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Archives du tag : Italie

En Italie la chasse au Rroms rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire récente 15 juillet 2008

{{Le Conseil de l’Europe foudroie l’Italie concernant le relevé d’empreintes digitales des Roms}}

Publié: lundi 30 juin 2008

L’autorité européenne en charge du respect des droits de l’homme a présenté une déclaration exceptionnellement sévère. Elle fait allusion au fait qu’un projet des autorités italiennes visant à relever les empreintes digitales des Roms équivaut à du fascisme.

Contexte:

Le ressentiment envers les Roms s’est intensifié après l’établissement de plusieurs campements illégaux. Des riverains ont même incendié des campements à l’extérieur de Naples.

Il est évalué que quelque 160 000 Roms vivent en Italie, dont 70 000 sont des ressortissants italiens. D’après l’ONG Opera Nomadi, les autres sont des immigrants d’Europe orientale, principalement en provenance de la Roumanie (environ 60 000 personnes).

Silvio Berlusconi a nourri un profond ressentiment à l’égard des Roms lors de sa campagne présidentielle. 12 jours seulement après la constitution de son gouvernement, la Commission européenne a averti le gouvernement italien de ne pas prendre de mesures extrêmes contre les Roms. Les autorités roumaines craignent également que le ressentiment à l’égard des Roms
n’affectera les Roumains respectueux des lois et vivant sur le territoire italien (EurActiv 21/05/08 http://www.euractiv.com/en/socialeurope/commission-warns-italy-expel-roma/a rticle-172550 ).

M. Berlusconi est récemment revenu sur son projet controversé qui ferait de l’immigration clandestine une infraction pénale, suite aux fortes critiques des Nations unies, du Vatican et du Parlement européen.

Bien que le ministre italien de l’Intérieur Roberto Maroni, leader du parti xénophobe La Ligue du Nord, ne considère pas que ses projets concernant un recensement des Roms en Italie basé sur le relevé des empreintes digitales soient discriminatoires, la plus ancienne institution européenne, spécialisée dans les droits de l’homme, le voit d’autre œil.

Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, a déclaré dans un communiqué écrit que « cette proposition prête à des analogies historiques qui sont tellement évidentes qu’il est inutile de les citer ».

M. Davies a limité ses critiques au ministre, sans aller jusqu’à condamner le gouvernement de Silvio Berlusconi dans son ensemble.

« Je pense que la démocratie et les institutions de l’Italie sont suffisamment mures pour empêcher de telles idées de devenir des lois mais je suis néanmoins inquiet de ce qu’un haut responsable du gouvernement de l’un des Etats membres du Conseil de l’Europe ait apparemment avancé une telle proposition », affirme M. Davies.

M. Maroni justifie sa proposition sur le recensement des Roms par la nécessité de mieux les contrôler puisqu’ils se déplacent souvent d’une ville à une autre pour échapper aux contrôles. Cette mesure concerne également les enfants, qui sont quelque fois exploités par les parents pour se livrer à la mendicité, a-t-il déclaré, ajoutant que ces parents perdraient la garde de leurs enfants.

Les propositions du ministre ont également été attaquées au niveau national en Italie. Le leader de l’opposition centriste, Pier Ferdinando Casini, les a qualifiées « d’actes racistes ». Les groupes militant pour le respect des droits de l’homme ont fortement condamné le projet italien visant à relever
les empreintes digitales des Roms. Mais un sondage télévisé sans valeur scientifique a révélé que les projets de M. Maroni visant à mieux maîtriser les déplacements des Roms avaient été soutenus sans réserve par 80% des Italiens.

Luciano Scagliotti de la section italienne du Réseau européen contre le racisme a déclaré à EurActiv qu’une loi ou une mesure basée sur l’appartenance ethnique peut avoir des conséquences très importantes.

« C’est une violation non seulement des principes généraux [mais aussi] une violation des traités européens, de ce fait cette mesure est inacceptable », a-t-il renchéri. « C’est exactement comme le recensement des Juifs par l’Allemagne nazie en 1938 », a-t-il déclaré.

M. Scagliotti a ajouté qu’un certain nombre d’ONG spécialisées préparent actuellement un dossier destiné à la Commission européenne pour demander à ce qu’elle impose à l’Italie les mêmes sanctions que celles appliquées à l’Autriche en 2000, lorsque le Parti de la liberté du responsable politique de l’extrême droite, Jöerg Haider, a rejoint le gouvernement.

Positions:

Rosy Bindi, l’ancienne ministre en charge de la Famille dans le gouvernement de centre gauche qui a été évincé en janvier, a déclaré que l’initiative était inacceptable. Celle-ci mènerait à un registre ethnique qui traiterait les enfants Roms comme s’ils étaient des criminels endurcis.

Vincenzo Spadafora, le président de l’UNICEF en Italie, a affirmé qu’il était sérieusement inquiet, ajoutant que le gouvernement agirait d’une manière discriminatoire à moins qu’il ne relève les empreintes digitales de chaque enfant en Italie.

Amos Luzzatto, l’ancien président de l’Union des communautés juives en Italie, a averti que la mesure relative au relevé d’empreintes digitales établit un dangereux précédent. Il a déclaré que cette mesure initiera
ensuite l’exclusion des enfants des écoles, la séparation des classes et la généralisation de la discrimination. En rappelant le passé fasciste de l’Italie, il a ajouté que l’Italie est un pays qui a perdu la mémoire.

Amnesty International et la ligue antidiffamation pensent que l’idée derrière le relevé d’empreintes digitales des Roms est de les effrayer pour qu’ils quittent les grandes villes et de préparer le terrain pour les expulsions.

En Italie, la chasse aux Roms est ouverte 18 mai 2008

{{ {{{De la part de l’ENAR Italie (réseau européen contre le racisme),}}} }}

à soutenir face à ce scandale
amitiés

Cher(e)s ami(e)s,

en Italie la haine contre les Roma, Sinti et gens de voyage est désormais devenue une véritable pogrom. En 72 heures, au moins 7 attaques avec cocktail Molotov contre les camps; attaques avec bâtons et pierres contre le personnes. Milliers des personnes ont abandonnée les camps pour se sauver ; une politique de « terre brulée », c’est-à-dire mettre le feu aux habitations abandonnées pour empêcher le retour, est mise en place par le « bons citoyens » Italiens. La nuit passée, incursions policières avec des centaines d’arrestations. Plus grave du tout, la construction politique et médiatique de l’ « émergence Roma », c’est-à-dire d’une menace à la sécurité publique portée par un groupe ethnique : le racisme pur et simple. On est pas loin des lois raciales.

On a besoin que la voix des antiracistes, et en première lieu la voix des organisations des Roma, Sinti et gens de voyages se lève. On a besoin de montrer au Gouvernement Italien que le Roma et Sinti en Italie ne sont pas seul(e)s. Je vous demande de faire circuler l’information et d’envoyer – et inviter à envoyer – des mail pour exprimer votre préoccupation pour la situation en Italie au Ministre de l’Intérieur, M. Roberto Maroni (roberto.maroni@interno.it ). Pas besoin de long discours politique : il suffit de lui faire savoir que les ONG d’Europe sont attentives à l’Italie. Et naturellement, utiliser tous les instruments de communication et de lobbying que vous avez.

Merci de votre aide

{{ {{{En Italie, un climat de chasse à l’étranger}}} }}

ROME CORRESPONDANCE

L’Italie ne procédera pas à des  » expulsions de masse  » d’immigrés en situation irrégulière. Le ministre de l’intérieur, Roberto Maroni, s’est senti obligé de le préciser, jeudi 15 mai, après une journée où la question de l’immigration et des Roms, les Tziganes d’origine roumaine, a monopolisé les débats.

A la  » une  » des journaux, le matin, on pouvait voir les photos des incendies de camps de Roms à Ponticelli, près de Naples, à la suite d’une tentative de rapt d’un bébé italien de la part d’une Tzigane. Dans l’après-midi, le chef de la police criminelle Francesco Gratteri annonçait les résultats d’une vaste opération contre le crime lié à l’immigration clandestine : dans neuf régions du pays, 383 personnes dont 268 étrangers, essentiellement originaires de Roumanie et des pays du Maghreb, ont été interpellés pour trafic de drogue, exploitation de l’immigration clandestine, vols et proxénétise. Une cinquantaine d’étrangers ont été expulsés. 65 autres ont été placés dans des centres de rétention.

Dans la soirée, la télévision diffusait les images de la descente nocturne de la police municipale de Rome dans le plus grand camp Rom de la ville. Un climat de chasse à l’étranger semble s’installer alors que le gouvernement prépare un tour de vis contre l’immigration. Le paquet de mesures sur la sécurité devrait être approuvé lors du premier conseil des ministres qui se tiendra la semaine prochaine à Naples. Selon la presse, il devrait prévoir le nouveau délit d’immigration clandestine, le test ADN pour les regroupements familiaux ainsi que la justification d’un revenu et d’un logement décent sous peine d’un rapatriement dans le pays d’origine. La loi, dit-on, viserait principalement les Roms. Lesquels sont 160 000 en Italie. Un  » commissaire  » aux Roms sera nommé à Milan, Naples et Rome. Une mesure annoncée après la rencontre entre le ministre Maroni et son homologue roumain Cristian David, dépêché à Rome après que Bucarest s’est émue de la dérive xénophobe en Italie. Tout semble réglé. Les rapports entre les deux pays sont  » excellents « , a déclaré M. David. La création d’une commission paritaire pour une coopération policière renforcée est envisagée. Mercredi, le premier ministre roumain assurait à ses compatriotes que le paquet législatif italien ne les ciblait pas.

Salvatore Aloïse

{{{ {{Le nouveau gouvernement italien s’attaque à l’immigration clandestine
}} }}}

Un arsenal de mesures va être présenté dans les prochains jours lors du premier conseil des ministres du gouvernement Berlusconi. { {{Les Roms sont particulièrement visés}} }

Comme promis pendant la campagne électorale, le premier acte du nouveau gouvernement italien sera un tour de vis en matière de lutte contre l’insécurité et contre l’immigration clandestine, deux phénomènes étroitement liés dans l’esprit du nouveau ministre de l’intérieur, Roberto Maroni, l’un des principaux dirigeants de la Ligue du Nord. Celui-ci devait réunir ses collègues de la défense, de la justice et des affaires étrangères, mardi 13 mai à Rome, pour discuter les derniers détails du  » paquet sécurité « , un arsenal de mesures qui doit être soumis dans les prochains jours au premier conseil des ministres présidé par Silvio Berlusconi.

Le dispositif, préparé par l’avocat du Cavaliere, Nicolo Ghedini, prévoit, selon les indiscrétions de la presse, un renforcement des peines existantes et la définition de nouveaux délits, parmi lesquels celui d' » immigration clandestine « . Il est notamment envisagé de transformer les centres de rétention temporaire pour étrangers (CPT) en centres de détention provisoire.  » Les citoyens italiens n’ont pas réclamé par leur vote un comportement raciste ou xénophobe mais une attitude de fermeté de la part du gouvernement Berlusconi « , a expliqué Franco Frattini, l’ex-commissaire européen responsable pour les questions d’immigration, aujourd’hui chef de la diplomatie italienne.

Les mesures à l’étude visent à empêcher l’arrivée de nouveaux migrants clandestins, y compris d’Europe de l’Est. L’idée émise par M. Maroni de recourir à la marine pour repousser au large de la Sicile les embarcations venues d’Afrique a suscité un tollé. Mais l’Italie devrait recourir à nouveau aux vols charters pour le rapatriement immédiat des clandestins. Et une attention spécifique sera portée à  » l’immigration communautaire « , provenant d’autres pays de l’Union européenne.

Les Roumains, { {{et plus particulièrement les Roms, sont dans le collimateur du gouvernement.}} } Près de 600 000 Roumains sont installés en Italie selon l’ONG catholique Caritas, et les camps de nomades d’origine tzigane se sont multipliés à la périphérie des villes depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne. Déjà en octobre 2007, à la suite du meurtre d’une femme à Rome, le gouvernement de centre gauche avait pris un décret d’expulsion visant surtout les citoyens roumains. Ces dernières semaines, plusieurs faits divers impliquant des Roms ont encore accru le sentiment d’insécurité dans la population.

Faute d’obtenir, comme le souhaite la Ligue du Nord, la suspension des accords de Schengen sur la libre circulation à l’intérieur de l’Union, l’Italie s’apprête à faire une lecture restrictive des directives européennes prévoyant l’expulsion des étrangers membres de l’UE ayant commis un délit ou n’ayant pas de moyens de subsistance. Plusieurs communes du nord de l’Italie, gérées par la Ligue du Nord mais aussi par le centre gauche, conditionnent déjà l’attribution des certificats de résidence à un revenu minimum et à un logement décent, ce qui pénalise la communauté tzigane.

Bucarest a envoyé  » en urgence  » son ministre de l’intérieur à Rome pour s’entretenir avec son nouvel homologue italien.  » Nous ne permettrons pas que les intérêts des Roumains honnêtes de la Péninsule soient lésés et que naissent des sentiments anti-roumains et xénophobes dans la Péninsule « , ont déclaré, lundi, les autorités de Bucarest, en précisant que les travailleurs roumains contribuaient pour 1 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Italie.

 » On ne peut pas dire du jour au lendemain qu’on n’a plus besoin des immigrés « , a averti le cardinal Renato Martino, président du conseil pontifical pour la justice et la paix. Le Vatican, comme les ONG, critique sévèrement le  » délit d’immigration clandestine « , d’autant que la plupart des sans-papiers ont un emploi. Selon une étude, publiée lundi, de l’université Bicocca de Milan, il y aurait au moins 650 000 travailleurs en situation irrégulière en Italie. En 2007, sur 724 000 demandes de régularisation présentées par des employeurs, seules 170 000 ont été satisfaites.

Jean-Jacques Bozonnet

Les Rroms sont aussi des Européens 5 décembre 2007

{{Les Roms sont aussi européens !}}

{{L’Italie, la Roumanie et l’UE doivent réévaluer radicalement le statut social de cette communauté}}

Le crime atroce récemment commis dans les environs d’un camp de réfugiés situé à Tor di Quinto, près de Rome, a provoqué une véritable onde de choc, tant en Italie qu’en Roumanie. Dans le cadre du débat public sur le statut des réfugiés et des résidents étrangers, ce fait divers a vite revêtu une dimension sociale et politique. Le meurtre, qui a suscité de violentes réactions dans une partie de l’opinion, a également donné lieu à de scandaleuses prises de position de la part de certains responsables politiques italiens et roumains, tout prêts à y répondre par des mesures expéditives aux accents xénophobes et totalitaires de triste mémoire.

Amplifier le caractère déjà tragique d’un crime individuel par une sanction collective visant l’ensemble d’une communauté constituerait un acte hautement irresponsable et lourd de conséquences néfastes, pour les victimes aussi bien que pour la communauté d’où le coupable est issu. Envisager une punition collective reviendrait à faire preuve d’une inacceptable amnésie, tant du côté italien que du côté roumain. Non seulement en raison de ce qui s’est passé en Europe à l’époque du fascisme, du nazisme et du communisme, mais aussi au vu de ce qui se pratique aujourd’hui dans le monde sous diverses dictatures.

L’histoire même de ces deux peuples, italien et roumain, vient nous le rappeler. Les Italiens, qui ont souvent migré du Sud vers le Nord, mais aussi à l’extérieur de leurs propres frontières, en savent long sur la condition d’exilé ou d’étranger. Quant à la Roumanie, la façon dont elle a traité et traite ses citoyens roms est tout sauf admirable. Alors que leur présence est signalée sur le territoire de l’actuelle Roumanie depuis le XIVe siècle, il faudra en effet attendre 1856 pour qu’ils soient officiellement affranchis du statut d’esclave qui fut le leur cinq siècles durant. Et, si le postcommunisme a libéré une formidable énergie, il s’est aussi caractérisé par une course cynique aux privilèges et un darwinisme social où dominent les intrigues byzantines des nouveaux parvenus.

Selon les données publiées par le quotidien Evenimentul Zilei, la minorité rom compterait ainsi 41 % de travailleurs non qualifiés et souffrirait d’un taux d’analphabétisme de 38,7 %. Or ce vieux problème roumain, et plus largement centre-est-européen, touche aussi, depuis peu, l’Europe occidentale. Ces nomades venus de l’Inde, qui ont pérégriné à travers le Moyen-Orient et l’Empire byzantin, sont désormais européens à 80 %. Dans l’affaire qui nous occupe, l’assassin, Nicolae Romulus Mailat, un jeune homme de 25 ans, avait déjà été condamné en Roumanie pour vol qualifié à l’âge de 14 ans. L’année ayant précédé son arrivée en Italie, il avait en outre été interné dans un centre fermé de rééducation, avant d’être libéré. La pauvreté serait-elle à l’origine de sa délinquance juvénile comme du crime perpétré en Italie ?

Dans le grand roman de Dostoïevski Crime et châtiment, ce n’est pas seulement le nihilisme qui pousse au crime l’étudiant Raskolnikov, c’est aussi la misère. Si son identité sociale est tout autre que celle de Mailat et son  » profil spirituel  » radicalement distinct, son double meurtre n’en est pas moins abominable. Nous n’avons par ailleurs aucune raison de penser que le crime pourrait constituer, pour Mailat, le point de départ d’une renaissance spirituelle ou d’un salut par la souffrance, comme dans le cas de Raskolnikov. Nous pourrions néanmoins nous arrêter un instant sur les mots de l’un des interlocuteurs du héros dostoïevskien qui, tout en évoquant la  » Sodome repoussante  » où il s’est égaré, estime que la pauvreté n’est pas un vice, à la différence de la misère. Dans la pauvreté, au moins gardons-nous  » la noblesse des sentiments innés « , dit-il. Dans la misère, en revanche, l’effondrement s’avère souvent catastrophique.

Mailat a fui la misère qui régnait dans son pays sans s’imaginer qu’il se retrouverait en Italie dans un camp de réfugiés où la misère serait tout aussi oppressante. Cela ne constitue, bien entendu, ni une excuse ni une circonstance atténuante pour un tel crime, ni d’ailleurs pour quelque crime que ce soit. Il s’agit néanmoins d’une prémisse qui ne saurait être ignorée pour peu qu’on veuille tenter à l’avenir de remédier à ce genre de situation.

Pour l’heure, il ne serait évidemment pas raisonnable d’escompter une réincarnation angélique du criminel Mailat. Nous pouvons et nous devons toutefois solliciter une radicale réévaluation du statut social de ces marginaux. Nous pensons ici, avant tout, aux Etats roumain et italien, aux communautés rom et roumaine qui vivent dans ce pays, mais aussi à l’Union européenne. Car, qu’on le veuille ou non, le coupable relève de toutes ces communautés à la fois.

Depuis quelque temps, des voix facilement exaspérées tendent à s’élever contre l’Europe et les problèmes nouveaux que sa réunification engendre inévitablement. La libre circulation ouvre aussi sur une coexistence mutuellement bénéfique, comparable à celle qui, après la seconde guerre mondiale, a rassemblé les pays d’Europe de l’Ouest. L’Europe mérite de devenir une communauté réelle, à la hauteur de la civilisation qu’elle incarne. Diverse, démocratique, spirituelle, libre et prospère. Un continent exemplaire.

Norman Manea

Traduit du roumain par

Alexandra Laignel-Lavastine

Ecrivain

ACTUALITES SOCIALES HEBDOMADAIRES N°2530
Du 9 novembre 2007

{{Des préconisations pour garantir le droit au logement des Roms}}

« Les gouvernements devraient prendre des mesures positives afin de protéger le droit au logement des Roms en Europe » a estimé Thomas HAMMARBERG, commissaire aux droits de l’homme, rattaché au conseil de l’Europe, en tirant, le 23 octobre, le bilan des plaintes reçues par ses bureaux sur cette question.
Celles ci proviennent d’une douzaine de pays, dont la France. « Le taux et le nombre d’expulsions forcées de Roms a considérablement augmenté, et la ségrégation ainsi que la ghettoïsation dans le domaine du logement semblent s’être renforcées et enracinées. On observe également que les activités des municipalités en matière d’urbanisme sont de plus en plus déterminées à la fois par les impératifs du marché et par un mépris à l’égard de personnes considérées comme TZIGANES», estime T Hammarberg. Il pointe aussi le fait que « le sentiment d’hostilité à l’égard des Roms ou l’antitziganisme se sont indéniablement accrus en europe. Les expulsions forcées s’accompagnent souvent de menaces ou d’actes de violence à l’égard des Roms. »

Estimant que « la législation, la politique et la pratique doivent absolument être amélioré pour mettre fin à la crise du logement qui touche les Roms », le commissaire aux droits de l’homme a émis plusieurs recommandations.
Il estime tout d’abord que :
L’utilisation de mesures relevant du droit pénal pour empêcher les modes de vie itinérants doit cesser.
Et que,
Des terrains adéquats doivent être réservés aux gens du voyage dans les pays, régions ou zone où ces communautés existent.
Il préconise également,
d’officialiser les campements non-officiellement autorisés aux Roms, et de les mettre aux normes de manière à garantir la dignité des habitants.

« Les communautés de Roms concernées devraient, sur ce point, être pleinement et véritablement consultées », a-t-il estimé. En outre, les pays devraient mettre en place des cadres juridiques solide afin de s’assurer que les collectivités locales respectent le droit international en matière de droit au logement. Et « les normes juridiques européennes relatives à la législation contre la discrimination devraient être rigoureusement appliquées afin de mettre fin au traitement arbitraire fondé sur l’hostilité raciale à l’encontre des Roms. »

Romaphobie 10 novembre 2007

Editorial

{{« Romaphobie »}}

Article paru dans l’édition du Monde du 06.11.07

Giovanna Reggiani a été enterrée samedi 3 novembre à Rome. Son meurtrier présumé est un ressortissant roumain, Nicolae Romulus Mailat. La veille au soir, quatre Roumains ont été attaqués par un groupe d’individus à coups de bâton et de couteau aux abords d’un centre commercial à la périphérie de Rome. Ils ont été hospitalisés dans un état grave. Au même moment, entrait en application le décret-loi adopté dans l’urgence permettant l’expulsion sans procès ni recours de citoyens de l’UE qui « contreviennent à la dignité humaine, aux droits fondamentaux de la personne ou à la sécurité publique ». Le ministre de l’intérieur, Giuliano Amato, a expliqué au journal La Repubblica que c’est justement pour éviter les débordements de xénophobie, « ce tigre qui risque de sortir de sa cage », que le gouvernement italien a décidé d’agir vite et fort.

Dans la presse transalpine, « roumain » est devenu synonyme de « rom ». On comprend la réticence à désigner une ethnie. Mais, en l’espèce, ce sont bien des Roms qui sont en cause. C’est vrai, dans l’UE, les Roms posent problème. Ils mendient, se regroupent dans des bidonvilles, certains pratiquent toute la palette des conduites délinquantes. Ils gênent et ils inquiètent.

Pourtant, ce problème d’insertion, bien que très visible, est sans commune mesure avec les problèmes que doivent affronter leur vie durant la très grande majorité de ces Européens oubliés du progrès : extrême pauvreté, marginalisation, discriminations en termes de logement, de santé, d’éducation, de travail. Les Italiens échauffés – mais ce pourraient être des Français – qui disent : « Ils n’ont qu’à rentrer chez eux », doivent savoir que ceux qu’on n’appelle plus les Tziganes ne sont guère plus « chez eux » en Roumanie, Bulgarie ou Slovaquie, où ils sont nés, qu’ici. Ils y sont souvent encore plus méprisés et maltraités.

En 2005, le Parlement européen a adopté une résolution sur la situation des Roms. Leur nombre est estimé entre 12 et 15 millions sur le continent, entre 7 et 9 millions dans l’UE. Rappelant les persécutions dont ils ont été victimes au cours de l’histoire – de l’esclavage en Roumanie au génocide par les nazis – et la « romaphobie » qu’ils subissent en permanence, les eurodéputés préconisaient une série de mesures : sociales, culturelles, éducatives et symboliques. Ils demandaient notamment que les Roms soient reconnus comme minorité européenne.

Les députées hongroises au Parlement de Strasbourg Livia Jaroka et Viktoria Mohacsi montrent, par leur présence, que certains Roms s’en sortent. Ils sont même de plus en plus nombreux, et la « Décennie d’inclusion des Roms », une initiative prise en 2005 par neuf pays d’Europe centrale, y contribue. C’est le bon chemin. Le problème rom ne s’atténuera que si l’on s’attaque aux problèmes des Roms. Et non aux Roms eux-mêmes.

{{
Non à la directive de la honte !}}
{{
Appel aux parlementaires européens}}

Le 29 novembre, un projet de directive sur la rétention et l’expulsion des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen.

Depuis 1990, la politique européenne conduite par les gouvernements en matière d’immigration et d’asile s’est traduite par une réduction continue des garanties et des protections fondamentales des personnes. L’Europe se transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l’accès à son territoire et expulser les sans-papiers.

Le projet de directive, s’il était adopté, constituerait une nouvelle régression*En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois* pour des personnes dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe, il porte en lui une logique inhumaine : la généralisation d’une politique d’enfermement des personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion des populations migrantes.
*En instaurant une interdiction pour 5 ans de revenir en Europe pour toutes les personnes renvoyées*, ce projet de directive stigmatise les sans-papiers et les transforme en délinquants à exclure.

Le projet de directive qui sera présenté au Parlement est le premier dans ce domaine qui fasse l’objet d’une procédure de co-décision avec le Conseil des ministres. Le Parlement a donc enfin la possibilité de mettre un terme à cette politique régressive qui va à l’encontre des valeurs humanistes qui sont à la base du projet européen et qui lui donnent sens.

Les parlementaires européens ont aujourd’hui une responsabilité historique :
réagir pour ne pas laisser retomber l’Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l’éloignement forcé.

Nous appelons les parlementaires européens à prendre leu responsabilités et à rejeter ce projet.

Pièces jointes

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