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Rencontres Tsiganes

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Lettre ouverte au maire de Marseille 22 octobre 2011

 

Lettre ouverte au maire de Marseille

 

MONSIEUR GAUDIN TROP C’EST TROP !!!

 

Hier vous nous avez fait honte, honte d’être Marseillais. Nous étions quelques centaines de citoyens responsables venus vous demander une nouvelle fois une réunion de concertation afin de trouver une solution humaine à la situation inadmissible de quelques centaines de familles Roms. Dans le calme, nous avons informé en détail les élus municipaux en leur demandant d’ARRÊTER LA TRAQUE DES ROMS.
 
Protégé par les forces de l’ordre, vous n’avez pas voulu nous rencontrer, et pour seule réponse, vous avez justifié les conditions juridiques de la spectaculaire expulsion de familles qui campaient en août Porte d‘Aix.
 
Comble de l’hypocrisie, vous faisiez pendant ce temps publier par vos services un arrêté anti-mendicité qui soulève notre indignation et celle de nombreux marseillais. Vous prétendez ainsi assurer la tranquillité publique. Eh bien nous vous le disons, Monsieur le Maire devant un tel mépris nous ne vous laisserons pas tranquille.
 
Voilà déjà plus de 7 ans que nous vous alertons régulièrement sur les conditions inhumaines dans lesquelles, dans notre ville, survivent quelques familles contraintes de quitter leur pays d’origine en raison de la misère et de la haine dont elles font l’objet.
 
Vous avez osé un jour répondre publiquement que Marseille avait déjà assez à faire avec ses prostitués et ses mendiants et que ces gens n’avaient qu’à rentrer dans leurs pays …
 
Nous vous conseillons vivement de lire la presse et d’entendre l’alerte lancée par les responsables européens : en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie, les actes de racisme anti-roms se multiplient. Des manifestations rassemblent plusieurs milliers de personnes derrière des slogans néonazis tel que « Roms en savon ». Cela doit peut-être nous rafraîchir la mémoire !!!
 
Par cet arrêté destiné à « renforcer les sentiments de sécurité chez les marseillais », vous ne visez pas, bien entendu, explicitement les familles Roms, mais personne n’est dupe de ce camouflage. Nos « pauvres et nos mendiants de Marseille » vont se sentir cependant aussi visés et les policiers municipaux et nationaux auront-ils des consignes pour ne verbaliser que les « mendiants étrangers » ? Ouvrez les yeux et sortez de vos bureaux. Vous constaterez avec nous que les pauvres sont en majorité des citoyens marseillais.
 
Bravo Monsieur le maire ; Par cette politique du rejet de l’autre vous ne faites que suivre scrupuleusement les directives du Président de la République et des hommes qu’il a délégués auprès de vous pour que l’ordre règne à Marseille. Vous pouvez alors à juste titre accuser nos associations d’être politisées. Eh bien oui ! nous sommes fiers de cet adjectif, car nous n’avons pas la même conception que vous de la politique. Soyez assuré que nous poursuivrons notre combat pour le respect du droit de tous les pauvres qu’ils soient français ou étrangers et que nous ne resterons pas tranquille.
 
Marseille, le 18 octobre 2011
Pour Rencontres Tsiganes ; Le président Alain FOUREST
 

IN MEMORIAM 14 juillet 2011

IN MEMORIAM
 
Il y a un an, à Saint Aignan (Loir et Cher), Luigi Duquenet, un jeune français d’origine gitane, mourrait sous les tirs d’un gendarme après avoir tenté d’échapper à un contrôle. Ce dramatique accident entraînait de vives réactions de la part de la famille et des amis qui se confrontaient avec les gendarmes. Amplifié par les médias « L’affaire Saint Aignan » prenait alors des proportions considérables et donnait lieu à des récupérations politiques odieuses. Sur la base d’informations venant de seuls gendarmes, c’est l’ensemble des communautés Roms-Tsiganes qui se voyaient une fois de plus stigmatisées et utilisées comme boucs émissaires.
 
Sur les faits eux-mêmes, il a fallu attendre plusieurs mois et la ténacité d’un juge d’instruction enfin désigné pour apprendre que les évènements tels que décrits par les gendarmes étaient en partie erronés. L’enquête ouverte a conduit à la mise en examen du gendarme pour faux témoignage et aujourd’hui l’affaire suit le cours lent de la justice.
 
La mort de ce jeune alors fait l’objet d’une exploitation politique et médiatique pilotée par la Présidence de la République et qui a conduit au discours de Grenoble de sinistre mémoire. Le 21 juillet, le Président de la République Nicolas SARKOSY annonçait une réunion le 28 et il ajoutait: «Cette réunion fera le point de la situation de tous les départements et décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière »
 
Ces propos, repris et amplifiés lors du discours de Grenoble le 8 août avaient été soigneusement préparés par des circulaires des Ministres Besson et Hortefeux enjoignant les préfets à organiser la chasse aux Roms et aux Tsiganes et autres gens du voyage. Outre l’amalgame volontaire entre des groupes de personnes aux statuts et aux origines souvent fort éloignés, cette politique de stigmatisation clairement affichée à conduit à une véritable « déclaration de guerre » envers des citoyens français et/ou européens désignés comme responsables de tous nos maux et d’abord de notre insécurité.
 
Les multiples et graves condamnations de ces propos et de cette politique venant des personnalités et des instances nationales, européennes et mondiales les plus reconnues n’ont pas modifié d’une virgule la politique du Président. Comme on peut le constater chaque jour, la Police d’Etat poursuit sa mission et expulse quotidiennement les Roms et les gens du voyage le plus souvent au mépris de la loi. Aujourd’hui même, une centaine de familles Roms, chassées de toute part, campent à la porte d’Aix à Marseille. A Aix-en-Provence, Vitrolles, Avignon, Fréjus ou Hyères, des centaines de voyageurs se voient interdit de stationner et traînés en justice à la demande des maires de droite comme de gauche.
 
Le bilan de l’été 2010 fait apparaître une dramatique régression dans l’état droit et le respect des libertés individuelles en France. L’attitude de nos concitoyens devant cette politique liberticide est inquiétante. Si certains d’entre eux ont été choqués par les propos présidentiels, cette «émotion » a été vite remplacée par d’autres préoccupations. Les militants qui chaque jour manifestent concrètement sur le terrain leur solidarité avec les Roms et les gens du voyage sont trop peu nombreux aujourd’hui. En ce 14 juillet 2011 nous appelons chacun à plus de lucidité devant les dangers qui menacent nos droits de citoyen et les valeurs de la République.
Alain FOUREST
Marseille le 14 juillet 2011
 
 

UNE JUSTICE DEBOUSSOLEE ET PARTISANE ? 10 avril 2011

UNE JUSTICE DEBOUSSOLEE ET PARTISANE ?

 
C’est en effet le constat qui s’impose après huit années de « fréquentation » des divers tribunaux dans la région. On rappellera que l’association Rencontres Tsiganes s’est en effet donné pour objectif prioritaire l’application du droit égal pour tous les citoyens et en particulier la mis en œuvre de la loi du 5 juillet 2000 sur les aires d’accueil de gens du voyage. Durant ces dernières années nous avons donc, à de multiples reprises, été amené à conseiller et soutenir devant les tribunaux des tsiganes voyageurs ou sédentaires poursuivis pour diverses charges. Ces expériences nous conduisent à considérer la justice de ce pays au mieux comme une loterie, au pire comme l’instrument d’un pouvoir de plus en plus répressif. On peut résumer ainsi deux catégories principales de décisions judiciaires concernant les tsiganes :
 
Tout au long de l’année, le stationnement temporaire de caravanes par des groupes de voyageurs est jugés illicites sur des terrains privés ou publics et des procédures sont engagées par des maires mais aussi parfois par des propriétaires privés. Ils font valoir les plaintes du voisinage, le trouble à l’ordre public ou encore les questions sanitaires. La démarche judiciaire est précédée par de multiples intimidations et menaces des élus et de la police municipale. Le juge est saisi en urgence et un huissier est alors supposé transmettre aux intéressés une convocation au Tribunal. Or, cette première démarche de la procédure est rarement mise en œuvre comme nous l’avons constatée. Par négligence ou par ‘crainte , l’huissier ne se rend pas sur le terrain, fait un constat de carence en déposant éventuellement la convocation à la mairie du lieu qui, on s’en douterait, ne transmets pas la convocation aux voyageurs. Dans ce cas, le tribunal statue sans la présence des voyageurs ou celle d’un avocat et donc bien souvent en leur défaveur. Dans quelques cas, la convocation est bien remise à l’un des voyageurs présents sur place. Cependant outre que les délais sont parfois trop courts pour s’organiser le document, écrit dans un langage pour le moins abscond est transmis à des personnes dont beaucoup sont malheureusement illettrées. Trop rarement nous sommes prévenus à temps pour les convaincre de choisir un avocat compétent et de se rendre au tribunal. Quant ces circonstances favorables sont réunies et que l’on peut faire valoir la législation applicable fréquemment ignorée des juges, les conditions des séjours de voyageurs, la scolarisation des enfants mais surtout l’absence dans la commune de terrain d’accueil prévu par la loi du 5 juillet 2000 et la jurisprudence, les tribunaux le plus souvent acceptent les arguments avancés en rejetant la plainte et octroyant de délais de stationnement.
 
Depuis l’été dernier, force est de reconnaître que cette « apparente mansuétude » des tribunaux tend à disparaître. Les discours électoraux et les dernières mesures gouvernementales semblent avoir convaincu certains juges de prendre leur part à la chasseaux campements illicites’ au mépris du droit. C’est ainsi qu’à Marseille, dans les derniers mois, à trois reprises trois jugements d’expulsion ont été ordonnés alors que le Maire de Marseille est, depuis dix ans, en infraction avec la loi du 5/07/20000 qui précise article 9 : « Dés lors qu’une commune remplit les obligations qui lui incombent en application de l’article 2, son maire peut, par arrêté, interdire en dehors des aires d’accueil aménagées, le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées à l’article 1er » De telles décisions incompréhensibles sont hélas de plus en plus fréquentes dans l’ensemble de la région. Devant ce qu’il faut bien appeler un déni de justice comment réussir à convaincre les gens du voyage de faire confiance dans la justice ?
 
Une autre catégorie de citoyens se trouvent confrontés régulièrement à l’arbitraire des juges. Dans la Région, de nombreux voyageurs ont souvent été contraints de se sédentariser Ils sont le plus souvent propriétaires de terrains non-constructibles et y stationnent comme ils y ont le droit une ou plusieurs caravanes et parfois de mobil homes durant quelques mois. De manière quasi générale, les maires souvent sous la pression du voisinage ou des services de l’Etat engagent diverses procédures pour faire partir les occupants ou les dissuader de s’installer. Devant une législation très complexe et souvent contradictoire, les juges là encore prennent le parti du pouvoir en place et condamnent les occupants à de lourdes amendes ou à abandonner leur propriété. Là encore ces décisions sont la plupart du temps juridiquement inexplicables et le fruit du hasard ou de la bonne disposition du juge.
 
Carences des procédures, ignorance par les juges de la législation spécifique aux gens du voyage, soutiens affirmés aux pouvoirs en place, confirmation des préjugés largement répandu dans l’opinion : telle est l’image que nous donne, sauf rares exceptions, le fonctionnement judiciaire dans le pays des droits de l’Homme. Ce sombre constat n’est pas le fruit d’un parti pris irresponsable mais appuyé sur la lecture d’une quarantaine de décisions judiciaires rendues dans des tribunaux de la région.
 
Marseille le 17 janvier 2011
Alain FOUREST
 
 
 

Une hirondelle ne fait pas le printemps mais ….. 6 mars 2011

 

Une hirondelle ne fait pas le printemps mais …..

 
Depuis quelque temps des responsables politiques semblent prendre en compte la réalité de la présence en France des Roms-Tsiganes et Les conflits ou l’insécurité dont ils seraient à l’origine. Les propos scandaleux du Président de la République envers les Roms et les « gens du voyage » français et la stratégie de bouc émissaire largement développée depuis n‘ont fait que renforcer une attitude de discrimination et de rejet largement répandue dans l’opinion.
 
Cette stigmatisation permanente semble cependant trouver des limites auprès de certains élus et notamment des maires qui, soucieux de la tranquillité de leurs concitoyens, éprouvent des difficultés concrètes à mettre en œuvre de cette politique. Pour preuve, les débats parlementaires à propos de l’application de la loi du 5 juillet 2000 et la création d’un groupe d’élus chargés de remettre un rapport à l’Assemblée dans les prochains jours. Le premier Ministre semble également se préoccuper du sujet en confiant une mission au Sénateur HERISSON : «… le temps est venu de réévaluer ce régime (la loi de 1969 relative aux gens du voyage) et d’engager sa modernisation …» En octobre 2010, un rapport circonstancié du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable mettait en question le bien fondé de la politique appliquée aux gens du voyage.
 
Plus récemment une proposition de loi du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale proposait de supprimer la loi de 1969 créant un statut spécifique pour les tsiganes. Intitulé : « proposition de loi visant à mettre fin au traitement discriminatoire des gens du voyage », ce texte répondait ainsi aux revendications de la plupart des associations représentatives des gens du voyage et de tous ceux qui les soutiennent. Si cette proposition n’a pas été retenue par la majorité, on notera avec intérêt que la totalité des élus de gauche l’ont approuvée et que, avec l’appui des certains centristes et l’abstention d’autres, il n’a manqué que quelques voix pour que ce texte soit adopté. La lecture des débats est instructive car elle fait apparaître les inquiétudes de certains élus de la majorité en place.
 
Plus près du terrain, on note également des signes d’évolution dans le comportement de certains élus locaux vis-à-vis des Roms comme des tsiganes et gens du voyage. Le Conseil Régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur vient, comme on le verra par ailleurs, de s’engager fermement auprès des associations qui soutiennent les Roms. Dans un autre domaine, on apprend qu’un Comité d’Action pour la reconnaissance du génocide tsigane s’est créé à l’initiative d’un élu communiste de Marseille.
 
Ces quelques signes d’ouverture n’effacent pas les conséquences d’une politique intolérante envers la communauté Rom que nous condamnons de longue date. Quel que soit le contenu des enquêtes et des rapports en cours, il ne faut pas en attendre des propositions répondant aux souhaits des tsiganes et au respect de leurs droits fondamentaux de citoyens. Seul un changement politique attendu dans un an pourrait permettre d’engager un débat sérieux sur l’avenir des roms tsiganes. Il faudra en reparler au printemps prochain !!!
Marseille 5 mars 2011-02-27
Alain FOUREST
 
 
 

Les mots pour le dire 30 décembre 2010

LES MOTS POUR LE DIRE

 
Cette année 2010 aura été marquée par une nouvelle et dramatique étape dans la stigmatisation d’une communauté de citoyens jugés dangereux et les plus souvent inaptes à bénéficier des mêmes droits que l’ensemble de la population. Pour qualifier une telle attitude, certains parlent de discrimination, de rejet, d’ethnicisation ou encore de xénophobie, comme si le seul terme approprié, le racisme, faisait honte ou peur. Et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit quand, depuis des mois, les plus hautes autorités de l’Etat n’ont de cesse de dénoncer la « malfaisance » d’une partie de nos concitoyens et de leurs lointains cousins venus de l’Est, les Rroms. Comme chacun sait, Rroms, Tsiganes, Gitans, Manouches ou gens du voyage sont, incapables de respecter nos lois et de renoncer à leurs coutumes d’un autre âge. Ils sont inassimilables. C’est du moins ce que l’on retient des discours et des propos largement diffusés depuis l’été accompagnés de mesures réglementaires et policières qui légitiment et renforcent les préjugés les plus éculés.
 
En cette fin d’année, la majorité des parlementaires, au Sénat comme à l’Assemblée, ont complété à leur manière les dispositifs répressifs du pouvoir exécutif en condamnant à la destruction toute forme d’habitat léger ou précaire et en imposant une nouvelle taxe aux propriétaires de caravanes. Avec une stupéfiante hypocrisie, ces élus du peuple affirment que ces mesures ne concerneront que « les campements illicites » de Rroms.
 
Voilà déjà plusieurs années, qu’avec d’autres, non dénonçons cette politique contraire aux principes fondamentaux de la République. Devant la gravité des propos tenus durant l’été, nous avons mis en cause un racisme d’Etat et évoqué la persécution des tsiganes par les nazis. Certains ont pu trouver ces comparaisons déplacées sinon outrancières. Et pourtant le remarquable travail de mémoire engagé par les associations à l’initiative de la FNASAT a permis à beaucoup d’entre nous, tout au long de l’année, de découvrir ou redécouvrir une période sombre de notre histoire commune. Comme le rappelle Claire AUZIAS dans son ouvrage sur le génocide des tsiganes, dès les années trente, l’ensemble des nations européennes ont engagé une politique d’élimination des tsiganes qui a trouvé son paroxysme par la déportation et la mort de 500 000 d’entre eux dans les camps nazis. En France, le gouvernement de Vichy a pris sa part à cette élimination comme l’ont montré les travaux des historiens et les multiples témoignages recueillis sur les camps d’internement à travers la France. Tony Gatlif dans son dernier film LIBERTE retrace à sa manière et avec émotion, cet aspect trop occulté de notre histoire récente.
 
Alors n’ayons pas peur des mots : même si à ce jour, la phase ultime de cette politique n’est pas à l’ordre du jour, les prémices sont cependant présentes dans les discours et les comportements publics comme ils l’étaient dans les années trente en Allemagne mais aussi en Autriche-Hongrie en Pologne en Roumanie ou encore en Serbie. Il s’agissait alors de rassembler dans des camps des individus considérés comme asociaux et susceptibles de créer des nuisances et des troubles dans la population. Pour en savoir plus, on lira avec intérêt l’ouvrage de Guenter LEWY sur « la persécution de tsiganes par les nazis ». Cet indispensable travail de mémoire qu’il faut poursuivre avec lucidité doit nous permettre de mieux analyser les évènements récents en France mais aussi dans l’ensemble des pays européens et en particulier de la Hongrie qui prend la présidence de l’Union Européenne. Pour notre part, nous poursuivrons sans relâche durant l’année qui vient, la dénonciation publique de toutes formes de stigmatisation et de dérives à connotation raciste qui mettrait en cause les droits des citoyens français ou étrangers.
 
Marseille le 29/12/2010
Alain FOUREST
 
 

La loi Besson en question 17 juillet 2007

EDITORIAL

La loi Besson en question ?

Lorsqu’en 1999 le ministre Louis Besson préparait une nouvelle loi sur « l’habitat des gens du voyage » nombre d’entre nous pensèrent qu’enfin le Parlement et l’ensemble des institutions de la République allaient reconnaître les droits réels de ce peuple trop longtemps pourchassé et jugé dangereux parce que différent. Le précédent de l’article 28 de la loi sur le droit au logement du 30 mai 1990, la longueur des débats parlementaires, en particulier au Sénat mais aussi les nombreux amendements déposés et la lenteur de la procédure auraient dû déjà nous alerter sur le caractère controversé et ambigu de ce texte. Bien qu’habillement balancé la lecture de chacun des partenaires s’averrait en grande partie contradictoire. Aux yeux des parlementaires comptants de très nombreux maires, la carotte les intéressait avant tout, c’est-à-dire la possibilité légale et rapide d’interdire tout stationnement sur leur territoire en dehors des terrains désignés. Pour beaucoup de tsiganes voyageurs, c’était enfin se voir reconnaître concrètement le droit d’aller et de venir et bien sûr de s’arrêter dans des conditions de confort convenable sur l’ensemble du territoire sans subir les menaces et les opprobres les plus divers.

Le texte enfin publié, il fallut attendre un an de plus après de longues tractations pour que les décrets d’application et les diverses circulaires donnent enfin le signal de départ. On s’étonnera que ce délai n’ai pas été mis à profit pour entendre et prendre en considération le point de vue des intéressés, en particulier au sujet de la localisation des terrains et de la dimension des emplacements. Dans les départements, c’est avec une lenteur remarquée que les schémas départementaux souvent mal conçus, se mettaient en place et les commissions consultatives départementales, organismes très formels, ne laissaient qu’une place dérisoire aux représentants de voyageurs. La plupart des maires, au moins dans nos régions du sud contestaient la démarche. Certains n’hésitant à faire voter leurs conseils municipaux pour s’opposer à toute aire d’accueil sur leur territoire. Sans être toujours aussi directe, l’opposition des élus locaux se manifestait de diverses manières : Propositions de localisation contraire à la loi, prix des terrains et programme de travaux exorbitants ou encore mise en avant des multiples nuisances et enfin et surtout hostilité de la population.

Bref , malgré un délai supplémentaire de deux ans accordé par le Parlement en août 2004, sept ans après le vote de la loi, elle n’est que très partiellement appliquée dans l’ensemble de la France et en particulier dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur qui se trouve au dernier rang avec un taux de mise en oeuvre qui ne dépasse pas 15/%. Dans les trois principaux départements de la région : Bouches-du-Rhône, Var et Alpes-Maritimes, seuls trois terrains d’accueil nouveaux ont été ouverts correspondant à moins de 100 emplacements alors que les schémas en prévoyaient 3800. Une évaluation nationale non encore publiée n’est guère plus encourageante puisqu’on annonce un taux de réalisation inférieur à 30% .

Reconnaissons le : la loi du 5 juillet 2000 comme la précédente du 30 mai 1990 est un échec. Pour autant faut-il la remettre en cause comme le propose certains élus et comme le fait le Gouvernement et le Parlement depuis trois ans par une série d’amendements et de nouveaux textes qui dénaturent l’esprit et le texte de la loi du 5 juillet 2000 ?

Nous ne le pensons pas. Si imparfaite qu’elle soit , elle a cependant permis la réalisation de quelques aires d’accueil grâce à des maires respectueux de la loi et ouverts au débat. Il serait paradoxal qu’ils subissent les conséquences de la carence de leurs collègues.

Nous préconisons donc, dans un premier temps, l’application stricte de la loi Besson qui conditionne en particulier toute mesure d’expulsion à la mise en oeuvre du schéma départemental par les maires. Mais il faut aller plus loin. La question de l’habitat des tsiganes doit être pris dans un sens le plus large et elle ne saurait se limiter à l’ouverture de quelques aires d’accueil supplémentaires quelle qu’en soit la qualité . Terrains familiaux, aires de grand passage, habitat adapté, c’est tout simplement le droit au logement opposable qu’il faudra reconnaître à ces citoyens voyageurs. Telles sont les pistes qu’il faut explorer en s’appuyant sur l’expérience des uns et des autres mais aussi et surtout sur une analyse des besoins et sur l’avis des premiers intéressés : les tsiganes qu’il soient voyageurs ou sédentaires ou parfois un peu les deux à la fois. L’association Rencontres Tsiganes est, pour sa part, disposée à participer à la réflexion et à y associer toutes les bonnes volontés sans préjugés et sans à priori.

Marseille le 10/07/2007 Alain FOUREST