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Rencontres Tsiganes

Archives du tag : bidonvilles

A lire : deux articles de la revue PROJET 20 novembre 2015

Zone, bidonvilles, campements : une histoire parisienne (1850-2015)

par Martin OLIVERA

http://www.revue-projet.com/articles/2015-09_olivera_zone-bidonvilles-campements-une-histoire-parisienne-1850-2015/#S1N2

Les bidonvilles en Europe : une production politique

par Tommaso Vitale et Thomas Aguilera

http://www.revue-projet.com/articles/2015-09-aguilera-vitale-les-bidonvilles-en-europe-une-production-politique/

Les deux bouts de la chaîne de l’exclusion 29 mai 2015

Le bateau en cartonMardi 14 au Mazarin, cinéma d’Aix, jeudi 16 au Renoir, à Aix encore, ont été projetés deux excellents films que l’on pourrait faire dialoguer, se faire répondre l’un à l’autre. Le premier est « Le Bateau en carton » (2010) de José Vieira, le second est « Perdus entre deux rives, les Chibanis oubliés» de Rachid Oujdi (2014). Vieira relate la vie d’un bidonville de Roms en région parisienne pris dans le processus des expulsions, Oujdi relate la vie de ces vieux travailleurs maghrébins, restés en France et vivant leur solitude entre deux rives qui ne les reconnaissent ni l’une ni l’autre. Essayons ce dialogue entre eux.

Le film de Vieira est austère mais pas misérabiliste, les gens sont positifs, ils veulent vivre, ils ont l’avenir devant eux et veulent le saisir. Le second est solaire. Il montre une population très âgée, finissante, souffrant de solitude, mais souriante tout au long des images, maniant l’humour, gardant l’amour de la vie (et de la France, malgré tout !) malgré les difficultés.

La vie des bidonvilles des années 50 et 60 est évoquée, lorsque ces Chibanis étaient jeunes, qu’ils sont venus travailler pour faire vivre leurs familles restées au bled. La pluie, la boue, les cabanes froides et non étanches, la corvée d’eau. Dans une France des « 30 glorieuses » ces gens étaient les acteurs de notre développement tout en vivant aux marges dans une situation indigne.[1] Dans les années 2000 voici les mêmes bidonvilles qui renaissent, toujours dans la boue et avec les corvées d’eau, toujours les cabanes suintantes. Cette fois-ci avec des familles entières à qui on refuse de travailler, alors que les Maghrébins étaient des hommes seuls qui travaillaient dur, on les avait fait venir pour cela. Des Roms, on ne veut pas qu’ils arrivent. Le traitement des bidonvilles par les autorités a donc été bien différent : tout bidonville est édifié sur un terrain vague, par définition illicite (il n’appartient pas aux occupants), mais dans les années 50 on s’en moquait, on voulait que les gens restent et bossent, ne retournent pas « chez eux », ce « chez eux » qu’ils vont donc perdre. Maintenant on se braque sur cette illicéité pour les pourchasser, espérant que leurs habitants s’enfuient « chez eux ». Dans un cas comme dans l’autre, on ne sait plus ce que signifie « chez eux ».

Les maghrébins étaient des hommes seuls, venus pour envoyer de l’argent à leurs femmes pour élever les enfants qu’ils ne connaissaient pas, ou si peu. Ils ont accepté cette séparation pour devenir des soutiens uniquement économiques. Ceci est leur souffrance actuelle, leurs enfants ne les (re)connaissent pas. La France les abandonne à leur sort, elle ne les voit plus. Et s’ils sont défendus, ils deviennent un « problème », ces quelques centaines de milliers de vieux ! Les Roms sont venus en famille, ont refusé cette séparation, c’est sur place qu’ils les nourrissent en glanant quelques euros. La présence des familles explique en partie le rejet. Les hommes seuls étaient baladés d’un bout à l’autre de l’Hexagone pour répondre à nos besoins, et on comptait bien les voir disparaître quand ils ne serviraient plus. Mais des familles, avec enfants, alors qu’on dit ne pas avoir besoin de leur travail (ce qui est une erreur ou un mensonge suivant le cas), cela inquiète, cela est « insupportable », pour qui se prennent-ils ? Ils deviennent le problème central, ces quelques 20000 personnes … dérisoire ![2]

Les Chibanis subissent une grande pauvreté (l’un disait avoir une retraite de 140€ mensuels). Les règlements exigent de rester au moins 6 mois en France pour toucher la totalité des retraites et allocations diverses. Sinon ce qu’ils toucheraient serait infime, cela après quarante ans de travail ! Mais ne peut-on changer une loi ou une réglementation quand ses conséquences entraînent une telle injustice ?[3] Non, parait-il, leur régime s’applique à tout le monde. On oublie qu’ils n’ont pas été au régime général (boulots non déclarés, papiers égarés – ils sont en majorité analphabètes – parce que personne ne s’est occupé de les aider à constituer des dossiers ou à déclarer leur travail, lorsqu’ils étaient en activité). Misère totale pour les Roms. On leur refuse des contrats de travail, ils sont alors sous-payés (30€ est un « bon salaire » quotidien… quand on les embauche), ils n’ont aucune aide, ni allocations familiales, ni aide au logement, puisqu’ils n’ont pas de contrat ! « Ils seraient une charge insupportable pour le système social français ». Ne parlons pas du RSA ou d’autres allocations. On leur refuse même l’aide juridictionnelle quand on les convoque au tribunal pour les expulser car « ils ne prouvent pas qu’ils sont pauvres ». Changer le règlement, ou l’appliquer avec souplesse serait un passe-droit insupportable (a précisé le Sous-préfet d’Aix).

On voit un Chibani du film à qui on réclame environ 19000€ de « trop perçu » parce qu’il est resté un an au Maghreb à cause de sa fille très malade. Donc il doit rembourser ce qu’il a perçu les trois années précédentes. S’il s’agissait de 19 millions d’euros, l’administration ferait sûrement une transaction (il n’est pas besoin d’évoquer Tapie ou Balkany ou quelques autres) comme elle en a le pouvoir, mais pour lui, pas question, il rembourse mois après mois…et il garde le sourire quand il l’évoque ! Quant aux Roms, quand ils font de la ferraille sur les décharges, ils se font arrêter puis condamner par les tribunaux (ils n’ont pas la chance d’être sur le bidonville du Caire qui fait vivre des milliers de gens, nous sommes en France tout de même !), c’est la loi…inventée pour qui ? Les banques refusent de leur ouvrir des comptes (la ferraille doit – règlement assez récent, visant qui ? – être payée par chèque). La raison invoquée par le capitaine de gendarmerie témoin de la chose : en Roumanie il existe des faux-papiers, alors il faut se méfier ! Il n’y a pas de faux-papiers à Marseille ? Qu’en sait-il sur la Roumanie ? Ainsi, dans les deux cas, les administrations, censées permettre aux citoyens de vivre, sont des machines à exclure. Racisme ordinaire…

Cette façon de faire de l’Administration est sous-tendue par cette idée récurrente de la fraude. Tous ces pauvres, Chibanis ou Roms (et tous les autres  « pauvres » d’ailleurs) seraient des fraudeurs en puissance (et des voleurs pour les Roms, tous bien sûr). Pas les autres « bons français », les Cahuzac, Tapie ou Balkany, ou encore Tiberi, pour parler des grands, ou les braves gens qui ne font pas de vagues. Mais les pauvres ! Alors pour eux il y a surveillance, méfiance, durcissement des réglementations, amalgames (« si ce n’est toi, c’est donc ton frère »), atmosphère puante dans laquelle nous marinons.

Les Chibanis sont des migrants. En 50 ils étaient soumis au code de l’Indigène, bien que français : on pouvait les déplacer librement, pour les besoins de la France. On les a transplantés en France pour nous servir. Nous avons fabriqué des migrants et ils l’ont accepté, bien obligés de nourrir leurs familles. Les Roms sont aussi des migrants, mais ce sont eux qui ont décidé de quitter leur pays qui ne leur proposait que le chômage et l’exclusion. Nous n’en voulons pas, les pensant inutiles. Ils sont venus pour les même raisons que les autres. Les premiers font verser une larme à notre député : « c’est nous qui les avons fait venir et voilà le résultat ! », ils sont de « bons pauvres », de « bons migrants ». Les seconds ont la malchance d’être de « mauvais pauvres ou migrants », alors on botte en touche quand on les évoque. Comme a dit notre Sous-préfet : « ce sont eux qui se sont mis dans leur tort en venant », fermez le ban. Mais les « bons » ou les « mauvais » sont de toutes façons les exclus du système, ceux qui payent dans leur chair et leur cœur pour l’indifférence et la haine des autres.

Que faire ? Les uns ont proposé une pétition, immédiate. Les autres une manifestation. Très bien, mais après ? On est devant une machine étatique à exclure, qui broie les personnes. Derrière cette machine se cachent les braves gens. « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Si on peut mépriser les Chibanis, c’est que finalement ils auraient dû rentrer « chez eux », ce « chez eux » qu’ils ont perdu à notre service. Si on dit tellement de mal des Roms, c’est bien que ce doit être vrai, et eux aussi pourraient rester « chez eux », ce peuple que chaque pays a considéré comme « gens d’ailleurs ».

Cette machine, aveugle, injuste, broyeuse de vies, est au service de certains. Elle n’est pas une machine folle, mais une machine dirigée, elle est au service de certaines volontés. C’est à ces volontés qu’il faut s’attaquer. Partout le peuple doit manifester qu’on ne peut pas mépriser des travailleurs qui ont passé leur vie à œuvrer pour nous, qu’on ne peut pas accepter la chasse à des familles qui essayent de survivre dans un monde qui ne veut pas d’elles. Nous sommes tous responsables de nos dirigeants, nous sommes tous responsables de l’atmosphère dans laquelle nous vivons[4].

Marc Durand

Vendredi 17 avril 2015

 

[1] Les deux films montrent bien l’indignité, l’horreur des lieux, habités par des gens dignes. Cet hiver le bidonville de Luynes n’avait rien à leur envier. La réalité est chez nous.

[2] Quand il y a des élections, les 300 000 (environ) Chibanis ne sont pas évoqués, ils sont tombés dans l’indifférence de tous. Et on se concentre sur les 20 000 Roms qui seraient « le problème » de la France à voir la place qu’ils prennent à ce moment ! ils suscitent la haine de tous.

[3] Tout étudiant en Droit apprend dès le début de ses études que le Droit n’est pas un but, mais un moyen de permettre à une société à vivre en conformité avec ses valeurs, et qu’il doit constamment évoluer pour le permettre.

[4] « Responsables » ne signifie pas « coupables », mais « en responsabilité ». Cette situation est de notre responsabilité.

Pièces jointes

Avis sur le respect des droits fondamentaux des populations vivant en bidonvilles 8 décembre 2014

Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

Avis sur le respect des droits fondamentaux
des populations vivant en bidonvilles

Mettre fin à la violation des droits
Assemblée plénière du 20 novembre 2014
(Adoption à l’unanimité)
·

Alors que l’année 2012 avait suscité un regain d’espoir quant au respect des droits fondamentaux des populations vivant en bidonvilles, illustré notamment par la circulaire interministérielle du 26 août 2012, il est nécessaire de constater deux ans après que l’on est encore très loin du « traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale » appelé dans son préambule.

· La CNCDH s’est saisie de la question du respect des droits fondamentaux des populations vivant en bidonville, alertée par le nombre d’évacuations sans précédent enregistrées au cours de la dernière année. La Commission dénonce l’application partielle et hétérogène sur le territoire de cette circulaire – dont le volet répressif a supplanté les actions d’insertion et d’accompagnement social – et estime qu’on ne peut construire une politique sur la violation des droits.

· Ces évacuations forcées contraignent ces personnes à l’errance et rendent impossible l’accès aux droits fondamentaux. Elles illustrent par ailleurs une volonté répressive guidée par une acceptation grandissante des attitudes racistes et discriminantes à
l’égard des populations roms migrantes vivant en bidonville. Ces dernières sont présentées trop fréquemment comme un « groupe à part », associé à l’insalubrité, à la délinquance et aux expédients, et ne souhaitant pas s’intégrer.

· L’accès au droit commun des populations vivant en bidonville prime sur toute autre considération et relève de deux conditions préalables :
– Dans l’urgence, la Commission recommande l’arrêt immédiat des évacuations debidonvilles sans que des solutions de relogement et d’accompagnement dignes,adaptées et pérennes soient proposées aux familles.
– A moyen et long terme, la Commission appelle à une stratégie des en sibilisation et de lutte contre un racisme « anti-Roms » prégnant dans l’ensemble de la société,condition incontournable à une politique d’Etat humaine et cohérente.

· A cet égard, la CNCDH recommande la mise en place de dispositifs effectifs de domiciliation pour les populations vivant en bidonvilles, condition préalable à l’accès au panel des droits sociaux garantis en France.

· La Commission recommande que tombent les obstacles illégaux qui font barrage au respect effectif du droit à la scolarisation des enfants vivant en bidonville, scolarisation
d’autant plus nécessaire qu’elle limite les risques encourus par une population jeune et rendue vulnérable par ses conditions de vie.

La CNCDH appelle au soutien des services de protection de l’enfance auprès d’une population encore trop méconnue. L’attention portée aux phénomènes de délinquance dissimule la vraie problématique de l’exploitation des mineurs et des réseaux de traite dont ces enfants sont avant tout victimes.

· La CNCDH recommande la suppression des entraves à l’accès aux soins et aux prestations sociales entretenues par certains organismes sociaux ainsi que la systématisation des dispositifs de médiation sanitaires.

· Dans le cadre de la fin des mesures transitoires, la CNCDH appelle à une clarification des conditions d’accès aux prestations pour demandeurs d’emploi (tant auprès de la population qu’auprès des services concernés) ainsi qu’à l’accès effectif à l’ensemble
des dispositifs d’insertion professionnelle.

· Enfin, en matière de liberté de circulation et de droit au séjour, la CNCDH recommande le plein respect du droit européen.

Pièces jointes

CNCDH 20 nov 2014 Télécharger

Un nouveau patron à la DIHAL 11 octobre 2014

« A l’heure où je quitte mes fonctions de Délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées, je souhaite remercier toutes celles et ceux qui accompagnent l’aventure de la Dihal.
Tout au long de ces six années, avec mon équipe, nous avons essayé de transformer la prise en charge des personnes les plus exclues. Je suis fier du travail accompli et je mesure tout ce qu’il reste à faire.
La précarité continue de progresser dans le pays, plus que jamais il est nécessaire de mener le combat pour la faire reculer.
J’ai toujours considéré que servir l’Etat, c’est s’engager au service de laj ustice, des plus défavorisés et de l’intérêt général. Dans cette période de profondes mutations économiques et sociales, notre pays a besoin de fonctionnaires et de citoyens qui portent avec conviction cet idéal et cette exigence.
Je souhaite un plein succès à mon successeur Sylvain Mathieu.
A bientôt. »
– Alain Régnier –

 

Sylvain Mathieu, un énarque spécialiste de l’action sociale, a été nommé mercredi 8 octobre par décret à la tête de la délégation interministérielle pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans-abri ou mal-logés (DIHAL), dont les missions incluent des problématiques concernant les Roms et les « gens du voyage », a annoncé le ministère du Logement….

Un délai de grâce pour le préfet Alain Régnier 31 juillet 2014

 C’est peut-être les nombreuses réactions  d’inquiétudes qu’avaient entraîné l’annonce de son départ qui a conduit le gouvernement à temporiser. On nous promet un remplacement en septembre qui sera chargé de ‘dynamiser’ la politique engagée par son prédécesseur.

On peut vivre d’espoir!!!

Un nouvel opérateur pour lutter contre les bidonvilles 3 avril 2014

« La contribution d’ADOMA s’inscrit, à la demande du gouvernement, dans la mise en oeuvre de la circulaire du 26 août 2012 sur l’anticipation et l’accompagnement du démantèlement des campements illicites .

Elle se fera au niveau national sous le pilotage de la DIHAL qui a déjà engagé de nombreuses actions dans le cadre de sa mission de coordination interministérielle de l’action de l’Etat et d’interface avec les associations partenaires.

Elle se fera sous le pilotage des Préfets sur le terrain dés lors que le préfet missionnera ADOMA »

Une telle décision est une avancée importante dans la prise de conscience que la plus grande partie des familles Roms migrantes présentent en France, pour certaines depuis 10 ans, ont vocation à y rester. 

La responsable de ce programme présente sur le terrain jeudi dernier à Marseille a fait preuve d’une grande écoute et a souhaité nous associer à sa démarche .

 Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps. Ce programme nécessitera des longs mois de discussions et des moyens financiers qui sont encore flous. cette décision marque cependant un changement d’approche plus réaliste de la politique gouvernemental. On peut simplement souhaiter que le nouveau Premier Ministre ne remette pas en cause ce choix

Pièces jointes

Le Monde ADOMA Télécharger
mission ADOMA Télécharger

La France construit sa politique anti-roms sur des cadavres 12 juin 2013

La France construit sa politique anti-roms sur des cadavres

15 mai 2013 Par philippe alain

 

Depuis lundi 13 mai 2013, la politique de stigmatisation menée par la gouvernement français contre les roms ne se chiffre plus seulement en nombre de reconduites à la frontière ou en nombre de destruction de bidonvilles. Elle se chiffre désormais en nombre de cadavres. Beni, un garçon de 12 ans, ainsi que 2 femmes, Pamela et Patrina sont morts, brûlés vifs, dans l’incendie de l’immeuble dans lequel ils vivaient à Lyon depuis 8 mois.
Il y a quelques jours, en prévision d’une expulsion à venir, la mairie de Lyon, dirigée par le très socialiste Gérard Collomb coupe l’électricité, tenez-vous bien, pour des raisons de sécurité… Les squatteurs ont osé se brancher sur un distributeur de courant et monsieur Collomb craint probablement que des enfants s’électrocutent. Bien lui en a pris, personne n’est mort électrocuté. Il oublie juste que les Roms sont comme nous, ils ont besoin de lumière. (1) Faute de courant, ils s’éclairent donc à la bougie et trois d’entre eux en sont morts.
Quelques heures après l’incendie, alors que les pompiers travaillent toujours sur les lieux du sinistre et que de nombreux journalistes sont présents, les familles se regroupent sur la place voisine. C’est toute la communauté rom de Lyon qui vient présenter ses condoléances aux familles endeuillées. Un peu plus tard dans la matinée, des hommes en noir affublés d’oreillettes blanches descendent de grosses berlines. Les journalistes quittent la place et le bruit commence à courir que Manuel Valls arrive sur les lieux du drame. Dans la confusion la plus totale et en évitant soigneusement les familles, Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur, Christine Taubira, Ministre de la Justice, Gérard Collomb, maire de Lyon, Jean-François Carenco, Préfet de la région Rhône-Alpes vont se présenter devant le bâtiment qui fume encore.
Pas une de ces personnalités qui représentent les plus hautes institutions de la République et élevées dans le sérail des grandes écoles françaises où on n’enseigne visiblement pas la politesse la plus élémentaire, ne va venir présenter ses condoléances aux familles qui attendent à quelques mètres. Les roms sont-ils dangereux ? Manuel Valls aurait-il peur de femmes et d’enfants tétanisés par la douleur ? Un geste, une parole, un simple regard d’un ministre pour dire aux familles que la République Française s’incline devant leur douleur ? Non, rien, rien de rien. Roms vous êtes, roms vous resterez. Au contraire, Valls, oubliant la souffrance dans laquelle sont plongées les familles endeuillées va réaffirmer le leit-motiv de sa pré-campagne présidentielle qui est également devenu le fondement de la politique du gouvernement français contre la minorité rom : « Il faut poursuivre le travail de démantèlement et d’évacuation des campements », « comme l’a si bien commencé Nicolas Sarkozy » aurait-il pu ajouter. Aucune pudeur, aucune retenue. Alors qu’il a sous les yeux le résultat de plusieurs années d’expulsions à répétition, il répète inlassablement les même paroles et promet la même politique qui est responsable de la mort de 3 personnes. Valls tient absolument à continuer la chasse aux femmes, aux enfants, aux vieillards. Il tient absolument à les condamner à vivre dans des endroits de plus en plus dangereux quitte à ce qu’ils en meurent.
Madame Taubira, qu’on a connu plus inspirée se contente d’approuver les propos de son ministre de tutelle, comme si elle n’avait plus aucun rôle politique et humain à jouer après sa loi sur le mariage homosexuel.
Au moment de repartir, Valls se fait interpeller par un homme. Le ministre refuse de parler à un père et une mère qui sont submergés par la douleur d’avoir perdu un fils, mais il n’hésite pas à venir serrer la main d’un riverain qui demande l’expulsion des familles depuis des mois. Le voisin se plaint de vivre dans des « conditions épouvantables », abandonné de tous (rassurez-vous, il n’a jamais mis les pieds dans le squat, il parle seulement de la vue depuis son balcon). Valls vient le saluer et tenter de répondre à ses critiques. Alors que la discussion s’engage et que les journalistes commencent à enregistrer l’échange, monsieur Carenco, préfet de région, visiblement sur-excité repousse violemment plusieurs d’entre eux afin d’éviter une médiatisation des propos le mettant en cause.
Carenco. Préfet sous Sarkozy, préfet sous Hollande. Préfet pour toujours ? On garde les mêmes pour appliquer la même politique raciste de stigmatisation des étrangers. A Lyon, on gaze les enfants roms (2) on les parque dans des classes ghetto (3) et on met en garde-à-vue des bébés (4). En revanche on n’applique pas la circulaire inter-ministérielle censée apportée d’autres solutions que les expulsions. Carenco sera-t-il aussi préfet sous Le Pen ? « Le préfet de région a une grande part de responsabilité… Sur le terrain les expulsions se poursuivent malgré la circulaire du 26 août 2012 » accuse le sénateur Guy Fischer.
Dans l’après-midi, alors que journalistes et politiques sont partis, les proches des victimes attendent que les pompiers sortent les corps du bâtiment. L’ambiance sur la place est lourde. L’odeur âcre de la fumée fait mal à la gorge. Certains espèrent toujours et demandent désespérément s’il est possible qu’il y ait encore des survivants : « Il ne sont peut-être pas morts… ». Alors que la grande échelle s’approche d’une fenêtre afin de permettre à un pompier de prendre des photos, plusieurs dizaines de personnes s’approchent du bâtiment en criant le nom de l’enfant : « Béni, Béni » Face à ce mouvement de foule, un policier bien formé à l’école de Valls se fait menaçant et sort de son gilet une bouteille de gaz lacrymogène histoire de montrer aux femmes et aux enfants de quel bois il se chauffe. Pendant plusieurs heures, les familles sont totalement abandonnées à leur sort. Une femme perd connaissance plusieurs fois. La police municipale, à quelques mètres reste les bras croisés. Il n’y a aucun médecin, aucun psychologue, aucun soutien.
Mardi matin, alors que les corps calcinés de Beni, Pamela et Patrina viennent à peine d’être sortis des décombres fumants de l’immeuble, le préfet Carenco ordonne l’expulsion d’un nouveau squat. Une trentaine de personnes dont 15 enfants sont jetées à la rue, sans aucune proposition d’hébergement. Elle dormiront dans la rue, avec des enfants en bas âge, dans les conditions d’insécurité que l’on peut facilement imaginer, avant de retrouver un autre squat, probablement encore plus dangereux et insalubre. Valls nous expliquera à nouveau qu’il faut les expulser pour leur plus grand bien. Voilà une preuve de plus du discours mensonger du ministre qui, quelques heures auparavant, soulignait qu’il fallait poursuivre les expulsions tout en proposant des « solutions dignes ». Pour Valls, la rue est plus digne que le cimetière. Je n’en suis pas sur.
L’extrême droite à de beaux jours devant elle. Après Sarkozy, elle peut compter sur Hollande, Valls et les socialistes pour tenir le même discours de haine contre les étrangers et appliquer la même politique discriminatoire et hors la loi contre les roms. La France profonde applaudit, l’Union Européenne, pas son silence est complice. Marine Le Pen se frotte les mains. Manuel Valls, lui, ne pense qu’aux présidentielles. Le fait que son chemin soit désormais parsemé de cadavres ne le perturbe pas un seul instant. « Il faut continuer le travail » ose-t-il dire.
Mardi soir, la préfecture du Rhône fait savoir que les expulsions vont s’accélérer dans les jours à venir. La chasse aux Roms est ouverte. La campagne des municipales également.
Valls prétend que les roms n’ont pas vocation à s’intégrer en France. En les obligeant à vivre comme des chiens errants à la rue ou à brûler vifs dans des squats ils est certain d’avoir raison.

Des nouvelles du forum européen des Roms 14 septembre 2012

Echos du Forum européen des Rroms

 par la rédaction de Dépèches Tsiganes

Réunis à Strasbourg les 6 et 7 septembre derniers, les délégués des organisations rroms apportent des analyses inattendues sur la politique française à l’égard des Rroms migrants. Reportage dans les coulisses de l’assemblée plénière du Forum européen des Rroms et gens du voyage (ERTF)
La suite :
« Nous ne voulons pas de bidonvilles. Le gouvernement a raison de lutter contre », Brahim Music, délégué représentant des Rroms migrants vivant en France. « Il faut s’attaquer efficacement à la misère et au mal logement », Francine Jacob, déléguée française. « Les gouvernements qui exportent la misère vers les pays de l’Ouest nous inquiètent », May Bittel, délégué suisse, « Les bidonvilles, c’est d’abord une question de droits de l’homme, pas spécialement une question de droit des Rroms », Milo Delage, délégué des gens du voyage français.

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Les délégués du forum lors du dépôt de gerbes en mémoire des victimes du génocide
Photo F.J.
Exigences pour éradiquer les bidonvilles
Dans les coulisses du Conseil de l’Europe où la diplomatie feutrée est de mise, ces bribes de réactions traduisent de profondes inquiétudes. Les délégués francophones constatent sans surprise que, faute d’emplois et de logements, les services sociaux français n’arrivent pas à trouver des solutions satisfaisantes. Ce constat vaut autant pour l’ensemble des 100 000 personnes à la rue en France que pour les migrants de l’Est. « Nous ne pouvons laisser ces gens rroms ou non, émigrés ou français, dans des conditions de vie indignes d’un pays comme le nôtre », martèle Milo Delage au nom des voyageurs français. « En ne se penchant que sur les bidonvilles dits rroms, on oublie la majorité des Rroms qui sont intégrés par leur propre volonté sans avoir besoin d’aides particulières », martèle Brahim Music qui pointe les effets pervers des dispositifs spéciaux mis en place pour les Rroms. « Des ONG et des associations caritives ont besoin de ces bidonvilles et des subventions qui leur sont données pour y intervenir », dénonce-t-il. Vu de la Suisse qui vient de durcir les conditions d’octroi du statut de réfugié pour les ressortissants des Balkans, May Bittel attire l’attention sur les politiques d’exportation de la misère menée par les Etats de l’Est. « La Roumanie reçoit beaucoup d’aides, mais les conditions de vie des Rroms ne s’améliorent pas. Tout semble fait pour encourager une émigration que les pays de l’Ouest ne peuvent assumer ». De son côté, Francine Jacob déplore que ces débats sur l’émigration entre l’Est et l’Ouest aboutissent à remettre en cause la citoyenneté des Rroms dans chacun des pays et à limiter les droits à la libre circulation. « Sous prétexte que des familles se retrouvent dans la misère, tous les Rroms se retrouvent suspects et l’anti-tsiganisme progresse partout ».
Solidarité active avec les gens du voyage
Loin de rester dans la bulle confortable des instances européenne, les délégués francophones ont rendu visite à un groupe de grand passage en stationnement conflictuel à la lisière de Strasbourg. « La communauté urbaine ne dispose pas encore de terrain de grand passage, nous avons donc dû trouver par nous-mêmes un site pour nos 110 familles », explique l’un des responsables* de cette mission évangélique, qui déplore les difficultés pour obtenir un raccordement tarifé au réseau d’eau potable. « Nous avons un léger désaccord commercial avec l’exploitant du champ qui exige 15 000 EUR pour son herbe alors que nous lui en offrons 600 EUR », explique-t-il en précisant avec humour qu’il songe à se reconvertir dans l’agriculture. Arrivé fin août après la récolte de l’herbe, le groupe mise sur le sens de la mesure des juges pour déterminer un juste prix. « Malheureusement en Alsace nous manquons d’avocats compétents, précise le pasteur qui, en urgence, a recruté et formé un défenseur apte à représenter les familles dans cette affaire. « Au moins, pour la rentrée scolaire, les enfants ont été acceptés sans difficulté dans les écoles », témoigne une mère de famille. Elle fait remarquer aux délégués que les jeunes voyageurs, bien élevés, respectent les potagers voisins et participent activement à la propreté du site en ramassant les rares papiers tombés par terre aux abords du chapiteau qui sert de lieu de rassemblement et de prière. « Pourtant, ils auraient des raisons d’être en colère avec toutes les difficultés qu’on nous fait », précise-t-elle en évoquant les coupures d’eau qui, au début de l’étape, ont rendu la vie quotidienne compliquée. « Nous n’avons pas tous des réservoirs d’eau. Bien sûr, quand on nous coupe l’eau nous partageons, mais ce n’est pas la même chose que d’être relié au réseau. Dans les maisons, personne ne se permet de priver une famille d’eau potable et de l’obliger à compter sur ses voisins », dénonce une autre mère de famille.

La France, un point sur la carte des 47 Etats de l’Europe

Dans les séances de l’assemblée plénière du Forum, les délégués français ont participé, comme leurs collègues des autres Etats, aux débats qui ont balayé l’ensemble de la situation des Rroms sur le continent. Ils se sont aussi penchés sur le fonctionnement du Forum et les faiblesses de cette organisation mal connue, qui peine à agir concrètement sur le terrain.
Pour en savoir plus : ne manquez pas nos prochains articles sur les retombées de cette assemblée.
Lisez ou relisez notre article du 4 septembre : http://www.depechestsiganes.fr/?p=4437

Pièces jointes

Une démagogie odieuse et sans limite 23 novembre 2011

 La journaliste qui publie cet article semble coutumière de ce type de reportage  digne de la « presse de caniveau » et qui  cherche à attiser la peur et le racisme quotidien. Malgré nos interventions répétées auprès de la direction du journal, elle semble poursuivre son travail de mise en condition de l’opinion. Personne ne nie que la présence de squats importants de familles Roms dans certains  quartiers de la ville est une source de nuisances et de conflits de voisinage avec des habitants souvent eux-mêmes en but à à la  pauvreté et à la précarité. Cela n’est pas une raison pour les inciter au rejet et à la haine des autres.
Mais il y a plus grave:  la présence à cette manifestation du Préfet de Police Mr Alain GARDERE, ancien membre du cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée.  Certes, on signale qu’il est là à titre privé, en civil, un samedi après midi mais personne n’est dupe. La présence et les propos tenus par un haut fonctionnaire représentant de l’Etat, montre la dramatique dérive politicienne de l’appareil d’Etat au service d’une cause la plus honteuse : la xénophobie.
Qui a parlé de l’Etat impartial ?

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Le Préfet et le CIQ Télécharger

Quand les bidonvilles réapparaissent ! 22 octobre 2011

Cette première rencontre  a pour but de dresser un état des lieux  sur la présence des Roms dans le département des Bouches-du-Rhône et de proposer aux acteurs institutionnels des moyens pour répondre aux attentes de ces familles. 
 
Elle s’adresse aux travailleurs sociaux, aux militants associatifs mais aussi à tous les citoyens  qui s’interrogent  et se sentent concernés par la présence et la détresse de ces nouveaux migrants.
 
 Voir pièce jointe pour inscription  

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