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Rencontres Tsiganes

Archives du tag : Edito

Les bannis de la Terre 30 mai 2015

Rohingyas originaires de Birmanie et de Thailande, les Falachas originaires du Soudan et aujourd’hui en Israël, les Moken ou nomades de la mer le long des côtes Birmanes, les Kirghiz et les Kazakhs en Mongolie et à l’Est de la Chine, combien sont-ils ces peuples de traditions en partie nomades qui à travers le monde sont aujourd’hui l’objet des pires processus d’extermination ?

L’actualité la plus récente a fait brutalement apparaître la détresse de quelques-uns de ces groupes humains objets de toutes les malédictions, contraints de toujours fuir au risque de leur vie. Ils ont su pourtant à travers les siècles et les vicissitudes de leur vie d’errance maintenir une culture et des traditions qui leur permettaient de survivre dans un monde qui tend à l’uniformité et à imposer la loi du plus fort.

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Chacun peut s’émouvoir pour un temps de ces conflits lointains qui concernent ces peuples considérés comme « attardés » et pour lesquels la seule solution qui leur est proposée est de renier leur passé en adoptant sans murmure la règle commune du progrès et de la modernité. On peut aussi, à l’appel du large et de l’inconnu s’inscrire dans ces voyages qui nous promettent les découvertes d’authentiques civilisations en voie de disparition. On peut aussi s’attacher à la lecture des travaux du regretté Claude Levi-Strauss et avec ses disciples s’engager à la défense des cultures en danger de mort.

On peut enfin s’interroger sur la présence souvent proche de chez nous, de ces hommes et de ces femmes qui les yeux baissés, survivent en fouillant nos poubelles et en mendiant au coin des rues, des enfants dans les bras. On peut alors comme la majorité de nos concitoyens, parfois mal à l’aise et même un même un peu honteux de cette misère trop voyante, considérer qu’en ces temps difficiles, il n’y a pas de place pour eux et que nos gouvernants ont raison de les inciter (les contraindre) à retourner chez eux.

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On peut (on doit ?) s’interroger sur les valeurs qui fondent notre vivre ensemble et qui seraient, paraît-il, inappropriées pour s’appliquer à l’ensemble de l’humanité.
L’universalité des droits ne se partage pas en fonction des aires géographiques ou de stratégies géopolitiques des puissants.
Quoiqu’il en coûte, les principes républicains de liberté et de solidarité, voire de fraternité ne peuvent se limiter aux frontières aujourd’hui largement ouvertes sur le reste du monde.
On ne peut à la fois profiter des avantages de la mondialisation et estimer qu’ils ne sont accessibles qu’à quelques-uns.

Le monde est directement et virtuellement à portée de main, à portée de smartphone, mais ceux qui à notre porte demandent un peu de partage ne sont pas des êtres virtuels.

Alain FOUREST

18 mai 2015

Pièces jointes

Les Rohingya de Birmanie condamnés à l’exil Télécharger
La longue marche des Falachas vers la terre promise Télécharger

Un peuple Rom ? 4 avril 2015

Drapeau RomNul doute qu’un tel titre, malgré le point d’interrogation, sera considéré par certains comme politiquement incorrect. Le débat sur ce concept est ouvert de longue date y compris parmi ceux qui sont les premiers à se mobiliser pour défendre les droits de ces nouveaux migrants européens venus de l’Est et que l’on a pris l’habitude de désigner sous l’étiquette Rom. Afin d’éviter une stigmatisation, à caractère ethnique ou simplement culturelle, nous avons convenu, avec d’autres, de privilégier la dimension économique de cette nouvelle migration et de mettre l’accent sur les conséquences dramatiques de la politique de rejet dont ces familles sont l’objet en France depuis plus de dix ans. Nous tentons d’éviter des désignations ouvrant la porte à une xénophobie latente. Lors d’une récente rencontre, à l’initiative de la Fondation Abbé Pierre à Marseille, consacrée au mal logement et aux bidonvilles nous avons fait état de la mise à la rue par le Maire de Marseille d’une trentaine de familles avec de nombreux enfants sans que leur soit proposé un relogement ou même un hébergement. L’assistance a montré sa solidarité avec ces familles. Mais la suite du débat a confirmé que pour chacun il s’agissait sans aucun doute de familles Roms comme l’a précisé la Préfète dans son intervention.

Une fois de plus, nos précautions sémantiques sont apparues bien fragiles en face de la réalité du langage courant permettant à chacun de reconnaître et classer de manière simple sinon simpliste un groupe humain au comportement perçu comme étrange et dangereux. Volens nolens, le terme Rom s’applique ainsi en France à des groupes d’hommes et de femmes venus d’ailleurs et considérés pour la plupart comme non-intégrables. Parfois avec une certaine retenue, ils sont désignés à tort comme roumains alors que leurs pays d’origine sont beaucoup plus divers. La présence fort ancienne en France de groupes familiaux désignés sous le terme « gens du voyage » et qui n’ont souvent que de très lointaines relations avec les Roms venus de l’Est, participe à une large confusion. Les discours politiques ont su utiliser cette confusion des termes dans un amalgame douteux que nous dénonçons sans cesse.

Alors, que faire ? renoncer à ces distinctions sémantiques trop subtiles pour être prise en compte par une large majorité de l’opinion ? Reprendre la proposition d’un expert comme Jean Pierre Liégeois qui propose le mot composé de Rom/Tsigane ? ou plus simplement admettre que le qualificatif Rom (Homme en Romanes) s’applique à une large diversité de groupes humains présents à travers l’Europe et qui peuvent se reconnaître par des origines, une histoire, une culture, une langue, un mode de vie semblable ?

C’est ce qu’a proposé lors d’un congrès à Londres en 1972 un groupe de Roms venus de par le monde pour déclarer la naissance du « peuple rom », avec sa langue, son hymne et son drapeau. Cette initiative n’a pas eu alors le succès espéré et n’a pas recueilli l’adhésion des multiples composantes à travers l’Europe. Cependant à l’approche du 8 avril reconnue comme la 44ème journée internationale des Roms (Romano Dives) de multiples initiatives pour la reconnaissance de ce « peuple en devenir » démontrent que « la voix des Roms »commence à être entendue et reconnue en Europe mais aussi en France. A Marseille, le festival annuel Latcho Divano confirme depuis 8 ans la curiosité et l’intérêt grandissant de nos contemporains pour ce « peuple ». C’est aussi le cas à Paris et dans de nombreuses autres villes qui le 8 avril prochain vont rassembler, autour de la fête de la musique et de la danse, une foule nombreuse .

Sans arrière-pensée ni réticence, le 8 avril prenons part à la fête, échangeons nos expériences avec les Roms, les Tsiganes, Gitans, Manouches et autres Bohémiens pour le plaisir de chacun dans une joyeuse fraternité. A Rencontres Tsiganes, le débat est ouvert mais que chacun se rassure, le changement de dénomination n’est pas inscrit à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale !

Marseille, le 2 avril 2015
Alain FOUREST

Pièces jointes