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Rencontres Tsiganes

La reprise des expulsions estivales ? 20 juin 2016

Si pour beaucoup l’approche de l’été signifie temps de vacances et de repos, pour les familles roms ou désignées comme telles, qui résident dans des squats et bidonvilles, c’est la crainte d’une nouvelle expulsion, d’une nouvelle errance. C’est dans cette angoisse que vivent aujourd’hui 19 familles, au 64 bd de Lyon à Marseille. Expulsées au cours de l’été 2015 de la caserne Masséna*, ces familles avaient trouvé refuge dans une friche industrielle, propriété de l’établissement public foncier PACA. Celui-ci les avait assignées en référé au tribunal d’instance cet hiver. Le juge avait fait droit à la demande d’expulsion. L’EPF demande aujourd’hui le concours de la force publique pour recouvrer son bien. L’Etat « applique la loi » et prévoit une évacuation du site début juillet…

Dans un simulacre d’application de la circulaire interministérielle de 2012, un diagnostic social vient d’être confié en toute hâte à ADOMA et l’AMPIL. Des orientations seront peut être proposées pour un hébergement voire un logement mais on sait d’ores et déjà que ces demandes ne seront pas satisfaites, « faute de places » ! Car le scénario est malheureusement connu : le nom de ces familles figurera sur une liste d’attente qui ne fait que s’allonger au fil des expulsions. On le sait maintenant, pour la mission de résorption des bidonvilles confiée à ADOMA en 2014, l’Etat ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Or des solutions existent et nous sommes nombreux, associatifs, militants ou bénévoles à vouloir contribuer à les mettre en oeuvre.

Pour l’heure on cède aux demandes du plus fort : l’Etablissement foncier PACA, pourvoyeur de sites pour Euroméditerranée.

Mais le « 64 rue de Lyon » ce sont 31 adultes, plusieurs d’entre eux en formation professionnelle, en chantier d’insertion, un auto-entrepreneur… , 36 enfants, tous scolarisés pour ceux qui sont en âge de l’être.

Ce sont des familles dont on ne peut qu’admirer la volonté et la ténacité dans les démarches qu’elles entreprennent pour espérer pouvoir vivre, un jour, dignement dans ce pays.

Si vous souhaitez manifester votre solidarité vis à vis de ces familles, vous pouvez écrire au Préfet à l’égalité des chances, Monsieur Yves Rousset –  Préfecture des Bouches du Rhône -Place Félix Baret –  CS 80001 –  13282 Marseille Cedex 06

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Marseille : ces enfants roms privés d’école

Lundi 20/06/2016 à 07H50 Marseille

Les expulsions répétées cassent leur parcours scolaire. C’est pourtant leur seule chance d’insertion en France

Menacés d’une expulsion, les 18 enfants du squat de la rue de Lyon, ici avec Jane Bouvier, perdront-ils leur école à la rentrée ? Photo d.ta.

Ils babillent, joyeux, se coupent la parole pour raconter : leur classe, leurs maîtresses, leurs copains marseillais, le chemin familier répété depuis septembre du grand garage Ford désaffecté de la rue de Lyon (15e) jusqu’à l’école Arenc-Bachas, près du terminus du métro. Roms, ils ont grandi à Marseille, y sont nés souvent, et n’en avaient connu jusque-là que les trottoirs, la manche, au feu rouge avec la mère, la ferraille avec le père.

Alors cette école, ce chemin, pour les 18 gamins du squat de la rue de Lyon, sont une fierté. « Ce qui est exceptionnel, se réjouit Jane Bouvier, fondatrice de l’association L’École au présent, c’est que sur ce campement, 100 % des enfants sont scolarisés. » Cette Anglaise menue de 42 ans, psychologue clinicienne de formation, s’est attelée depuis 2012 à scolariser les enfants de Roms de Marseille. Seule, d’abord, puis épaulée par un réseau dense de solidarités : travailleurs sociaux, enseignants, soignants, policiers de la Brigade des mineurs ou… cheminots. La justesse du combat de Jane Bouvier, sa fine connaissance des familles, acquise en autodidacte, suscite leur adhésion : « Pour ces enfants, la seule façon de se bâtir un autre destin que celui de la rue, c’est l’école », répète-t-elle inlassablement. Or, à chaque nouvelle expulsion, « tout le travail en direction des familles est rompu, les personnes éparpillées, alors que scolariser leurs petits est pour elles un désir très fort », enrage-t-elle.

Un droit, pourtant, pour tout enfant, français ou étranger, âgé de 6 à 16 ans

En France, si moins de la moitié des enfants des bidonvilles vont à l’école, c’est aussi en raison de ces expulsions répétées et coûteuses (l’État et les collectivités y consacrent de 30 à 40 millions d’euros par an). Après celles-ci, et malgré l’obligation rappelée aux préfectures, à peine 2 % des familles sont relogées, estiment les ONG. 98 % des familles quittent donc un abri précaire pour le seul trottoir. Une réalité liée à l’explosion de la demande d’hébergement d’urgence, via le 115, et à la pénurie de lits. Ainsi, actuellement, 80 de ces SOS restent chaque soir sans solution à Marseille. « En 2015, une femme rom a ainsi accouché dans la rue », rapporte ainsi, accablée, une source proche de la préfecture.

Dramatique pour les adultes, cette situation l’est encore davantage pour les enfants qui, en perdant leur toit de fortune, se voient aussi privés de leur seul accès à l’intégration : l’éducation. Un droit, pourtant, pour tout enfant, français ou étranger, âgé de 6 à 16 ans, résidant sur le territoire national. En 2013, Georges-Pau Langevin, ministre déléguée à la Réussite éducative, s’en émouvait : « L’école pour tous n’est pas un credo démagogique, mais une expression du principe d’égalité sur lequel repose notre démocratie », rappelait-elle fermement.

À Marseille, le travail mené par « Madame Jane », désormais soutenu par la Fondation Abbé Pierre, renverse peu à peu les statistiques : grâce à lui, plus de 200 enfants Roms sont scolarisés. « Et pour la plupart, cela se passe bien », assure Jane Bouvier. Son dernier tour de force ? Avoir convaincu près de 300 hauts fonctionnaires européens, à Bruxelles, de « parrainer les enfants des bidonvilles de Marseille », en s’acquittant des 11 € de leur assurance scolaire obligatoire…

Retour dans le garage de la rue de Lyon, où la crainte de l’expulsion se précise. Soneta, qui, a 29 ans, ne sait ni lire, ni écrire, rêve d’une « autre vie » pour ses enfants. « Qu’ils aient la chance que moi je n’ai pas eue », dit-elle. Directrice de l’Établissement public foncier Paca, propriétaire du site, Claude Bertolino confirme que l’expulsion interviendra en juillet – le site « dangereux » étant voué à la démolition. « Cela leur laissera l’été pour trouver une autre solution, juge-t-elle. Ils auront au moins eu une année d’école ! » À ces mots, Caroline Godard, de l’association Rencontres tsiganes, s’étrangle : « On remet des enfants à la rue, dans l’indifférence générale. C’est intolérable. »

Yves Rousset, préfet à l’égalité des chances : « Nous n’avons pas de baguette magique »

Nommé il y a un an à Marseille, Yves Rousset est le préfet à l’Égalité des chances.

Comment évolue la population rom à Marseille et comment travaillez-vous auprès d’elle ?

C’est un nombre qui est à peu près stable (environ 1 500 personnes, Ndlr). Nous avons des partenaires (Ampil, Adoma, HAS, etc.) qui font auprès d’elles un excellent travail : nous identifions les familles qui ont une véritable envie d’insertion, qui est attestée par la scolarisation des enfants, l’inscription d’un parent dans des parcours de recherche d’emploi. À celles-ci, nous tentons de trouver un logement : HAS, je le sais, travaille actuellement à cela pour une vingtaine de familles. Nous savons que lorsque les Roms entrent en situation d’emploi, leurs employeurs en sont parfaitement satisfaits. Et les enfants s’intègrent aussi à leur école.

Les expulsions cependant n’ont jamais cessé et conduisent à une rupture dans ces parcours d’insertion…

Avant toute expulsion, nous engageons un diagnostic social, avec des travailleurs sociaux, qui vont permettre de rechercher des solutions de relogement.

Mais quand la solution consiste à un maximum de six nuits d’hôtel, on sait que les enfants finiront à la rue.

Je suis d’accord avec vous. Ce n’est pas acceptable. L’avenir des familles roms en France passe évidemment par l’insertion de leurs enfants, grâce à l’école. Mais nous faisons avec nos moyens, qui sont contraints. Nous n’avons pas de baguette magique.

Quelles sont les pistes pour accroître l’offre insuffisante de logements d’urgence ?

Face au manque de places d’hébergement pour sans-abri et pour éviter de continuer à payer des nuitées hôtelières, Adoma (ex-Sonacotra) et la Caisse des dépôts vont acheter des chaînes d’hôtels bon marché et en modifier la destination. L’idée est d’y bâtir aussi des dispositifs d’accompagnement. Ce plan national concerne aussi Marseille.

Delphine Tanguy

http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/3994368/marseille-ces-enfants-roms-prives-decole.html

*https://marsactu.fr/roms-apres-les-expulsions-de-lete-la-difficile-reconstruction/

http://www.lamarseillaise.fr/bouches-du-rhone/societe/49473-caroline-godard-on-demande-de-la-stabilite-pour-travailler-avec-les-familles-roms

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