’à vivre en France dans la dignité, contrairement aux images véhiculées par les apôtres du rejet.

  • Rencontre avec des citoyens d’origine roumaine dans les locaux de l’association Habitat alternatif social. Yves Rousset, préfet à l’Egalité des chances, est venu saluer une action exemplaire pour l’accueil et le soutien aux réfugiés.

Ils sont venus en famille. Les femmes portant leurs plus jeunes enfants dans leurs bras. Répondant à l’invitation de l’association Habitat alternatif social (HAS), qui, depuis 2013, a assisté – et soutient – une cinquantaine de familles de Roms dans leur parcours pour une meilleure intégration au sein de la société française. Un moment émouvant de chaleur humaine, et un rappel, de la part des animateurs de l’association, des efforts consentis de part et d’autre pour démentir les mauvaises prophéties de ceux qui prétendent que ces familles n’ont qu’à s’en retourner dans leur pays d’origine. Ce n’est pas la conviction d’éric Kerimel, directeur de HAS, qui a tenu, en premier lieu, en présence d’Yves Rousset, préfet à l’Egalité des chances, à « féliciter les personnes les plus avancées dans leur parcours d’insertion. Vous êtes des gens agréables et c’est un plaisir de vous réunir ici. » Un préambule pour rappeler que l’association a assisté, dès 2013, trois familles dont les enfants étaient atteints de tuberculose. « Puis, l’année suivante, ce sont dix autres familles issues des bidonvilles, avec des problèmes de santé qui ont été accompagnées par l’association. »

Le difficile cap de l’accès au logement

De fil en aiguille, c’est un nombre croissant de familles qui ont été prises en charge. Notamment dans la recherche de logements, un cap difficile à franchir, déplorait Eric Kerimel. « A Marseille, c’est un vrai handicap. Les propriétaires de logements vacants n’aiment pas trop travailler avec les associations », poursuit-il en s’adressant aux familles rassemblées. « Ce sont malheureusement les plus pauvres à qui l’on propose les logements les plus chers. »

Autre handicap, l’obtention de tous les droits indispensables à la réussite d’une nouvelle vie. Pas forcément du fait de la mauvaise volonté des institutions, comme la Caisse d’allocations familiales, ou la Sécurité sociale, « mais plutôt en raison de la longueur des procédures ».

Mais ce qui tient particulièrement à cœur au directeur de Habitat alternatif social, c’est l’inscription des enfants à l’école. « C’est à vous de prendre cet aspect essentiel en charge. Nous pouvons aider à résoudre les problèmes de santé, à trouver un logement décent, mais ne pouvons rien faire à votre place pour la scolarisation de vos enfants. Car les parents, c’est vous. » Le préfet a tenu également à s’adresser aux familles et les remercier d’être « les acteurs vivants de la réussite de l’insertion  ». A son tour, Yves Rousset les exhortait à porter une attention particulière à l’éducation de leurs enfants.

En trois ans, l’association HAS, grâce à des aides et soutiens divers, a pris en charge une cinquantaine de familles, soit plus de cent personnes. Une goutte d’eau, pourrait-on dire, comparé aux deux mille autres toujours en situation extrême. Mais c’est la qualité de l’intervention qui prime. Elle se lit sur le visage de ces familles, dont l’une de leurs « enfants » travaille aujourd’hui au sein de l’association.

Gérard Lanux

 

Pièces jointes

Le droit à l’éducation remis en cause 23 décembre 2016

A travers le monde, beaucoup s’apprêtent à commémorer la naissance d’un enfant qui, un soir d’hiver, a vu le jour en Palestine dans une étable comme nous le rappelle la Bible. Dans cette région du monde des milliers d’enfants meurent sous les bombes et subissent les conséquences d’une haine sauvage. Depuis quelques années, les images d’enfants morts sur les plages de Turquie de Grèce ou, hier, dans les rues d’ALEP, se succèdent et soulèvent de part le monde des vagues d’émotion et parfois de colère et de honte. Notre indispensable “compassion“ ne saurait cependant pas se circonscrire à cette région du monde. Ici en France, parfois à deux pas de chez nous, d’autres enfants naissent et tentent de survivre dans des conditions de non droit indignes d’une société développée.

Les militants associatifs qui tentent chaque jour de venir en aide à ces enfants dans la rue se heurtent trop souvent à l’indifférence et parfois même l’hostilité de nos concitoyens. Les choix politiques des gouvernements successifs qui multiplient les obstacles à toute forme d’installation régulière des familles Roms sont en contradiction avec l’article 28 de la Convention internationale des droits de l’enfant qui stipule « que les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances : ils rendent l’enseignement en primaire obligatoire et gratuit pour tous. »

 C’est au nom de cette Convention Internationale et d’autres textes aussi contraignants que le Défenseur des Droits, saisi par un collectif de citoyens,vient de condamner la commune d’HELLEMES pour avoir interdit l’accès à l’école des d’enfants de familles ROMS résidant dans la commune Décision DDD_Hellemes_13.12.2016). Une telle décision bienvenue ne peut cependant effacer les conséquences directes sur la scolarités des enfants qui, comme à Marseille, sont poursuivis de bidonvilles en bidonvilles remettant chaque fois en cause le travail des bénévoles et des enseignants pour assurer à chaque enfant une scolarisation indispensable. On estime ainsi que, dans les Bouches du Rhône plus 500 enfants sont ainsi exclus de tout enseignement.

Dans la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur des enfants du voyage sont aussi fréquemment interdits d ‘accès à ’école. Des maires s’opposent à la loi malgré les démarches des parents et les interventions des associations auprès des autorités. A la FARLEDE dans le Var ou encore à GEMENOS dans les Bouches-du-Rhône des enfants n’ont pu être scolarisé et les familles ont dû quitter la commune.

La responsabilité des élus et directement en cause car, soit par négligence ou par volonté manifeste d’exclusion, ils sont en contradiction avec la législation française et européenne, en multiplient les obstacles à la scolarisation des enfants. La récente déclaration d’une candidate présidente qui prétend interdire l’accès à l’éducation des enfants étrangers montre les dangers qui menacent, en France comme dans le monde, les droits des enfants que l’on croyait universellement reconnus.

En cette fin d’année, il convient plus que jamais de soutenir toux ceux qui, par leur savoir-faire, leur connaissance des familles et des besoins des enfants, agissent au quotidien pour que, tout simplement, le droit des enfants soit reconnu et enfin appliqué soit appliqué.

Alain FOUREST

Marseille le 20/12/ 2016

Contact :L’école au présent  Tél. 06 66 06 74 37 

Jane Bouvier lecoleaupresent@gmail.com

 

 

Pièces jointes

Décision DDD_Hellemes_13.12.2016 Télécharger

le Rapport annuel de Médecins du Monde 22 octobre 2016

Comme chaque année ce rapport met en lumière la situation  d’un nombre croissant de personnes en France  qui ne peuvent avoir accès au minimum vital en matière d’accès aux soins.  A Marseille depuis déjà dix ans l’équipe de MdM fait, en relation avec Rencontres Tsiganes, un travail quotidien  auprès des  personnes et des familles  dans la détresse qui sont renvoyés  de squat en squat  au mépris des règles de droit.expulsion-rue-de-lyon

 

Introduction du rapport MdM

Face aux réponses essentiellement sécuritaires et répressives du gouvernement et à la veille de fêter 30 ans d’actions de M. de M . en France, nous réaffirmons, à l’occasion de la publication de ce rapport, que la solidarité doit être plus que jamais au cœur de nos politiques publiques et que la France ne doit pas oublier sa tradition de terre d’asile.

 Nous espérons que ce rapport contribuera à une prise de conscience de l’ensemble des acteurs concernés.

 Yannick Le Bihan

Directeur des Opérations France Médecins du Monde

mdm-rapport-observatoire-2016

Pièces jointes

mdm-rapport-observatoire-2016 Télécharger

Enfants des bidonvilles : une rentrée des classes trop souvent impossible 24 septembre 2016

 

couverture-de-letude-1

En France, pour de nombreux enfants vivant en bidonvilles, la rentrée des classes est encore trop souvent un parcours à obstacles. Pour les uns c’est une expulsion, à deux semaines de la rentrée, qui brise leur scolarité, pour d’autres ce sont les maires qui refusent de les inscrire dans les écoles de leur commune.

Il convient de rappeler sans cesse que la France a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant, s’engageant ainsi « à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien être » (art. 3) par le droit de vivre avec ses parents (art. 9), le droit à un « niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social » (art.27), le droit à la santé (art.24) et le droit à l’éducation (art28).

 

http://sur.laprovence.com/s/krYW

http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes/bouches-du-rhone/marseille/marseille-pas-de-rentree-scolaire-pour-les-enfants-roms-expulses-1076695.html

http://www.leparisien.fr/saint-ouen-93400/le-maire-de-saint-ouen-refuse-de-scolariser-les-enfants-roms-13-09-2016-6116833.php

http://www.lavoixdunord.fr/40502/article/2016-09-02/des-enfants-roms-prives-de-rentree-scolaire-par-le-maire-de-maubeuge

 

*Une étude sur la scolarisation des jeunes de 12-18 ans vivant en bidonvilles et en squats est finalisée et imprimée ! Elle sera présentée mardi 27 septembre à 11h au siège du SNUipp-FSU, 12 rue Cabanis à Paris, où se déroulera une conférence de presse. Elle sera également accessible en ligne sur le site internet de Romeurope (www.romeurope.org – onglet CDERE).

Pièces jointes

La reprise des expulsions estivales ? 20 juin 2016

Si pour beaucoup l’approche de l’été signifie temps de vacances et de repos, pour les familles roms ou désignées comme telles, qui résident dans des squats et bidonvilles, c’est la crainte d’une nouvelle expulsion, d’une nouvelle errance. C’est dans cette angoisse que vivent aujourd’hui 19 familles, au 64 bd de Lyon à Marseille. Expulsées au cours de l’été 2015 de la caserne Masséna*, ces familles avaient trouvé refuge dans une friche industrielle, propriété de l’établissement public foncier PACA. Celui-ci les avait assignées en référé au tribunal d’instance cet hiver. Le juge avait fait droit à la demande d’expulsion. L’EPF demande aujourd’hui le concours de la force publique pour recouvrer son bien. L’Etat « applique la loi » et prévoit une évacuation du site début juillet…

Dans un simulacre d’application de la circulaire interministérielle de 2012, un diagnostic social vient d’être confié en toute hâte à ADOMA et l’AMPIL. Des orientations seront peut être proposées pour un hébergement voire un logement mais on sait d’ores et déjà que ces demandes ne seront pas satisfaites, « faute de places » ! Car le scénario est malheureusement connu : le nom de ces familles figurera sur une liste d’attente qui ne fait que s’allonger au fil des expulsions. On le sait maintenant, pour la mission de résorption des bidonvilles confiée à ADOMA en 2014, l’Etat ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Or des solutions existent et nous sommes nombreux, associatifs, militants ou bénévoles à vouloir contribuer à les mettre en oeuvre.

Pour l’heure on cède aux demandes du plus fort : l’Etablissement foncier PACA, pourvoyeur de sites pour Euroméditerranée.

Mais le « 64 rue de Lyon » ce sont 31 adultes, plusieurs d’entre eux en formation professionnelle, en chantier d’insertion, un auto-entrepreneur… , 36 enfants, tous scolarisés pour ceux qui sont en âge de l’être.

Ce sont des familles dont on ne peut qu’admirer la volonté et la ténacité dans les démarches qu’elles entreprennent pour espérer pouvoir vivre, un jour, dignement dans ce pays.

Si vous souhaitez manifester votre solidarité vis à vis de ces familles, vous pouvez écrire au Préfet à l’égalité des chances, Monsieur Yves Rousset –  Préfecture des Bouches du Rhône -Place Félix Baret –  CS 80001 –  13282 Marseille Cedex 06

20160620_1_5_1_1_0_obj12045217_1

 

Marseille : ces enfants roms privés d’école

Lundi 20/06/2016 à 07H50 Marseille

Les expulsions répétées cassent leur parcours scolaire. C’est pourtant leur seule chance d’insertion en France

Menacés d’une expulsion, les 18 enfants du squat de la rue de Lyon, ici avec Jane Bouvier, perdront-ils leur école à la rentrée ? Photo d.ta.

Ils babillent, joyeux, se coupent la parole pour raconter : leur classe, leurs maîtresses, leurs copains marseillais, le chemin familier répété depuis septembre du grand garage Ford désaffecté de la rue de Lyon (15e) jusqu’à l’école Arenc-Bachas, près du terminus du métro. Roms, ils ont grandi à Marseille, y sont nés souvent, et n’en avaient connu jusque-là que les trottoirs, la manche, au feu rouge avec la mère, la ferraille avec le père.

Alors cette école, ce chemin, pour les 18 gamins du squat de la rue de Lyon, sont une fierté. « Ce qui est exceptionnel, se réjouit Jane Bouvier, fondatrice de l’association L’École au présent, c’est que sur ce campement, 100 % des enfants sont scolarisés. » Cette Anglaise menue de 42 ans, psychologue clinicienne de formation, s’est attelée depuis 2012 à scolariser les enfants de Roms de Marseille. Seule, d’abord, puis épaulée par un réseau dense de solidarités : travailleurs sociaux, enseignants, soignants, policiers de la Brigade des mineurs ou… cheminots. La justesse du combat de Jane Bouvier, sa fine connaissance des familles, acquise en autodidacte, suscite leur adhésion : « Pour ces enfants, la seule façon de se bâtir un autre destin que celui de la rue, c’est l’école », répète-t-elle inlassablement. Or, à chaque nouvelle expulsion, « tout le travail en direction des familles est rompu, les personnes éparpillées, alors que scolariser leurs petits est pour elles un désir très fort », enrage-t-elle.

Un droit, pourtant, pour tout enfant, français ou étranger, âgé de 6 à 16 ans

En France, si moins de la moitié des enfants des bidonvilles vont à l’école, c’est aussi en raison de ces expulsions répétées et coûteuses (l’État et les collectivités y consacrent de 30 à 40 millions d’euros par an). Après celles-ci, et malgré l’obligation rappelée aux préfectures, à peine 2 % des familles sont relogées, estiment les ONG. 98 % des familles quittent donc un abri précaire pour le seul trottoir. Une réalité liée à l’explosion de la demande d’hébergement d’urgence, via le 115, et à la pénurie de lits. Ainsi, actuellement, 80 de ces SOS restent chaque soir sans solution à Marseille. « En 2015, une femme rom a ainsi accouché dans la rue », rapporte ainsi, accablée, une source proche de la préfecture.

Dramatique pour les adultes, cette situation l’est encore davantage pour les enfants qui, en perdant leur toit de fortune, se voient aussi privés de leur seul accès à l’intégration : l’éducation. Un droit, pourtant, pour tout enfant, français ou étranger, âgé de 6 à 16 ans, résidant sur le territoire national. En 2013, Georges-Pau Langevin, ministre déléguée à la Réussite éducative, s’en émouvait : « L’école pour tous n’est pas un credo démagogique, mais une expression du principe d’égalité sur lequel repose notre démocratie », rappelait-elle fermement.

À Marseille, le travail mené par « Madame Jane », désormais soutenu par la Fondation Abbé Pierre, renverse peu à peu les statistiques : grâce à lui, plus de 200 enfants Roms sont scolarisés. « Et pour la plupart, cela se passe bien », assure Jane Bouvier. Son dernier tour de force ? Avoir convaincu près de 300 hauts fonctionnaires européens, à Bruxelles, de « parrainer les enfants des bidonvilles de Marseille », en s’acquittant des 11 € de leur assurance scolaire obligatoire…

Retour dans le garage de la rue de Lyon, où la crainte de l’expulsion se précise. Soneta, qui, a 29 ans, ne sait ni lire, ni écrire, rêve d’une « autre vie » pour ses enfants. « Qu’ils aient la chance que moi je n’ai pas eue », dit-elle. Directrice de l’Établissement public foncier Paca, propriétaire du site, Claude Bertolino confirme que l’expulsion interviendra en juillet – le site « dangereux » étant voué à la démolition. « Cela leur laissera l’été pour trouver une autre solution, juge-t-elle. Ils auront au moins eu une année d’école ! » À ces mots, Caroline Godard, de l’association Rencontres tsiganes, s’étrangle : « On remet des enfants à la rue, dans l’indifférence générale. C’est intolérable. »

Yves Rousset, préfet à l’égalité des chances : « Nous n’avons pas de baguette magique »

Nommé il y a un an à Marseille, Yves Rousset est le préfet à l’Égalité des chances.

Comment évolue la population rom à Marseille et comment travaillez-vous auprès d’elle ?

C’est un nombre qui est à peu près stable (environ 1 500 personnes, Ndlr). Nous avons des partenaires (Ampil, Adoma, HAS, etc.) qui font auprès d’elles un excellent travail : nous identifions les familles qui ont une véritable envie d’insertion, qui est attestée par la scolarisation des enfants, l’inscription d’un parent dans des parcours de recherche d’emploi. À celles-ci, nous tentons de trouver un logement : HAS, je le sais, travaille actuellement à cela pour une vingtaine de familles. Nous savons que lorsque les Roms entrent en situation d’emploi, leurs employeurs en sont parfaitement satisfaits. Et les enfants s’intègrent aussi à leur école.

Les expulsions cependant n’ont jamais cessé et conduisent à une rupture dans ces parcours d’insertion…

Avant toute expulsion, nous engageons un diagnostic social, avec des travailleurs sociaux, qui vont permettre de rechercher des solutions de relogement.

Mais quand la solution consiste à un maximum de six nuits d’hôtel, on sait que les enfants finiront à la rue.

Je suis d’accord avec vous. Ce n’est pas acceptable. L’avenir des familles roms en France passe évidemment par l’insertion de leurs enfants, grâce à l’école. Mais nous faisons avec nos moyens, qui sont contraints. Nous n’avons pas de baguette magique.

Quelles sont les pistes pour accroître l’offre insuffisante de logements d’urgence ?

Face au manque de places d’hébergement pour sans-abri et pour éviter de continuer à payer des nuitées hôtelières, Adoma (ex-Sonacotra) et la Caisse des dépôts vont acheter des chaînes d’hôtels bon marché et en modifier la destination. L’idée est d’y bâtir aussi des dispositifs d’accompagnement. Ce plan national concerne aussi Marseille.

Delphine Tanguy

http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/3994368/marseille-ces-enfants-roms-prives-decole.html

*https://marsactu.fr/roms-apres-les-expulsions-de-lete-la-difficile-reconstruction/

http://www.lamarseillaise.fr/bouches-du-rhone/societe/49473-caroline-godard-on-demande-de-la-stabilite-pour-travailler-avec-les-familles-roms

Pièces jointes