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Rencontres Tsiganes

Archives par catégorie : Habitat subi

Avis sur le respect des droits fondamentaux des populations vivant en bidonvilles 8 décembre 2014

Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

Avis sur le respect des droits fondamentaux
des populations vivant en bidonvilles

Mettre fin à la violation des droits
Assemblée plénière du 20 novembre 2014
(Adoption à l’unanimité)
·

Alors que l’année 2012 avait suscité un regain d’espoir quant au respect des droits fondamentaux des populations vivant en bidonvilles, illustré notamment par la circulaire interministérielle du 26 août 2012, il est nécessaire de constater deux ans après que l’on est encore très loin du « traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale » appelé dans son préambule.

· La CNCDH s’est saisie de la question du respect des droits fondamentaux des populations vivant en bidonville, alertée par le nombre d’évacuations sans précédent enregistrées au cours de la dernière année. La Commission dénonce l’application partielle et hétérogène sur le territoire de cette circulaire – dont le volet répressif a supplanté les actions d’insertion et d’accompagnement social – et estime qu’on ne peut construire une politique sur la violation des droits.

· Ces évacuations forcées contraignent ces personnes à l’errance et rendent impossible l’accès aux droits fondamentaux. Elles illustrent par ailleurs une volonté répressive guidée par une acceptation grandissante des attitudes racistes et discriminantes à
l’égard des populations roms migrantes vivant en bidonville. Ces dernières sont présentées trop fréquemment comme un « groupe à part », associé à l’insalubrité, à la délinquance et aux expédients, et ne souhaitant pas s’intégrer.

· L’accès au droit commun des populations vivant en bidonville prime sur toute autre considération et relève de deux conditions préalables :
– Dans l’urgence, la Commission recommande l’arrêt immédiat des évacuations debidonvilles sans que des solutions de relogement et d’accompagnement dignes,adaptées et pérennes soient proposées aux familles.
– A moyen et long terme, la Commission appelle à une stratégie des en sibilisation et de lutte contre un racisme « anti-Roms » prégnant dans l’ensemble de la société,condition incontournable à une politique d’Etat humaine et cohérente.

· A cet égard, la CNCDH recommande la mise en place de dispositifs effectifs de domiciliation pour les populations vivant en bidonvilles, condition préalable à l’accès au panel des droits sociaux garantis en France.

· La Commission recommande que tombent les obstacles illégaux qui font barrage au respect effectif du droit à la scolarisation des enfants vivant en bidonville, scolarisation
d’autant plus nécessaire qu’elle limite les risques encourus par une population jeune et rendue vulnérable par ses conditions de vie.

La CNCDH appelle au soutien des services de protection de l’enfance auprès d’une population encore trop méconnue. L’attention portée aux phénomènes de délinquance dissimule la vraie problématique de l’exploitation des mineurs et des réseaux de traite dont ces enfants sont avant tout victimes.

· La CNCDH recommande la suppression des entraves à l’accès aux soins et aux prestations sociales entretenues par certains organismes sociaux ainsi que la systématisation des dispositifs de médiation sanitaires.

· Dans le cadre de la fin des mesures transitoires, la CNCDH appelle à une clarification des conditions d’accès aux prestations pour demandeurs d’emploi (tant auprès de la population qu’auprès des services concernés) ainsi qu’à l’accès effectif à l’ensemble
des dispositifs d’insertion professionnelle.

· Enfin, en matière de liberté de circulation et de droit au séjour, la CNCDH recommande le plein respect du droit européen.

Pièces jointes

CNCDH 20 nov 2014 Télécharger

A Martigues la mobilisation citoyenne semble avoir payé 10 novembre 2014

Le témoignage de Nanie

Les Roms ont vocation à s’intégrer…

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C’est ce que, à une échelle très localisée, vient de démontrer l’action menée à Martigues autour de quelques familles Roms, une quarantaine de personnes environ. Celles-ci ont squatté plus d’un an une maison désaffectée appartenant à l’Etat.
Rapidement, un collectif de soutien s’est constitué. Sa caractéristique ? Sa grande diversité[1], son ouverture totale à la citoyenneté, et sa volonté dès le début de conjuguer accompagnement concret des familles, et lutte idéologique contre les exclusions. De mêler participation assidue aux réunions avec les autorités et manifestations, devant la sous-préfecture, ou devant le tribunal. De considérer que les différences entre chrètiens et non croyants, syndicalistes, politiques, caritatifs et militants associatifs, loin d’être un handicap, étaient au contraire une source de richesse et d’efficacité.
Le collectif n’a jamais remis aux autorités, aux instances institutionnelles, le soin de régler le sort de ces familles. Au contraire, il a toujours considéré que l’action au grand jour, l’appel clair aux habitants, la publicité la plus importante possible étaient garants des succès.
Le collectif n’a ménagé aucun effort pour entourer ces familles des nécessaires solidarités qui seules pouvaient assurer leur protection. Pour contrecarrer l’argument de dangerosité de la maison mis en avant par les autorités, des subventions ont permis de refaire l’installation électrique jugée déféctueuse. Des poêles en conformité avec les normes ont été achetés, l’urgence de démolir la maison a été battue en brèche par une étude sérieuse du dossier autoroutier….parallèlement, des militant(e)s s’occupaient du suivi des enfants scolarisés, de l’obtention des cartes AME, des questions quotidiennes qui foisonnaient, on s’en doute.
Mais surtout, des manifestations publiques ont pu rassembler des participants en nombre, montrer la culture de ces personnes, les raisons de leur venue en France, leur grande humanité…Ce fut le cas de la soirée NOUS LES ROMS, à la MJC de Martigues, au mois de mars, et tout particulièrement de la venue de Eric Fassin, le 10 octobre, qui fut une étape décisive dans la période où tout était en train de se régler. Le collectif a participé, avec les familles, aux concerts organisés par RESF contre le racisme. Il a tenu un stand à la journée d’initiative citoyenne organisée par le collectif Front de Gauche de St Mitre….
Un appel à témoignages auquel des personnalités martégales ont répondu avec coeur, et une pétition, qui en 4 semaines a été honorée de 1100 signatures, ont marqué l’ampleur de l’élan de solidarité autour de ces personnes.
Aussi, malgré le jugement d’expulsion sans délai prononcé en décembre, la sous-préfecture a-t-elle proposé, devant un tel élan, de travailler avec le collectif et la mairie à trouver des solutions.
En huit mois, avec les efforts conjugués des trois parties, des résultats appréciables sont obtenus. Et ce sont aujourd’hui six familles de Roms qui sont en bonne position pour travailler, se loger, et ainsi vivre dignement dans notre ville. Même si nous déplorons que deux familles, sous les pressions des autorités, soient reparties en Roumanie, nous saluons les résultats obtenus.
Certes le comportement des familles Roms a beaucoup joué pour attirer les sympathies et les solidarités. Mais c’est aussi la richesse de ce collectif, étayé sur sa diversité et sa citoyenneté, qui a permis que tout au long de ce chemin délicat, les positions politiques adoptées et mises en oeuvre aient été solides, et suivies de ce succès.
Les réunions fréquentes, bruyantes, où chacune et chacun cherchait à apporter sa contribution, pouvaient présenter une apparente désorganisation. Pourtant, c’est grâce à cet investissement libre et généreux de chacune et de chacun que l’ensemble du collectif a pu jouer un rôle majeur.
Une bataille concrète, radicale, qui montre que lorsque les citoyens, les organisations s’emparent d’une cause et la servent sans arrières-pensées boutiquières, ils peuvent l’emporter.
Nanie Bellan, membre de Ensemble OEB, de la LDH, citoyenne du monde.

[1] Le collectif de solidarité aux Roms de Martigues comporte des citoyens engagés et les organisations suivantes : ASTI, CCFD-Terre-Solidaire, EELV, ENSEMBLE, FCPE, FSU Martigues, Ligue des Droits de l’Homme, N.P.A., P.G., R.E.S.F., Sud Education ; UL CFDT Martigues, UL CGT Martigue

Pièces jointes

Un nouveau patron à la DIHAL 11 octobre 2014

« A l’heure où je quitte mes fonctions de Délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées, je souhaite remercier toutes celles et ceux qui accompagnent l’aventure de la Dihal.
Tout au long de ces six années, avec mon équipe, nous avons essayé de transformer la prise en charge des personnes les plus exclues. Je suis fier du travail accompli et je mesure tout ce qu’il reste à faire.
La précarité continue de progresser dans le pays, plus que jamais il est nécessaire de mener le combat pour la faire reculer.
J’ai toujours considéré que servir l’Etat, c’est s’engager au service de laj ustice, des plus défavorisés et de l’intérêt général. Dans cette période de profondes mutations économiques et sociales, notre pays a besoin de fonctionnaires et de citoyens qui portent avec conviction cet idéal et cette exigence.
Je souhaite un plein succès à mon successeur Sylvain Mathieu.
A bientôt. »
– Alain Régnier –

 

Sylvain Mathieu, un énarque spécialiste de l’action sociale, a été nommé mercredi 8 octobre par décret à la tête de la délégation interministérielle pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans-abri ou mal-logés (DIHAL), dont les missions incluent des problématiques concernant les Roms et les « gens du voyage », a annoncé le ministère du Logement….

Et si c’était vous ? 31 août 2014

EXILS INTRA MUROS

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DES ENFANTS DORMENT DANS LA RUE.

La situation est indigne de notre époque. Ce sont des visions d’un autre temps, ces enfants qui dorment à même le trottoir, dans des guenilles, parfois pieds nus. Ils s’appellent Alin, Théo ou Elena… Mais ils pourraient s’appeler Gavroche. Les gens passent devant eux comme s’ils n’existaient pas.
Les Roms sont devenus les ennemis de la société, ceux que tout le monde déteste, et l’on n’est pas gêné, quelque part, de les voir crever sur le trottoir.
Nous demandons que la ville loge ces familles, quelle que soit leur nationalité.
Nous demandons que les politiques, le gouvernement et la Mairie luttent contre la discrimination anti-Rom et la dénonce haut et fort.
Nous demandons que le gouvernement arrête de raser et détruire les camps sans offrir de solution de relogement.
Notre pays évolué ne peut pas se permettre de laisser des enfants et des bébés dormir sur le trottoir.
Il est urgent de trouver une solution stable pour ces familles et arrêter leur souffrance. Leur offrir une solution humaine et à long terme qui permette de les sauver de la discrimination, de la faim, du froid ou de la chaleur.
Et sortir notre pays de la honte, de la haine de l’autre.

Par Eliette Abécassis_EXILS INTRA MUROS

La pétition : http://bit.ly/1aMv4MD

Pièces jointes

A Marseille encore 43 familles expulsées 31 juillet 2014

Les familles expulsées jeudi du terrain du boulevard Plombières qui ne rentrent dans aucun parcours d’insertion par le logement , sont toutes depuis hier matin sorties des différents dispositifs de mise à l’abri qui avaient pu être mobilisés soit par l’Etat (115) , soit à titre exceptionnel , en réponse à leur grande détresse, par le Fond d’Urgence géré par la Fondation Abbé Pierre.

Depuis hier, elles errent donc à travers la ville, pourchassées par les forces de police de trottoirs en trottoirs , entre la gare Saint-Charles et la porte d’Aix .

Elles sont de ce fait privées, outre de toit , de tout moyen de subsistance puisqu’il leur est impossible dans cette fuite de continuer à travailler .

Nous nous trouvons donc en plein coeur de Marseille face à 80 personnes dont plus d’un quart d’enfants (le plus jeune n’a pas 12 mois) , qui n’ont plus aucun abri , n’ont plus de revenus, et dont certaines commencent à avoir faim.

Merci de nous indiquer quelles réponses pourront être apportées afin de réduire les risques graves encourus par ces familles.

Dominique HAEZEBROUCK
Chargée de mission Médecins du Monde
 

A Aix-en-Provence Madame le maire fait de la préférence nationale 31 juillet 2014

Les membres du CADRIS  ( collectif aixois pour les droits  et la dignité des  Roms ) alertent régulièrement les aixois sur la situations de Roms et tentent de s’opposer à la politique de rejet systématique de la municipalité. 

Présents  à la dernière séance du Conseil  Municipal ils ont interpellé le maire, Madame Joissains qui a réagit avec  sa ‘franchise’ habituelle: « –je préfère donner l’argent à mes nationaux qu’aux Roms »

Cela s’appelle  la préférence nationale revendiquée par le Front National

A Marseille 40 familles à nouveau en errance 30 juin 2014

Entre « parcours d’insertion » et expulsion, la survie des Roms dans le plus grand bidonville de Marseille

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par Emmanuel Riondé 20 juin 2014 bastamag.net

Le « plus grand bidonville de Marseille » a été évacué le 18 juin, dans un contexte marqué par le lynchage d’un jeune Rom en région parisienne. Les 400 personnes qui y résidaient avaient déjà quitté les lieux. Seule la moitié sera temporairement relogée, malgré les engagements du gouvernement. Les autres familles sont parties en quête d’un nouveau terrain où s’installer. Elles peuvent cependant s’appuyer sur des associations dont certaines plaident pour une viabilisation temporaire des bidonvilles. L’autorité publique, elle, reste sur son credo : les « campements illicites » doivent être « démantelés ».
« Six ans que je suis là… Des expulsions, j’en ai vu, des punks d’abord et maintenant les Roms. C’est triste, où ils vont aller demain tous ces gens-là ? Ça s’est toujours bien passé avec eux. » Mardi 17 juin, l’émotion de Marcelin n’est pas feinte. Payé, dit-il, par une société de gardiennage pour surveiller un bout de terrain en friche, il a posé quelques affaires dans un abri de béton peu engageant où il passe une bonne partie de ses journées. Devant lui, par delà le petit monticule de détritus, environ 150 cabanes. Entre 10 et 15 mètres carré chacune, dépassant à peine deux mètres de hauteur, elle sont adossées les unes aux autres et réparties sur l’équivalent de quelques rues.
Le terrain appartient à la Communauté urbaine de Marseille Provence métropole. Un jugement rendu en juin 2013 en avait ordonné l’évacuation pour décembre suivant. Mais en octobre, l’expulsion d’un autre bidonville, à la Capelette, a provoqué une importante arrivée de familles Roms. La Parette est devenu d’un coup le « plus gros bidonville de Marseille », accueillant plus de 400 personnes, soit entre 80 et 100 familles. Les associations ont négocié une trêve hivernale, repoussant l’expulsion au 18 juin.
Mercredi, 6h30 du matin, on y est. Une compagnie de CRS barre l’entrée du terrain aux militants et aux journalistes. Un jeune de la Brigade activiste des clowns est alpagué par la maréchaussée, le temps de se faire confisquer son déguisement de policier pourtant défraîchi. On ne rigole pas avec l’uniforme. Quoique. Lundi matin, ceux qui étaient là ont pu entendre le commissaire de police du XIIe arrondissement expliquer son objectif prioritaire, le jour de l’évacuation : « A 16h30, il faudrait que ceux qui conduisent les bulldozers soient chez eux en train de boire le pastis. En Roumanie, c’est le raki, je crois. » Message entendu : le bidonville s’est vidé de ses occupants les jours précédents.
« Politique municipale de la race »
Responsable de l’association Rencontre tsiganes qui défend les Roms sur le terrain juridique, Caroline Godard enrage lorsqu’elle entend la Préfecture, et souvent les médias, expliquer au moment des évacuations qu’il n’y avait « plus personne » et que « tout s’est bien passé ». « Effectivement, ils ont pris l’habitude de partir avant pour ne pas voir la police débarquer à 6 heures du matin et détruire le peu d’affaires qu’ils possèdent, explique-t-elle. Alors c’est vrai qu’ils ne sont plus là quand l’évacuation a lieu, et du coup personne ne s’interroge. Mais ils sont où ? Ils ne se sont pas volatilisés dans la nature… C’est une expulsion, pas une solution. »

Une expulsion que les travailleurs sociaux et les militants associatifs qui ont passé des mois sur le site aux côtés des familles acceptent mal. « Ce terrain appartient à une collectivité territoriale, rien ne va y être fait dans les mois à venir, il n’y a pas de riverains autour, résume Caroline Godard. Pourquoi est-il si urgent de déloger ces gens ? ». Dans les rangs des militants présents, on dénonce « la politique municipale de la race » [1] à l’oeuvre, ici comme ailleurs en France, dès qu’il s’agit de gérer la « question Rom ». D’après les associations, ils sont environ 20 000 à vivre dans des bidonvilles en France. Dont à peu près 4 000 en PACA, 2 500 dans le département et 1 500 à Marseille, ville de 800 000 habitants. « Qu’on ne vienne pas nous dire qu’il n’est pas possible de trouver une solution pour un si petit nombre de personnes ! », s’énerve Jean-Marc Coppola, tête de liste du Front de gauche aux dernières municipales.
S’installer, être chassé, fuir, se planquer, se réinstaller…
En l’occurrence, la « solution » est simple : se disperser au gré des exigences contradictoires des autorités et du travail de fourmi des associations. Dix-huit familles, inscrites dans des « parcours d’insertion » sont relogées en hôtel en attendant de se voir attribuer un logement stable. Huit autres comprenant des enfants en bas-âge, des femmes enceintes ou des personnes malades, sont aussi placées en hôtel ; la Fondation Abbé Pierre reloge six familles qui étaient suivies par Médecins du monde. Et mercredi soir, une dizaine d’autres avaient trouvé refuge à l’Eglise Saint-Michel, dans le centre de la ville. Soit autour de 40 familles relogées, au moins provisoirement.
Restent donc entre 200 et 250 personnes, enfants compris, sans toits. Et ce malgré la circulaire du 26 août 2012 qui oblige les autorités à « proposer des solutions d’accompagnement », notamment un hébergement, aux personnes évacués de « campements illicites » [2]. Certains sont repartis en Roumanie, d’autres sont restés dans la région, en quête d’un nouveau terrain à occuper. Auquel cas, il faudra parvenir à justifier d’une présence d’au moins 48 heures sur place pour que l’inévitable demande d’expulsion nécessite un référé en justice, synonyme de répit. S’installer, être chassé, fuir, se planquer, se réinstaller, être chassé, etc. Fatih Bouaroua, responsable de la fondation Abbé Pierre, nomme cela « le rite de Sisyphe ».
Parcours d’insertion
Samson, arrivé en France il y a quatre ans, à l’âge de 16 ans, a déjà connu plusieurs bidonvilles avant d’en être chassé. Expulsé une fois par avion jusqu’en Roumanie, prenant au passage quelques baffes policières, il est revenu. « J’ai toute ma famille ici, une petite soeur de 13 ans qui veut faire avocate et un frère de 17 ans qui veut faire serveur », explique-t-il, non sans fierté. Maniant bien le français, il aimerait être traducteur à l’avenir. En attendant, il travaille « à la ferraille et aux poubelles », ce qui lui rapporte, dit-il, un peu moins de 50 EUR par semaine. Avec sa femme Angutsa, ils commencent à entrevoir le bout du tunnel : suite à un diagnostic, réalisé notamment par l’Association départementale pour le développement des actions de prévention des Bouches du Rhône (Addap), ils sont engagés dans un « parcours d’insertion ». Des perspectives s’ouvrent : l’obtention d’un logement, le suivi d’une formation. De quoi retrouver le sourire.
Car la réalité colle mal à la légende urbaine de ces Roms qui seraient tous des voyageurs férus de décharges et de rempaillage, un peu délinquants sur les bords. « Pour nous, souligne Dominique Idir de l’association Artriballes, l’une des organisations les plus actives sur le site, ce qui caractérise avant tout les habitants du bidonville, c’est qu’il s’agit de migrants économiques. » Quand on évoque la Roumanie (dont sont originaires la plupart des habitants de la Parette), Samson laisse échapper un long soupir. Petre, 51 ans, 6 enfants âgés de 13 à 27 ans est plus explicite : « En Roumanie, sans travail, on avait 10 EUR par mois et par enfant, ça faisait 60 EUR par mois pour payer l’électricité, le bois, la nourriture… impossible de vivre, on est venu ici parce qu’il y a beaucoup plus de chance de trouver du travail. »
« On ne demande pas de logements sociaux »
Pour eux et leurs familles, depuis des mois, la Parette était devenu le village où l’on pose ses quelques bagages, et d’où l’on peut scolariser les enfants. Ce qui est une préoccupation centrale des familles et l’un des critères principaux – avec l’apprentissage du français – pour prétendre à un « parcours d’insertion »(Lire notre article « Une enfance française, du bidonville à l’école… quand l’Etat le permet »). Pour Viorel Costache, arrivé en France en 2002 et installé dans la région de Nice d’où il anime une association de défense des Roms, c’est la clef de tout : « A chaque fois qu’on scolarise des enfants sur la durée, cela accélère l’intégration des familles, assure-t-il. Mais pour mener cela à bien, y compris l’accompagnement scolaire, on a besoin d’un toit. » La question de la viabilisation des bidonvilles est un débat qui anime tous les acteurs de la question Rom. Eux-mêmes y sont globalement favorables. « On sait que c’est la crise en France, relève Viorel, et on ne demande pas de logements sociaux, juste des terrains où l’on pourrait s’installer par petits groupes de 70 à 80 personnes. » Chacun ici a en tête l’exemple de Gardanne. La municipalité, en collaboration avec le tissu associatif, a plus ou moins réussi à viabiliser un espace ou vivent une dizaine de familles Roms qui se sont peu à peu intégrées dans le paysage de la ville.

A la Parette, on était très loin d’envisager une telle intervention des pouvoirs publics. La douzaine de toilettes sèches disponible a été installée avec l’aide d’un collectif d’architecte. Le camp n’a disposé de son propre – et unique – point d’eau qu’en mars dernier. Et « la cabane », lieu de vie collectif du bidonville, où se déroulaient des ateliers pour les enfants et des cours pour les adultes a été construite et animée par l’équipe d’Artriballes. Si l’on excepte la place importante tenue par une poignée d’associations, le rôle de la puissance publique s’est souvent résumé aux visites des policiers venant distribuer des « OQTF », des obligations de quitter le territoire français… La contribution des autorités au débat se résume à une option sémantique inébranlable : ne jamais parler de bidonville mais toujours de campement, forcément « illicite », donc voué au « démantèlement ».
Copains, instituteurs, école : pas le temps de dire adieu
Ces derniers mois, « la cabane » d’Artriballes a joué un rôle de véritable centre social au sein du bidonville. Lieu d’activité, de rencontre, lieu de culte, même, le dimanche matin (beaucoup sont évangélistes). Alors que la date de l’évacuation approchait, son bâtisseur, Kamar Idir, a redoublé de créativité, hérissant la baraque de poupées, poussettes et autres dessins. « Je veux que ceux qui viendront le détruire ne puissent pas ignorer que dans ce lieu, il y a eu des enfants qui ont joué et se sont retrouvés. » Des enfants qui, à trois semaines de la fin de l’année scolaire, ont dû quitter brutalement leur école. « Sans pouvoir dire au revoir à leurs copains, à leurs instits, sans pouvoir participer à la kermesse de fin d’année, c’est ça, concrètement, une expulsion, il faut le dire… » insiste Ahmed Sahraoui de l’Addap.
La veille du départ, alors qu’elle dessinait dans la cabane, Sunamita, 10 ans, nous avait parlé, un peu déçue, de cette kermesse à laquelle elle n’assisterait pas. Mais elle se réjouissait de rejoindre un hôtel le soir même, « avec une douche ». L’instruction ou la propreté, un choix d’enfant ? Le 18 juin, quand Marie Lajus, Préfète à l’égalité des chances a pris la parole vers 8h30 devant l’entrée du bidonville, entourée de CRS pour parler de « diagnostic social », de « droit commun » et de « ressources limitées », elle s’est faite sifflée par les militants présents sur place. Les Roms de la Parette, eux, n’étaient déjà plus là.
Emmanuel Riondé (texte et photos)

Pièces jointes

A Marseille, reprise des expulsions des familles 5 juin 2014

Malgré les réunions multiples et les tentatives de médiation, le rouleau compresseur reprends son rythme sous la pression des nouveaux élus (le maire du XIII XIV et des anciens comme le nouveau président de Marseille Provence Méditerranée) plusieurs centaines de familles vont être à nouveau mises à la rue dés le 17 juin prochain .

Rencontres Tsiganes a alerté le Préfet de Région sur les dangers d’une telle démarche et les associations se mobilisent une nouvelle fois pour faire valoir la raison et le droit.

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APPEL AUX CITOYENS
Aux Syndicalistes, Elus, Responsables Politiques et Associatifs,

Non au démantèlement du site de la Parette sans une solution pour chacun de ses habitants

Une fois de plus nous sommes ici à Marseille, et ailleurs en France, à la veille de nouvelles expulsions des familles Roms, de nationalités Roumaines, Bulgares, Kosovares, installées provisoirement sur des terrains délaissés, dans des bidonvilles, qui ne sont pas des lieux d’habitations décentes, privées d’eau, de sanitaires, de ramassage des ordures.

Nous apprenons l’expulsion programmée au 17 juin, du site de la Parette (Marseille XIè), jetant à la rue, malgré quelques solutions envisagées, la majorité des quelque 400 femmes, hommes et enfants, confrontés à une nouvelle errance.

Au moment où l’Etat mandate une association chargée de la résorption des bidonvilles, prenant la suite du travail engagé des mois durant par d’autres professionnels et bénévoles, ne peut-on pas imaginer plutôt un aménagement de ce site avec le concours de tous, de l’état, des collectivités territoriales, des associations et bien sûr des familles ?

JUSQU’OU LAISSERONS NOUS les familles de migrants être désignées comme boucs émissaires coupables de tout, et notamment de la crise sociale que nous vivons en France et en Europe ?

ALLONS NOUS instaurer « une politique de la race », faisant de ces personnes des êtres à part, privées de tous droits fondamentaux, droit à la dignité, droit à la vie, à l’éducation, à l’accès aux soins, à la mise à l’abri … ?

NOUS REFUSONS cette politique de l’exclusion et du rejet de ces personnes.

NOUS DEMANDONS que la circulaire du 26 août 2012 soit réellement appliquée et que des alternatives soient construites avant tout démantèlement.

NOUS EN APPELONS à la conscience de chacun pour résister aux discours haineux, racistes et xénophobes qui se propagent et se banalisent en France et en Europe, pour affirmer les principes fondateurs de notre société : Liberté, égalité, fraternité.

NOUS VOUS CONVIONS A UNE CONFERENCE DE PRESSE SUR LE SITE DE LA PARETTE, 230 Chemin Saint Jean-du-Désert
LE MERCREDI 11 JUIN À 12 heures

Signataires : CCFD Terre Solidaire – MRAP 13, LDH, Rencontres Tsiganes, Artriballes, Ecole au Présent, 124 Plombières, La Pastorale des Migrants……(associations, Partis, Syndicats)

Pièces jointes

Préfet la Parette Télécharger

Fin de la trève : à Marseille, des expulsions sont annoncées 5 mai 2014

Les associations qui suivent ces familles sont invitées à trouver des solutions pour les mettre à l’abri de nouvelles expulsions. La société ADOMA, (Filiale de la CDC) mandatée par le gouvernement pour réduire les bidonvilles ne semble pas encore en mesure de répondre dans l’urgence aux besoins de plusieurs centaines de familles qui vont être mise à la rue dans les prochaines semaines. ADOMA attend des associations la désignation des familles qui répondent à des critères leur permettant d’accéder à un habitat social. Les associations ont toujours exprimées leur réserve pour jouer un rôle de sélection entre les uns et les autres.

Si cette politique se poursuit à Marseille, en l’absence de solution d’accueil d’urgence, c’est à une nouvelle errance de femmes et d’enfants à travers la ville à laquelle il faut s’attendre dans les prochaines semaines.

Le maire de Marseille porte à n’en pas douter la responsabilité de cette politique de gribouille que nous dénonçons depuis plusieurs années. Les élus mettent en avant les plaintes des CIQ et des riverains pour justifier ce triste jeu de chaises musicales qui ne fait que reporter les nuisances chez les voisins.

A ce jour seul le Préfet représentant de l’État est en mesure de persuader le maire de Marseille à plus de réalisme.

A Gardanne, Vitrolles ou encore Martigues, un dialogue plus constructif  est heureusement engagé avec les mairies
 

Un nouvel opérateur pour lutter contre les bidonvilles 3 avril 2014

« La contribution d’ADOMA s’inscrit, à la demande du gouvernement, dans la mise en oeuvre de la circulaire du 26 août 2012 sur l’anticipation et l’accompagnement du démantèlement des campements illicites .

Elle se fera au niveau national sous le pilotage de la DIHAL qui a déjà engagé de nombreuses actions dans le cadre de sa mission de coordination interministérielle de l’action de l’Etat et d’interface avec les associations partenaires.

Elle se fera sous le pilotage des Préfets sur le terrain dés lors que le préfet missionnera ADOMA »

Une telle décision est une avancée importante dans la prise de conscience que la plus grande partie des familles Roms migrantes présentent en France, pour certaines depuis 10 ans, ont vocation à y rester. 

La responsable de ce programme présente sur le terrain jeudi dernier à Marseille a fait preuve d’une grande écoute et a souhaité nous associer à sa démarche .

 Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps. Ce programme nécessitera des longs mois de discussions et des moyens financiers qui sont encore flous. cette décision marque cependant un changement d’approche plus réaliste de la politique gouvernemental. On peut simplement souhaiter que le nouveau Premier Ministre ne remette pas en cause ce choix

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